chapitre 1 : L’héritière rejetée
Salut…
Je m’appelle Lila.
Enfin… si ce prénom a encore une quelconque importance dans cette meute.
Parce qu’ici, je ne suis pas vraiment Lila.
Je suis *celle qui a tué la Luna*.
Oui… ça fait un peu dramatique dit comme ça, mais c’est exactement ainsi qu’ils me voient.
Et le pire ?
C’est que celui qui me regarde avec le plus de haine… c’est mon propre père. L’Alpha Dominique.
J’ai dix-sept ans. Et, selon lui, je suis une meurtrière.
Ironique, non ? Quand on sait que j’ai perdu ma mère le jour même où j’ai ouvert les yeux sur ce monde…
Elle est morte en me donnant la vie.
Et depuis ce jour-là… tout le monde a décidé que j’aurais mieux fait de ne jamais naître.
Je n’ai aucun souvenir d’elle.
Aucune image. Aucun son. Aucun parfum.
Rien.
Juste un vide immense… et un poids que je porte depuis toujours.
Celui d’être née au mauvais moment.
Celui d’avoir pris la place de quelqu’un qui comptait vraiment.
Mon père ne s’est jamais remarié. Pas même une seule fois.
Depuis presque dix-huit ans, notre meute vit sans Luna.
Une situation anormale. Déséquilibrée.
Fragile.
Mais personne ne remet ça en question.
Parce que personne n’ose contredire l’Alpha.
Et encore moins *moi*.
Ah oui… j’ai oublié de préciser un détail important.
Nous sommes des loups-garous.
Bienvenue dans un monde où les contes pour enfants sont bien réels… sauf qu’ils n’ont rien de féerique.
Ici, tout est une question de hiérarchie, de pouvoir… et de sang.
Chaque loup obtient son loup à dix-huit ans. C’est à ce moment-là que nous nous transformons pour la première fois.
Et c’est aussi ce jour-là que tout peut basculer.
Parce que c’est là que nous rencontrons notre compagnon.
Notre âme sœur.
La personne que la Déesse de la Lune, Séléné, a choisie pour nous. Celle qui complète notre âme. Celle qui est censée nous aimer… sans condition.
Du moins, en théorie.
Mon anniversaire est dans deux jours.
Deux jours.
Quarante-huit heures.
Je pourrais presque entendre le temps s’écouler, seconde après seconde.
Et pour la première fois de ma vie… j’ai peur.
Peur d’espérer.
Peur d’être déçue.
Mais surtout…
Peur que rien ne change.
Je veux partir.
Non… j’ai *besoin* de partir.
Je ne supporte plus cette meute. Ces regards. Ces murmures dans mon dos. Ces silences lourds quand j’entre dans une pièce.
On me traite comme une oméga.
Non… pire que ça.
Comme si je ne valais même pas ce rang.
Pourtant, je suis censée être l’héritière de l’Alpha.
Enfin… je *l’étais*.
— « Je ne veux pas d’une meurtrière comme héritière. »
Je me souviens encore parfaitement du jour où il a prononcé ces mots.
Sa voix était froide. Tranchante.
Définitive.
Ce jour-là, quelque chose s’est brisé en moi.
Quelque chose qui ne se réparera jamais.
À ma place, il a choisi Justin.
Le fils du bêta.
Fort. Populaire. Respecté.
Tout ce que je ne suis pas.
Justin est… insupportable.
Arrogant. Égocentrique. Persuadé que tout lui est dû.
Et le pire, c’est que tout le monde l’acclame déjà comme le futur Alpha.
Moi, je vois surtout quelqu’un qui mènera cette meute à sa perte.
Mais encore une fois…
Personne ne me demande mon avis.
Notre meute s’appelle Blood Shadow Moon.
La deuxième plus puissante au monde.
La première étant Royal Black Moon, la meute du Roi Alpha et de la Reine Luna.
Un monde auquel je n’appartiendrai jamais.
Mon père a déjà participé à leurs réunions.
Moi ?
Je suis restée ici.
Toujours.
Comme un secret honteux qu’on préfère cacher.
Parfois, je me demande à quoi ressemblait ma mère.
Si elle avait mon sourire… ou si j’ai hérité du sien.
Si elle avait la même voix que moi.
Si elle m’aurait aimée.
Vraiment.
Pas comme lui.
Je n’ai jamais vu son visage.
Pas une seule photo.
Pas un seul souvenir.
Comme si elle n’avait jamais existé.
Comme si mon père avait décidé d’effacer toute trace d’elle… pour ne pas avoir à penser à moi.
Je ne connais même pas mes grands-parents maternels.
Ils sont peut-être morts.
Ou peut-être qu’ils vivent quelque part… sans savoir que j’existe.
Du côté de mon père, ses parents ont été tués par des renégats.
Cette histoire, je l’ai entendue des dizaines de fois.
Il parle de leur perte avec douleur.
Avec respect.
Avec amour.
C’est drôle…
Je n’ai jamais eu droit à ça.
Physiquement, je ne lui ressemble pas vraiment.
J’ai les cheveux couleur chocolat, des yeux noisette et une silhouette en sablier.
Je suis petite. Ridiculement petite pour une louve.
Un mètre cinquante-trois.
À côté de lui… je ressemble à une enfant.
Lui, c’est tout le contraire.
Deux mètres dix.
Des épaules larges. Un corps sculpté. Une présence écrasante.
Des yeux vert émeraude capables de vous glacer sur place.
Il a quarante-trois ans… et pourtant, il en paraît à peine trente.
Nous vieillissons lentement.
C’est l’un des rares avantages d’être ce que nous sommes.
Je ne l’appelle pas « papa ».
Ni même « père ».
Je l’appelle Alpha.
Parce que c’est tout ce qu’il a toujours été pour moi.
Un chef.
Jamais une famille.
Les seules personnes qui m’ont un jour montré de la gentillesse… ce sont les bêtas.
Enfin… surtout elle.
La femelle bêta.
Elle me parlait. Me souriait. Me regardait comme si j’étais… normale.
Comme si j’avais de la valeur.
Elle est morte il y a cinq ans.
Une attaque de renégats.
Encore.
Depuis, le bêta Zack tient bon pour son fils.
Mais je vois bien qu’il n’est plus le même.
Personne ne ressort intact de ce genre de perte.
Je le sais mieux que quiconque.
Quand j’aurai dix-huit ans… je partirai.
C’est une promesse que je me fais chaque jour.
Je quitterai cet endroit.
Je laisserai tout derrière moi.
Sans regret.
Enfin… j’essaierai.
Chaque nuit, je prie la Déesse de la Lune, Séléné.
Je lui demande une seule chose.
Une seule.
Que mon compagnon ne soit pas de cette meute.
Qu’il m’emmène loin d’ici.
Très loin.
Je me fiche de ce qu’il est.
Un loup.
Un vampire.
Un sorcier.
Même un troll, franchement… je prends.
Tant qu’il m’aime.
Vraiment.
Parce qu’au fond… c’est tout ce que je veux.
Être aimée.
Pas tolérée.
Pas ignorée.
Aimée.
Mais une question me hante.
Toujours.
Comment quelqu’un pourrait-il m’aimer…
Alors que mon propre père n’a jamais été capable de le faire ?
Je n’ai rien à offrir.
À part mon amour.
Et ma pureté.
Oui… je sais, ça peut paraître vieux jeu.
Mais je veux me préserver pour mon compagnon.
Je veux que chaque première fois ait un sens.
Pas juste… exister.
Même s’il ne l’est pas, ça ne me dérange pas.
Je peux comprendre.
Mais je refuse d’être une option.
Un choix par défaut.
Et s’il a déjà quelqu’un ?
Alors je partirai.
Sans me battre.
Sans supplier.
Sans insister.
Parce que j’ai déjà passé toute ma vie à essayer d’obtenir l’attention d’un homme…
Qui ne m’a jamais regardée .
Et je n’ai plus la force de recommencer.
Si mon compagnon ne peut pas m’aimer comme je suis…
Alors je continuerai seule .
Comme toujours .