Le retour au manoir après avoir signé ce contrat fut l’épreuve la plus étrange de ma vie. Je franchis le seuil de la demeure familiale avec la sensation d’être une espionne en territoire ennemi. Dans ma poche, le double des documents pesait une tonne. Je devais feindre la défaite, la tristesse et la soumission pendant que, dans mes veines, le sang battait au rythme d’une marche guerrière. Le petit-déjeuner au manoir Nash n’était plus qu’une pièce de théâtre dont les décors commençaient à s’effriter. Je restais assise à ma place habituelle, le dos bien droit, fixant le motif floral de ma tasse de thé en porcelaine fine. Le cliquetis de l'argenterie contre les assiettes résonnait comme des coups de marteau dans le silence de la salle à manger. À ma droite, mon père tournait les pages de son

