Il m'a fallu tout mon sang-froid pour ne pas exploser de rire en voyant leur tête à l'ouverture des coffres. L'alcool commence à monter doucement, et une chaleur confortable m'envahit. Leur voler la vedette était satisfaisant. J'ai honoré l'invitation, alors personne ne m'en voudra si je disparais, n'est-ce pas ? Leur opinion m'importe peu de toute façon, je suis l'héritier.
Puis jouer les hypocrites n'a jamais été mon truc. Mon père s'est déjà éclipsé.
— Amir ? Une voix m'interpelle alors que je m'apprête à fuir.
Je me retourne, prêt à rembarrer l'importun. Mais mes yeux tombent sur deux iris couleur miel et un sourire espiègle. Ma mauvaise humeur se dissipe aussitôt. La châtaigne me saute dans les bras, sous les regards pincés des invités.
— Tu m'as tellement manqué !
Elle me pince les joues, comme si j'étais un gosse.
— Et ce stage au Canada ?
— Génial. Mais le soleil d'ici m'a affreusement manqué.
— Tu es arrivée quand ?
— Ce matin. Tu dormais encore.
Soraya. Étudiante en droit. Libre. Lumineuse. Et tellement différente de Salma. Ma petite sœur adorée est de retour à la maison.
On nous informe que c'est l'heure de passer à table. Au désert, Soraya prend une tarte au chocolat sans même se soucier des calories. Pour ma part, je me contente d'un thé. Je ne comprendrai jamais pourquoi Rahim l'a laissée filer, certes elle n'a jamais voulu me raconter ce qui s'est passé entre eux ce fameux soir. Mais, c'est sûrement lui le fautif. Soudainement, la lumière s'éteint. La musique ralentit. Des murmures s'élèvent. Une panne ? Non... Des projecteurs s'allument, découpant une silhouette au centre de la salle.
Une femme accroupie. Elle relève lentement la tête. Sa longue chevelure noire cendré, couverte d'un voile blanc diaphane, glisse sur ses épaules. Son visage, à moitié voilé, scintille sous les reflets. Elle porte une tenue de danse orientale : un haut noir perlé qui épouse sa poitrine, un ventre plat orné d'un piercing, une jupe fendue des deux côtés qui effleure ses jambes. Assise, les bras levés, elle imite gracieusement le vol d'un oiseau. La musique s'intensifie. Cinq danseurs surgissent autour d'elle — trois hommes, deux femmes. Les femmes sont habillées comme elle, en d'autres couleurs. Les hommes, torse nu, pantalon blanc. Ils tournent en cercle, la plaçant au centre.
Elle se lève lentement. Elle ondule. Chaque mouvement de hanche fait vibrer les perles à sa cheville. Un danseur l'approche, frôle sa taille du bout des doigts. Ensemble, ils glissent entre les rythmes du baladi, du tabla et du sharqi. Je suis incapable de détourner les yeux. Elle danse comme une mélodie incarnée. Sensuelle. Hypnotique. Elle se laisse tomber au sol, puis lève la tête. Nos regards se croisent. Et le temps s'arrête.
Je plonge dans ses yeux comme dans un océan. Les voix s'effacent. Il n'y a plus qu'elle et moi. Puis, elle détourne le regard. Un vide se creuse en moi. Je me crispe sans savoir pourquoi. Chaque ondulation de son ventre, chaque roulement de hanches m'enflamme un peu plus. Une chaleur moite monte dans mon bas-ventre. Je remue, mal à l'aise, à l'étroit dans mon pantalon. Bon sang !Je m'excite comme un adolescent, pourtant ce n'est pas la première fois que je vois ce genre de spectacle. Je serre les dents en voyant les regards lubriques autour de moi. Tous ces hommes la dévorent des yeux. Mariés ou non, ils la fantasment sur elle. Et lui... ce danseur... Il glisse ses mains sur son corps, soulève légèrement sa jupe, dévoilant des fragments de peau. Un grondement me brûle la gorge.
Bon Dieu... que m'arrive-t-il ?