Chapitre 11: Le Poids des Traditions et le Goût de la Rébellion

1122 Words
Point de vue de Malia Le silence qui régnait dans le palais après notre dispute était devenu oppressant. Yunus pensait m’avoir apaisée avec ce collier de diamants qui pesait à mon cou comme une chaîne étincelante, mais il n'avait fait qu'attiser un feu nouveau en moi. Chaque fois que je passais devant un miroir, l'éclat des pierres me rappelait ma condition : une captive de luxe, dont les désirs étaient étouffés sous l'or. La sensation d'étouffement était telle que même l'air climatisé du palais me semblait vicié. Leila, mon amie impétueuse de la faculté, continuait de faire vibrer mon téléphone sur la table de nuit. Ses messages étaient des appels à la vie : « Malia, tout le monde demande où tu es », « On ne vit qu'une fois », « Ne le laisse pas gagner ». C'est dans cette atmosphère saturée d'amertume que le destin décida d'ajouter un obstacle supplémentaire. Vers dix-neuf heures, un tumulte s'éleva dans le grand hall. Une voix autoritaire, aiguë et chargée d'une assurance ancestrale, résonna contre les murs de marbre, brisant le calme sépulcral de la demeure. Je descendis les escaliers avec appréhension et me figeai à mi-hauteur. Au centre du salon trônait une femme d'un certain âge, drapée dans un basin riche d'un violet royal, dont les broderies d'or scintillaient agressivement. C'était Hadja Fatoumata, la tante paternelle de Yunus. Elle était la gardienne des valeurs de la lignée, une femme dont le seul regard pouvait faire trembler les serviteurs les plus endurcis. — Alors c'est elle ? dit-elle d'une voix grinçante en me scrutant de la tête aux pieds. La petite aux yeux d'étrangère que mon neveu a épousée en oubliant les filles de son rang ? On m'avait dit qu'elle était jolie, mais je ne vois qu'une enfant déguisée en femme. Elle ne me salua pas. Elle s'installa sur le canapé en cuir comme si elle possédait les lieux depuis toujours et commença à critiquer tout ce qui l'entourait. Yunus, arrivé en hâte, l'embrassa avec un respect qui me surprit. Lui, l'homme si fier, s'inclinait devant cette matriarche. La soirée tourna rapidement au supplice psychologique. Hadja Fatoumata, entre deux gorgées de thé amer, passa des heures à m'expliquer la place d'une femme. Selon elle, mon envie d'étudier était une insulte à l'honneur de mon mari. Elle parlait de moi comme d'un investissement dont on attendait des héritiers mâles, pas des diplômes. — Une femme éduquée finit toujours par regarder par la fenêtre au lieu de regarder son foyer, décréta-t-elle en me lançant un regard de braise. Yunus, tu es trop faible avec elle. Tu lui donnes des livres alors qu'elle devrait porter des enfants. C’en était trop. Entre la tyrannie possessive de Yunus et le mépris archaïque de sa tante, je sentis un ressort se casser en moi. Vers vingt-deux heures, profitant d'une discussion animée sur des terres familiales, je prétextai une migraine insupportable pour monter me coucher. Mais une fois dans la chambre, ce n'est pas le sommeil qui m'envahit, mais une rage froide. J'avais besoin d'air. J'avais besoin de prouver que mon âme n'était pas à vendre. Je me changeai avec une vitesse fébrile. J'enfilai un jean noir moulant, un haut sombre et ma veste en cuir. Je me faufilai par l'escalier de service, évitant les caméras que je savais désormais identifier. Le chauffeur dormait dans l'annexe et les gardes du portail principal étaient occupés par les domestiques de la tante. Je connaissais un endroit au fond du jardin où le mur était légèrement plus bas. Au prix d'un effort surhumain, je sautai, atterrissant dans la poussière de la rue voisine. Mes mains tremblaient, mais pour la première fois depuis des jours, je respirais. J'appelai un taxi via une application secrète. Direction : le Sky Lounge. L'interdit coulait dans mes veines comme un poison délicieux. Point de vue de Yunus L'arrivée de ma tante Fatoumata ne pouvait pas tomber à un moment plus mal choisi. Elle représentait tout ce que j'essayais de moderniser dans ma propre vie, tout en restant l'ancre de ma légitimité sociale et familiale. Je devais l'écouter dénigrer Malia, critiquer mon choix de lui laisser reprendre ses études, tout en gardant un masque de respect imperturbable. Mais mon esprit était ailleurs. Je sentais Malia tendue, ses yeux bleus fixés sur le vide, d'une pâleur qui m'inquiétait. Lorsqu'elle demanda à se retirer, je pensai que c'était le stress de la confrontation qui l'épuisait. — Elle manque de caractère, Yunus, déclara ma tante en croisant ses mains chargées de bagues en or. Tu as épousé une poupée de porcelaine. Une brise un peu trop forte et elle se brisera. Ou pire, elle s'envolera si tu ne la lestes pas avec quelques grossesses. Je hochai la tête par pure forme, mon agacement grimpant en flèche. Je n'aimais pas qu'on critique ce qui m'appartenait, même si c'était elle. Un pressentiment étrange me tordit les entrailles alors que la soirée s'étirait. Malia était restée trop calme après notre dispute de l'après-midi. J'attendis que ma tante soit enfin installée dans la suite d'invités avant de monter dans notre chambre, espérant trouver mon "doudou" endormie pour pouvoir l'embrasser et oublier cette journée de tension. Le silence qui m'accueillit derrière la lourde porte en acajou était anormal. Il n'y avait pas le bruit régulier de sa respiration, pas l'odeur légère de son parfum sur l'oreiller. Le lit était vide, les draps tendus comme si personne ne s'y était jamais couché. Mon regard se porta immédiatement vers le dressing. La fenêtre était entrouverte, laissant entrer l'air chaud de la nuit. Le sang ne fit qu'un tour dans mes veines. Une rage froide, glaciale, s'empara de mon être. Elle avait osé. Elle avait bravé mon interdit formel, humilié ma protection, et surtout, elle m'avait menti. L'idée qu'elle soit dehors, sans chauffeur, sans garde, vêtue d'une manière qui attirerait les regards de tous les chiens en rut de la ville, me rendit littéralement fou. J'appelai instantanément mon chef de sécurité, ma voix vibrant d'une fureur si contenue qu'elle en devenait terrifiante. — Elle n'est plus dans la maison. Localisez son téléphone immédiatement ! Et préparez les voitures. Si elle est au Sky Lounge, je veux que l'endroit soit bouclé avant mon arrivée. Je me moquais de ce que ma tante penserait si elle m'entendait sortir. Je me moquais de ma réputation. L'idée que Malia soit dans ce club, entourée de musique, d'alcool et de mains inconnues, était une torture que je ne pouvais supporter. Je quittai le palais en trombe, les pneus crissant sur le gravier, avec une seule pensée en tête : Malia venait de déclarer la guerre, et elle allait apprendre que je ne perdais jamais, surtout quand il s'agissait de garder ma reine sous mon aile.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD