Pdv Anta
Le retour à Dakar fut difficile. Dès le lendemain de mon anniversaire, nous rentrâmes comme au départ en deux groupes. Notre groupe fit escale de nouveau à Nairobi.
Les cours reprirent le 5 janvier et j'ai longtemps hésité entre une tenue ''ancien look'' et ''nouveau look''. Je finis par prendre une de mes nouvelles tenues. Je n'avais acheté rien de girly. Ne vous inquiétez pas, je n'avais acheté aucune robe, ni jupe, ni legging, ni haut dos nu, ni talons hauts. Rien dans mes achats n'était de couleur rose bonbon ou orange. Non, j'avais juste féminisé ma garde-robe. Je pris un haut bleu où il était inscrit ''I SA'' et un jean slim noir avec des all stars bleues. J'attendrai un autre jour pour mes ballerines. Je pris mon sac au dos et descendis dans la salle à manger où Papi prenait déjà le petit déjeuner. Mes parents partaient toujours plus tôt.
Je suis entrée dans ma classe, en faisant semblant de ne pas remarquer le regard insistant de mes camarades. Voilà pourquoi j'avais hésité à m'habiller ainsi. Je savais que j'allais être au centre de toutes les conversations. Quelques-uns osèrent complimenter ma tenue, les autres préférèrent rester en retrait.
*********
Je pris mon plateau et m'installai sur une table du fond. J'avais l'habitude de manger toute seule à la cantine.
- Il est bon, ton riz?
Je levai la tête et regardai celui qui venait de me parler. Il me voulait quoi, lui?
Un garçon : Je peux m'asseoir ?
Moi : Oui, me sentis-je forcée de dire.
Il s'assit et je baissai la tête, regardant timidement mon repas. Il plongea sa fourchette dans son assiette et le mit à la bouche.
Le garçon : Tu sais, tu devrais arrêter de t'isoler comme ça.
Je levai ma tête et le regarder surprise. A quoi, il joue celui-là. Ça fait deux semaines que ce gars-là ne me lâche pas. Ça a commencé par des bonjours chaque matin à croire qu'il fait exprès chaque matin de m'attendre dans le couloir. Aujourd'hui, il s'incruste carrément à ma table. Qu'est-ce qu'il me veut? Il portait un tee-shirt blanc, un jean bleu et des baskets blanches. Il faisait frais et il avait au-dessus de son tee-shirt, un pull noir. Il était de taille moyenne, noir et surtout très mignon.
Le garçon : Comment t'appelles-tu ?
Moi : Anta !
Le garçon : Moi, c'est Amadou! Je suis en 1ère L.
Moi : ...
Amadou : Tu es en 2nde S. J'ai un ami dans ta classe: David Jacquard.
Moi : ....
Amadou : On m'a dit que tu es une fille sympa et que tu es très forte en maths.
Moi : ...
Amadou : Pourquoi tu ne dis rien ?
Moi : Je me demande juste qu'attends-tu de moi ?
Amadou : Ne te retranches pas dans ton terrier. On m'a dit que tu étais un bon professeur. J'ai ma sœur qui est en 3ème et elle a des difficultés en maths. J'aimerais que tu l'aides un peu.
Intérieurement, je n'étais pas surprise. Pour quelle autre raison un inconnu viendrait-il me parler?
Moi : Pourquoi moi? Je ne te connais pas et je ne connais pas ta sœur.
Amadou : Je sais, on ne se connaît pas, mais David m'a dit que tu es sympa... Ma sœur a vraiment des difficultés en maths et je m'inquiète pour elle pour son brevet. S'il te plaît, aides-la.
Il insista du regard et je dus accepter juste pour qu'il arrête de me fixer avec ses beaux yeux.
Moi : Ok, mais juste , parce que ta sœur en a besoin.
Amadou - Au fait, je peux prendre ton numéro de portable?
Moi : ....
Amadou - C'est pour le donner à ma sœur. Elle va t'appeler et vous verrez comment vous pourrez vous rencontrer?
Moi : Pourquoi elle ne pourrait pas venir me voir directement comme toi tu le fais là?
Amadou - Elle n'est pas élève ici.
Moi : Et tu voudrais que j'aide une fille qui n'est même pas dans l'école ?
Amadou : S'il te plaît ! Si tu n'as pas confiance, elle pourra venir chez toi. S'il te plaît !
Moi : Ne me regardes pas comme ça ! Suppliai-je en moi.
Amadou :Ok !
Il sortit victorieusement son portable de sa poche et je lui donnai mon numéro.
*********
Je venais de rentrer dans ma chambre juste après le dîner quand je reçus un message : Slt Anta, comment ça va ? Amadou.
Moi : Slt, Amadou, je vais bien et toi?
Amadou : Slt, ça va! Je sais que tu vas te fâcher, mais il faut que je te l'avoue. Je n'ai pas de sœur en 3ème.
Il resta 5mn sans réponse et me renvoya un msg.
Amadou : Tu es fâchée?
Je ne répondis pas. Mon portable sonna deux fois, mais je refusai de décrocher.
Amadou : C'était le seul moyen pour avoir ton numéro. Décroches, s'il te plaît, Jolie Anta.
Il appela de nouveau, mais je n'osai décrocher.
Moi, par sms : Qu'attends-tu de moi ?
Amadou : Ça fait deux semaines que je t'observe à l'école. Sérieux, tu me plais.
Moi : ...
Choquée, je ne sus quoi lui répondre.
Amadou : Il y a des choses, on ne doit pas en parler par sms.
Moi : ....
Amadou : Ok ! Demain, je viendrai te voir à la récréation.
Effrayée par l'idée de le voir débarquer dans ma classe, je l'appelai.
Moi : Si c'est pour te moquer de moi et me foutre la honte à l'école, Oublies-moi. Je n'aime pas les blagues de mauvais goût.
Amadou : Mais pourquoi penses-tu que je veux forcément t'humilier? Donc pour toi, je suis forcément faux. J'ai fait quoi de mal en t'avouant mon intérêt pour toi.
Moi : ...
Amadou : Encore ton silence! Je peux t'assurer que c'est sincère.
Moi : Je vais me coucher. Bonne nuit!
Je mis mon portable en mode silencieux, mis mon pyjama et me couchai. S'il pense que je vais croire à ses bobards.
*********
Je finis par croire à ses bobards. Il m’avait tellement croulée de sms et d'appels pendant ces 4 dernières semaines et Zeyna avait tellement pris sa défense que j’avais dû donner un peu plus de crédit à ce qu'il me disait. Je ne lui faisais pas carrément confiance, mais j'acceptais d'être son amie. Pour Zeyna, je venais de rencontrer mon premier petit ami. Mon changement vestimentaire avait dû attirer son attention. Mais bon, elle aimait trop les livres ''à l'eau de rose''. Je restai moins enthousiaste qu'elle. On verra ce que la vie nous réservera.
*************
Pdv Anta
Quelques semaines plus tard
Amadou était devenu un bon copain et après insistance, je finis par accepter d'aller manger une glace avec lui. Pour y aller, il fallut qu'on trouve un subterfuge avec Zeyna. Je passai le week-end chez Papy et Mamy et on leur demanda la permission pour une petite sortie avec des amis. Ils acceptèrent, mais nous devions rentrer au plus tard à minuit. Dès qu'on sortit, Zeyna et moi, on se sépara. Elle prit avec précaution le numéro d' Amadou et on se donna rendez-vous dans deux heures de temps. Il était 20h, on avait une grande marge avant l'heure du couvre-feu.
***********
Moi : Allô ! Amadou, tu es où ?
Amadou : J'arrive. Je suis dans le taxi.
On s'était donnés rendez-vous dans une célèbre glacerie. J'avais mis le seul haut girly que ma mère m'avait achetée à Johannesburg. Je ne voulais pas de ce haut, mais ma mère l'avait acheté en douce et me l'avait remis arrivé à Dakar. Si je voulais le jeter, j'en avais le droit m'avait-elle dite. Mais je l'avais gardé pour éviter des problèmes. Je connais ma mère. Si elle me le redemandait et que je lui disais que je l'avais jeté, j'aurais des remarques. Aujourd'hui, je ne regrettais pas de l'avoir gardé. Même moi, je reconnaissais que ça m'allait bien. J'avais pour la première fois depuis des années laisser libres mes longs cheveux. Zeyna m'avait même maquillée. Le seul hic, c'étaient mes lunettes. Il faudra que j'essaye de convaincre ma mère de m'en acheter de plus esthétiques. Ah oui, Amadou était en train de me changer en bien. A force de l'entendre me complimenter, j'avais vraiment envie de faire plus que ce qu'il avait déjà.
Il arriva un quart d'heure après moi et je lui fis la tête. Sérieux, je déteste les gens qui arrivent en retard. Il me supplia de l'excuser et je finis par le faire. On passa près de 30 mn à discuter en savourant les bonnes glaces que nous avions achetées. Rassasiés (ils étaient énormes les cornets de glace que nous avions choisis),nous allâmes nous promener. Nous finîmes par nous retrouver dans une petite ruelle déserte à cette heure-ci.
Amadou : Anta !
Moi : Oui !
Amadou : J'aimerais qu'on soit plus que des amis.
Moi : ...
Amadou : Veux-tu sortir avec moi ?
Moi : ...
Amadou : Réponds-moi !
Moi : Oui !
Un rire que je reconnus aussitôt me fit sursauter.
- Sérieux, alors tu n'es vraiment pas lesbienne ?
Tremblante, je me retournai vers lui.
Moi, bégayant : Mohamed? Que... fais... tu... ici?
Mohamed : Bin, je voulais être aux premières loges. Sérieux, tu lui as dit oui?
Moi : Eh mec, ne sous-estimes pas mes talents de séducteur!
Je me retournai et dévisageai horriblement celui qui venait de me trahir.
Moi : Vous étiez de mèche ?
Mohamed : La vengeance est un plan qui se mange froid. Je t'avais dite que tu me paieras l'humiliation publique que tu m'as faite. Amadou est un ami. C'était facile de le convaincre de m'aider à peaufiner ma vengeance.
Moi : Comment as-tu pu me faire une chose pareille, Amadou ? Tu ne me connais pas. Je ne t’ai rien fait !
Sans le faire exprès, mes larmes commencèrent à tomber.
Mohamed, en riant : Oh, arrêtes ton cinéma. Tu pensais vraiment qu'un gars comme lui puisse s'intéresser à une fille comme toi. Tu devrais arrêter de suivre tes films de science-fiction. Tu as toujours été une fille idiote. Là, tu es arrivée au summum de ta bêtise. Dès lundi, toutes tes camarades sauront quelle idiote tu es. Je t'ai filmée, ça ira sur Snapchat.
Je courus vers lui et me mit à le frapper de colère.
Moi : Je te déteste! Je te déteste !
Amadou et un autre garçon qui accompagnait Mohamed m'attrapèrent.
Moi, me débattant violemment : Lâchez-moi !
Moi : Je te déteste, Mohamed !
Je partis en pleurant. Je marchai aussi vite que j'ai pu . Tout à coup, une voiture s'arrêta et avant que je ne comprenne, on me poussa violemment à l'intérieur.
**************
Pdv Zeyna
Max : Calmes-toi, Zeyna.
Moi : Max, ce n’est juste pas normal. Elle ne répond pas et Amadou ne répond pas non plus. Il a dû se passer quelque chose.
Max : Ils sont sûrement très occupés. Si tu vois, ce que je veux et nous devrions en faire de même.
Il me caressa.
Moi, au bord de la crise de nerfs : Walay, si tu ne me laisses pas, je te tue.
Il s'éloigna.
Max : Tu es là à t'inquiéter pour des gens qui se la coulent douce en ce moment.
Moi : Il est 23h. Anta devait me donner au moins des nouvelles depuis une heure. Elle n'est pas du genre à se la couler douce et elle n'ignore jamais mes appels. Là, ça fait dix fois que j'appelle sans réponse. Il se passe quelque chose.
Max : Donnes-moi son numéro !
Il l'appela en vain.
Max : Donnes-moi celui de son copain.
Après deux sonneries, ce dernier décrocha. Max me tendit le portable.
Amadou : Allô !
Moi : Allô! Amadou ?
Amadou : Oui!
Moi : C'est Zeyna, la cousine d'Anta ! Tu...
Il me raccrocha au nez! Non ! Je n’y crois pas, ce c*n m'a raccrochée au nez ! J'essayai plusieurs fois de le joindre. Il m'ignora.
Moi, furieuse : Tu vois ça, il me raccroche au nez!
Max- Tu l'as dérangé en pleine action avec sa copine. Ça l'a énervé.
Il rit, amusé.
Moi : Ce n’est pas sa copine. Ma cousine n'est pas ce genre de fille. Arrêtes tes sordides moqueries.
Mon portable sonna.
Moi : Allô ! Anta, tu es où ?
Anta : Je suis dans le taxi. J'arrive.
Moi : Mais ta voix est étrange! Tu pleures?
Anta : C'est horrible... ce qui s'est passé ! Je... t'expliquerai... à la maison.
Moi : Ok! On se retrouve à la maison. J'étais dans le jardin public avec Max. Je serais à la maison avant toi.
Max, quand je raccrochai : On dirait que ça ne va pas fort.
Moi : Non! Ce Amadou n'est qu'un c*n. Raccompagnes-moi.