9. Première nuit

699 Words
9. Première nuit J’entre dans la chambre. En fait c’est plutôt un appartement avec salle de bains, toilettes, living et chambre à coucher, genre suite d’hôtel de luxe. Les deux pièces, entièrement vitrées, donnent sur les jardins. Je suis trop fatigué ou trop saoul pour faire une exploration plus détaillée. Après une toilette sommaire je me déshabille, m’effondre sur la surface moelleuse, entends encore le rire de Jean-Edmée et les premières strophes de « la petite Huguette5 » qui s’éloignent. On aurait pu dormir à quatre dans ce lit. Je choisis de me mettre côté baie vitrée pour profiter de la vue et être réveillé en douceur par le jour. Ça me fait penser que nous n’avions pas parlé de l’heure du réveil et je m’endors comme une masse. J’ouvre un œil avec une sensation bizarre. Il fait encore nuit et je ne sais pas combien de temps j’ai dormi. Je me retourne… Julie-Ange est couchée à côté de moi, à l’autre bout du lit profondément endormie ! Là, je panique. Je me demande si toute cette soirée n’est pas une sorte de guet-apens dont le but m’échappe. J’hésite à la secouer et la renvoyer dans sa chambre mais pour finir, la fatigue aidant et des fois que ce serait un quelconque test, je décide de l’ignorer et de continuer ma nuit. Tout ça tourne dans ma tête et je mets une bonne demi-heure à me rendormir sur mon bateau bercé d’une houle nauséeuse. Un forgeron s’acharne sauvagement sur son enclume tout près de ma tête. Je me réveille en sursaut, on frappe discrètement à ma porte depuis un moment j’imagine. La mémoire revient lentement. Un deuxième sursaut. Je regarde paniqué du côté de Julie-Ange, mais elle a disparu. Aurais-je rêvé ? Il me semble que les draps sont froissés. Je m’assieds dans le lit, histoire de remettre de l’ordre dans mes idées. Je me trouve dans une chambre plus grande que mon appartement. Elle doit se situer au premier étage. J’ai une vue plongeante sur une pelouse ou un golf, agrémenté d’une piscine semi-olympique de catelles bleues. La salle d’eau, séparée par une vitre dépolie est prévue pour une colonie de vacances. Je laisse vagabonder mon regard dans la pièce quand un détail attire mon attention. Dissimulée dans une moulure du plafond, il me semble reconnaître la brillance d’un objectif de caméra miniaturisée. Je reste naturel, me lève, nu, et retrouve figure humaine sous le jet de la douche. Je termine avec un petit coup d’eau froide pour me réveiller complètement. Alors que je me coiffe devant le miroir embué, je vois briller, derrière moi, l’objectif d’une autre caméra, cachée dans la ventilation. Si ça se trouve, il y en a partout. Je sors de ma chambre et me trouve nez à nez avec la belle asiatique qui m’attendait. Sans un mot, elle me fait signe de la suivre. Nous empruntons un ascenseur escamoté par une gigantesque plante verte pour descendre dans le living-room. Voilà comment je me trouvais au 1er étage ! Je n’avais que peu de souvenirs du trajet Talisker-plumard de la veille. La baie vitrée est ouverte sur la terrasse d’où proviennent des effluves de café. Le « petit » déjeuner, ne porte pas bien son nom dans cette famille ! Disposés harmonieusement sur une grande table en teck il y a de tout : jus de fruits frais, lait, thés, café pour les boissons sans oublier champagne et vin rouge. Les conventionnelles viennoiseries côtoient divers petits pains et leur accompagnement : miels, confitures, charcuterie, saumons, et j’en passe… – Bien dormi, la tête, ça va ? demande le père d’un air entendu. – Magnifique, répondis-je, merci pour l’hospitalité, il n’aurait pas été raisonnable de conduire. Le taux de sang dans mon alcool ne devait pas être très élevé. Le père éclate de rire. – Je n’aurais pas non plus retrouvé mon lit sans Charlotte-Audrey ! Je n’ai pas souvent l’occasion de partager cette petite passion avec un fin connaisseur. Julie-Ange est toujours aussi glauque mais parait reposée. Elle touche à peine à son assiette. Nous mangeons en parlant de tout et de rien, comme de vieilles connaissances. Je ne fais allusion ni à la co-utilisatrice de mon lit ni aux caméras. À la fin de ce pantagruélique brunch je prends congé. Le père me tend une série d’épaisses enveloppes et me raccompagne. – Les rapports, dit-il sobrement. À lundi. Je fourre la paperasse dans mon porte-documents et lui rappelle : – Demandez quand même une nouvelle expertise psychiatrique de votre fille au plus vite, je vous prie. Elle nous aidera pour une liberté provisoire en cas d’évolution rapide.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD