Chapitre 12 : Le Poids de la Décision

1035 Words
Kieran Le silence qui suit mes paroles est plus lourd que jamais. Même la pleine lune, d’ordinaire éclatante dans le ciel nocturne, semble vaciller un instant, noyée par l’ombre qui enveloppe la clairière. L’air est chargé d’électricité, chaque souffle du vent paraissant murmurer une mise en garde, comme si la forêt elle-même savait que cette nuit marquerait un tournant. Face à moi, Léon ne bouge pas. Son expression reste figée, dure comme la pierre, mais je perçois le changement. Une lueur d’incompréhension traverse son regard. Il ne s’attendait pas à ça. Il ne pensait pas que je choisirais la résistance. Un sourire méprisant tord ses lèvres. — T’es un imbécile, crache-t-il, sa voix tranchante comme une lame. Tu crois vraiment que tu peux échapper à ce que tu es ? À ce que tu vas devenir ? Une chaleur insupportable envahit mes veines. La transformation rôde, tapie sous ma peau comme une bête en cage, impatiente de s’éveiller. Chaque fibre de mon être réclame que je cède à l’appel de la pleine lune, que je libère cette force brute qui sommeille en moi. Mais je ne le fais pas. Parce qu’elle est là. Amy. Mon regard se pose sur elle malgré moi. Elle ne dit rien, mais je peux voir cette étincelle dans ses yeux. Une lueur douce et inébranlable, une confiance absolue. Elle croit en moi. Elle croit que je peux résister. Et c’est tout ce dont j’ai besoin. Léon ne comprendra jamais. Lui qui n’a connu que la violence, que la loi du plus fort. Il méprise la douceur. Il méprise l’amour. Il ne supporte pas ce qu’il ne peut pas comprendre. Son sourire s’efface, remplacé par une expression plus sombre. — Tu parles de résistance, mais à quel prix ? demande-t-il, sa voix empreinte d’un venin subtil. Il tourne légèrement la tête vers Amy, et mon corps entier se tend sous l’adrénaline. — Tu crois que tu peux la protéger, hein ? poursuit-il, un sourire cruel étirant ses lèvres. Tu crois que ton choix a de l’importance ? Ses yeux glissent lentement sur elle, détaillant chaque mouvement, chaque respiration. — Regarde bien, Kieran, souffle-t-il, sa voix plus grave, plus intense. Parce que ce monde ne fonctionne pas comme ça. Son ton change, devient plus insidieux, plus sombre. — Elle va souffrir. Je sens mon cœur rater un battement. — Elle va mourir. Un grondement s’échappe de ma gorge avant même que je ne le réalise. Il veut me briser. Il veut m’arracher mes certitudes, m’obliger à flancher. Mais je ne tomberai pas dans ce piège. Plus maintenant. — Si tu veux la toucher, Léon, il faudra d’abord passer sur mon cadavre. Ma voix est calme. Implacable. Un instant, Léon ne dit rien. Puis, lentement, son sourire s’efface. Il comprend. Je ne suis plus le même. D’un geste lent, il fait signe à ses hommes. L’ordre est silencieux, mais je le ressens dans l’air chargé de tension. Ils vont attaquer. Puis, avant qu’ils ne puissent bouger, un cri fend la nuit. Un cri de douleur. Tous les regards se tournent vers la forêt. Un deuxième cri résonne, plus fort, plus désespéré. Mon estomac se serre. Ce n’est pas un cri ordinaire. Ce n’est pas juste un loup blessé. C’est un appel. Léon esquisse un sourire. — Intéressant… Le vent se lève soudainement, portant avec lui une odeur âcre, métallique. Du sang. Un bruissement traverse la forêt. Quelque chose approche. Puis, une silhouette émerge de l’ombre. Massive. Imposante. Chaque pas fait trembler le sol sous son poids. Mon cœur se serre. Je reconnais cette démarche. Je reconnais cette puissance brute, cette aura oppressante qui semble aspirer toute la lumière autour de lui. Non… Mon souffle se bloque dans ma gorge. C’est lui. L’ancien. Celui qui m’a tout appris. Celui qui m’a façonné… avant de me trahir. Ses yeux rouges brillent comme des braises dans la nuit. Il ne me quitte pas du regard. Je sais ce que cela signifie. Cette nuit ne se terminera pas sans sang. Léon éclate de rire. — Voilà celui que tu voulais fuir, Kieran. Son sourire s’élargit, déformé par une satisfaction malsaine. — Il est trop tard. Non. Je serre les poings. L’adrénaline pulse dans mes veines comme une tempête déchaînée. Un mouvement me ramène à la réalité. Une main frôle mon bras. Amy. Elle est là. Près de moi. Elle ne recule pas. — Reste derrière moi, murmuré-je, sans détourner mon regard de l’ancien. Mais elle secoue la tête. — Je ne vais pas me cacher, Kieran. Sa voix est tremblante, mais elle ne vacille pas. Un mélange d’angoisse et de fierté m’envahit. Elle est forte. Plus forte que je ne l’aurais cru. Léon recule légèrement, et je comprends. Ce n’est plus lui le plus grand danger, ce soir. L’ancien avance, lentement, ses griffes luisant sous la lumière de la lune. Sa voix brise enfin le silence. — Kieran. Un frisson me parcourt l’échine. Il n’a pas besoin d’en dire plus. Tout est clair. Le combat est inévitable. Et cette fois, il n’y aura pas d’échappatoire. Léon se redresse légèrement, et je perçois l’étincelle d’excitation dans ses yeux. Il voulait voir ce moment, il voulait me voir contraint d’affronter mon passé. L’ancien fait un pas de plus, et l’air devient plus lourd, plus oppressant. Autour de nous, les autres loups n’osent plus bouger. Léon lui-même reste figé, le regard rivé sur l’imposante silhouette. Amy serre mon bras plus fort. — Qu’est-ce que c’est ? murmure-t-elle. Je ravale ma salive. — Un cauchemar. L’ancien s’arrête à quelques mètres de moi. Il me toise, impassible. — Tu as fui, dit-il d’une voix grave. Le ton n’est ni accusateur ni moqueur. Juste… un constat. — Tu savais que je viendrais, ajoute-t-il. Oui. Je le savais. Depuis la seconde où j’ai décidé de ne plus être leur arme, depuis le jour où j’ai osé espérer un avenir différent, je savais qu’il ne me laisserait jamais partir. — Je ne reviendrai pas, dis-je d’une voix rauque. Il incline légèrement la tête, comme s’il analysait mes mots. Puis, il esquisse un sourire. — Je ne t’ai jamais donné le choix. Le sol tremble sous mes pieds. La nuit retient son souffle. Le combat commence.
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