Lucas arqua un sourcil, son sourire s’agrandissant légèrement.
- Alors tu veux être première ? répéta-t-il en s’appuyant contre le dossier de sa chaise, l’air amusé.
Je gardai le silence, mais il ne lâcha pas l’affaire.
- Tu sais quoi, Clairette ? Il pencha la tête sur le côté, faussement pensif. Si c’est si important pour toi… Je pourrais te laisser la première place.
Je levai brusquement les yeux vers lui.
- Quoi ?
- Je pourrais lever le pied. Et voilà, Clairette en première place.
- Ne fais jamais ça. lâchai-je froidement.
- Pourquoi pas ? Ça arrangerait tout le monde, non ?
Je pris une inspiration, essayant de contenir la colère qui grondait en moi.
- Parce que je ne veux pas de ta pitié. Si un jour je prends la première place, ce sera parce que je l’aurai méritée. Pas parce que tu auras eu la gentillesse de me laisser gagner. Et surtout pas parce que toi, tu t’en fiches.
Il ouvrit la bouche, mais je ne lui laissai pas le temps de parler.
- Tu crois que c’est un jeu ? Que c’est juste une question de fierté pour moi ?
Ce n'est pas pour le plaisir, j’en ai besoin.
Il me regarda, son expression indéchiffrable.
Je me penchai légèrement vers lui.
- T'es vraiment bête ou tu le fais exprès ?
Tu connais parfaitement ma situation.
Si je ne travaille pas, je perds ma bourse. Et si je perds ma bourse, je perds tout.
Sans lui laisser le temps de répondre, je quittai la cafétéria.
Mais même en m’éloignant, je sentais encore son regard sur moi.
Je marchais d’un pas rapide dans le couloir, mon plateau désormais vide abandonné sur une table de la cafétéria. Je voulais juste mettre le plus de distance possible entre lui et moi.
Mais bien sûr, il ne comptait pas me laisser tranquille.
- Attends-moi, Clairette.
J’entendis ses pas nonchalants derrière moi mais je ne ralentis pas.
- Tu marches trop vite. C’est parce que t’as mangé quelque chose ? T'as maintenant plus d’énergie, hein ? lança-t-il avec amusement.
Je l'ignorai.
- Ou alors… c’est parce que t'es juste gênée d'en avoir trop dit.
Je lui lançai un regard noir.
- Tais-toi, Lucas.
Il esquissa un sourire, visiblement ravi de voir que j’avais enfin réagi.
Nous arrivâmes devant la salle de classe. J’espérais pouvoir entrer et me fondre dans le décor. Mais en ouvrant la porte, je me figeai.
Personne.
Le professeur n’était pas là.
Les élèves non plus.
Je fronçai les sourcils en consultant l’horloge murale. Nous n’avions pas pris autant de temps que ça, si ?
Lucas se posta à côté de moi et jeta un coup d'œil à la classe vide.
- Wow. On est revenus trop tôt ou trop tard ?
Je soufflai d’exaspération.
Il avança tranquillement dans la salle et posa la tête sur sa table.
- C’est peut-être une heure de libre. On aurait pu rester manger plus longtemps, finalement.
Je roulai des yeux et sortis mon carnet pour vérifier l’emploi du temps.
- T’es vraiment toujours aussi sérieuse, Clairette. T’as jamais pensé à te détendre un peu ? »
Je l’ignorai et continuai de chercher l’information.
- Tu sais, je vais finir par croire que je t'agace.
Je relevai les yeux vers lui.
- Tu viens de t’en rendre compte ?
Il sourit, amusé.
- Au moins, maintenant, tu l’admets.
Je soupirai et rangeai mon carnet. Le professeur était bien absent pour cette heure.
Lucas tapota la chaise à côté de lui.
- Bon, puisque t’as du temps libre, on peut discuter.
Je haussai un sourcil.
- Pourquoi est-ce que je ferais ça ?
- Parce qu'on a rien de mieux à faire.
- C'est ça. Parle pour toi.
Lucas était toujours assis sur sa chaise, me regardant avec cet air nonchalant qui m’agaçait tant.
Je pris place à ma table, bien décidée à profiter de ce moment pour avancer sur mes révisions. Sans m’occuper de lui.
Mais bien sûr, il ne me laissa pas faire.
- Tu vas encore étudier ? lança-t-il, faussement surpris.
Je ne répondis pas.
- Tu es vraiment déterminée à ce point-là ?
Je levai les yeux vers lui, agacée.
- Je veux juste être tranquille.
Il haussa un sourcil, un sourire amusé au coin des lèvres.
- C’est fou, t’es toujours aussi froide avec moi, Clairette.
Je serrai les dents.
Il s’installa plus confortablement, posant ses bras derrière sa tête.
Je profitais du fait qu'il se taise afin pour pouvoir me concentrer.
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Le soleil commençait à décliner, teintant le ciel d’orange et de rose. La journée de cours venait enfin de s’achever, et les élèves quittaient progressivement le lycée, certains en groupe, d’autres seuls.
Quant à moi, j'avançais d’un pas rapide en direction de l’arrêt de bus.
Je n’avais qu’une envie : rentrer et me reposer un peu avant d’aider ma mère.
- Tu vas où comme ça, Clairette ?
La voix traînante de Lucas me fit immédiatement rouler des yeux.
- A ton avis ?
Je me retournai un instant et le vis, appuyé contre une voiture noire aux vitres teintées. Son chauffeur attendait, impassible, au volant.
- Tu as l’intention de rentrer en bus alors que tu tiens à peine debout ? demanda-t-il avec un sourire en coin.
- C'est ce que je fais tous les jours , répondit-elle sèchement.
Il haussa les épaules, l’air amusé.
-Tu pourrais faire une exception et accepter ma générosité, non ?
- Non.
- Tu es si froide, Clairette. C’est presque blessant.
je soufflai , agacée, et tournai les talons.
Heureusement il n’insista pas et monta dans sa voiture, donnant un léger coup sur la portière pour signaler au chauffeur de démarrer.
je continuai alors mon chemin.
Après une trentaine de minutes de trajet, le bus me déposa à quelques rues de chez moi.
Je me dirigeai vers une immense demeure aux murs en pierre blanche et aux grilles imposantes.
La maison où je vis est grande. Trop grande. Elle est belle aussi. Trop belle pour quelqu’un comme moi.
Mais ce n’est pas la mienne.