Trois : "Nous" sous les yeux des haltères [1]

2081 Words
Ɛ∂σѕαη Je n’ai jamais foutu les pieds dans le centre d’entrainement spécialisé des Gardes de la Cité et jusqu’ici, je ne pensais même pas y avoir accès en tant que simple citoyen. Bien qu’en réalité j’ai dû décliner mon identité, Félix a simplement dû m’inscrire lui-même et le vieux démon rabougri qui surveille le hall m’a laissé entrer, m’indiquant la salle 15 comme si j’avais la moindre idée de ce que ça signifiait. Je suis néanmoins la direction qu’il a vaguement montrée avant de reprendre sa stature de marbre. L’endroit semble immense, on peut le deviner juste à la taille du long couloir qui semble donner accès à différentes salles d’exercices. J’ai du mal à voir l’autre bout et la hauteur sous plafond est impressionnante, je me demande bien pourquoi ils ont pris la peine d’avoir autant de place. Quoiqu’il en soit, je m’avance, dépassant deux Eremis qui discutent sans se préoccuper de moi et je regarde sur la première porte et aperçois alors un numéro et je comprends donc ce qu’il en est. Le quinze donc ! Je file donc bien plus vite, presque impatient et toujours troublé par Félix ! Je pense à lui depuis la veille, et une idée a fini par me traverser l’esprit. A-t-il compris que j’étais attiré par lui ? Félix est mon ami, un ami foutrement sexy, oui, mais je tiens véritablement à mon lien avec lui. Je me souviens de la distance qu’il a gardée si longtemps avec moi et j’ai vraiment peur qu’il revienne à se comporter comme ça. Je ne veux pas le perdre... Et ce chiffre quinze indiqué sur la porte me fout. Presque les boules. Je n’ai rien à craindre de mon ami, mais très honnêtement je ne suis même pas certain de ne pas devoir m’excuser. S’il m’a grillé, c’est que je suis bien trop évident et que j’ai eu des gestes ou des regards déplacé. Quoiqu’il en soit, je frappe à la porte, le cœur au bord des lèvres, conscient cependant que ma réaction est complètement excessive ! Il ne sert à rien de me foutre mal sans savoir ce qu’il en est vraiment... La porte enfin et Félix est là, me fixant de son grand sourire solaire. - Sérieusement, tu frappes avant d’entrer dans une salle de sport toi ? - Ah ! Beh, je n’ai pas réfléchi... Enfin j’ai juste pensé que c’était ce qu’il fallait faire ! Il rit de plus belle, me cédant le passage pour me laisser entrer semble aller parfaitement bien et cela me détend. Il a juste l’air normal, au moins c’est rassurant. - Bah merde ! Tu m’étonnes que ton bras fait la circonférence de mon crâne ! C’est la seule réaction que je peux avoir devant la pièce qui me fait face ! Elle est complète, réunissant plusieurs machines de torture pour se ”muscler" d’un côté. En face, il y a deux tatamis, sans doute placés pour permettre des affrontements amicaux, le tout sous l’œil ambitieux d’un large miroir qui semble aussi double le volume de l’espace. Et juste à côté d’une pièce avec une seule porte notifiée d’un ”Vestiaire" , il y a un espace avec un bain chaud et une table de massage, me donnant soudainement presque envie de me dépenser... - C’est la salle réservée aux Humains, enfin pour être plus précis, celle qui a été aménagée quand j’ai réussi les tests ! La plupart des équipements ne sont pas forcément adaptés à ma corpulence, alors ils ont monté un exemplaire plus approprié. Enfin bref, logiquement on privatise une salle quand on veut faire un entrainement privé, mais de toute façon, personne ne vient ici ! - Tu veux dire que c’est ta salle de sport privé ? - Non ! Quand même pas, en vrai y a parfois des nymphals qui viennent, mais je les vois rarement. - Je vois... Je ne sais pas quoi répondre d’autre et je fais mine de mieux regarder l’ensemble de la pièce avec attention pour me donner bonne contenance, soudainement gêné. J’évite soigneusement de le regarder, visualisant les trois fenêtres bien trop hautes pour que je puisse voir l’extérieur, servant surtout de puits de lumière. - Tu comptes faire de l’exercice dans cette tenue ? Je regarde rapidement mes vêtements, n’y trouvant rien à redire ! Un simple tee-shirt et un training large permettant les gestes amples ! Je me crispe instinctivement en voyant du coin de l’œil qu’il s’approche de moi et il vient attraper mon menton pour réclamer mon attention. Je m’y glisse alors, ne pouvant résister à l’appel langoureux de ces fioles d’indophénol qui barbouille ses iris... Bon sang qu’il est beau, réunissant si facilement tant de fantasmes à lui seul ! Juste parfait. - Pourquoi tu m’as demandé de venir Félix ? - Ah... tu ne perds pas de temps hein ! J’aurais aimé qu’on parle d’abord entrainement avant d’entamer cette... partie-là ! Je suis bien incapable d’attendre autant de temps et surtout stressé ! Je suis certain que mon expression lui a clairement montré ma désapprobation, car il grimace, finissant tout de même par rire doucement avant de prendre longuement son souffle. Ses beaux yeux se perdent dans le vague tandis qu’il réfléchit et la rougeur de ses pommettes elle me montre que lui non plus ne doit pas être à l’aise actuellement. - Je voulais qu’on parle de... enfin j’imagine qu’on peut dire “sentiment” ! Je crois qu’il faut que je clarifie les choses entre nous... Merde ! La panique monte d’un seul coup, embrasant d’un seul coup tout mon courage, laissant mes peurs s’installer entre chaque vague de frisson glacial qui me parcourt les bras. C’est pire que tout, il m’a grilléETil me rejette ! C’est exactement ce que je craignais, il va s’éloigner et je le perdrais. Alors je me replie vivement, prenant moi-même des distances raisonnables, comme pour le libérer de moi. C’est inconscient et incontrôlable et quand nos regards se rencontrent, je n’arrive même pas à me retenir de pleurer... - Je suis désolé ! Vraiment tu sais ! Je ne l’ai pas fait exprès enfin... ça ne se commande pas ! Je te demande pardon, mais s’il te plait, ne m’abandonne pas ! - Edo attend ! Viens là... Il me rejoint de nouveau, m’entourant de sa chaleur bien que je n’ai absolument pas l’impression d’avoir plus chaud. C’est foutrement le contraire, ma peau gelant littéralement partout où sa peau bouillante se pose. J’ai l’impression de ne pas mériter sa flamme, me condamnant éternellement à ressentir la glace dans mes veines... - Explique-moi Edo, je ne comprends pas ta réaction ! Je ne m’y attendais pas... - Je sais que tu t’intéresses à Mika et je n’ai rien contre ça, mais je ne pensais pas que tu remarquerais mes... Je me coupe, les mots semblant se coincer dans ma bouche tandis que l’azur me fixe avec une attente atrocement vive. - Tes... ? Il me pousse à finir et ses pouces viennent balayer les ruisseaux salés de mes joues. Avec cette facilité déconcertante, il efface mon moment de faiblesse, lui accordant pourtant le droit d’exister. - Remarque... Que tu remarquerais mes sentiments pour toi ! Il pousse un brusque souffle, visiblement ébranlé par ma confession, et il n’hésite pas à venir cueillir mes lèvres, me faisant haleter. Il ne fait rien de plus que de caresser tendrement ses lèvres sur les miennes, ne réclamant pas à approfondir l’échange. Il répond simplement à ma déclaration, l’acceptant tout en prenant la responsabilité d’en prendre soin. Je n’ose pas vraiment croire à ce qu’il se passe, encore moins après tout ce temps ! Quoiqu’il en soit je ferme juste les yeux, profitant de tout, laissant mon cœur se calmer légèrement même s’il ne semble pas pouvoir y parvenir. - Félix... - Je ne pensais pas que tu l’ignorais encore, j’avais tellement l’impression d’être flagrant ! Nos lèvres se sont à peine éloignées, s’effleurant à chaque mouvement de nos bouches. Mais je n’aurais pas apprécié qu’il s’écarte plus. Maintenant que j’ai l’impression d’avoir l’autorisation de le couvrir de baisers, j’ai la sensation de ne pouvoir m’arrêter. Le barrage a sauté ! Et autant j’ai un roman de raison de ne pas céder à Dal et Mika, autant la situation est différente concernant le beau garde. Alors je me colle contre lui, ayant soudainement besoin de son contact, presque pour rattraper tout ce temps sans l’odeur de sa peau clairement ancré dans mes narines. - Non j’ai... je pensais que c’était Mika ! Que Mika... - Mika aussi, mais non, effectivement il n’est pas le seul. Ça fait des mois et des mois que je suis fou de vous... C’est une sacrée déclaration que je ne prends pas à la légère. Il n’est pas en train de me dire qu’il a le béguin, ou que je l’attire, il me parle d’une chanson bien plus profonde dont j’ai envie de me noyer dans les paroles. - C’est pour ça que tu étais si distant avec moi au début ? - Au début... ? Quand on s’est rencontré ? - Ouais - Mmmh. Non, ce n’est pas ça... attends, viens ! Tout s’est enchainé là, attend... Il souffle, et il m’enferme contre lui, me laissant sentir l’affolement fou de son cœur. Tout aussi malade que le mien, sans doute douloureux, il s’éclate contre ses cotes me donnant presque l’impression qu’il peut en souffrir. J’ai toujours su que mon ami était une personne franche, qui s’assume pleinement ! Toutefois le sentir presque fragile devant moi me touche profondément... Il se met à nu pour moi, me montrant clairement qu’il n’est pas en train de jouer. - Donc, je reprends ! Edo, j’ai des sentiments pour toi et j’aimerais qu’on se voie dans un autre contexte toi et moi... - Tu me parles d’entamer une relation ? - Ouais je te parle de quelque chose de sérieux. Cependant... Comme tu la dis, je n’ai pas des sentiments que pour toi. La situation pourrait s’avérer cocasse si je n’en étais déjà pas parfaitement au courant et que je n’éprouve pas la même chose pour le Nymphal. - Tu as l’intention d’aller te déclarer envers Mika ? Je sais que ma question semble moqueuse, mais c’est plutôt que je ne crois pas que quoique ce soit de positif en ressort ! Enfin en réalité, peut-être ? Mais j’ai plutôt l’impression qu’il fuirait, pareillement à Daldrei cela dit en passant. - Pas vraiment, je... J’y réfléchis depuis un moment ! Il y a un truc entre nous, mais quelque chose bloque et je ne sais pas quoi ? - Félix, tu es conscient que “ce truc” concerne aussi Daldrei ? Un voile d’amusement fait surface et son sourire se fait joueur. - Tu ne trouves pas Dal parfaitement sexy ? - Si, bien sûr que si, mais toi tu... - Tu sais, lui et moi... On a déjà couché ensemble ! - Quoi ?! Je m’en étranglerai presque !Mais qu’est-ce qu’il se passe aujourd’hui ! - Enfin couché pas vraiment, on s’est juste offert une aide mutuelle... De type manuel ! - Vous vous êtes branlé quoi ! - C’est ça ! On s’est déjà entrainé ensemble,dit-il en me montrant la salle d’un signe de tête,et dans ces moments-là, on aime bien se chercher... On ne le fait pas devant les autres, c’est juste entre nous! - Pourquoi tu m’en parles alors ? - Bah tu fais partie de ce ”nous" ! Pour être franc, je crois qu’il y a quelque chose entre nous quatre. - Je... Crois aussi. Cependant je ne pense pas qu’il y ait un avenir ! Enfin je veux dire, il n’y a rien à envisager et ça ne pourra jamais devenir sérieux. Ça ne serait qu’une histoire en secret le temps que ça dure et puis voilà. Je les aime, tu sais, et je ne veux pas les perdre ! Félix acquiesce et je comprends tout de suite qu’il a aussi pensé à tout ça. ☆:*‘¨’*:.☆(¯‘*•.¸,¤°’ ‘°¤,¸.•*‘¯)☆:*‘¨’**:.☆ Prochain chapitre : "Nous" sous les yeux des haltères [2] ☆:*‘¨’*:.☆(¯‘*•.¸,¤°’ ‘°¤,¸.•*‘¯)☆:*‘¨’**:.☆
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