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4458 Words
/!/TRIGGER WARNING/!/ Ce chapitre explore des abîmes sombres : douleur, domination et vulnérabilité s’y mêlent. Vous y trouverez des scènes de torture, des rapports de force où l’âme et le corps sont mis à rude épreuve, ainsi que des instants d’intimité brutale et sans concessions. Ce voyage n’est pas pour les cœurs fragiles. Avancez avec prudence, et prenez soin de vous. ** ** ** ** ** Aydan Elle dort. Son souffle chaud glisse contre ma peau, son corps lové contre le mien comme si, même dans le sommeil, elle refusait de me lâcher. Un de ses bras m’enlace la taille, l’autre est replié contre son ventre, protecteur, instinctif…comme si son corps savait déjà ce que son esprit n’a pas encore pleinement intégré. Comme si, dans son inconscient, elle veillait déjà sur le petit être qui commence à croître en elle. Moi, je ne dors pas. Je la tiens contre moi, encore empreint d’elle, du chaos qu’elle déclenche, du lien féroce qui me lie à cette femme qui me consume. Mais ce n’est pas l’apaisement qui m’habite. Quelque chose s’est réveillé. Une force plus ancienne que moi. Une pulsation venue des entrailles du monde. La part de Mordred. Elle gronde discrètement contre ma peau. Elle ne me dévore pas – elle m’exalte. Elle aiguise mes sens, affûte mes pensées, tend chaque muscle de mon corps. Mon souffle est une braise. Mon esprit, une lame. Elle, nue dans les draps froissés, ses cheveux blond cendré tombant en cascade autour de son visage, offerte dans sa vulnérabilité, est à la fois mon ancre et mon épreuve. Elle réussit à m’arracher à la bête, sans chercher à la dompter. Je baisse les yeux vers le renflement de son ventre, qui semble avoir pris de l’ampleur depuis tout à l’heure. L’ombre d’un sourire effleure mes lèvres. Mon héritier. Mon sang. Notre avenir. Je l’embrasse furtivement sur le front, avec la révérence qu’elle seule parvient à m’arracher, puis je me détache lentement d’elle sans la réveiller. Même si je pourrais rester ainsi des heures à l’aimer dans le silence, ce n’est pas ce que le moment exige. Une fois debout, je frappe dans mes mains. La lumière déclinante effleure les murs de pierre. Des domestiques s’engouffrent dans la pièce, en silence, portant des plateaux d’argent. Vins capiteux, viandes saignantes, fruits gorgés de sucre et de soleil. Une odeur de chair chaude et d’épices envahit l’air. Derrière eux, des musiciens s’installent : harpe, flûte, vièle. Les premières notes s’élèvent, lascives et entêtantes. La fête commence. Selon mes termes. — Faites venir les rebelles, j’ordonne d’une voix forte, tout en buvant un verre de vin. Quatre d’entre eux, capturés plus tôt dans la journée alors qu’ils tentaient de rallier une garnison désaffectée, sont introduits de force dans la salle. Des tables sont dressées. L’une pour la Soif du Traître : vin amer, coupes empoisonnées, règles simples. L’autre pour les jeux de cour plus…sordides. Chaque détail est pensé. Calculé. Et ce soir, une exception a été faite : quelques citoyens triés sur le volet ont été conviés. La cruauté, quant elle est partagée, devient tradition. Je m’installe sur mon trône qui domine la salle. Un souffle parcourt la foule. Mon regard glisse sur les visages, nobles et roturiers confondus, avides de spectacle. Un garde s’approche. Il s’agenouille, tête basse, haletant légèrement. — Sire…Des éclaireurs rapportent que Kyle Woodwork a franchi les frontières pour rencontrer des troupes du royaume d’Amérique du Nord, positionnées non loin. Un silence tombe sur la salle. Je me redresse lentement. Mon regard s’obscurcit. — Combien ? Le garde se redresse, le dos droit. — Difficile à dire, Majesté. Mais il ne s’agit pas d’un détachement symbolique. Ils sont nombreux. Et armés. — Ils viennent pour elle, intervient Carlyne, sa voix aussi tranchante que l’acier. Mon regard se reporte sur Amberly, toujours paisiblement endormie. Idiots. Ils croient pouvoir franchir mes frontières et s’emparer de ce qui m’appartient. Ils ne la toucheront pas. Et encore moins le petit être qu’elle porte en elle. Un sourire farouche étire mes lèvres tandis que je me redresse de toute ma hauteur. Mon ombre s’étire derrière moi, affûtée, presque vivante. — Préparez les messagers et les cavaliers, qu’ils aillent à leur rencontre, j’ordonne, mais pas pour les arrêter. Pas tout de suite. — Sire ? demande le garde, incertain. — Nous allons leur faire parvenir un petit cadeau de bienvenue, je dis avec calme. (Puis, reportant mon attention sur deux domestiques :) Amenez les caméras, maintenant. Ils s’inclinent et disparaissent aussitôt. Autour de moi, les murmures se propagent à travers la salle, curieux, fébriles. D’un geste, j’invite les musiciens à reprendre leur musique lascive. De l’autre, je fais signe à Carlyne de rejoindre Amanda. Elle s’exécute, une fiole à la main. Je m’approche du lit. Je glisse un bras sous la nuque de ma fiancée et soulève sa tête avec précaution. Elle émet un gémissement plaintif, ensommeillé. — Buvez, ma belle, souffle Carlyne. Elle obéit sans comprendre, à demi éveillée. Ses lèvres tremblent au contact du liquide, puis son corps se détend. Carlyne déploie un voile translucide et le pose sur son dos. Un tissu magique, conçu pour délier les nerfs, apaisés les muscles…et éveiller les sens. Une création de Sabrina. Au commandement muet de Carlyne, des lianes s’élèvent. Doucement. Solennellement. Elles s’enroulent autour des poignets et des chevilles d’Amberly, étirant son corps à la verticale au-dessus du lit. Suspendue. Offerte. Presque nue. Sublime. Les domestiques reviennent avec le matériel. Ils l’installent avec une précision cérémonielle, presque religieuse. Je me place devant l’objectif, à peine un pas en retrait de l’offrande silencieuse qu’Amberly est devenue. L’atmosphère se fige. La musique s’efface. L’air lui-même retient son souffle. Une lumière rouge clignote. Le rideau est levé. Ma voix ferme fend le silence : — Prince Adrian, j’espère que tu regardes bien. (Je me décale pour dévoiler Amberly, suspendue par les lianes, les cheveux emmêlés, la peau diaphane, le ventre à peine arrondi. Beauté brute. Sacrilège vivant.) Voici celle que tu espérais faire tienne. Ou plutôt…ce qu’elle est devenue. Les rires fusent aux quatre coins de la salle. Certains scandent en chœur, ivre de vin et de haine : — A mort les Du Lac ! Lignée de voleurs ! Voleurs de femmes ! Voleurs de royaume ! Un sourire à peine esquissé flotte sur mes lèvres, mais je ne cède rien de mon aplomb. J’élève la voix, claire, tranchante comme une lame polie : — Elle porte mon enfant. Un héritier. Et grâce au procédé ancien Accrescentia Libidinis, enseigné exclusivement aux druides capables de manier la magie dans ses aspects les plus purs comme les plus obscurs…chaque frisson qu’elle ressent, chaque soupir arraché, à son corps, fait croître notre enfant. Deux semaines à chaque extase. Deux semaines de puissance ajoutées à ma lignée – à celle de Mordred. Et pendant ce temps…où en est la tienne ? Mon regard rivé à la caméra, je grimpe sur le lit, comme un roi monte à l’autel. Amberly m’attend, alanguie, ses longs cheveux éparpillés autour de son ventre nu. Je tends la main et, du bout des doigts, caresse sa peau tendue et chaude. — Ce soir, nous fêtons une conception magique, bénie…et la fin imminente de ton sang. Je me redresse. Le silence, un instant, précède la déflagration. Je me tourne vers les musiciens : — Jouez messieurs. Que la fête commence ! Ils s’exécutent. Une musique langoureuse, envoûtante, se répand dans l’air saturé de parfums rares : encens, ambre, sueur. Les corps se meuvent, s’enlacent, se dévoilent sans pudeurs. Les tissus tombent, les inhibitions aussi. L’ivresse et la lubricité se confondent dans une danse presque sacrée. Le plaisir devient rituel. Le vice, religion. La pièce tout entière se transforme en un temple païen, où l’on célèbre la luxure autant que le pouvoir. Les invités les plus influents prennent place sur des banquettes de velours, leurs regards déjà brillants d’anticipation. On rit, on s’effleure, on s’offre. Puis, un fracas. Les portes s’ouvrent brutalement. Deux groupes de gardes pénètrent dans la salle, traînant derrière eux des silhouettes fléchies, à peine humaines, ensanglantées, mais debout. L’un des hommes s’incline. — Cadeaux fraîchement capturés, Sire. La salle ne s’interrompt pas, mais s’adapte. Les rires se muent en murmures. Les regards deviennent plus tranchants, avides. Le spectacle change de nature. Des domestiques installent une table d’ébène propre, couverte de chaînes d’argent et de colliers de fer. D’un coffret, on extrait des fioles, des entonnoirs d’ivoire, et des instruments rituels. La musique ralentit. Le moment approche. Les prisonniers sont poussés vers elle. Les convives reculent à peine. Ils sourient même, leurs pupilles dilatées par le désir et l’ivresse. Plaisir et douleur vont de pair. Les premiers corps sont jetés sur la table, comme des offrandes sacrificielles. Pas de hurlements. Pas encore. Tout est dans le non-dit, le geste contenu. La tension qui grimpe comme une fièvre. Le vin coule dans les coupes. Les entonnoirs, eux, sont enfoncés dans les bouches entrouvertes des captifs. Un liquide trouble et dense s’y déverse : un mélange d’hydromel ancien et d’élixirs soporifiques. Les dos se cambrent. Les yeux roulent. La volonté s’éteint, lentement. — Rien ne se perd, murmure une duchesse, fascinée, ses doigts glissés entre ses cuisses. Pas même l’agonie. Les convives observent, fascinés. Certains rient, d’autres soupirent. L’un d’eux approche, caresse le ventre distendu d’un captif du bout des doigts, comme on évaluerait la qualité d’une amphore trop pleine. — Il va éclater, constate-t-il dans un rire feutré. Les gorges se tendent. Les abdomens se gonflent à mesure que le liquide épais s’engouffre, trop vite, trop fort. Un gargouillement sourd brise le silence, suivi d’un râle étranglé. L’un d’eux suffoque. Sa tête bascule en arrière pendant qu’un filet trouble s’échappe par ses narines, traçant des sillons laiteux et sinistres sur ses joues. La panique se lit dans les regards des condamnés, mais nul cri n’ose franchir les lèvres meurtries. Ils sont trop faibles, trop résignés. Et la salle n’en a cure. Les spectateurs se penchent, fascinés par l’agonie qui s’étire. On se passe des lorgnettes serties d’onyx, on parie sur le prochain à céder. Des femmes rient, des hommes s’étirent comme des fauves repus. Certains – autres que la duchesse – glissent une main entre leurs cuisses sans honte, ni discrétion. Les soupirs se mêlent aux halètements des condamnés. L’excitation est palpable, presque rituelle. Une jouissance macabre, offerte par la peur des autres. La musique continue, lente et entêtante. Le parfum de la perversion flotte dans l’air, aussi dense que l’encens. Plus loin, dans un recoin plus sombre de la salle, d’autres scènes s’enchaînent, moins théâtrales, mais plus sinistres encore. Les tables poisseuses sont maculées de sang. Les bourreaux, vêtus de cuir sombre, œuvrent en silence. Une lame s’abat, tranche net l’épaule d’un captif déjà vidé de ses cris. Un autre s’applique avec une minutie perverse à découper la chair d’un flanc et d’un ventre, écartant les peaux comme on éplucherait un fruit encore chaud. Le sang coule, s’accumule en rigoles. Des murmures glissent parmi les convives les plus aguerris. Les bourreaux ne parlent pas, ne commentent pas. Ils n’ont pas besoin de mots. Mordred, en moi, rit. Un rire sombre, victorieux. Mais mon attention vacille. Amberly s’agite. Ses hanches se cambrent. Son regard jongle, pris entre la rage et les larmes. Elle halète, tendue comme une corde trop tirée. Je la rejoins, glisse lentement derrière elle, un bras autour de son ventre, de cette peau trop chaude et électrisée. — J’en peux plus…Tes lianes, tes potions…elles me consument sans cesse de l’intérieur. Tout est à vif. Chaque souffle me rend folle. Elle sanglote, frustrée, désarmée. Je tends la main sans la quitter des yeux. Carlyne comprend aussitôt. Elle s’approche et, d’un grâcieux moulinet du poignet, libère Amberly. Les lianes se rétractent dans un frémissement végétal, disparaissant dans l’ombre comme si elles n’avaient jamais existé. Amberly s’effondre contre moi, chose précieuse, exténuée et incandescente. Je la cueille, la couche doucement sur le ventre. Mes mains la contiennent, l’ancrent. Présentes. Solides. Inévitables. Je m’étends au-dessus d’elle sans la presser. Son dos s’arque, malgré elle, comme une offrande. Elle gémit, une plainte douce, irrésistible, faite de désir brut et de supplication. —Aydan... Je penche la tête jusqu’à son oreille, effleure sa tempe de mes lèvres, et murmure, tout contre sa peau : — Ne t’en fais pas petit ange, je vais m’occuper de toi. Je glisse une main entre ses cuisses. Mon pouce trouve son c******s, le presse avec lenteur, tandis que mes doigts s’enfoncent dans sa chaleur, glissent entre ses plis détrempés avec une précision délibérée. Son corps tressaille, affamé, chaque nerf à vif. Le tissu magique réagit aussitôt à son désir – vibrant doucement, amplifiant ses sensations. Tout comme moi. Ses hanches se soulèvent malgré elle, en quête d’un ancrage, d’un rythme, d’une délivrance. Elle vacille entre la tension et l’abandon, en équilibre précaire sur ce fil invisible que je tends sous ses reins. Puis, lentement, ses défenses cèdent. Je la sens pulser autour de mes doigts, comme si chaque battement de cœur voulait m’implorer de continuer. Elle respire par à-coups, secouée, emportée. Elle tremble entre mes bras. Ses muscles s’étendent désespérément, tendus vers une jouissance encore hors de portée, mais terriblement offerte. De ma main libre, j’empoigne ma verge, lourde, gonflée, et la frotte lentement à l’orée de son sexe. Sa chair palpite déjà, avide, comme si son corps m’implorait. D’un mouvement ferme, je glisse vers l’arrière – prêt, tendu, impitoyable. Puis je la prends – d’un seul coup, brutal, instinctif, sans détour. Elle hurle. Un cri d’abandon total, de plaisir arraché, de souffrance ancienne mêlée à une extase nouvelle. Sa gorge laisse échapper un gémissement étranglé, tandis que des larmes jaillissent, incontrôlables. — Oh…Bordel… Son être m’accueille comme un sanctuaire en flammes, tremblant et brûlant, se cambre contre moi avec une violence sacrée. Nos souffles se heurtent, rauques, déchaînés. Je m’enfonce plus profondément en elle. Chaque poussée ébranle nos corps, chaque gémissement alimente la tempête. Mordred rugit en moi, animal, ancestral, maître absolu. Elle est à moi. Corps, âme, ventre et cri. Et moi, je suis puissant. Je la prends encore et encore. Sans répit. Mes coups sont brusques, impérieux, guidés par un feu ancien que rien ne saurait étouffer. Ses gémissements deviennent des râles, des suppliques. Son dos se cambre, sa nuque s’offre, sa peau brûle. Je glisse un bras autour de son ventre qui ondule, la redresse, remontant lentement jusqu’à sa gorge, que j’enlace d’une poigne possessive. Mes lèvres frôlent son oreille : — Jouis pour moi, princesse, je gronde. Elle obéit. Son corps se tend à l’extrême, chaque muscle vibrant d’un plaisir insoutenable. Ses jambes flanchent, son bassin recule, cherche à m’engloutir plus encore. Dans une ultime poussée dévorante, je la brise contre moi en un spasme incandescent. Elle se cambre violemment contre mon torse. Son cri éclate, brut, déchirant, pur, fendant l’air comme une flèche. Et je la suis. Le souffle saccadé, les muscles bandés, mes râles se mêlent aux siens, féroces, primitifs, jusqu’à ce que le monde lui-même s’efface. Plus de soirée. Plus d’audience. Plus de musique. Rien que nous. Cette déflagration blanche. Ce pouvoir nu qui consume tout. Nous nous effondrons sur le lit, nos corps enchevêtrés, haletants, moites. Elle ne dit rien. Etourdie. Vidée. Sublimée. Toujours là. Je me penche. Mes lèvres effleurent son épaule recouverte d’une fine pellicule salée, mémoire encore vive de ce que je viens de lui faire. Elle frissonne. Je la recouvre d'une couverture et la laisse ainsi, éparse sur les draps froissés, ses cheveux en désordre. — Repose-toi, mon ange. Je l’embrasse à nouveau, puis me redresse. Je descends du lit lentement, chaque muscle vibrant encore de l’effort, mon cœur tambourinant comme après une guerre. — Vous deux, dis-je à deux domestiques silencieuses, restées dans l’ombre. Restez-là. Quoi que votre future reine demande, obéissez. Nourrissez-là. Abreuvez-là. Qu’elle n’ait même pas à lever le petit doigt. — Oui, Majesté. Ils s’inclinent brièvement avant de s’approcher du grand lit. Je me détourne d’eux et m’abandonne à ce que le reste de la salle m’offre. Je m’approche de la table. Un homme y est maintenu à plat ventre, les bras écartelés. Il a les yeux du Clan Béthune. Je reconnais leur arrogance jusque dans sa façon de supplier. Je me détourne, décidé à laisser d’autres s’occuper de lui. Je préfère d’autres plaisirs. Le vin est dense et capiteux, le sang encore chaud dans mes veines. J’arrache un fruit mûr sur un plateau, ses sucs coulent le long de mes doigts tandis que j’en mords la chair. Autour de moi, la danse s’est muée en farandole de luxure. Les corps s’enlacent, se prennent, sans pudeur ni hiérarchie. La soie, la sueur, les rires rauques et les soupirs s’entremêlent. Je me fonds dans le tourbillon. Je bois. Je ris. Je mange à même les lèvres peintes d’une courtisane aux seins nus. Je danse avec des créatures peinturlurées qui m’offrent leurs langues et leurs cuisses. Et quand la pression devient trop forte, je me laisse entraîner sur un sofa. Des mains impatientes s’attaquent à mon corps. Une bouche se referme sur ma verge, pendant qu’une autre s’offre à moi. Tout est chaleur, friction, oubli. Je suis ivre de pouvoir, de vin, de cette énergie sombre qui vibre dans mes veines, plus vive encore qu’un o*****e. Chaque instant renforce ma domination. Ethan, lui, est nu jusqu’à la taille, une courtisane entre les cuisses, une autre sur sa langue. Il rit, s’enivre, les prend sans douceur. Il est mon frère, mon reflet brisé – je le comprends trop bien. Je retourne vers le lit. Amberly a les yeux mi-clos, un verre et un fruit dans les mains, des perles de sueur encore sur le front. Elle ne me repousse pas. Je m’allonge un instant à ses côtés. Mon bras passe autour d’elle, possessif. Je hume son odeur, ce mélange de sexe, de sueur et de fruits écrasés. Elle est belle comme une offrande païenne, abandonnée au milieu du chaos. J’aimerais rester, mais déjà la musique m’appelle. Les tambours battent comme des cœurs déchaînés. Je dépose un b****r sur sa tempe. Son regard accroche le mien – fatigué, douloureux, et tout de même légèrement tendre. Mais je n’appartiens pas à la tendresse. Pas ce soir. Je me fonds de nouveau dans l’obscénité du bal, dans ses murmures d’or et de perversion. Le roi revient parmi les siens. Les drogues circulent. Certains dansent sur les tables, d’autres vomissent sur les dalles, d’autres encore torturent en rythme avec les tambours. La salle est une arène. Une cathédrale de luxure et de mort. Et pourtant, au centre de tout cela, Amberly s’endort, lovée contre les oreillers. Sa peau diaphane brille faiblement dans la lumière des torches, telle celle d’un ange qui m’ancre encore, quelque part, à ce monde. Je finis par revenir à elle, pour de bon cette fois. Je la soulève dans mes bras. Elle ne proteste pas. Elle s’accroche à moi, comme si son corps ne savait faire que ça – se tendre, se livrer, s’accrocher. Son visage se niche contre mon épaule. Je sens sa respiration chaude, irrégulière. Le souffle d’une guerrière exténuée. Je l’emmène dans nos appartements. Là où personne ne pourra la voir. Là où elle pourra hurler, si elle en a encore la force. Là où elle ne sera plus qu’à moi, entière, même fracassée. Je pousse la porte d’un coup d’épaule. Le silence nous avale. Je la pose doucement sur le lit ; elle se recroqueville contre l’oreiller sans un mot. Je m’allonge à ses côtés, l’enlace, possessif, protecteur. Elle tremble d’épuisement. Je resserre mon étreinte, me colle à elle. — Tu avais promis, souffle-t-elle. Il y a quelques heures à peine, tu m’as dit que tu me protégerais. Que tu m’honorerais. Et au final, tu m’as prise. Là. Devant tout le monde. J’étais nue, attachée, offerte en spectacle…Comme un vulgaire trophée de guerre, un corps à exhiber. C’était humiliant. — Ce rituel fait partie de la cérémonie de reddition, je dis, calmement. Dans ce cas précis, le corps de l’une des filles de Pietro Béthune – descendant d’Arthur – offert publiquement à celui d’Aydan McCallister, fils de Duncan McCallister et Ludivine Sol Levante – descendante de Mordred. C’était un acte symbolique. Politique. Elle ricane amèrement : — Tu parles comme Carlyne. Comme si j’étais un parchemin qu’on scelle, une légende qu’on piétine. Tu n’as même pas sourcillé. Tu as fait exactement ce qu’on attendait de toi, comme si tu ne ressentais rien. — Tu penses que je ne ressens rien ? je demande. Je me redresse légèrement et entoure doucement sa gorge, sans serrer – juste assez pour qu’elle sente mon emprise. Mon autre main glisse jusqu’à son ventre. Là où bat une vie. Notre vie. Ma voix tremble à peine. Rauque. Chargée. — Je ressens tout. Chaque sursaut de ta peau quand je te touche. Chaque crispation quand je m’enfonce en toi. Je sens ton corps s’ouvrir, se contracter, se rendre. Quand je suis en toi, princesse…j’oublie qui je suis. Je ne pense plus. Je brûle. Et chaque fois que tu gémis mon prénom, c’est comme si le monde se réinventait dans ta gorge. Je marque une pause. Elle lève la tête vers moi, son regard troublé ancré au mien, malgré la pénombre. Elle ne parle pas. Ma prise se desserre, mais mes doigts restent posés sur elle, tandis que je poursuis : — Pourtant, ce que je ressens ne change rien. Tu restes la descendante d’Arthur, et moi, celui de Mordred. Et depuis la trahison de ton père, mon devoir est plus clair que jamais : effacer toute trace de la lignée d’Arthur et de Guenièvre. Et même celle de Lancelot. De leurs trahisons. De leurs faiblesses. Je détruirai ce qui reste d’eux. Coûte que coûte. Elle ne bouge pas. Ses larmes perlent sans bruit. Mais son regard, lui, ne cède pas. Il brûle. — Et notre enfant ? Tu le détruiras aussi ? me demande-t-elle. Je secoue négativement la tête. — Non, bien sûr que non. Je détruirai simplement tout ceux qui s’opposeront à lui. Et lui, je le ferai roi. Un ange passe. — Et moi ? finit-elle par demander. Tu comptes te débarrasser de moi, après ? Puisque tu veux effacer toute trace d’Arthur. — Plutôt mourir, je gronde les mâchoires serrées. (J’attrape son visage d’une poigne ferme. Mon cœur cogne entre mes côtes, comme s’il voulait les briser.) Je te ferai, reine Amberly. Avant de faire notre fils roi. Elle cligne des yeux. Une larme roule, mais elle ne l’essuie pas. — Et si un jour je m’échappe ? — Alors je te retrouverai, je réponds sans la moindre once d’hésitation. Où que tu sois. Et je te ferai regretter d’avoir essayé. Elle me lance un regard noir. Entier. Inflammable. Un silence s’installe entre nous, lourd, vibrant. Puis, sans prévenir, elle fond sur moi. Sa main s’abat sur ma joue, mais sa bouche suit aussitôt. Un b****r. Féroce. Incontrôlé. Un choc de rage, de douleur, de besoin. Elle me pousse, me heurte, me teste. Nos corps se frôlent, se repoussent, se cherchent dans une lutte muette. Je la retiens par la taille. Son être entier tremble de tout ce qu’elle contient. — Je te hais, souffle-t-elle contre ma bouche. —Je sais. Je la serre contre moi, malgré ses tentatives d’échapper à mon étreinte. Elle se débat, mais l’épuisement finit par l’emporter. Elle se rallonge, la tête contre mon torse, haletante, furieuse. Je ne la touche pas davantage. Je n’en ai pas besoin. Pas cette fois. Peu à peu, sa respiration s’apaise. D’abord irrégulière, puis plus profonde. Ses poings se desserrent. Ses muscles se relâchent. Le poids de la journée, du combat, de la douleur finit par l’emporter. Elle s’endort, bercée par ma respiration, mes caresses et ma présence qu’elle déteste autant qu’elle recherche. Je reste éveillé un moment, le regard perdu dans les ombres du plafond, mes bras toujours autour d’elle, comme un serment muet. Puis mes paupières se ferment. Le sommeil me prend par surprise. Un sommeil lourd. Sans rêves. ** Un fracas. Le verre explose dans un claquement brutal. Je me lève d’un bond, le souffle coupé, les sens sur le qui-vive. Le vent s’engouffre dans la chambre. Des éclats scintillent au sol, comme des fragments de lune brisée. Au centre : un gros caillou autour duquel un parchemin est grossièrement noué par une cordelette sombre. Je me penche et le ramasse d’un geste sec. Les mots sont griffonnés à la hâte, l’encre à peine sèche. Ces fous ne savent pas ce qui les attend. Courage, princesse, tu n’as plus longtemps à tenir. La cavalerie arrive. Un froid implacable me traverse. Mon sang se glace. Mes doigts se referment lentement sur le papier, jusqu’à le froisser en une boule compacte, douloureuse dans ma paume. Comme si je pouvais écraser l’avertissement qu’il annonce. — Aydan ? Je me retourne. Amberly s’est redressée à moitié dans les draps, ses cheveux en bataille et ses yeux à peine ouverts. Sa voix est douce, ensommeillée. Elle tend une main hésitante vers moi. Je m’assieds au bord du lit. Mes doigts caressent doucement sa joue, tiède, diaphane dans la lumière des braises. — Tout va bien mon ange. Juste une mauvaise blague, ne t’inquiètes pas. Il faut que tu te reposes. D’ailleurs, demain tu resteras ici. J’enverrai quelqu’un réparer la fenêtre. Tu seras consignée dans ma bibliothèque en attendant. Je te ferai livrer tes repas, et Blaire passera voir ce dont tu as besoin. Elle fronce les sourcils, méfiante : — Pourquoi cette soudaine organisation ? Je me penche une main toujours dans la sienne et l’autre sur son ventre. — Je veux que tu sois en forme pour mon anniversaire, après-demain, et pour notre mariage, le lendemain. Elle se redresse, surprise. — Tu veux avancer la date ? — Oui. Le plus tôt sera le mieux. Je l’embrasse à nouveau et la recouche doucement. Une fois encore, le sommeil ne tarde pas à avoir raison d’elle. Je me lève sans bruit, la boule de papier serrée dans le creux de ma main. Je m’approche de la cheminée. Les flammes dansent paisibles, inconscientes du chaos qu’un simple message peut déclencher. Je les fixe un instant, puis desserre les doigts au-dessus du foyer. Le papier tombe. Le feu s’en empare aussitôt. Je reste là, nu face à l’âtre, les yeux rivés sur les braises rougeoyantes. Ces satanés rebelles sont plus proches qu’on ne le pense. Et Adrian croit encore pouvoir me voler ce qui m’appartient. — Tu oublies une chose, mon grand, je murmure alors que les derniers fragments de papier disparaissent en cendres. Je suis le descendant de Mordred… Et je ne partage pas ce qui est à moi. ** ** ** ** **
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