4. Julie-Ange

412 Words
4. Julie-Ange – Vous me présenterez votre fille ? Elle mangera avec nous ? – ça m’étonnerait qu’elle se montre ce soir, dit Madame. – Pourtant ça fait un bon moment qu’elle joue à cache-cache et qu’elle nous observe depuis la galerie… Ils lèvent les yeux mais elle a disparu. Je ne sais pas si sans le whisky j’aurais osé : je demande d’une voix douce mais assez fort pour qu’elle entende : – Mademoiselle, nous sommes probablement aussi curieux l’un que l’autre de nous connaître, ne voulez-vous pas nous rejoindre ? Au grand étonnement des parents, elle apparaît au haut de l’escalier. Au premier regard, je me dis que je suis mal barré. Une grande jeune fille hirsute, les cheveux plus sales que brun, enroulée dans une couverture, l’air hagard commence à descendre en se laissant tomber d’une marche à l’autre, tenant sa couverture d’une main, cramponnée de l’autre à la rampe. Elle est peut-être jolie mais dans son état, ça ne saute pas aux yeux. Je me tourne vers les parents et dis à voix basse : – Mais, elle est complètement shootée ! Ils répondent que c’est le traitement prescrit par le dernier psy et qu’ils n’avaient pas osé l’interrompre avant de me consulter. Elle est arrivée presque au bas de l’escalier et je me lève pour l’accueillir. Je lui tends la main pour la saluer mais tenant à peine debout, lorsqu’elle lâche la rampe, elle me tombe dans les bras. Je l’aide à marcher vers le sofa où sont installés ses parents. Elle s’affale entre les deux. – Vous allez aussi me b****r ? murmure-t-elle. – Pardon ? Elle répète un peu plus fort sous le regard affolé de ses parents : – Vous allez aussi me b****r ? Complètement décontenancé, je balbutie – Je ne pense pas. Ce… n’est pas ma priorité. – Bon, dit-elle, puis elle s’endort. – Dis-lui, toi, murmure la mère, les yeux baissés, à son mari. Gêné, Jean-Edmée me raconte qu’ils avaient eu quelques problèmes avec mon prédécesseur. – Il avait commencé par abrutir Julie-Ange de médicaments, « un traitement de choc » avait-il dit. On s’est rendu compte au bout d’un certain temps qu’il abusait d’elle à chaque visite. Notre fille ne se rappelait de rien et ne se plaignait pas. L’interrompant, la fille sort de son demi-coma et balbutie : – J’crois q’j’ai joui une ou deux fois… puis se rendort. – Vous devez en avoir entendu parler, ce fait divers a défrayé la chronique la semaine passée. – C’était vous ! m’écriais-je, nous étions à l’Uni ensemble avec François. François Helderth. Il sautait sur tout ce qui bougeait, on disait même qu’il avait bien fait de ne pas choisir vétérinaire, l’intégrité des toutous en aurait souffert… Je ne sais pas comment on a pu lui donner son droit d’exercer. Il avait un réel problème. Sincèrement désolé pour votre fille. Pourrais-je consulter son traitement je vous prie ? Un second buzz, nous rappelle que le dîner nous attend.
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