Épisode1
Noah avait compris très tôt une chose essentielle : dans ce monde, certains naissaient visibles… et d’autres non.
Lui faisait partie de la seconde catégorie.
À l’université, personne ne s’asseyait jamais à côté de lui par choix. On l’évitait comme une erreur gênante. Ses vêtements étaient propres mais banals, son sac usé, son téléphone ancien. Il n’était ni stupide ni paresseux — simplement pauvre, discret, sans réseau. Et cela suffisait pour être méprisé.
Les rires ne venaient jamais de face. Toujours derrière. Toujours assez fort pour qu’il entende.
— Regarde-le… — Il croit vraiment qu’il a une chance ici ?
Noah serrait les dents. Il avait appris à survivre en encaissant.
La seule lumière dans ce décor gris s’appelait Lina.
Elle était belle, ambitieuse, vive. Au début, elle l’avait choisi parce qu’il l’écoutait, parce qu’il était doux, parce qu’il la regardait comme si elle était unique. Noah, lui, s’était accroché à elle comme à une promesse. Il travaillait après les cours, économisait chaque pièce, rêvait d’un futur où il pourrait enfin lui offrir ce qu’elle aimait tant : le luxe, les regards envieux, la reconnaissance.
Mais les rêves ne paient pas les additions.
Le jour où elle l’a quitté, il n’y eut aucune scène.
Ils étaient assis face à face dans un café trop cher pour lui.
— Noah… on n’est plus sur la même longueur d’onde, dit-elle en évitant son regard.
Il comprit immédiatement.
— Il y a quelqu’un d’autre ? demanda-t-il doucement.
Elle soupira, agacée.
— J’ai besoin de plus. De stabilité. De quelqu’un qui… réussit.
À travers la vitre, un homme attendait. Costume impeccable. Montre brillante. Confiance naturelle.
Noah hocha la tête. Il ne cria pas. Il ne supplia pas.
Il sourit même.
Ce sourire-là le brisa de l’intérieur.
Cette nuit, la ville lui sembla hostile. Les lumières trop vives. Les rues trop longues. Chaque pas résonnait comme une question sans réponse.
« Si je disparais… est-ce que quelqu’un le remarquera ? »
Debout au bord du pont, le vent fouettant son visage, Noah sentit ses jambes trembler.
C’est alors que la voix retentit.
[Analyse de désespoir critique terminée.]
Noah sursauta violemment.
Devant lui, flottant dans l’air, un écran translucide s’illumina.
Bienvenue, Noah Kévin. Compatibilité confirmée. Proposition : activation du SYSTÈME D’ASCENSION QUOTIDIENNE.
— Je deviens fou… murmura-t-il.
Ce système ne se déclenche qu’une seule fois par hôte. Souhaitez-vous continuer ? OUI / NON
Il rit nerveusement.
— J’ai déjà tout perdu.
Il appuya sur OUI.
Activation réussie. Chargement des paramètres initiaux…
Une nouvelle fenêtre apparut.
STATS DE BASE Force : 5 / 100 Agilité : 5 / 100 Intelligence : 8 / 100 Charisme : 3 / 100 Apparence : 2 / 100
Limite quotidienne d’attribution : 5 points Limite absolue humaine : 100 par statistique Dépassement impossible sans Évolution spéciale
Noah déglutit.
— Donc… je ne peux pas devenir un dieu.
Correction : vous pouvez devenir l’élite.
Une notification clignota.
Récompense Jour 1 :
10 000 €
5 points de statistiques
Son téléphone vibra. Compte bancaire crédité. Réel.
Ses mains tremblaient.
Il fixa ses statistiques longtemps, puis répartit lentement :
Apparence +3 (5/100) Charisme +2 (5/100)
Une chaleur douce parcourut son corps. Ses épaules se redressèrent. Sa peau s’éclaircit légèrement. Son reflet dans l’eau du fleuve changea — subtilement, mais indéniablement.
Pour la première fois, Noah se trouva… acceptable.
Rappel important : – Enregistrement quotidien obligatoire – Absence = perte de points aléatoires – Refus prolongé = suppression du système
Il inspira profondément.
— D’accord… dit-il d’une voix nouvelle.
Il se détourna du pont.
Ce soir-là, Noah ne mourut pas.
Il naquit.