L'emménagement

3060 Words
Après quelques minutes de route, de nombreux détours et encore plus de culs-de-sacs, nous arrivons enfin devant la résidence universitaire. Au loin, j'aperçois un énorme camion portant le logo d'une entreprise de déménagement inscrit à l'encre noir sur le côté. Je tourne la tête vers ma meilleure amie. Tokyo : " Cass ?" Cassandra : " Mhm ?" Tokyo : " Pourquoi as-tu louer un camion aussi énorme ? Je te rappelle qu'en tout et pour tout, nous devons avoir dix cartons à tout casser. C'est limite si je n'aurais pas pu tous les mettre dans mon coffre." Je me gare à proximité du camion et elle, plutôt que de me répondre, elle descend de la voiture et part directement en direction de deux types baraqués qui attendent bien gentiment à l'arrière du véhicule. L'un porte une casquette, qui doit avoir à peu près le même âge que son propriétaire, l'autre non. Je sors à mon tour, je la rattrape, puis je l'arrête en attrapant son bras avant qu'elle n'est eu le temps de les rejoindre. Tokyo : " Je t'ai posé une question Cass !" Je ne le sens pas ce coup là ! Je la connais mieux que moi même et je sais que là, elle me prépare quelque chose ! Ce que je ne devine pas encore c'est si c'est bon ou mauvais. Elle lève un doigt devant mon visage m'intimant ainsi l'ordre silencieux de me taire. Je soupire, mais je décide tout de même de la lâcher. Si je veux savoir ce qu'elle trafique, je n'ai pas le choix. Elle reprend sa marche tout sourire, me laissant ainsi derrière elle, à me demander à quelle sauce je vais bien pouvoir être manger cette fois. Elle s'arrête définitivement devant l'homme à la casquette qui a l'air légèrement plus âgé que son collègue. Cassandra : " Bonjour messieurs, désolée pour le retard. Tout est là ?" Les deux hommes nous font un imperceptible hôchement de tête afin de nous saluer, puis celui à qui elle s'est adressé ouvre l'une des deux portes à l'arrière. Déménageur 1 : " Voyez par vous même." Quand la porte s'ouvre, je penche légèrement la tête afin de pouvoir voir convenablement l'intérieur, mais je crois que j'ai la berlue. Je tourne une nouvelle fois la tête en direction de cette fille excentrique au possible et par moment, complètement insupportable, surtout quand elle décide de n'en faire qu'à sa tête...exactement comme maintenant ! Tokyo : " Mais...mais qu'est-ce que c'est que tout ça ???" Sachez que là, devant moi, ce n'est pas du tout dix cartons que je vois, mais presque un appartement complet ! C'est quoi tout ça ?!? Elle me répond sans lâcher des yeux le chargement. C'est limite si je ne vois pas ses yeux briller comme un enfant le matin de Noël lorsqu'il découvre tous ces cadeaux sous le sapin. Cassandra : " Nos affaires." Je la regarde elle, puis l'intérieur du camion, et à nouveau elle. Tokyo : " Impossible que tout ceci soit à nous. Je suis certaine que quand je suis parti de chez mes parents hier, je n'avais pas tout ça, et toi non plus ! Merde Cass, mais qu'est-ce que tu as encore été fabriqué ?!" Cassandra : " Je me suis permise d'acheter quelques bricoles afin que nous nous sentions totalement chez nous. J'ai pris un peu de tout." Je touche un pied en bois. Tokyo : " Ne me dis pas que tu as acheté un lit ???" Cassandra : " Deux. Un pour toi et un pour moi." Tokyo : " Mais pourquoi faire ??? Il y a des lits dans la chambre ! Je te rappelle que c'est une chambre étudiante meublée !" Cassandra : " Plus maintenant." Tokyo : " Par...pardon ?!?" Cassandra : " Oui, après notre rendez-vous avec le chargé d'admission, je me suis permise de le recontacter pour lui demander de vider notre chambre afin que je puisse la meublée moi même et il a accepté. Alors, j'ai pu racheter l'intégralité du mobilier." Tokyo : " Et parce que tu le lui as demandé, il l'a fait ?" Cassandra : " Après avoir reçu le gros chèque que papa lui a envoyé, oui." Tokyo : " Heeeein ?! Parce que tu as demandé à ton père d'envoyer un chèque à ce mec pour meubler une chambre qui l'était déjà à l'origine ??? C'est de l'argent gaspillé bêtement Cass !" Cassandra : " Et alors ? Tu ne voulais pas que nous prenions un appart, car je cite, c'était trop cher, mais moi, je ne voulais pas avoir à déambuler dans une chambre ou les meubles ont servi à quelqu'un d'autre avant moi." Tokyo : " Dis moi que tu plaisantes et que tu n'as pas vraiment osé faire ça ?!" Cassandra : " Je suis sérieuse au contraire. Pourquoi as-tu l'air si surprise ? Toi et moi, nous sommes d'un certain standing. Nous avons beau aller dans une université plutôt bas de gamme, je pense que nous avons tout de même le droit à un léger traitement de faveur et à la hauteur de notre rang." J'ai souvent tendance à oublier que contrairement à moi, Cass aime se servir de l'argent dont dispose sa famille. Si de mon côté je mets un point d'honneur à être un maximum indépendante, ce n'est pas son cas et j'ai bien peur que cette facette d'elle soit une source de conflit entre nous à l'avenir. En règle générale, j'arrivais à m'en accommoder étant donné que nous ne vivions pas ensemble, mais là, nous n'avons même pas encore officiellement emménagé que je suis déjà à deux doigts de péter un plomb. Ajoutez à ça le manque de sommeil et je peux vous assurer que ma patience ne tiendra pas longtemps. Si elle continue sur cette voie, d'ici la fin de la journée, j'aurais commis un meurtre ! Déjà que je suis dégoûtée d'avoir été assez stupide pour réussir à perdre le numéro de Kane, ce qui m'empêche ainsi d'avoir la chance de pouvoir le revoir un jour, si elle s'y met aussi, ça finira mal. Je m'adresse aux deux hommes qui sont en train d'assister sans rien dire à notre discussion. Tokyo : " Excusez moi messieurs. Je dois parler à mon amie. On revient dans quelques minutes." J'attrape une nouvelle fois le bras de cette fille qui est en train de doucement me faire sombrer dans la folie, puis je l'entraîne un peu plus loin afin que nous puissions continuer en toute intimité ce dialogue de sourd. Tokyo : " C'est quoi ce délire Cassandra ?!" Cassandra : " Mais quoi ? Quel est le problème ? Je n'aimais pas la chambre." Tokyo : " Depuis quand ?! Quand je t'ai montré les photos sur leur site, tu m'as dit que c'était très bien !" Cassandra : " Oui, pour des personnes avec des revenus moyens, mais je te rappelle que nous, ce n'est pas trop cas." Tokyo : " Bien sûr que si c'est notre cas ! Au cas ou tu l'aurais oublié, je te rappelle également que nous ne touchons pas encore de salaire et que c'est justement pour cette raison que j'ai prévu de chercher très vite du travail afin que nous puissions vivre sans avoir à dépendre de personne ! Tu l'oublies ?!" Cassandra : " Tu es encore avec cette idée ?" Je croise les bras sur ma poitrine. Tokyo : " Bien évidemment, et tu le sais très bien. Je t'ai toujours dit que je refusais de dépendre des revenus de nos pères " Cassandra : " Que tu le veuilles ou non, tu le fais. Rappelle moi, qui a payé le premier mois de loyer de cette chambre ?" Tokyo : " C'est mon père oui, mais je compte bien le rembourser dès que j'aurais toucher mon premier salaire !" Cassandra : " Nous sommes riches Kyo, pourquoi veux-tu aller te fatiguer à travailler ?" Tokyo : " Quand tu parles de cette façon tu te comportes vraiment comme une gosse de riche pourri gâté et tu sais que je déteste ça !" Cassandra : " Je ne vais pas renier qui je suis juste pour te faire plaisir ! Que tu le veuilles ou non, nous sommes des enfants de riches." Elle commence bien cette colocation ! À ce rythme nous nous serons écharpés avant la fin de la semaine. Tokyo : " Je n'aime pas quand tu fais ça !" Cassandra : " Quoi ? Quand j'accepte qui je suis ? Je le redis, que tu veuilles l'admettre ou non, nous sommes riches et si je peux me servir de cet argent afin d'obtenir ce que je veux, je le fais. J'ai demandé à ce que nous puissions ramener nos propres meubles, et ça a été accepter, sois heureuse. Franchement, tu te voyais vraiment dormir sur un matelas sur lequel je ne sais qui a fait je ne sais quoi ? Pas moi ! Je n'ai pas envie d'attraper des maladies ou des trucs du genre." Tokyo : " Ne sois pas ridicule, tout est propre." Cassandra : " Qu'est-ce que tu en sais ? Au moins maintenant avec tout ce que j'ai acheté, je suis sûr qu'il n'y a aucun risque." J'abandonne, je n'arriverais pas à obtenir gain de cause avec elle. Cette fille peut être très bornée quand elle s'y met. Tokyo : " Tu sais quoi, laissons tomber, tu as gagné." Elle me saute au cou Cassandra : " Youpi ! Je savais que tu me comprendrais." Tokyo : " Je ne te comprends pas ! Je n'ai juste pas envie de m'engueuler avec toi alors que nous n'avons pas encore emménager mais une fois que tout ceci sera fini, je te garantis que tu vas devoir revoir tes envies de grandeur à la baisse parce que moi, je ne vais pas supporter tout ça bien longtemps, okay ?!" Cassandra : " Oui oui." Elle s'apprête à repartir vers les déménageurs quand j'attrape à nouveau son bras. Tokyo : " Je suis sérieuse Cass !" Cassandra : " Je sais, j'ai compris. Très bien, je me contenterais de vivre comme une pauvresse si ça peut te faire plaisir." Tokyo : " N'exagère pas non plus !" Cassandra : " Bon okay, comme les gens de la classe moyenne, ça te va ?" Tokyo : " C'est mieux oui. Bon, je te laisse te charger d'eux et leur expliquer ce qu'ils doivent faire et de mon côté, je me charge de récupérer les clés de la chambre, ça te va ?" Cassandra : " Ça marche." Nous repartons vers les déménageurs, et comme convenu, Cass leur indique la marche à suivre pour la suite de la journée ainsi que le numéro qui nous a été attribué par Monsieur Wallace. Les deux hommes commencent à décharger les premiers meubles tandis que de mon côté, j'attrape l'un de mes cartons que je reconnais sans difficulté. C'est celui dans lequel j'ai mis tout ce qui m'est le plus cher et que je comptais absolument emmener avec moi pour ma toute nouvelle vie. Une fois chargé de mon précieux colis, je prends la direction du bâtiment. J'appuie sur la sonnette de la résidence, non sans mal ayant tout de même les mains légèrement encombrés. La porte émet une brève sonnerie, puis s'ouvre. J'entre, j'avance de quelques pas, puis je m'arrête devant un bureau non loin de l'entrée. Un homme brun, plutôt mignon mais pas autant que Kane, est assis derrière un comptoir et me regarde sans rien dire. Tokyo : " Bonjour." Homme : " Bonjour." Tokyo : " Vous êtes le gardien c'est ça ?" Homme : " Oui, je peux vous aider ?" Tokyo : " Mon amie et moi emménageons aujourd'hui. Monsieur Wallace a dû vous laisser nos clés." Homme : " Vous êtes Mesdemoiselles Sharlton et Loomis ?" Tokyo : " C'est bien ça. Je suis Tokyo Sharlton." Homme : " Enchanté. Vos clés sont ici." Il ouvre un tiroir, d'ou il sort deux jeux de clés. Homme : " Il y en a une pour vous, et une pour votre amie. Votre chambre est la numéro trente six, tout au bout de ce couloir ci." Du doigt, il me désigne le couloir de droite. Il poursuit Homme : " Je suis Sam et je suis le gardien principal de la cité universitaire. Je suis présent le week-end et tous les soirs de la semaine. La journée, vous trouverez Marie et Pauline qui sont en charge de l'accueil. À partir de vingt deux heures, il n'y a plus personne derrière ce bureau alors je vous conseille d'avoir constamment vos clés sur vous si vous ne voulez pas avoir à dormir dehors. Des questions ?" Tokyo : " Et vous, vous êtes où après vingt deux heures ?" Il hausse les épaules Sam : " Moi ? Je suis ici et là. Je fais ma ronde et comme vous avez dû le constater, le campus est très grand. Je n'ai pas le temps de trainer constamment dans le coin." Ça, je l'avais remarqué. Ce campus m'a l'air d'être un véritable labyrinthe. Je me suis d'ailleurs perdu plus d'une fois entre le moment ou Cass et moi avons passé la grille tout à l'heure et la résidence où nous sommes. Tokyo : " Et si jamais on m'agresse et que j'ai besoin d'aide ?" Il me tend une carte avec un numéro de téléphone. J'y jette un coup d'œil avant de le regarder à nouveau. Sam : " Enregistrez mon numéro et appelez moi, j'arriverai le plus vite possible. Mais sachez que vous ne risquez rien ici, il n'y a jamais eu d'agression sur le campus." Tokyo : " Très bien, merci." Je mets sa carte dans la poche de mon jogging ainsi que les deux trousseaux de clés. Tokyo : " Autre chose ?" Il me sort son premier sourire. Il était temps, j'ai bien cru qu'il ne savait pas le faire. Sam : " Rien d'autre. Je vous souhaite une bonne arrivée parmis nous." Tokyo : " Merci. Mon amie va arriver avec les déménageurs, vous pourrez leur ouvrir la porte s'il vous plaît ?" Sam : " Bien sûr." Je reprends mon carton en mains. Il me regarde en haussant un sourcil Sam : " Besoin d'aide ?" Tokyo : " Non merci, ça va aller." Je prends ensuite la direction du couloir de droite, comme le dénommé Sam me l'a indiqué précédemment. Je le longe un long moment avant d'arrivée enfin à la porte portant le numéro trente six. Je suis bien contente que notre chambre se trouve au rez de chaussée, j'aurais été dégoûtée d'avoir à monter les escaliers tous les jours. Il faut savoir que la résidence est sur trois étages sans ascenseur, imaginez un peu si jamais nous avions dû habiter au dernier étage. Je pose mon carton au sol, puis je sors le double des clés de ma poche. J'insère la clé dans la serrure, puis la porte s'ouvre. La chambre doit faire vingt cinq mètres carrés environ, idéale pour deux jeunes étudiantes. J'entends des pas s'approcher, puis s'arrêter dans mon dos. Tokyo : " C'est..." Cassandra : " Très vide." Tokyo : " J'allais dire parfait, mais oui, très vide aussi." Comme l'a demandé Cass, la pièce est intégralement vide. Il n'y a rien...rien du tout ! Je ramasse mon carton, puis j'entre dans la pièce, Cassandra sur mes talons. Tokyo : " J'aime beaucoup, pas toi ?" Cassandra : " Mouais bof. Moi si je suis là tu le sais, c'est parce que tu l'as voulu." Je me dirige vers la seule et unique fenêtre de la pièce. J'adore la vue. Celle ci donne sur une grande allée border d'arbres, et tout au bout, on aperçoit un parc. Voilà, je crois que je viens tout juste de tomber folle amoureuse de cet endroit. Des bruits dans mon dos me font sursauter, je me retourne. Les déménageurs viennent de déposer l'un des lits au beau milieu de la pièce. Celui sans casquette demande à Cass Déménageur 2 : " On le met ou ?" Elle lui désigne un coin de la chambre Cassandra : " Ici sera parfait, et faites attention, ce n'est pas un lit aux rabais." Je lève les yeux au ciel. Ils placent le lit à l'endroit qu'elle leur a indiqué puis ils ressortent me laissant seule avec Cassandra. Tokyo : " Tu prends quel côté ?" Elle me désigne le côté de la chambre ou le lit est déjà installé. Cassandra : " Prends celui ci, je prends l'autre." Je me dirige vers le lit, je me mets à genoux, puis je dépose mon précieux carton. Je passe la paume de ma main sur le couvercle, puis je le fourre sous le lit. Cassandra : " C'est quoi ?" Tokyo : " Rien." Cassandra : " Pourquoi tu ne sors pas ce qu'il y a à l'intérieur ?" Je me remets debout puis je me tourne face à ma meilleure amie. Tokyo : " Parce que ce qui est à l'intérieur doit y rester et je t'interdis d'y toucher." Cassandra : " Tu me caches des choses ?" Tokyo : " Non, c'est juste des choses dont je ne suis pas encore prête à me séparer." Cassandra : " Quelles choses ?" Tokyo : " Laisse tomber." J'attrape son bras puis je la tire avec moi à l'extérieur de la chambre. Tokyo : " Allez viens, on va aider ces messieurs. Plus vite on aura terminer, et plus vite on sera tranquille." Elle grimace Cassandra : " On doit vraiment les aider ?" Tokyo : " Oui, Cass, on les aide. Allez princesse, viens te salir les mains toi aussi." Elle regarde à l'intérieur de la chambre Cassandra : " En parlant de ça...où est la salle de bain, je ne la vois pas ????" Tokyo : " Dans le couloir, je te l'ai dit il y a un mois. Ce sont des douches communes." Elle se passe la main sur le visage, blasée. Cassandra : " Ça m'étais sorti de la tête ! Arrrgh, je sens que je vais détester ça !" J'explose de rire face à sa tête, puis nous sortons du bâtiment et poursuivons notre emménagement...
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