Une fois montés dans ma chambre il s'allonge sur mon lit et regarde le plafond. La seule chose dont j'ai envie c'est de me coucher à côté de lui et qu'il me serre très fort dans ses bras. Enfin, si ce n'était que ça, ça serait bien mais il est clair que mon amour pour lui n'est pas que platonique.
-Enfin tranquille ! Je suis tellement fatiguée. Quelle heure il est ?
-Il n'est que vingt heures trente mamie.
Il finit par me faire décrocher un sourire. Si ce n'est quand je parle avec les membres du staff, de l'équipe, les fans je ne sourie presque jamais, trop fatiguée de passer mon temps à faire des sourires polis. Ce sont des sourires sincères mais tout ça me fatigue quand ça dure trop. Il est le seul qui les fait naître, ces sourires qui ne demandent pas d'être polies, gentils ou gratifiants.
-Enfin tu souris. Tu n'as pas sourie de la journée, enfin mis à part quand il fallait que tu sois en public. Je trouve que tu as de plus en plus le mal du pays. Tu as raison, vivement que ça se finisse.
-Oui j'avoue que je suis de plus en plus mélancolique. Ça ira mieux après. La tournée européenne pour moi, me fera me sentir un peu plus à la maison et les pays comme l'Espagne ou l'Angleterre sont près de la France ma famille viendra peut-être me voir.
-Il me tarde d'aller en France.
-Moi aussi, j’ai envie de manger tellement de plats.
-Toi à part la bouffe !
Il part d'un rire mélodieux, un rire qui m'enveloppe toute entière. Je me sens toujours mieux quand j'arrive à ce résultat, mieux dans ma peau, mieux dans ma tête.
-J'aimerais bien d'ailleurs qu'on fasse un ou deux concerts de plus en France. On fait pleins de concerts aux états-unis, bien plus qu'en Europe et la France c'est mon pays. Je suis toujours française, j'aimerais qu'on prenne ça en compte.
-C'est vrai comme on vient tous du même état on ne s'est jamais posé de questions mais ça va faire deux ans maintenant que tu es là et il serait temps qu'on prenne un peu plus en compte tes origines. Puis c'est pas n'importe lesquelles, françaises, c'est tellement sexy. Je suis sûr qu'on t'a demandé plein de fois le french kiss.
Je m'allonge près de lui et je ris. Il a vraiment un effet apaisant sur moi, très soporifique. Il me fait de la place sur son torse et me couvre de son bras.
-Si, mais je déteste ce mélange de bave, pas cool pour une française.
Même si étrangement avec lui ça me ferait rêver.
-Tu veux faire quoi ? Rester allongée là ? Ou regarder un film ? Je t'avoue que je n'ai pas très envie de parler il faut bien que je la repose.
-Oui je veux bien regarder un film.
-Un film français ça te va ?
-Oh oui ! Ça me ferait du bien.
-Alors choisis.
-J'hésite entre la Belle et la Bête et Notre Dame De Paris. Tu préfères quoi ?
-Vraiment des Disney ?
-Oui j'ai envie de légèreté et Notre Dame De Paris c'est pas un Disney je te rappelle !
-Oui c'est vrai et bien je choisis lui comme film.
-Quoi t'aime pas La Belle et la Bête ?
-Bhen à choisir je préfère ça.
-Ah oui ?
-Quoi tu es déçue ? On regarde ça si tu veux.
-Non, ça me va très bien.
-Alors pourquoi tu me fais chier ?
Il rit encore plus. Se lève et commence à mettre le film à la télé. Une fois qu'il eut fini il revient s'allonger près de moi et après s'être installés de façon à voir le film ma tête toujours sur son torse nous sommes fin prêts.
Cependant je ne me souviens pas avoir vu la fin ni même le milieu. Je m'endors tout contre lui, tout simplement et heureuse. Quand je me réveille au beau milieu de la nuit il n'est plus là. Alors je sens en moi une grande tristesse. Je regarde mon portable et vois qu'il m'a envoyé un message. Apparemment sa femme l'a appelé et du coup pour ne pas me réveiller il est partit téléphoner dans sa chambre. Je suis vraiment déçue. Encore une fois elle me le prend. Il ne lui suffit pas de l'avoir épousé et de pouvoir faire avec lui tout ce qu'il m'est interdit.
Il n'est que minuit. Peut-être est-il réveillé ? J'aimerais aller le voir. Ça ne serait pas la première fois mais je sais au fond de moi que ce n'est pas bien. Cependant la tristesse dans mon cœur et la solitude que je ressens est immense et alors que je m'enfonce dans ma couverture je me sens seule au monde comme si rien ne pourrait jamais m'atteindre ou me faire revenir à la surface, comme si je ne pouvais pas respirer. Et quand j'y pense je ne peux pas respirer. Ma tête explose, des images de mort, de souffrance de solitude apparaissent tout d'un coup et je suis seule pour tout affronter. Encore une fois, seule et abandonnée, seule et jamais celle qu'on choisit et qu'on aime. Je ne suis pas assez bien, pas assez intéressante, pas assez belle et chaque jour me lever de mon lit est une torture. Ces concerts, ces gens, cette vie de voyage qui pourrait plaire me renvoie sans cesse au fait que je n'ai plus de maison, que l'homme dont je suis follement amoureuse ne m'aime pas, que personne ne m'aime. L'amour des fans est puissant mais il ne peut combler le vide dans mon cœur.
Je l'aime c'est certain, lui et seulement lui. Comment vais-je pouvoir continuer à faire semblant ? Il ne faut plus que je pense à ça. Il faut juste que je pense à respirer mais le monde semble manquer d'air.
Mais pourquoi ? Pourquoi suis-je si malheureuse ? Quand il m'a proposé cette opportunité c'était quelque chose d'impensable que je refuse. C'était ce que j'avais toujours rêvé. Le voir tous les jours, chanter pour gagner ma vie. Voyager dans le monde entier était un rêve que j'ai toujours eu. Je ne comprends pas bien pourquoi aujourd'hui je suis si triste, si encline aux douleurs au point d'en oublier la beauté et la facilité de ma vie. Est-ce que c'est cela qui incombe tous les artistes ? Est-ce ça qui a poussé tant d'artistes à se suicider ? Cette impression que personne ne peut nous comprendre ? Cette folie au fond de nous ? Cette solitude qu'au final rien ne peut combler ?
Non, je ne peux pas être seule. Je ne peux pas, j'ai l'impression que je vais mourir. Je prends mon portable et appuis sur le nom de Matt. Il décroche très vite son téléphone. C'est à peine si j'arrive à murmurer son nom, l'air me manque trop.
-J'arrive.
En deux secondes il est là près de moi. Il s'allonge avec moi et tente de m'aider à respirer. Au bout de quelques minutes ma crise passe, mon sentiment de solitude s'efface peu à peu au fur et à mesure qu'il me parle et qu'il me caresse les cheveux. Nous finissons par dormir tous les deux, moi dans ses bras, comme tant de nuits déjà.
-Eh tous les deux c'est l'heure de se réveiller ! Matt tu dois rentrer chez toi aujourd'hui !
On ouvre les yeux en même temps et je m'éloigne de lui non sans difficultés. J'aimerais qu'il reste tout à moi pour toujours mais comme à chaque fois je dois le rendre à sa femme. Même si je suis sûre que dans l'esprit de Matt il n'y a rien d'ambigu dans notre relation, je ne pense pas que sa femme prendrait d'un si bon oeil le fait que je dorme avec lui toutes ces nuits et le fait qu'il soit autant attentionné envers moi.
-Bon il faut que j'aille à la douche.
-Meg.
-Oui ?
-Demain viens manger à la maison et on partira ensemble directement.
-Je ne veux pas vous déranger.
-Tu sais très bien que ça n'est pas le cas et puis deux jours sans toi, ça serait terriblement long.
Je sais très bien qu'il ne parle qu'en son nom, je dois déranger sa femme, elle devait sûrement se réjouir de passer deux jours uniquement avec lui. Quant à son dernier commentaire, c'est le genre de propos qui ne fait qu'accroître mes sentiments, qui me donnent de l'espoir et envie de continuer à mener cette vie avec lui. Mais ce sont ce genre de commentaires qui me font inévitablement un jour ou l'autre tomber dans la désillusion et pourtant chaque mot qu'il prononce ne me fait que l'aimer encore plus.
-D'accord, mais seulement si c'est toi qui cuisine. J'adore quand tu fais les hamburgers.
-Promis.
Il se lève à son tour et vient m'embrasser le front. Il est de très bonne humeur ce matin, même plus que d'habitude. Est-ce parce qu'il rentre chez lui retrouver sa femme ?
Et moi alors ? Dis... et moi ?
-Allez va à la douche !
-Ok et n'oublie pas, je n'aime pas les sauces !
-Je sais ne t'en fais pas. Tu peux partir ! Tu as des valises à faire.
Je commence a enlever mon pantalon et je vois que son regard ne me quitte pas alors je lui souris et je rentre dans la salle de bain pour finir de m'enlever les fringues. On vient juste de nous réveiller, il doit être encore à moitié endormi c'est pourquoi il a sûrement mis du temps à réagir.
En pensant aux deux prochains jours je commence déjà à déprimer, au-delà du mal du pays, je ne vais pas pouvoir être près de lui, le seul à effacer d'un sourire toute ma souffrance. Mais c'est ainsi, je vais être obligée de passer la journée seule et je ne sais pas trop quoi faire.