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3911 Words
/!/ AVERTISSEMENT /!/ Ce chapitre contient des descriptions explicites de rapports sexuels, à caractères crus, dans un contexte consenti. Lecture déconseillée aux lecteurs sensibles et/ou mineurs. ** ** ** ** ** Amberly La lumière du matin filtre par les rideaux lourds, dessinant des éclats dorés sur les draps froissés. J’ouvre lentement les yeux, accueillie par le chant des oiseaux qui passe à travers les fenêtres. Je tends la main vers ma gauche. Mes doigts se referment sur l’endroit encore tiède à côté de moi, là où Aydan se tenait il y a peu. Je me redresse, les sourcils froncés, confuse. Un léger coup retentit contre le bois sculpté des portes. — Vostra Altezza ? Blaire entre sans attendre de réponse. Elle porte un plateau chargé de mets et de boissons. Mon estomac gronde aussitôt, éveillé par la douce odeur du thé, des fruits juteux, des pâtisseries tièdes nappées de miel et d’amande, des œufs brouillés et du bacon croustillant. Je me redresse un peu plus, prenant appui contre les oreillers. Mon corps entier me paraît lourd et engourdi. — Savez-vous où se trouve le Roi ? je lui demande tandis qu’elle dépose le plateau sur mes genoux. Elle hoche la tête, un sourire enthousiaste sur les lèvres : — Sa Majesté est sur le pied de guerre depuis six heures ce matin, m’explique-t-elle. Le palais est en effervescence. Entre le départ pour aujourd’hui, l’anniversaire à venir demain et le double mariage après-demain, tout le monde court dans tous les sens ! Ils ont commencé à plier les nouvelles bannières, emballer les guirlandes classiques et lumineuses…Les cuisiniers enchaînent les essais pour les menus, et les musiciens comme les convives affluent déjà, en route pour le palais aux Mille Facettes. On dirait une préparation de guerre, sauf que ça sent la joie, les sucreries et la cannelle. Je ris nerveusement. Mon ventre se contracte. — Le mariage peut effectivement ressembler à une guerre polie et parfumée, je dis. Et dans mon cas, inévitable. Un silence s’installe, juste assez long pour que je me perde dans mes pensées. Je tourne les yeux vers les hautes fenêtres. A travers les rideaux ouverts, j’aperçois un bout des jardins de Glamis, encore recouverts de neige. Des serviteurs s’affairent à charger les premières malles à bord des voitures, sous les ordres de deux majordomes. Tout semble parfait, presque féérique. Je termine mon thé, vide mon assiette d’œufs et de bacon, picore quelques morceaux de fruits, deux carrés de chocolat, et repousse mon plateau. Blaire, qui vient de raviver les braises dans la cheminée, se redresse et frappe dans ses mains d’un geste sec. Un des deux domestiques mis à mon service hier soir entre aussitôt dans la pièce. Il s’incline brièvement, récupère le plateau, puis ressort sans un mot. Son passage laisse un parfum discret de lavande et de cannelle dans la chambre. Blaire s’approche à son tour. Elle retire les couvertures et m’aide à me lever. Mes pieds se posent sur le doux tapis. Je me laisse guider, docile, comme un automate. Ma servante m’aide à me baigner, à brosser mes cheveux jusqu’à ce qu’ils brillent, et à revêtir une robe longue, d’une couleur ivoire. Le corsage, serré à la taille par une simple ceinture, est décoré de fines broderies représentant des éléments liés à la légende arthurienne, qui descendent délicatement sur le jupon plus évasif. Blaire complète ma tenue par un châle et une paire de souliers confortables en soie. Elle coiffe mes cheveux de manière à les faire retomber en cascade sur mes épaules et mon dos. — Vous voilà prête pour une journée détente, déclare ma servante, satisfaite. — Merci Blaire, je lui dis, reconnaissante. — Je vous en prie, votre Altesse. (Sa main effleure mes longs cheveux dans un geste maternel.) Venez. Sans me laisser le temps de poser de questions, elle fait volte-face, m’invitant à la suivre. Nous traversons une enfilade de pièces silencieuses, toutes adjacentes aux appartements mis à disposition de mon fiancé. Les tapis y sont épais, les boiseries cirées à la perfection, et les murs tapissés de portraits, aux regards absents, parfois même lugubres. Un frisson me court le long de l’échine, jusqu’à ce que Blaire ouvre les grandes portes de la bibliothèque. Je souffle, émerveillée. La pièce dans laquelle je pénètre est une cathédrale de pierres et de savoir. Des étagères s’élèvent jusqu’au haut plafond, chargées de tomes anciens aux reliures précieuses, de volumes reliés en cuir ou en peau, et de bibelots venus de tous les âges. Tout ici respire l’opulence, la maîtrise, la faim intellectuelle aussi importante que celle de pouvoir. Un feu crépite dans l’âtre devant lequel sont placés deux fauteuils en cuir et une table basse. Blaire s’efface silencieusement, me laissant seule. Je déambule entre les rayons, effleurant les livres du bout des doigts. Je lis les titres à voix basse, tente de déchiffrer les langues que je ne comprends pas, intriguée. Après plusieurs minutes, je choisis un roman de chevalerie à la couverture sombre et aux dorures finement travaillées. L’ouvrage en main, je m’assois dans l’un des fauteuils dont le cuir gémit sous mon poids. Confortablement installée, je me laisse absorber par ma lecture. Les lignes défilent sans que j’y pense vraiment. Les mots deviennent des images, les images, un refuge. Le monde s’éloigne peu à peu. Le feu, apaisant, crépite doucement alors que les sosies de Tristan et Yseult me tiennent compagnie. Soudain, un bruit presque imperceptible me tire de ma torpeur. Le léger froissement d’une étoffe. Je lève la tête. Ma sœur se joint à moi, fière et droite malgré la fatigue et les cernes creusés sous ses yeux. Je ne peux m’empêcher de ressentir un pincement au cœur en croisant son regard flou, presque absent. — Tu es magnifique petite sœur, me complimente-t-elle. — Toi aussi, même si tu as l’air exténuée, je remarque, inquiète. Elle pousse un soupir, s’assoit dans le fauteuil face au mien. Je ferme le livre que je pose sur la petite table entre nous. — Bien que ça te rende malade et que t’empêche de t’asseoir ou dormir dans une position confortable, je t’envie ton ventre arrondi, dit-elle, un sourire triste aux lèvres. Toi au moins, tu as une bonne excuse. (Je fronce les sourcils, confuse.) Tu peux rester en retrait pendant qu’un quart du royaume s’adonne à une orgie géante dans laquelle je suis obligée de suivre Ethan, précise-t-elle. — Oh…Elena… Mon estomac se crispe. Un silence s’installe. Le feu continue de brûler, comme s’il cherchait à meubler l’absence de paroles. Ma sœur garde les yeux rivés sur les flammes, les doigts noués sur ses genoux, le visage figé dans une expression que je ne lui connais que trop bien : celle qu’elle adopte quand elle revient de cet ailleurs qui ne lui appartient pas, mais qu’elle porte en elle malgré tout. — J’ai eu une nouvelle vision, finit-elle par dire d’une voix lasse. Je me redresse à peine, tendue. Son regard se pose enfin sur moi, mais il reste voilé, toujours perdu dans ce qu’elle a vu. — Tu auras une fille d’Adrian. (Mon cœur ralentit, suspendu à ses mots.) Elle naîtra peu après le fils que tu auras d’Aydan. Elle marque une pause, m’observe. Le feu rugit dans l’âtre, comme pour souligner l’étrangeté de ce qu’elle vient de dire. — Ton premier-né, lui, sera considéré comme un bâtard, poursuit-elle d’un ton plus âpre. Ecarté en faveur de l’héritier qu’Aydan aura avec sa…reine. Elle crache le dernier mot comme si c’était une insulte. Un poison ravalé trop longtemps. Mon sang se glace dans mes veines. Ses paroles résonnent en moi comme un glas. Une fille d’Adrian. Un fils d’Aydan. Mon premier-né relégué au rang de bâtard. Un frère cadet, né d’une autre, couronné à sa place. La panique me noue instantanément la gorge : — Qu’est-ce que cela veut dire ? je murmure, à peine audible. Elena ne répond pas tout de suite. Son regard, de nouveau happé par les flammes, semble suivre des ombres que je ne peux voir. — Je ne sais pas. (Elle hésite, puis ajoute :) Je sais seulement que tes fils ne deviendront jamais roi et que ta fille sera mariée au fils d’Aydan. Ma respiration se bloque entre mes côtes. L’air se fait plus dense. Les murs se rapprochent. La chaleur du feu devient étouffante. Mon cœur cogne contre ma cage thoracique, fébrile. Je me lève. Mes jambes bougent sans que je les commande. — Amberly…, souffle ma sœur. Je lève une main, l’interrompant : — J’ai besoin de prendre l’air. Sans un mot de plus, je fuis sans courir. Mon corps avance, mais mon esprit reste accroché aux mots de ma sœur comme à des épines. Je tourne en rond dans une tentative désespérée de trouver un raccourci jusqu’aux jardins. Mais le château semble avoir changé comme par magie pendant la nuit. Les couloirs, que j’ai finis par apprivoiser depuis notre arrivée, sont méconnaissables, noyés dans un mélange de parfums capiteux et de musique aux tonalités lascives qui glissent à travers les portes entrebâillées. Des murmures. Des soupirs. Des éclats de rire, graves et bas. Une fête qui dégénère, insidieuse, pendant que je panique. Je m’éloigne, ouvre une porte au hasard, et me retrouve dans une pièce circulaire, haute de plafond et vide à première vue. Un silence épais y règne presque surnaturel. Je fais un pas. Puis un bruit métallique retentit. La porte claque derrière moi et se verrouille. Je tressaute, lève les yeux. C’est là que je la vois. La cage. Suspendue au centre de la pièce, une structure de fer forgé, délicate et cruelle. Avant même que je puisse réagir, le sol se dérobe sous mes pieds. Un mécanisme m’emporte. Je suis enfermée, suspendue dans les airs. Mes doigts agrippent les barreaux froids de la cage. Le métal me mord la peau. Mes yeux cherchent désespérément une issue. Ils trouvent autre chose. Lentement, la pièce s’éclaire d’un feu, comme si la pénombre m’avait tenue à l’écart de l’essentiel. Un cercle d’or et de chair. Une mosaïque vivante. Des hommes, des femmes – tous nus, leurs peaux brillantes, leurs gestes lents, mesurés, obscènes dans leur élégance. Une véritable messe païenne. Chaque mouvement est une offrande. Une femme rit doucement. Sa voix cristalline s’élève comme une note d’argent : — Il semblerait que votre future épouse ait décidé de se joindre à nous, mon Roi. Je baisse les yeux. Et je le vois. Aydan. Allongé parmi les coussins, le corps à moitié noyé sous celles qui le vénèrent. Il est nu. Sa peau capte chaque éclat de lumière, ses muscles saillent comme sculptés dans le marbre par une main divine. Son torse se soulève lentement. Autour de lui, des courtisanes, aux courbes variées, glissent leurs mains sur lui comme un autel vivant. Il ne les regarde même pas. Il n’a pas besoin. Je frissonne, suspendue dans les airs, piégée dans une cage dorée depuis laquelle j’assiste à un culte qui dépasse mon entendement. Je ne bouge plus. Les soupirs s’élèvent, enivrants. Les courtisanes gémissent au rythme lent d’une musique sensuelle, comme si elles chantaient une prière ancienne. Aydan s’abandonne, les paupières mi-closes, les lèvres entrouvertes. Son souffle s’accélère à peine. Il maîtrise son plaisir…Jusqu’à ce qu’il lève les yeux et que son regard trouve le mien. Ma respiration se bloque. Il n’y a ni surprise, ni gêne dans ses prunelles sombres. Pas même un sourire. Juste cette intensité souveraine qui me transperce. Son regard reste ancré au mien. Même quand l’une des courtisanes remonte lentement sa langue le long de son torse jusqu’à sa clavicule. Même quand une autre s’enfouit entre ses cuisses. Il l’accueille avec une nonchalance presque cruelle. Il me regarde, comme s’il voulait que je voie. Comme si cela pouvait le faire jouir davantage. Mes doigts se resserrent sur les barreaux alors que je me tiens là, au-dessus d’eux tous, future reine emprisonnée, mais plus lucide que jamais : je devrais le haïr. Hurler. Le gifler. Me détourner. Mais rien ne vient, hormis ce frémissement en moi. Une pulsation indécente. Un plaisir coupable qui me tord le ventre. Chaque caresse qu’il reçoit m’électrise non par jalousie, mais par cette certitude insupportable : elles ne sont pas moi. Elles le touchent, le goûtent, l’adore, mais aucune d’elles ne le connaît aussi bien que moi. Aucune ne peut le faire plier comme je le fais. Aucune n’a saisi l’homme derrière le roi. Et cette pensée me consume. Une flamme s’éveille en moi : Jalousie. Désir. Fureur. Elle se répand tel un poison dans ma gorge, mes reins, mes seins. J’ai chaud. J’ai honte. Et je le regarde, frustrée. Il jouit dans un soupir rauque, magnifique, ses yeux toujours ancrés aux miens. Un sourire goguenard naît sur ses lèvres. Une victoire silencieuse. Je ne détourne pas le regard. Je ne peux pas. Les courtisanes se retirent dociles et félines, leur rôle terminé. Il ne leur adresse pas un coup d’œil. Il se lève, souverain, tel un roi après la conquête. Sa peau frissonne encore des secousses du plaisir. Sa virilité, lourde et triomphante, s’apaise entre ses cuisses. Il claque des doigts. Un grondement mécanique lui répond et la cage entame sa descente. Les chaînes gémissent, le métal tremble. Mon souffle aussi. Quand la porte s’ouvre, je ne bouge pas. — Viens, dit-il d’une voix rauque, imposante. Il me tend la main. Ses doigts, chauds et puissants, se referment sur les miens avec une douceur trompeuse. Il me guide au centre du cercle, dans son alcôve de velours, de coussins et de corps oubliés. Il s’installe tel un dieu à l’appétit insatiable et m’attire sur ses genoux. Je me retrouve assise sur son bassin, mes jambes de part et d’autre de sa taille. Ma robe se soulève sur mes cuisses. Ma peau s’enflamme au contact de la sienne. D’un simple ordre de sa part, murmuré dans une langue ancienne que je ne connais pas, les courtisanes s’animent à nouveau. Elles dansent lentement, telles des ombres. Leurs corps ondulent, leurs vers nous, leurs gestes aussi fluides que l’eau. Leurs doigts effleurent mes bras, mes épaules, mes hanches. Ma robe m’est retirée. Mon cœur cogne à m’en fendre les côtes. Mon fiancé glisse un bras sous sa tête, nonchalant, spectateur de sa propre offrande. De sa main libre, il joue avec mes cheveux, les emmêle, les libère et recommence. La musique reprend toujours envoûtante. Les paroles évoquent des cieux embrasés et des pactes oubliés. — Je vois à présent à quoi devait ressembler Camelot sous ton occupation, Mordred, je souffle sans ciller. Son sourire est carnassier. Insolent. — Tu aurais adoré ça, trésor, susurre-t-il. Il se penche en avant. Ses lèvres effleurent ma gorge, mon cou, mes clavicules. Il m’embrasse partout avec une adoration féroce. Sa main descend sur mon ventre, le caressant avec douceur. Son geste déborde d’orgueil, de fierté, d’un amour possessif qui ne demande pas la permission. Puis il glisse plus bas, sans hâte. Mes lèvres s’entrouvrent, mais aucun son ne sort de ma bouche. Autour de nous, les corps continuent leur danse dans des mouvements fluides et sensoriels. Les lèvres d’Aydan se referment sur mes seins, qu’il mordille avec ardeur, m’arrachant un cri de plaisir. — Les druidesses voulaient essayer d’instaurer une part de Kara en toi, murmure-t-il contre ma peau, un fragment d’elle, peut-être. (Ses doigts s’arrêtent sur le bourgeon de chair entre mes cuisses.) Mais elles ont bien fait de ne rien en faire…Tu es déjà comme elle. Un froid glacial me traverse la poitrine. — Je n’ai aucun lien de parenté avec elle, je siffle entre mes lèvres. Il sourit, suffisant : — Tu as beaucoup plus à voir avec elle que tu le penses. Ses doigts me pincent fermement avant de me pénétrer d’un geste sec. Je geins, rejette la tête en arrière. Sa voix rauque, glisse contre ma peau comme un grondement d’orage tout près de mon oreille. — Audacieuse. Intrépide. Courageuse. (Mon cœur bat dans mes tempes. Mon ventre se contracte.) Ensorcelante. Vivante. Assoiffée de liberté. (Il marque une pause, puis demande :) Comment crois-tu que Guenièvre l’infertile ait pu tomber enceinte ? Je retiens mon souffle. Ses doigts s’enfoncent en moi, s’attardent, reculent, reviennent. — Kara lui a fait boire une potion dans laquelle elle a laissé filtrer une part de son essence. Une essence qui s’est tue pendant des siècles. Dormante. Invisible. Mais jamais éteinte. Elle a fini par réapparaître à la naissance de ta sœur…Même si, chez elle, cela a eu un effet rebond. (Il frôle mes lèvres d’un b****r qui n’en est pas un.) Contrairement à chez toi. (Je me frissonne. Il sourit contre ma peau.) Ce geste n’a pas été suffisant pour chasser l’empreinte d’Arthur et Guenièvre en toi, et tant mieux. C’est grâce à elle que tu vas me servir de flambeau…Me montrer le chemin jusqu’à Excalibur. Pas parce que tu le veux, ni parce que tu l’as choisi. Mais parce que tu es née pour ça. Ses mots s’imprègnent dans mon cerveau, me permettant de comprendre e qu’il voit en moi. Ses doigts accélèrent, changent de rythme. Chaque mouvement m’arrache un frisson plus aigu, plus profond. En dessous de moi, Aydan/Mordred me contemple comme s’il voyait à travers moi. Pas seulement ma peau. Pas seulement ce corps qu’il connaît par cœur. Mais ce qui m’habite. Ce qui m’éveille. Ce qui m’échappe aussi. Il touche à l’endroit même où mon souffle devient cri, où mon cœur s’emballe. Mon dos se cambre, mes jambes tremblent, et je ne suis plus qu’un pantin, vibrant sous sa volonté. Je devrais fuir, mais au lieu de ça, je me tends. Je fonds. Je m’offre. C’est une onde de chaleur qui monte, en spirale, me noie par vagues successives. Sans me laisser le temps d’atteindre le précipice, il retire ses doigts et s’enfonce en moi d’un seul élan. Je me tends sous son assaut impitoyable, rejette la tête en arrière. Mes doigts se perdent dans ses cheveux ondulés. Tout me semble plus flou. Plus loin. Il n’y a plus que lui, moi, et cette vérité qui me mord le cœur. Ses mains se referment sur mes hanches. Ses doigts s’enfoncent dans leur chair tendre, m’ancrant à lui pendant qu’il me pilonne fougueusement. Mon corps est soulevé, emporté par ses coups de reins. Chaque va-et-vient me dépossède un peu plus de moi-même. Je tente de prendre appui sur son torse pour reprendre le contrôle, ne serait-ce qu’une seconde, mais l’une des courtisanes m’attrape les poignets et les ramène brusquement dans mon dos. Aydan rapproche sa bouche de mon oreille, la respiration saccadée : — Grâce à toi nous allons mettre la main sur elle pour de bon. Pas seulement soumettre l’Europe, pas seulement pour écraser la rébellion. (Il s’enfonce en moi plus fort, m’arrachant un cri de plaisir aigu.) Mais pour dominer le monde…Car celui qui détient l’épée magique n’est plus jamais à genoux. Je le fixe, haletante, le corps en feu, la colère bouillonnant sous mon plaisir. C’est trop. Mon corps me trahit. Il vibre, se tend, se brise en mille éclats. Une puissante vague me submerge de l’intérieur. Un feu d’artifice silencieux qui pulvérise mes dernières résistances. Je m’effondre tremblante. Malheureusement pour moi, mon fiancé ne relâche rien. Sans me laisser le moindre répit, il se retire d’un mouvement sec, me laissant haletante, pleine d’un plaisir à peine achevé. Ses mains se posent sur mes épaules, me forcent à glisser plus bas, entre ses cuisses, sans le moindre avertissement. Je vacille à genoux devant lui. Son sexe dur, tendu, palpite encore d’un désir brut. Il m’observe, le souffle court, le torse encore vibrant du plaisir qu’il vient tout juste de me voler. — Prends-le. Je reste figée, les yeux levés vers lui. Sentant mon hésitation, il m’empoigne par les cheveux et me tire plus près. Son ordre résonne à nouveau, plus impérieux : — Prends-le. Ma bouche s’ouvre d’instinct, soumise à cette autorité brute. Un grondement rauque remonte des tréfonds de sa gorge. Ses hanches heurtent ma bouche, impitoyables. Chaque coup de rein cogne au fond de ma gorge sans pitié. Mes genoux tremblent contre le sol, mes lèvres suivent le rythme tant bien que mal. Il me dévore, utilise ma bouche comme un exutoire. Je ressens toute sa force, sa volonté indomptable, dans cette prise brutale qui pourtant ne fait que renforcer le lien intense entre nous. Ses doigts, noués dans mes cheveux, m’ancrent à lui. Je ne suis plus qu’un prolongement de son désir. Une extension de sa pulsion. Ma langue glisse sur sa peau tendue, explore chaque veine saillante. Sous mes doigts, ses muscles vibrent, tendus à l’extrême. Ses soupirs deviennent des râles profonds, des murmures sauvages qui cognent contre mes tympans et me guident dans ce rituel sacré. Je le sens vibrer, au bord du précipice, prêt à éclater. Je l’accueille alors plus profondément, jusqu’à sentir chaque nerf, chaque pulsation battre contre mes lèvres. Je serre. J’aspire. J’enlace. J’embrasse. J’embrase. D’un râle guttural, il explose comme un fauve qui aurait été retenu trop longtemps en cage. Il me garde là, sa verge toujours ancrée dans ma bouche. Il pulse contre ma langue, s’épanche au fond de ma gorge, jusque sur mes lèvres encore grandes ouvertes, offertes à sa jouissance. Je grimace, mais je prends. Je bois. Je l’avale, chaque spasme, chaque goutte, jusqu’à la dernière. Enfin, il relâche la pression. Je me redresse lentement, la gorge en feu, la respiration erratique, le regard embué. Il m’observe, le torse soulevé par l’effort, les yeux brillant d’un désir insatiable. A genoux devant lui, le corps tremblant de fatigue, je me laisse happer. Mon corps s’efface, ma conscience se délite. Je disparais dans l’écho de son plaisir, me dissout dans sa force et la chaleur de son souffle. A ma place, une autre forme prend vie. A travers un voile trouble, mes yeux croisent ceux de la courtisane qui m’avait repérée plus tôt. Elle s’avance nue, sans un mot, et s’installe là où je me tenais à l’instant. Sa posture est une offrande et un défi à la fois : un genou levé, l’autre replié sous elle, les reins cambrés avec une aisance presque insolente. Elle ne le regarde pas. Elle le conquiert à l’aveugle. Puis elle glisse lentement, le dos contre son torse, jusqu’à s’asseoir sur ses genoux, épousant parfaitement le creux de ses cuisses. Leurs corps s’imbriquent avec une lenteur sensuelle. Son bassin s’aligne au sien dans un silence plus bruyant que mille soupirs, et l’écho de cette proximité me lacère. Elle s’ancre sur lui comme si elle avait toujours été là, comme si elle comptait ne jamais redescendre. Je sens mon essence s’éloigner, se dissoudre dans l’air saturé de parfum, de luxure et de pouvoir. Je m’évapore, chute dans un cri muet, et retombe sur le lit d’Aydan. Seule. Un silence assourdissant s’installe autour de moi. Dans un bruissement à peine audible, les fenêtres et la porte se verrouillent, scellées par une main invisible. Une voix, fluide et autoritaire se glisse alors dans la pièce, comme un murmure venu d’ailleurs : — Dors. Je te veux en forme pour ce soir. Mes paupières s’abaissent, lourdes d’un ordre auquel je ne peux me soustraire. Mon corps s’endort gracieusement. Mon esprit résiste encore, pris dans le tourbillon de ce que je viens de voir, de vivre, de comprendre. Je suis l’axe de quelque chose de plus vaste. L’enjeu. Le catalyseur. Je suis à la fois la captive et l’élue. ** ** ** ** **
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