! Attention, ce chapitre est très gore ! Pour lecteurs avertis.
Jordan:
Reprenant enfin le contrôle de moi-même, je me jette sur le dos du père de Mike. Car moi, je ne suis qu'un étranger, prisonnier dans sa tête depuis plus de dix ans. La mère de Mike semble reprendre ses esprits, elle se relève avec difficultés. Je la déteste, elle aussi.
Mais le pire, c'est le père. Pourquoi s'acharner sur son enfant ? Ce genre de personnes mérite de crever, car même si Mike va en justice, ses parents s'en sortiront avec quelques années de prison.
Je n'ai rien à y perdre. Au moins, après ça, Mike sera heureux. Pour ça, il faut que je trouve un moyen de faire en sorte qu'il oublie tout.
Je commence à frapper le père de Mike. Sa mère recule vers l'escalier, effrayée par ce changement de comportement soudain. Elle ne semble pas saisir que Mike n'est plus là. Elle s'accroche à la balustrade, y laissant des traces de sang.
Je remarque alors qu'elle est mortellement blessée au ventre, par un coup de couteau. Je comprends trop tard que le père de Mike a enfoncé le couteau de boulanger des voisins dans le ventre de sa femme.
Profitant de ce court instant de distraction, le père de Mike me pousse dans les escaliers. Je commence à faire des roulés-boulés dans les escaliers, percutant la mère de Mike sur mon passage. Je me retrouve aux pieds des escaliers, la tête tournante, étalé et couvert de bleus.
Je vois flou, apercevant qu'à moitié la silhouette du père de Mike descendre les escaliers. Je ne compte pas mourir ainsi. Je tourne la tête de l'autre côté pour tenter d'apercevoir la mère de ma deuxième personnalité. Je me trouve nez à nez avec elle. Son regard est vide, elle ne respire plus.
Je ne l'ai pas tuée. Je n'en reviens pas que le père de Mike soit devenu fou à ce point. Je commence à ramper vers la cuisine, à tenter de me relever. Il est temps d'appliquer toute ma rage. Le père de Mike me suit tout en ricanant. Je relève la tête vers la fenêtre et aperçois le voisin, Monsieur Clark, me fixer depuis la fenêtre de sa chambre.
Je lui lance un regard désespéré, mais il se contente de me tourner le dos et de quitter sa chambre. Je parviens au plan de travail mais me relève seul, sentant mes articulations craquer. En plus d'être ivre, le père de Mike a des troubles psychologiques, mais Mike ne le sait même pas, il ne l'a jamais remarqué, alors que lorsqu'il était petit son père se rendait à l'hôpital psychiatrique pendant la nuit.
J'ai conscience qu'en prenant la place de Mike, ses souvenirs s'effacent peu à peu.
Son père s'approche de moi, saisissant le couteau des boulangers. Je me jette sur lui en m'emparant mollement du couteau. Étant donné qu'il est ivre, il met du temps à réagir.
Je lui assène un coup de couteau en plein dans le bras droit. Son sang gicle sur la fenêtre de la cuisine, me donnant la nausée. Le père de Mike pousse un cri de surprise et de colère à la fois. Je le pousse vers le plan de travail. Il se cogne violemment la tête contre les placards au-dessus du plan, à tel point que je remarque des traces de sang dans l'angle où il s'est cogné.
Il tente de me frapper, mais j'esquive. Je lui envoie un coup de couteau qu'il reçoit en plein dans le ventre, déchirant sa peau et laissant beaucoup plus de sang cette fois gicler sur la vitre et même les viennoiseries que les voisins ont apporté le matin même.
Désormais, le père de Mike se tient le ventre à deux mains. Je jette le couteau ensanglanté à côté des viennoiseries. Soudain, la porte d'entrée claque. Je fais volte face vers le hall, où se tient Monsieur Clark, le voisin, et une autre silhouette, derrière lui. Je reconnais le meilleur ami de Mike.
Qu'est-ce qu'ils font là ? Profitant de ce moment de distraction, le père de Mike m'assomme avec le manche du couteau des voisins. Je me sens à peine m'écrouler par terre, ma conscience me quittant.
***
Je ne vois plus rien. Tout est noir. Je me débats pour essayer de me réveiller, de voir, mais rien. Je suis emprisonné. Je comprends vite que je suis de retour dans cette prison. Mike a repris le contrôle. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais depuis ma prison je peux tout entendre, alors je ne vais pas tarder à le savoir.
***
Mike:
J'ouvre les yeux sur un plafond blanc. Je ne sais pas où je suis. Je me redresse pour observer l'endroit. Je suis chez Max, sur le canapé de son salon. Mon meilleur ami dort profondément sur le sol, entouré de bouteilles d'alcool vides.
Je me rappelle alors la fête. J'ai sans doute dû trop boire pour ne pas me rappeler ce qu'il s'est passé. Max ouvre les yeux avant de se frotter le visage, complètement épuisé. Il se relève sur les coudes avant de m'apercevoir.
- Je suis déchiré, me dit-il.
- Je me rappelle absolument de rien, je réponds.
Mon meilleur ami fronce les sourcils.
- Tu t'es fait quoi ? T'as plein de bleus. Je sais même plus si tu les avais avant la soirée.
Je constate de moi-même les bleus couvrants mes bras et mes jambes.
- Je te raconterai, je réponds.
Je ne sais pas comment j'ai fini couvert de bleus, mais ça me reviendra, peut-être.
- Il est quelle heure ? je demande.
Max se lève pour saisir son téléphone avant de grimacer.
- Il est cassé.
Je trouve mon téléphone dans la poche de mon jean. Il est intact. Je l'allume.
- Il est quatorze heures.
Je fronce les sourcils en constatant que la carte SIM de mon téléphone a disparu. Je me rappelle alors que mes parents doivent sans doute être inquiets, à m'attendre chez moi.
Je me lève brusquement du canapé, entraînant une chute de tension qui me fait plisser les yeux.
- Je dois y aller, je lâche.
Max hoche la tête.
- Je vais devoir débarrasser tout ça avant le retour de mes parents, de toute façon.
- On se voit lundi.
- À lundi.
Je trouve mes chaussures devant l'entrée. Je les enfile et quitte la maison de mon meilleur ami, direction ma maison. Ce qui est étrange, c'est que tout est confus. Je ne me rappelle presque pas de mes parents, juste qu'on est très proches, et que j'aime passer du temps avec eux.
Je croise mes voisins boulangers. Je me rappelle d'eux. Madame Williams me regarde curieusement.
- Bonjour, Mike.
- Bonjour...
Monsieur Williams me regarde de travers, ne dit rien, puis s'éloigne avec sa femme. J'arrive dans ma rue et stoppe net devant ma maison, entourée de rubans jaune fluo et de voitures de police.
- Vous êtes Mike, je suppose ? me demande une voix.
Je me retourne et fais face à un lieutenant de police.
- Oui ?
- Toutes mes condoléances.