7. Faire tout pour oublier

2169 Words
Pdv Zeyna   Dès qu'elle sortit du taxi, Anta se jeta sur moi en pleurant. Elle tremblait e tout son corps. Je mis 10mn à la calmer. Elle ne pouvait pas rentrer comme ça dans la maison. Papy et Mamy ne dormaient sûrement pas encore . Elle finit par se calmer et s'essuya le visage. Elle avait le visage tout rouge.   Moi, pou détendre l’atmosphère : Ak sa khonkaye (avec tes rougeurs).   Anta : Vas te plaindre à ma mère !   Moi : Bon, on entre, Mamy avait dit de rentrer avant minuit.   Je dis au revoir à Max qui était resté à l'écart, puis on entra. Mamy était dans le salon. Quand elle nous entendit refermer la porte, elle nous rejoignit. Anta cacha son visage en mettant la capuche de son pull. Elle nous demanda si la soirée était bonne, je lui répondis que oui.   Anta, en baillant pour cacher sa voix enrouée par les larmes : Bonne nuit.   Elle se dirigea vers les escaliers. Je dis bonne nuit aussi et montai. Je voulus suivre Anta dans sa chambre, mais elle refusa. Elle me promit de tout me raconter le lendemain. Elle voulait rester seule dans sa chambre. Je n'ai pas insisté. Il s'est sûrement passé quelque chose de très grave. Elle ne m’avait jamais demandée de la laisser seule. J'attendrai demain qu'elle me raconte.   ************* La méchanceté a des limites et Mohamed les avait dépassés. Je pense qu'Anta avait tellement pleuré pendant la nuit, qu'elle m'avait racontée le sale coup qu'il lui avait faite sans émotion. Quand elle finit son histoire, on resta toutes les deux silencieuses.   Moi, en colère : Anta, il n'est pas question que cette vidéo arrive sur Snapchat!   Avant qu'elle me dissuade, je filai dans ma chambre et m'enfermai à clé. J'avais volé il y a plusieurs mois le numéro de Mohamed sur le phone d'Anta. Il était temps de lui dire stop.   '' Anta m'a racontée ce que tu lui as faite. Je m'en fous que ta mère soit l'amie de la sienne. Si tu publies la vidéo ou que la nouvelle circule dans son école, je raconte tout à ses parents. Tu dis qu'elle est idiote? C'est toi l'idiot. Crois-moi tu viens détruire toute l'estime qu'elle avait pour toi. Tu as intérêt à rester loin d'elle. Pas besoin de savoir qui je suis. Mais si tu tiens vraiment à le savoir, recommences tes bêtises. ''   Il ne répondit pas à mon sms. J'espère pour lui qu'il n’avait pas déjà publié la vidéo. Je retournai dans la chambre d'Anta. Elle s'était recouchée.   Moi : Tu viens ? On va manger.   Anta : Je n'ai pas faim.   Moi : Tu oses refuser les bons croissants du dimanche !   Anta : Je n'ai vraiment pas faim!   Anta était trop gourmande. Pour refuser les bons croissants de notre boulangerie, il fallait vraiment qu'elle soit très malheureuse. Elle devait être plus attachée à Amadou qu'elle n'en laissait paraître avant. Je ne pense pas du tout qu'elle soit dans cet état juste pour ce c*n de Mohamed. C'était la trahison d'Amadou qui lui faisait le plus mal. Je me couchai à côté d'elle et l'entourai de mes bras.   Moi : Amadou et Mohamed, ce sont des idiots. Ils ne méritent pas que tu sois dans cet état.   Anta : Je sais qu'ils ne le méritent pas. Ce n'est pas à cause d'eux que je ne mange pas. Je n'ai juste pas faim.   Je n'étais pas convaincue. Je savais reconnaître un chagrin. Je restai silencieuse, puis j'osai poser la question qui me hantait depuis mon retour dans sa chambre.   Moi : Anta !   Anta : Oui !   Moi : Tu m'as dit que Mohamed s'est pointé juste après votre sortie de la glacerie. J'ai fait le calcul. Tout s'est passé en heure. Or moi, j’ai essayé de te joindre à partir de 22h. Que faisais-tu de 21h30 à 23h l'heure à laquelle tu m'as rappelée?   Anta : Je me promenais!   Moi, intriguée : Pendant une heure ?   Anta : Oui!   Elle m'avait répondu sèchement. Ça me faisait bizarre qu'elle se soit promenée pendant aussi longtemps dans la rue et qu'elle ait ignoré mes appels. Mais parfois devant une si grande trahison, on peut faire des choses insensées comme se promener pendant une heure dans la ville. Je préférai arrêter mon interrogatoire. Elle commençait à s'énerver. Il valait mieux ne plus aborder le sujet.   ***************   Pdv Anta   Retourner en cours était pour moi impossible. Le lundi matin, j'inventais une fausse migraine et ma mère me laissa rester à la maison. Je n'aimais pas l'école buissonnière et je ne faisais jamais semblant d'être malade. Alors elle m'avait crue dès que je lui avais parlée de ma migraine. De plus, elle savait que de temps en temps, j'avais mal à la tête à cause de mes yeux. Je suis restée dans mon lit toute la journée . Je ne le quittai que vers 16h. Si mes parents me trouvaient ici, toujours en pyjama et que Rama leur disait que je n'avais rien manger de la journée, ils vont commencer à se poser des questions. J'ai donc pris une douche et la douleur me rappela ce que j'avais vécu samedi. Cela me fit pleurer. Je refermai vite la chasse d'eau et sortit me sécher. Il fallait que je sois forte. Après m'être séchée, je m'habillai et descendis dans la cuisine. Je me servis une petite assiette de riz et le mangeai sans réel bonheur. Depuis samedi, j'ai perdu tout plaisir gustatif. Plus rien n'a du goût sur ma langue, après mon repas. Je remontai dans ma chambre. Papi rentra, puis mes parents et je fis tout pour ne rien montrer de ma douleur intérieure. Le lendemain, j'arrivai à l'école, complètement terrorisée. Mais à ma grande surprise, ce fut un jour comme les autres. On ne me fit aucune remarque, on ne chuchota pas derrière mon dos. Il semblait que personne n'était au courant de ce qu'Amadou et Mohamed m'avaient faite. Même David, l'ami d'Amadou semblait ignorer ce qui s'était passé. Mohamed avait-il renoncé à m'humilier sur Snapchat? Je compris que Zeyna y était pour quelque chose, quand elle m'envoya un sms à la pause pour savoir si j'avais été humiliée en classe. Non! Personne n'était au courant! J'allais pouvoir tourner la page . Oui, tourner la page, c'était ce qu'il fallait enterrer définitivement ce samedi, Amadou et Mohamed ! Oublier tout! La douleur s'en ira avec le temps. ******************   Pdv Anta   Après ce fameux samedi, Mohamed ne m'a plus approchée et c'était tant mieux. Il ne pouvait plus me faire plus de mal . La vengeance qu'il voulait, il l'avait eue. Il m'avait donc laissée tranquille. Mais le mal était déjà fait. Je ne suis plus retournée chez ses parents. Chaque fois que ma mère voulait me forcer à aller voir tata Maty, je donnai comme excuses que je préférais rester à la maison pour réviser mes cours. Quand elle insistait trop fort, je demandais le secours de mon père et il arrivait toujours à me donner raison. Quand l'été arriva, pour éviter que ma mère ne m'envoie en vacances là-bas, je demandais à Mamy de venir me chercher dès la première semaine . Je ne passai pour toute l'été que trois semaines chez moi. Avec Zeyna, on partit 6 semaines en Gambie chez l'oncle de Mamy. Ce séjour loin de Dakar me fit un grand bien. Ça avait fini par ''solidifier'' le travail que j'étais en train de faire sur moi. Je voulais oublier. Il m'arrivait encore de pleurer seule dans ma chambre, mais je savais que bientôt je ne pleurerai plus et je ne tremblerai plus chaque fois que je sortirais dans la rue.   ********   Pdv Ibrahim   Je sortis de la douche , me séchai et appelai Rabia. Tout allait bien à la maison, mais elle se plaignit encore de la solitude. Pourtant il faudra qu'on s'y fasse. Les enfants programmeront de plus en plus leurs propres vacances. Papi était parti chez Sokhna et Anta avait suivi Zeyna à Banjul et là, j'en rajoutai une couche en partant pour 4 jours en mission. Je l'écoutai se lamenter et je lui promis de rentrer dès que j'aurai fini ma mission. Je raccrochai et m'habillai. J'aurais préféré manger dans ma chambre, mais j'avais rendez-vous avec mes investisseurs pour le dîner. Je descendis au restaurant de l'hôtel. J'étais en avance de 30mn . Je voulais profiter seul du magnifique coucher du soleil. Je m'installai sur la terrasse. Il faisait bon , j'enlevai ma veste. Je commandai un cocktail.   - Bonsoir, elle est belle cette vue, n'est-ce pas?   Je me tournai vers l'inconnue qui me parlait. C'était une femme claire et mince d'une très grande beauté qui portait une belle chemise aux manches courts et une jupe taille haute qui s'arrêtait aux genoux avec des talons hauts vertigineux.   Moi : Oui, c'est très beau!   La femme : Puis-je m'asseoir?   Moi : Oui, mais je devrais vous laisser dans quelques minutes, j'attends quelqu'un.   Elle s'assit à côté de moi.   La femme ; Pas de soucis! Vous êtes sénégalais, n'est-ce pas ?   Moi : Oui!   La femme : Je me disais bien. Je m'appelle Ramatoulaye Sow.   Moi : Ibrahim Diop!   On se serra la main.   Ramatoulaye : Enchantée de croiser un compatriote. Je suppose que comme moi , vous êtes là pour affaires.   Moi : Vous avez vu juste! Je suis arrivé ce matin.   Ramatoulaye : Je suis arrivée, hier, je rentre dans 6 jours. Je suis contente, j'aurais de la compagnie.   Je levai ma main pour lui montrer mon alliance. Elle sourit.   Ramatoulaye : Oh! Je ne parlais pas de ce genre de compagnie.   Je souris. Il valait mieux être direct. J'avais déjà eu ce genre de propositions malsaines de femmes d'affaires cherchant à profiter de leur voyage à l'extérieur pour ''s'amuser'' un peu.   Ramatoulaye : Votre femme a de la chance! Même à des milliers de km, vous lui restez fidèle. Moi, je n'ai pas eu cette chance. A votre place, mon ex-mari aurait sauté sur l'occasion.   Moi : Il devait être fou votre ex-mari ! Une femme aussi belle, on la garde jalousement. Elle sourit .   Ramatoulaye : Merci, pour le compliment.   Moi : Je ne le dis pas juste pour vous faire plaisir. Une femme comme vous trouvera un jour un homme qui n'aura pas besoin d'aller voir ailleurs.   Ramatoulaye Oh, vous savez, j'ai d'autres priorités. Avec ou sans mec, je profite de la vie. Je vous propose juste de visiter la ville avec moi. Ne vous inquiétez pas, je ne ferais pas subir à votre femme ce que j'ai subi. A moins que vous n'ayez pas confiance en votre capacité à résister à ma beauté.   Je souris et la fixai du regard.   Moi : Oh, moi, je sais bien me tenir, madame. Ma femme est bien plus jolie que vous.   Elle éclata de rire.   Ramatoulaye : Oh! Je vous pardonne cette dernière phrase, par fidélité féminine. Je vous laisse ma carte professionnelle. Vous devez avoir comme moi un emploi du temps chargé, mais si vous êtes libre certains soirs, appelez-moi , ça me fera plaisir de sortir visiter la ville le soir, il paraît que c'est trop beau. Je n'ose sortir seule dans une ville où je ne connais personne et où j'ai bien des difficultés avec la langue.   Je pris sa carte professionnelle.   Moi : Désolé, je n'ai pas ma carte sur moi. Je vous en donnerai une demain.   Ramatoulaye : J'espère bien. Je vous laisse! vous m'aviez dit que vous attendiez quelqu'un, je lui laisse la place. A demain, peut-être !   Moi : A demain!   Elle s'en alla, j'avais peu d'occasion de croiser une sénégalaise en Malaisie. Je lu sa carte professionnelle. Elle était directrice d'une société d'Import-export. Je la recontacterai demain pour visiter la ville le soir. Tout comme elle, je suis heureux de pouvoir découvrir cette ville avec une compatriote.   Pdv Rama   Le lendemain   Je lui fis un dernier au revoir avant qu'il ne s'engouffre dans son taxi. Je pris le téléphone et appelai le seul numéro que j'avais contacté ces derniers jours.   - Allô !   Moi : Allô ! Il est parti.   - Il ne s'est rien passé?   Moi : Non! Il est complètement fou de sa femme.   - Tu me déçois, Rama !   Moi : Ou c'est lui qui a changé. Il est fou de sa femme.   - Oh! Il ne peut pas changer! Rentres à Dakar et on parlera de la suite du plan.   Je raccrochai. Sa voix trahissait sa fureur. Il faut dire que tout ne s'était pas passé comme on l'espérait. Il ne m'avait parlée que de sa femme, pendant ses trois jours. Il me semblait tellement inaccessible que je n'avais rien tenté. Rien! Si je faisais un geste déplacé, il se serait braqué et j'aurais perdu sa confiance. Dire qu'avant de venir, on me l'avait décrit comme un coureur de jupons. On avait dû se tromper sur la personne. Le Ibrahim que j'avais fréquenté ces derniers jours semblait totalement insensible à une autre femme que la sienne. C'est la première fois qu'on semble si peu s'intéressait à moi. Moi qui ai habitué à avoir tous les hommes à mes pieds. Mais il faut que je réussisse, la récompense est juste faramineuse. Je n'ai pas droit à l'échec. Je n'aurai jamais une autre occasion de gagner autant.      
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