Le samedi suivant
Pdv Anta
Je descendis de la voiture de mon père.
Maman : Dis à Papy et Mamie qu'on est un peu pressés, c'est pourquoi on ne descend pas les saluer.
Moi : Ok, Maman !
Mon père : Passes un bon week-end !
Moi : Bon week-end à vous deux !
Mon père démarra et je me dirigeai vers la maison de mes grands-parents. Je sonnai et une jeune femme ouvrit la porte.
Moi : Bonjour, Astou !
Astou : Bonjour, Anta !
J'entrai.
Astou : Tes grands-parents sont au salon.
Je me rendis au salon où ils discutaient avec un inconnu.
Moi : Bonjour, Papy ! Bonjour, Mamie !
Mamie : Oh Darling, yeksi nga (est là) !
Elle se leva et m'entoura de ses doux bras et me fit deux grosses bises que je lui rendis en riant. Je sais vous allez me dire, moi rendre des bisous. C'est une longue histoire, laissez-moi saluer tout le monde. Ma grand-mère me relâcha et je passai dans les bras de mon Papy qui me fit aussi la bise.
Mamie : Et tes parents ?
Moi : Ils vont à Saly. Ils s'excusent de ne pas avoir pu descendre vous saluer.
Mamie : Ok ! Viens saluer, un ami de ton grand-père. Adama, c'est ma petite fille, Anta.
Il me tendit la main. Je la pris.
Papy Adama : Ey, Cheikh, tu as une petite fille aussi grande ? Nous vieillissons vite dé.
Mes grands-parents sourirent, fièrement.
Mamie : Anta, lui c'est Papy Adama. C'est un ami de Papy. Il vit en France. Il est à Dakar pour quelques jours. Il passait nous voir.
Papy Adama : Enchanté de te connaître, Anta.
Moi : Enchantée, Papy Adama.
Mamie : Tu peux aller déposer ton sac dans ta chambre.
Moi : Elle est là, Zeyna ?
Mamie : Non, elle n'est pas encore rentrée. D'ailleurs, tu n'as pas cours, aujourd'hui ?
Moi : Non, il y a un prof qui a perdu sa mère. L'enterrement, c'est aujourd'hui.
Mamie : Ok !
Je les quittai et me rendis au premier étage. Je me dirigeai vers la chambre qui m'était réservée. Je refermai la porte, posai mon petit sac de voyage sur la chaise, puis m'assis sur le lit. J'aimais cette chambre, j'aimais cette maison, j'aimais mes grands-parents. Quand je venais ici, j'oubliais tout. C'était le seul endroit où je n'avais pas trop l'impression d'être bizarre. Je le pense, je dois être adoptée. Si ma grand-mère, depuis l'enfance ne m'avait pas dite que ma naissance avait changé leur vie de mes parentes et celle de Papy et elle, si je n'avais pas vu des photos de ma mère avec son ventre, si je n'avais pas vu des photos de Mamy et moi, bébé, j'aurais jurée que j'étais adoptée. Tellement j'avais l'impression d'être différente de ma famille. Ils aimaient se faire des bisous, des câlins, se dire des ''je t'aime'', se raconter leurs ''belles journées''. Pfff, c'étaient vraiment les Teletubbies. Quand j'étais petite, cela ne me gênait pas, mais plus je grandissais, plus leur joie de vivre, leur tendresse, leur bonne humeur m'exaspéraient. Ils aimaient les sorties, les invitations, le bruit et moi, j'aimais le silence et la solitude. J'avais vraiment l'impression d'être Mercredi qui a atterri chez les Teletubbies. Vous connaissez Mercredi, la fille du film'' famille Adams'' ? Bin, imaginez Mercredi chez les Teletubbies, c'est juste invraisemblable loll. Si dans ma propre famille, je me sentais ''bizarre'', je vous laisse imaginer ce que je ressens chaque jour en classe. Le seul endroit où j'étais moi et où je pouvais rester moi, c'était chez mes grands-parents maternels. Ici, c'était mon havre de paix. J'étais très proches de mes grands-parents maternels surtout ma grand-mère. Mes grands-parents paternels m'aimaient beaucoup, mais le lien avec mes grands-parents maternels étaient spéciaux. Il faut dire qu'ils étaient plus jeunes dans le corps et l'esprit, modernes et simples. Mamy Fanta, c'était ma Mamy ''gâteau'' au sens propre comme au sens figuré. Au sens propre chez Mamy, je pouvais manger tout ce que je voulais gâteaux, biscuits, chocolats sans oublier les bons plats sénégalais qu'on mangeait à satiété ici. Je pouvais même manger avec les doigts, ce qui était presque interdit à la maison. Au sens figuré, c'était mon amie, ma confidente, l'une des deux personnes qui me connaissaient le mieux. L'autre personne c'était...
La porte s'ouvrit et elle entra. Comme toujours, elle sauta sur moi.
Zeyna : Salut, ma jumelle.
Moi, en riant : Cheut, fais doucement, tu vas me tuer.
Zeyna : C'est que damala namone torop (j'avais trop ta nostalgie).
Moi : Ce mois-ci, j'ai dû trop travailler. Tu sais la seconde n'est pas facile.
Zeyna : À qui le dis-tu ? Mais toi tu es madame ''Génie en herbe'', je pensais que tu n'avais pas besoin de travailler dur. Je pensais que la nuit avant de te coucher tu lisais une seule fois tes cours et le lendemain, tout te restait en tête.
Moi : Pfff!
Elle rit.
Moi : La série S, ce n'est pas du gâteau.
Zeyna : Disait celle qui est toujours première de sa classe. Arrêtes ta modestie. Tu viens dans ma chambre. Je me change.
Je la suivis. Sans gêne, elle enleva sa tenue d'école. Zeyna roussoul dara (était sans pudeur). Mais bon, avec un corps pareil, elle n'a pas à avoir honte de se mettre en culotte et soutif. Elle m'appelle sa jumelle, mais physiquement on ne se ressemble pas, ni au niveau du caractère non plus. Zeyna était la nièce de ma grand-mère. Sa mère était la cousine de ma mère. Ma grand-mère l'avait ramenée de la Gambie il y a 7 ans, quand elle était venue se marier avec Papy. Elle avait comme elle, l'accent gambien, même si celui de ma Mamie était plus marqué. Oui, Papy et Mamy se sont mariés, il y a 7 ans. Je n'ai pas trop compris l'histoire. Mais ils n'étaient plus ensemble et maintenant ils le sont. Zeyna, c'était le plus beau cadeau que ma grand-mère pouvait me faire. Elle m'avait offerte ''ma jumelle''. C'était une belle jeune fille mince, un joli teint chocolaté, de beaux yeux espiègles. Ses jolies mais longues (je ne sais pas, comment ça se fait qu'elle ne les trouve pas lourdes) mèches lui donnaient un côté très urbain. Elle avait un an de plus que moi. Elle aimait le maquillage, les collants, les jeans slim, les jupes mini, les robes. Si vous saviez le succès qu'elle avait chez les garçons et ça depuis l'âge de 12 ans, l'âge où elle avait eu son premier petit copain. Je savais d'elle bien des secrets et elle en savait aussi sur moi, mais il fallait l'avouer, mes petits secrets enfantins n'égalaient pas les siens. Elle me disait souvent de la laisser me faire un relooking, mais moi avec des jupes, des robes ou du maquillage, c'était impossible. Elle ne cessait de me dire qu'avec mon joli teint clair, si je faisais des efforts et surtout jeter mes grosses lunettes, j'aurais sûrement plus de succès qu'elle, mais qui daffa beuré espoir (elle avait beaucoup d'espoir). Mane ak sama patawaye(moi et mes kilos en trop). Je sais qu'elle le dit par gentillesse. De toutes les manières, je n'ai pas besoin de mec. Zeyna est d'une gentillesse. En tout cas, avec moi. Parce qu'avec les mecs, parfois je la trouve trop méchante et capricieuse. Mais je ne vais pas me plaindre d'avoir ses faveurs. Les autres filles populaires que je connaissais me méprisaient. Elle mit une robe fleurettes et vint s'asseoir sur le lit.
Moi : Alors comment va Djibril ?
Zeyna, amusée : Mo, yow ya tardé(tu es en retard). On n'est plus ensemble depuis hier .
Moi : Sérieux ? Je suis désolée.
Zeyna : Mo, loy désolée. Da fouy, fog né sama yaye pour mom la ma djoureul.(pourquoi es-tu désolée ? Il pense que ma mère m'a mise au monde pour lui). Un de perdu, dix de retrouvés. Quand il se rendra compte de son erreur, je serais déjà dans les bras de quelqu'un d'autre.
On frappa à la porte. C'était Astou.
Astou : Les filles, Mamy vous appelle, le repas est prêt.
On descendit manger avec nos grands-parents et l'ami de mon père. Puis on remonta dans notre chambre. On passa un moment à regarder les comptes des amis de Zeyna sur f*******:. Elle aimait trop commenter. Puis je dûs la supplier pour qu'elle me laisse, faire la sieste.
Zeyna : Je te donne une heure, mais après je viens te réveiller.
Finalement, elle me laissa dormir une heure de plus. Je ne voulais pas me lever, mais qui pouvait dire non à Zeyna ? Je me levai et pris une douche pour me rafraîchir. Puis on descendit au salon où mes grands-parents étaient seuls. Il était 17h passés. Papy regardait un match de foot de la Super League. Je le rejoignis. Mamy et Zeyna nous laissèrent. Pas besoin d'insister. Elle savait que face à un match de foot, je ne leur accordais plus d'attention. A la fin du match,
ma Mamy nous demanda ce que nous voudrions bien manger. Je proposais du dibi. Elle accepta. Comme la domestique ne travaillait pas le samedi soir, ma Mamy proposa de faire les frites et que Zeyna et moi, allions chercher la viande. Mais Zeyna refusa, elle était comme ça. Elle aimait déjà à son âge, jouer à la femme d'intérieur. Elle savait déjà préparer plusieurs plats et elle aimait vraiment ça. Moi, même le riz blanc simple, je ne maîtrisais pas. A la maison, on avait toujours quelqu'un pour faire quelque chose. C'est seulement ici que je levais le pouce. Ma Mamy ne me forçait pas. Mais Zeyna me poussait toujours à participer. On alla dans la cuisine où Zeyna sortit un sachet de frites surgelés et les fit frire. Elle les mit dans un bol qui garderait les frites chaudes. Puis on retourna prendre l'argent chez Mamy, elle nous demanda de prendre aussi des glaces pour le dessert. On se rendit au dibi du coin où Zeyna commanda. En attendant que la viande soit prête, on se rendit à la superette pour acheter des glaces et du pain (ce que je n'ai jamais fait à la maison). On croisa un jeune voisin de Zeyna qui avait le béguin pour elle. Quand je vous dis que Zeyna est méchante. Elle l'a carrément allumé en lui faisant un brûlant b****r à la joue, avant de me dire ''viens Anta, Mamy nous attend''. Nous partîmes, laissant le pauvre mec bouche bée.