Settoute, la mégère, amoureuse du prince Ali

1288 Words
Settoute, la mégère, amoureuse du prince AliQue mon conte soit beau et se déroule comme un long fil… Dans un village appartenant à un royaume éloigné, jadis habitait une vieille mégère (Settoute) avec son fils. Celui-ci était de forte corpulence et battait tous les enfants à la lutte. Il ne lui restait plus que le prince Ali à qui se mesurer et devenir ainsi un champion absolu. Mais comment faire si le prince ne quittait jamais le palais et ne se nourrissait que de viande sans os et de pain tendre ? Un jour, il eut l’idée d’envoyer sa mère dans l’espoir de l’amener dehors et ainsi lui proposer une partie de lutte. En vraie mégère, sa mère n’eut aucune difficulté à s’introduire dans le palais royal et à proposer au prince une promenade à l’extérieur. Ali voulait bien, mais il avait besoin de l’autorisation de son père. Settoute, la mégère, n’hésita pas à jouer l’intermédiaire ; mais le roi refusa catégoriquement car il avait peur pour la sécurité de son unique héritier. La mégère ne désespérait pas. Elle alla voir le prince en personne et lui dit : – Ce soir, demande qu’on te serve de la viande avec des os ! Sinon, refuse de manger et boude tout le monde jusqu’à ce qu’on daigne te satisfaire. Le soir venu, le prince mit en exécution les conseils de sa visiteuse. – Je veux de la viande avec un gros os et du pain rassis. – Mais prince, lui rétorqua la servante, ton père refusera ! – Alors je ne mange pas, je jeûne aujourd’hui. On lui apporta ce qu’il avait demandé. Après avoir fini de manger, il prit le gros os et brisa la vitre de sa fenêtre. Quel bonheur de voir les garçons de son âge qui jouaient dans une ambiance joyeuse ! Dès lors, il ne pensait qu’à sortir et à rejoindre cette b***e d’enfants insouciants. Il eut beau supplier son père, celui-ci restait intransigeant. Mais à force d’insister et de revenir à la charge, le prince finit par avoir gain de cause. Le prince Ali s’apprêta à sortir. Le palefrenier lui sella un cheval. Mais curieusement, dès qu’il le montait, la pauvre bête s’écroulait aussitôt sous le poids trop pesant de ce cavalier mystérieux. On eut beau changer de chevaux, tous se révélèrent incapables de le porter. Intrigué, le roi alla consulter le vieux sage et lui fit part de son inquiétude. Le sage lui suggéra un cheval ayant le même âge que le prince. De retour à la maison, le palefrenier harnacha le plus vieux cheval de l’écurie et Ali put enfin le monter pour la première fois de sa vie. Avant de sortir, le roi lui demanda de récupérer dans le pré le troupeau de chamelles, sans berger, à son retour. Dans son euphorie, le prince Ali chevaucha longtemps avant de se reposer dans le pré où se trouvaient les camelins. Vers le soir, un fort orage éclata. Une des chamelles prit peur et mit bas prématurément : son petit fut mort-né. Pris de panique et inexpérimenté, Ali souffla dans les narines de la chamelle dans l’espoir de la calmer car elle était très perturbée. Mal lui en prit. À son grand désespoir, celle-ci se métamorphosa subitement en ogresse effrayante. Oh, quel malheur ! Ali s’affola, il ne savait plus quoi faire. De retour à la maison, il ne souffla mot sur sa mésaventure. Fatigué, il alla dans sa chambre pour se reposer et éviter les questionnements inutiles de ses parents. Vers minuit, la chamelle prit la forme d’une ogresse, dévora un mouton et se dirigea droit dans la chambre d’Ali. Toute la nuit, elle le chevaucha tout en le piquant comme un cavalier sa monture. Dès le lever du jour, elle reprit sa forme initiale et regagna l’écurie. Elle renouvelait ainsi son forfait des nuits et des nuits sans que personne ne se rende compte de quoi que ce soit. Le prince Ali dépérissait à vue d’œil, chaque jour un peu plus, et perdait de sa gaieté, de sa joie et de son poids. L’ayant remarqué, son père s’enquérait de la situation sans rien obtenir. Intrigué, un soir, le vaillant père décida de faire le guet pour comprendre ce qui se passait. Ainsi, vers minuit, il put observer le manège suspect de l’ogresse transformée en jolie femme, sous ses yeux ahuris. Le roi tremblait de peur. Il avait tout compris d’un coup. Pour ne pas éveiller des soupçons, il alerta discrètement tous les habitants de son royaume et ensemble ils quittèrent le village la nuit même à l’insu d’Ali. Celui-ci se réveilla le matin et vit qu’il n’y avait pas âme qui vive ; il fuya le village à son tour. Mais il fut vite rattrapé dans sa course folle par la méchante ogresse. Il se réfugia alors sur un grand arbre. L’ogresse l’attendait en bas. Elle lui dit : – Si tu ne descends pas en été, tu descendras forcément en hiver ou en automne : j’ai tout mon temps. Ali essaya à plusieurs reprises de la tromper en appelant du haut de son arbre des passants imaginaires. – Héééooooooooo, vous les passants inconnus, dites à mes parents que leur fils Ali est dans la tourmente ! L’ogresse se précipitait alors dans la direction où Ali faisait des gestes. Mais comme elle était rapide, elle revenait aussitôt sous l’arbre faire son guet en se rendant compte qu’il s’agissait d’un leurre. Ali renouvela plusieurs fois son expérience dans l’espoir de la distraire, mais en vain. La dernière fois, il fit mine de s’adresser à des passants très lointains : – Hééééooooo, vous, s’il vous plaît, arrêtez-vous un instant, écoutez-moi attentivement ; dites à mes parents que leur fils Ali est dans la tourmente ! répéta-t-il plusieurs fois et à voix très haute en gesticulant. L’ogresse tomba dans son piège et se précipita pour s’enquérir de la situation. C’est alors qu’Ali profita de sa courte absence, accrocha son burnous à une branche et descendit rapidement et poursuivit son chemin. L’ogresse ne tarda pas à revenir et à s’asseoir sous son arbre. Ali en profita pour courir aussi rapidement qu’il le pouvait. Il traversa des villages, des montagnes, des monts et des vaux… Mais au bout de quelque temps, un vent fort souffla et fit tomber… le burnous. Affolée, l’ogresse le retourna dans tous les sens à la recherche de son propriétaire, en vain. Se rendant compte de la ruse d’Ali, elle se mit immédiatement à sa poursuite. Entre-temps, la malheureuse victime réussit à s’échapper et à rejoindre un village lointain. Son répit fut de courte durée puisque le lendemain, l’ogresse, qui avait un sens de l’odorat fort développé, le rattrapa. Pour ne pas faire fuir les gens, elle prit l’aspect d’une femme à la beauté inégalable. Arrivée à la place du village, elle reconnut aussitôt Ali. Tous les regards se tournèrent vers elle et les jeunes furent éblouis par une telle beauté. Quant à Ali, il avait vite deviné ce qui se cachait derrière tant de charme et de beauté trompeuse. Tous les hommes la désirèrent secrètement comme épouse sauf Ali qui savait à qui il avait affaire. L’ogresse leur lança un défi et les nargua du regard : – Celui qui parviendra à me faire tomber dans un duel, me prendra comme épouse. Des cris de joie s’élevèrent dans la foule tassée autour de cette femme exceptionnelle. Le premier à se présenter fut terrassé sans ménagement. Le doute commença à s’installer chez les concurrents. Ali, recroquevillé dans son coin, prit sa tête entre ses mains et espérait que quelqu’un pourrait enfin la battre et l’épouser. Mais ce monstre battit tous ses adversaires excepté Ali qui s’obstinait à refuser le duel malgré les encouragements de la foule : – Mais tu n’as rien à perdre, étranger. Vas-y, tout est possible ! lui cria une voix dans la foule. – Non, je suis malade et je n’ai aucune intention de me marier, leur répliqua-t-il sèchement. – Viens mon chéri, pourquoi pas toi ? lui dit l’ogresse. – Non merci, je m’en moque ! La foule l’y obligea. Ali se leva à contrecœur. Mais à peine eut-il touché l’ogresse que celle-ci se laissa tomber de tout son poids. Un cri de joie s’éleva dans la foule : – Ali, Ali, Ali.… Quant à la malheureuse victime, elle devinait le calvaire qui l’attendait le soir même de ses fausses noces… Mon conte, je l’ai conté aux filles et aux fils du seigneur.
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