La nuit ne fut qu’un long tunnel de pensées circulaires, une torture mentale où chaque insulte de la soirée revenait me hanter, amplifiée par le silence oppressant de ma chambre. Je ne m’étais pas déshabillée. J’étais restée assise sur ce fauteuil de velours, fixant la porte verrouillée, m’attendant à chaque instant à ce que mon père la défonce dans un accès de rage. Mais rien n’était venu, sinon le bourdonnement du sang dans mes tempes et le froid qui s’insinuait par les jointures des fenêtres. À cinq heures du matin, la lumière commença à filtrer, d’un gris sale et sans espoir. Je me levai, mes articulations craquant sous l’effet de la raideur. Mon visage dans le miroir était celui d’une étrangère : le maquillage de la veille avait coulé, traçant des sillons sombres sur mes joues, et

