Chapitre 4

882 Words
Cette maison appartient aux Morel. Et chaque fois que je passe la porte d’entrée après les cours, je redeviens Claire Delorme, la fille de la domestique. Je poussai la porte du service, accueillie par l’odeur familière du bois ciré . Dans la cuisine, ma mère, s’affaire déjà, préparant le dîner pour la famille. Elle travaille dans la maison des Morel depuis des années. Elle est femme de ménage et principalement cuisinière ici. Chaque jour, elle s'occupe de la maison avec une discipline et une rigueur que je n'ai jamais vues ailleurs. Le ménage, la cuisine, faire en sorte que tout soit parfait… C'est elle qui veille à ce que tout roule, que rien ne manque, sans jamais se laisser abattre. Même si je sais que cela la fatigue énormément, elle n'en dit jamais rien. Elle est toujours souriante, toujours prête à tout pour nous offrir une vie meilleure. Moi, j'observe, mais je vois à quel point elle lutte tous les jours. Quant à moi, j'ai toujours su que je devais travailler plus dur que les autres. Et si ma mère se donne à fond pour que je puisse avoir un avenir, je me dois de le mériter. Si je veux une bourse, c'est à moi de me battre, chaque jour, chaque heure. J'étudie sans relâche, espérant qu'un jour tout cet effort en vaille la peine. Mais ce n'est pas facile, pas avec Lucas qui se contente de glander et qui, comme toujours, me vole la première place. Gabriel Morel, le père de Lucas, lui… Il m’a toujours regardée différemment. Peut-être que c’est à cause de ma mère, je ne sais pas. Il l'apprécie beaucoup. Je le vois dans son regard quand il la complimente pour son travail. Il n’est pas comme les autres. Et je pense qu'il me trouve… intéressante, d'une manière différente. Je me souviens des fois où il m’a encouragée, sans même que je ne lui demande. Il me donne parfois des conseils aussi. Je ne suis pas naïve, je sais que ma mère et moi, on n'est pas des invités ici. On travaille pour eux. Mais, Gabriel… il m’a toujours traitée avec une sorte de respect, un respect que je n'ai pas souvent vu chez d’autres. Il croit en moi, d'une manière que je ne comprends pas toujours, mais ça me pousse à ne pas abandonner. Peut-être qu'il voit quelque chose en moi que même moi je ne vois pas encore. - Tu rentres tard, ma chérie. dit-elle en essuyant ses mains sur son tablier. - Les cours ont fini tard. Elle ne posa pas plus de questions. Elle sait que je n’aime pas parler du lycée. Elle sait aussi que je préfère oublier que Lucas est dans ma classe. J’accroche mon manteau à l’entrée de la cuisine et j’attrape un tablier. Mes cours sont terminés, mais ma deuxième journée commence. Je décide de l’aider à couper les légumes en silence. - Tu es sûre que ça va ? Tu as l’air fatiguée. - Je vais bien, maman. Ne t'inquiètes pas. Elle me regarde avec ce regard doux mais inquiet qu’elle a toujours eu. Je lui souris pour la rassurer et change de sujet. - M. Morel est rentré ? - Pas encore. Mais il ne devrait pas tarder. M. Gabriel est vraiment gentil. Lui et Lucas sont si différents... Rien que de penser à Lucas, une vague d’agacement me traverse. Ce garçon m’épuise. Il a tout. L’argent, l’intelligence, la popularité. Il pourrait m’ignorer comme je l’ignore. J’écrase un peu trop fort la carotte que je découpe, et ma mère rit doucement. -Tu vas finir par abîmer le couteau, Claire. - Désolée. Je soufflai et reposai la lame. Je passai par l’entrée de service, discrète, sur le côté. Ici, personne ne fait attention à moi, et c’est mieux ainsi. - Ah, Claire, tu tombes bien ! Peux-tu aider à mettre la table du salon ? me demanda l'une des employés. Je hochau la tête et pris un plateau avec les couverts en argent. D’un pas rapide, je traverse la maison en essayant d’être aussi discrète que possible. Mais alors que je posais les verres sur la table, une voix traînante me fit sursauter. - Je vois que t'es bien rentrée finalement. Je me figai. Je reconnaîtrais cette voix entre mille. Je me tournai lentement et croisa le regard amusé de Lucas, appuyé contre l’encadrement de la porte, les bras croisés sur son torse. Il est toujours dans son uniforme de lycée, la cravate desserrée et l’air détendu. - Tu travailles trop, Clairette. Après les cours, le travail… tu veux battre quel record exactement ? - Celui de la patience, vu que je te supporte encore. je réponds froidement. Il esquisse un sourire en coin. - Touché. Il s’approche et attrape une pomme dans la corbeille de fruits sur la table, la faisant tourner entre ses doigts. - Tu n’as jamais pensé à faire autre chose ? - Quoi ? Tu veux me donner un poste dans ta précieuse entreprise familiale ? je rétorquai, sarcastique. Il rit doucement et croqua dans sa pomme. - Non, mais je peux toujours t’embaucher comme assistante personnelle. Tu pourras m’aider à réviser… ou à faire mes devoirs. Je lève les yeux au ciel. - Rêve toujours, Morel. Je finis par repartir à la cuisine.
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