Suite chapitre XVI

5000 Words
qui elle s’est présentée sous un faux nom au moment même où elle s’est portée volontaire, à la sortie d’un marché de légumes, à les aider à mettre leurs courses dans la voiture. L’homme et la femme étaient tellement émerveillés par ce geste bénévole qu’ils  lui offrirent l’opportunité de devenir leur domestique et elle accepta leur proposition sans exiger le moindre sou. Elle n’avait qu’un seul espoir, ne serait-ce que disparaître de la vue des gens de son  quartier et se loger dans un coin où personne ne pourra avoir la possibilité de l’atteindre. En arrivant à l’endroit où ils habitaient, elle a été très satisfaite du lieu où elle allait vivre sous le même toit avec  ces deux vieux mariés. C’était une sorte de petite villa bien équipée, chic et zen qui lui offrait la possibilité de vivre dans un cadre agréable et tranquillisant. Après quelques mois passés dans cette maison sans souffrir du moindre problème qui soit, la nouvelle domestique commençait à avoir des hallucinations et à  faire des cauchemars nocturnes. Dès qu’elle se mettait au lit et éteignait la lumière de sa lampe de chevet, plusieurs images fantasmagoriques et choquantes qui prenaient la forme de silhouettes mi-hommes, mi-animal, se profilaient devant ses yeux à peine fermés,  presque toutes les nuits. Elle les trouvait tellement  étranges et stupéfiantes qu’elle se redressait dans son lit, les yeux à mi-clos, pour se libérer de l’apparition de ces ombres si effrayantes que  perturbantes. Elle n’arrivait pas à s’expliquer la cause de ce qui lui arrivait jusqu’au jour où l’homme et sa femme, tirés de leurs profond sommeil, se réveillèrent tous apeurés à cause de ses gémissements répétés qu’elle poussait sous la forme d’un mélange de cris et de pleurs. Ils accoururent vers elle pour lui porter secours. Ils la trouvèrent assise sur son lit les mains portées sur les joues et lui demandèrent précipitamment : —   Qu’est-ce qui se passe dans cette chambre ? Tu nous apporté des fantômes ou quoi ? —   J’ai des cauchemars et n’arrive pas à trouver le sommeil, répondit-elle, l’air effrayé. —   Rappelle-moi ton nom, je viens de l’oublier demanda le maître de la maison. —   Mon nom n’est pas difficile à retenir, je m’appelle Zine… Ah non, j’ai un lapsus, je veux dire Zina. —   Zina, tu vivais où avant de venir travailler chez nous ? lui demanda-t-il. —   Je vivais à la compagne avec mes parents qui m’ont laissée toute petite lorsqu’ils meurent dans un accident tragique, répondit-elle  en feignant de leur dire la vérité. —   De quel accident s’agit-il ? demanda la femme de maison. —   Un train qui roulait à toute vitesse les a écrasés tous les deux lorsqu’ils traversèrent un passage non gardé. Leur mort m’a choquée et depuis ce drame, je me suis mis à gémir au cours de mon sommeil. Pour prendre soin de moi, mon oncle qui n’habite plus dans cette ville parce qu’il immigré à l’étranger, m’a amené ici avec lui et un jour qu’il était sur le point de voyager, il m’a demandé sans explication aucune, de chercher un travail et ne plus compter sur lui. —   Comment s’appelle-t-il ? demanda le maître pour avoir au moins  quelques renseignements sur cette domestique qui pourront servir à toute fin utile. —   Il s’appelle Mourad, répondit-elle. —   Célibataire ou marié ? demanda-t-il. —   Célibataire, répondit-elle. —   Ok ! Mais tu dois avoir un médecin, conseilla-t-il, l’air sérieux. —   Pas besoin de médecin, répliqua-t-elle, j’en ai vu plusieurs et pourtant je n’ai pas guéri. —   Si tu veux guérir ou savoir au moins si tu as un quelconque problème psychologique, lui dit le maître de la maison, suis- moi demain matin, je t’emmènerai chez un médecin qui puisse décrypter ton malaise. —   Non, répliqua-t-elle, les médecins me font peur et encore moins ce qui m’arrive n’est pas de leur ressort et aucun remède ne peut guérir une pathologie qui s’est déjà enracinée en moi depuis toute petite. —   Mais, tu nous déranges la nuit et tu nous fais peur comme si l’on est en train de t’étrangler. Nous ne pouvons pas supporter cette situation sans que tu ailles voir au moins un psychologue. —   Accordez-moi un peu de temps pour que je puisse me remettre de cet état de malaise qui me hante. Je ressens plus que personne le poids si lourd des regrets et des remords  qui me taraudent l’esprit. —   Cela veut dire que tu as commis une action maladroite en quelque sorte ? demanda-t-il comme si ses pressentiments ne mentent pas. —   Dieu seul sait si je fais partie de ce genre de personnes  qui commettent ce que vous appelez une action maladroite, répondit-elle. —   Maintenant, tu dois dormir pour te reposer et le matin, nous allons voir, ma femme et moi, ce que nous pourrions faire pour toi.             Zina, n’ignorait pas qu’elle avait sur la conscience la mort d’un  déséquilibré mental, qui s’est attaqué par instinct animal à une femme sans défense. Mais elle savait sans doute que le crime répréhensible qu’elle a commis par mégarde était, à lui seul, suffisant pour l’entraîner à la pendaison. A cause de sa  grande perturbation physiologique et mentale, elle ne trouvait plus le sommeil facilement. Son esprit restait fixé en permanence sur cet événement dramatique qui n’avait pas de cesse de la tournebouler. Ses hallucinations et cauchemars nocturnes continuaient de se manifester. Ils faisaient apparaître une sorte d’ombre sombre et ténébreuse, pareille à des spirales de fumée noire et immense,  qui se profilait devant  ses yeux,  tantôt ouverts tantôt mi-clos, l’angoissait et provoquait conséquemment en elle des frissons d’effarement et de peur. Quand elle a ressenti  que sa situation de simple domestique, qui n’avait de cesse de s’empirer chaque jour qui passe et que sa relation avec ses employeurs a commencé à se détériorer au jour le jour, elle s’est mise à envisager la possibilité de mettre fin  à sa vie. Sans savoir avec quel moyen et de quelle façon pourra-t-elle se donner la mort, un jour, de bon matin, sans idée de retour, elle a  quitté  la maison de ses employeurs en laissant pêle-mêle toutes ses affaires dans la chambre qu’elle occupait. Elle s’est dirigée, comme un engin filoguidé, directement vers le fleuve. Elle s’est camouflée sous le pont et se mit à stimuler en elle la force et le courage pour plonger au fin fond des eaux, croyant faussement que c’était la seule manière de confesser ses pêchés. Après un temps de réflexion qui manquait de maturité et de discernement, elle s’est jetée aveuglément  dans le fleuve  qui où elle s’est fait noyer dans ses profondeurs.               Ce n’est qu’au lever du soleil que les employeurs se sont rendu compte de l’absence de leur domestique. Ils se posaient mille et une questions  pour savoir où est ce qu’elle est passée. Ils n’en savaient pas grand-chose sur elle et tout ce qu’elle leur a raconté n’est que des mensonges et ne leur servent à rien qui vaille. Ils sont entrés dans sa chambre et en fouillant dans ses affaires, ils se sont vite tombés sur sa carte d’identité nationale. En la lisant minutieusement, ils ont constaté que son vrai nom est Zineb et non pas Zina. Ils ont compris que cette femme était une menteuse qui  leur a caché sa vraie identité pour une ou des raisons quelconques. L’homme et sa femme ont passé un bon bout de temps à discuter des mesures à prendre devant cette fugue comme s’il s’agit d’un mineur qui quitte le foyer parental sans préavis. Ils ont décidé de ne rien raconter jusqu’au jour où la police est venue frapper à leur porte : —   Nous sommes de la police et somme venus chercher quelques renseignements à propos d’une femme qui habitait ici. Pouvez-vous nous aider à la retrouver ? Elle est recherchée, dit l’un des policiers, en feignant dire la vérité. —   Comment s’appelle-t-elle ? demanda l’homme de maison. —   Nous ne savons pas son nom exact. Nous n’avons que son adresse, dit le policier. —   Cette carte plastifiée où l’on a porté votre adresse, vous la connaissez ? demanda le policier. —   Oui, absolument, répondit-il. Je la lui ai donnée pour qu’elle ne se perde pas dans les dédales de la ville et sur simple présentation un taxi pourrait l’amener ici facilement. —   Donc, vous connaissez cette femme ? demanda le policier. —   Oui, tout à fait, c’est notre domestique, elle a disparu depuis quelques jours sans nous aviser. Elle s’est présentée à nous sous une fausse identité. —   Comment s’appelle-t-elle alors ?demanda le policier. —  Tenez, c’est sa carte d’identité, elle l’a oubliée peut-être dans ses affaires. —   Peut-on voir sa chambre ? demanda le policier. —  Veuillez me suivre, s’il vous plait, dit l’homme de maison. —   Les policiers sont entrés dans la chambre de la domestique et l’ont fouillée de fond en comble pour chercher quelques indices qui peuvent servir à toute fin utiles et continuent à poser leurs questions : —    Dites-moi, cette femme avait elle quelques amies qui viennent la voir ou qui sortent avec elle ? —   Nous n’avons jamais vu personne, répondit l’homme de maison. Elle était solitaire et ne nous a jamais parlé de ses amies comme elle nous a parlé de l’accident de train qui écrasé ses parents et de son oncle qui l’a amenée en ville puis il l’a laissée se débrouiller toute seule le jour où il a décidé d’immigrer à l’étranger. —   Et vous avez vérifié ce qu’elle vous a dit ? —   Non, nous ne l’avons pas fait puisque ce n’était pas important pour nous, répondit l’homme de maison. —   Avait-elle un mobile ? demanda le policier. —   Non, elle n’avait rien. C’était une femme recroquevillée sur elle-même qui passait toutes ses nuits à faire des cauchemars et avoir des hallucinations comme si elle est habitée par un démon. A maintes reprises, elle nous fait réveiller au milieu de la nuit quand elle gémissait et on dirait que l’on est en train de l’étrangler. Nous lui avons proposé  d’aller voir un médecin, mais elle réfutait notre proposition. —   Cette femme vient de se suicider en se jetant dans le fleuve. Elle était en blouson, dit le policier. Donc son vrai nom, c’est Zineb. Elle est accusée d’avoir commis avec sa maîtresse de maison un meurtre dans le dépotoir sauvage et cela faisait plusieurs mois qu’on est en train de suivre notre enquête et c’est grâce à la collaboration d’un homme et sa mère qu’on avait pu obtenir quelques tuyaux. —  J’ai compris maintenant pourquoi, elle nous a aidés à mettre nos courses dans la voiture quand nous sortions du marché de légumes. —   Bon ! On vous laisse, merci pour votre collaboration si utile, dit le policier. Quand la police s’en est allée, l’homme et sa femme n’avaient aucune  pitié de cette meurtrière et ont regretté amèrement le fait de l’avoir employée chez eux sans en être sûrs et certains de son identité. Ils auraient dû lui exiger un certificat de casier judiciaire pour lever toute ambiguïté sur sa personne. Ils s’en voulaient trop d’avoir manqué d’attention. La prochaine fois dit la femme à son mari : —   Il faut se méfier des apparences, qui, combien, elles sont trompeuses et peuvent nous induire en erreur. —   Nous nous sommes trompés sur son compte, dit le mari. —   Nous devrons cette fois-ci chercher une domestique honnête et dégourdie, dit l’épouse —   Hélas, tu n’en trouveras jamais une qui répond à ces critères. J’en connais plusieurs qui ont commis des actes de vols, d’imposture et d’hypocrisie, raconta le mari. —   Oublie-la et vient te reposer, dit la femme nous avons le temps devant nous pour en avoir une qui doit être triée sur le volet, sinon ce n’est pas la peine.                      —   Ok ! nous avons besoin de repos, dit le mari.      Il passa au salon de séjour et s’installa devant la télévision. En l’espace de quelques minutes, le présentateur qui faisait le point des faits divers, annonça que la femme qui s’est suicidée, il y’a quelques jours, en se jetant dans le fleuve, a été bel et bien identifiée grâce aux investigations ficelées que la police avait menées. L’enquête suit son cours pour déterminer les circonstances dans lesquelles la victime s’est fait tuer. Il appela sa femme : —   Viens voir ! Dépêche-toi ! On vient d’annoncer officiellement et grâce à notre collaboration que notre domestique qui s’est suicidée a été identifiée. Je ne sais pas si sa famille et particulier son oncle est au courant de sa mort. —   Nous ne pouvons pas le savoir, répondit-elle, et nous n’avons pas ses coordonnées pour l’en informer. —   Laissons cette affaire à la police, dit le mari. Elle est habilitée à s’en occuper. —   Moi, je me demande, dit-elle, comment elle a osé tuer un homme qui est un déséquilibré mental. —   Je pense qu’il y a anguille sous roche, dit-il. Il n’y a pas d’effet sans cause. —   Exactement, confirma sa femme en se dirigeant vers la cuisine.                                CHAPITRE XVII                   Jamila n’a pas changé  son attitude à l’égard de ses voisins du palier. Elle se tenait toujours sur le qui-vive pour protéger ses enfants. A chaque fois qu’elle croisait, par coïncidence, dans l’escalier, cette femme, qui incarnait le charme, la classe et la sophistication, sa méfiance se manifesta de plus belle  et ne daigna pas la regarder. Et il ne se passait guère de jour sans qu’elle prodiguât ses conseils à sa domestique, Samar. Elle l’obligea de prendre ses distances et de ne plus la servir en quoi que ce soit. Mais, cette dernière n’accordait aucune attention aux ses injonctions de sa maîtresse et les considérait comme étant banales et sans intérêt. Samar, contrairement à Jamila, disait à qui veut l’entendre, et en particulier au concierge, que cette femme était élégante et propre. Elle ne  sentait que l’odeur de parfum suave qui reflétait dans l’esprit des résidents de cet immeuble sa douceur intérieure et son empathie. C’est une personne, dit-elle, gentille, sympathique et plus encore gracieuse et délicate qui avait le cœur sur la main. En guise de reconnaissance et de remerciement, Samar se portait volontaire pour lui proposer ses services en guise de reconnaissance et de remerciement.  Cette femme qu’elle avait trouvée bienveillante et généreuse ne cessait guère de lui accorder quelques privilèges. Elle reçoit d’elle tantôt de petites sommes d’argent pour joindre les deux bouts, tantôt une quantité de vêtements et de chaussures qu’elle vendait aux brocanteurs de la ville. Ainsi, pendant l’absence de Jamila, Samar s’est habituée à ne pas hésiter un instant à confier Sami à cette femme qui trouvait du plaisir à le tenir par la main, le promener, l’amener au manège, lui acheter des bonbons et le combler d’amour et d’affection. Quand l’enfant rentrait à la maison, il racontait à la servante qu’il s’est bien amusé en compagnie de cette femme qu’il appelait Tata, à la différence de sa mère qui  qui pressentait l’arrivée d’un malheur  imminent sans savoir exactement ce qui allait advenir.              Sans que personne ne le sache, ce couple qu’on appelait les voisins du palier a quitté l’appartement qu’il occupait. Samar et le concierge qui n’en savaient rien sur leur départ en étaient très touchés. Personne n’a été en mesure de connaitre leur vraie identité et les raisons de leur disparition. Quand Jamila a été mise au courant de leur déménagement qui s’est déroulé en catimini, elle se sentait aux anges et ne s’inquiétait plus de la présence de cette femme qui l’avait tant dérangée. Depuis ce temps, les enfants continuaient à entrer et sortir sous la responsabilité de Samar qui les amenait au bout de chaque week-end au parc pour jouer à la balançoire ou à cache-cache avec des enfants de leur âge. C’est à cet endroit exact que Zaki  a disparu au moment où la servante qui les accompagnait, sa sœur et lui, avait baissé la garde en les laissant livrés à eux-mêmes pour aller prendre l’air un peu loin avec une voisine de son quartier.  Quand Samar est revenue, elle s’est vite rendu compte que   Zaki n’était pas là. Elle appela sa sœur Samia qui était absorbée par le jeu et lui demanda : —   Dis-moi ! Où est ton frère ? —  Je n’en sais rien, répondit Samia, prise de panique. —  Comment tu ne sais rien ? je l’ai laissé avec toi tout à l’heure pour aller me dégourdir les jambes. —  Et tu ne  me l’as pas dit, répliqua Samia. —  Te dire quoi ? Tu veux me rendre folle ? cria Samar qui ne sait où donner de la tête. —  Ma mère va te tuer, sois en sûre, menaça Samia, l’air enragé d’avoir perdu son frère. La première réaction de Samar, c’était d’interroger tous les enfants du parc un par un. Même leurs parents ou  les personnes qui les accompagnaient ne savaient pas comment se fait-il qu’un gosse qui jouait avec les enfants de son âge disparaît sans que personne ne le sache. Cette femme qui n’avait pas les oreilles aux aguets s’en voulait beaucoup et regrettait d’avoir commis une faute monumentale de laisser cet enfant seul et sans protection. Que devrai-je faire maintenant pour remédier à cette situation à laquelle je serais impliquée ? se demandait-elle. Sa mère va devenir folle quand elle apprendra que son fils a disparu par ma faute. Samia, n’a pas hésité une seconde pour alerter sa mère et toute la famille accourut vers les lieux. Jamila, qui devint rapidement irascible et incapable de se contenir, se jeta sur Samar, lui tira les cheveux d’une main et s’agrippa de l’autre à son cou en lui serrant le col de sa chemise de toutes ses forces au point de faillir l’étrangler. Malgré l’intervention de Farid, son mari, elle ne voulait pas la lâcher. Certaines personnes parmi celles qui assistaient à la scène, se sont interposées entre les deux femmes et ont réussi à sauver Samar des mains de la mère de l’enfant disparu. Jamila qui n’a pas pu déverser toute sa colère sur sa servante, se mit à pleurer, à sangloter et à crier haut et fort : —  Où est mon fils ? réponds-moi ! Tu l’as vendu à cette femme ! Je le savais. Tu vas me le payer cher. Je dois avertir la police pour qu’elle t’arrête ! Espèce de criminelle ! Usant de son bagout habituel qui lui permet de renverser la situation à son profit, Samar a pu calmer Jamila quand elle s’est mise, elle, aussi à sangloter, s’arracher les cheveux, se griffer le visage à coups d’ongles au point que des raies de sang fines lui coulèrent  sur les joues. Pour lui prouver son innocence, elle commença à rouler dans la fange située tout près  d’une partie gazonnée fraîchement arrosée jusqu’à être imbibée d’eau. Ses cris de détresse devinrent de plus en plus forts quand elle se tourna vers un policier attiré par de tel attroupement en répétant :  Comment peut-on se permettre de vendre son fils ! Je n’ai jamais envisagé de tel comportement. Moi aussi, je me sens choquée et consternée par sa disparition. Je n’ai jamais pensé à un truc pareil. Vous êtes ma famille ! Et j’en fais partie intégrante. Je partage avec vous le bien et le mal. Je me sens touchée au fin fond de moi-même. Le couple qui habitait au même palier que nous n’est pas du tout méchant et cette femme avec qui, toi Jamila, tu étais à couteaux tirés, n’est pas du tout ce que tu penses. Il suffit d’une  —  petite enquête policière et tu verras de quel genre est-elle. Le concierge et moi, nous l’avons côtoyée plusieurs mois et n’avons relevé aucune trace de suspicion sur elle. Le jour où tu seras renseignée honnêtement sur elle, tu t’en voudras de t’être trompée sur son compte. Moi, je connais tout son secret personnel et je n’ai pas le droit de le divulguer à qui que ce soit ; je laisse le soin à la police pour s’en charger. J’ai le pressentiment que sa disparition n’est pas du tout un enlèvement ou un kidnapping planifié par la femme de ce couple qui vient de démanger ni par Najat. Devant tout ce discours tenu en monologue par Samar qui se sentait touché profondément dans son amour propre, Jamila allongée sur le gazon ne réagit plus et on dirait qu’elle s’est évanouie à cause du choc qu’elle a reçu au moment où elle a pris la nouvelle. Farid qui s’est rendu compte de son état anormal en vint à la relever, mais il a constaté qu’elle a été paralysée en perdant l’usage de ses membres inférieurs. Il appela si vite son hôpital et on lui a envoyé urgemment une ambulance pour l’évacuer. Les médecins qui l’ont examinée ont imputé cette paralysée à un choc. Et le pire, c’est que Jamila est devenue presque aphone et sa langue est devenue empâté comme celle d’un ivre mort qui se perd en essayant d’articuler ses mots et aligner ses phrases. Sortie de l’hôpital, elle ne sert plus de ses pieds parce qu’on la plaçait dans un fauteuil roulant. A la maison toute la famille de Driss qui l’entourait de réconfort était là. Mais la discussion prenait son plein en premier lieu sur la disparition de Zaki et tous les membres se disaient que Najat est la seule et unique responsable de ce rapt. Ce n’est qu’un acte de vengeance commis contre Jamila qui veut lui rendre la pareille. Tout le monde restait sur l’expectative et attendait un coup de fil du ravisseur pour extorquer une rançon. Plusieurs jours sont écoulés sans que personne ne les appellent à ce sujet. La police qui s’est chargée de ce dossier, entreprenait des investigations sans avoir abouti à aucun résultat. De son côté, Samar prenait à bras le corps toute la responsabilité de veiller sur la maison et de prendre soin en particulier de Najat tout comme Meriem, la femme de Driss, qui s’occupait d’elle aussi et restait à ses côtés presque tout le temps. Durant presque un mois, Samar, hantée par l’idée que le petit enfant n’est pas enlevé, se rendait presque tous les jours au quartier mitoyen au parc ; elle interrogea tous les enfants sur Zaki. Une fillette des plus éveillées attira son attention et elle n’a pas hésité de lui adresser la parole. Dis donc ! Fillette : —   Habites-tu ici dans ce quartier ? —   Et la fillette de répondre, oui ! Pourquoi ? —   Pour rien ! n’aies pas peur, je voudrais seulement te poser quelques questions ? —   A propos de quoi ? demanda la fillette, d’un air étonné. —   A propos d’un petit enfant de ton âge. —   Qu’est ce qu’il a de spécial cet enfant ? demanda la fillette. —   Il n’a rien qui dérange, répondit-t-elle en feignant de dire la vérité. Je l’ai laissé jouer avec ses camarades et il n’est pas toujours rentré à la maison et je suis venue le chercher. —   Comment s’appelle-t-il ? demanda la fillette toute pensive. —   Son prénom est Zaki, répondit Samar. —   Ah ! Je vois. Que porte t-il comme vêtement ? demanda la fillette. —   Un petit costume avec gilet cintré de couleur gris perle  et mocassin marron.    Je me rappelle, il y a presque une vingtaine de jours, quand une de nos voisine avait fêté son anniversaire, l’enfant dont tu me parles était avec nous, il était propre et bien habillé et c’est un  enfant de son âge, que je ne connais pas, qui l’a amené pour participer  à cette fête et prendre des photos avec nous. —  Veux-tu me montrer la maison a été célébré cet anniversaire ? demanda Samar l’air optimiste. —   Oui, je la connais, elle n’est pas si loin d’ici, dit la fillette en se mettant en direction de l’endroit en compagnie de Samar qui ne cessa pas de la questionner au sujet de Zaki. —  Dis-moi, n’as-tu pas parlé avec notre enfant. —  Si, je me suis amusée avec lui et cet enfant qui l’accompagnait. —  Comment tu l’as trouvé ? demanda Samar qui commença à voir clair. —  Il était souriant et gentil et il chantonnait avec nous et répété « happy birthday ». Il était émerveillé. —  Et la fin de la fête où étiez-vous passés ? demanda Samar. —  Nous sommes rentrés chez nous, répondit la fillette. —  Etais-tu seule ? demanda Samara. —  Non, avec mes voisines, répondit la fillette. —  Et tu ne te rappelles pas où notre enfant est-il passé, demanda Samar qui veut mener l’enquête toute seule sans aviser ni la police ni les membres de la famille de l’enfant disparu.  —   Après dix minutes de marche, la fillette s’arrêta pile devant la maison où l’anniversaire a été organisé  et dit : —   C’est ici !               Samar qui jeta un regard scrutateur sur la maison, de haut en bas, appuya sur la sonnette et on vint ouvrir. Une femme légèrement vêtue apparait sur le pas de la porte, elle parait plus vieille que son âge et prit l’initiative de lancer à l’adresse de Samar et la fillette : —   Que puis-je pour vous madame ? —  Excusez-moi de vous avoir dérangée, fit Samar. Je suis à la recherche d’un petit enfant de l’âge de cette fillette. Il était là à fêter l’anniversaire que vous avez organisé pour votre enfant, il y a presque un mois —  Excusez-moi, madame, nous n’avons organisé aucun anniversaire et nous n’avons pas d’enfant de cet âge. Nous venons juste d’emménager dans cette maison, ce qui veut dire que nous sommes nouveaux dans ce quartier et nous ne connaissons personne pour le moment. —  Mais, madame, cette fillette m’a dit que l’anniversaire s’est déroulé dans cette maison. —  Peut-être, mais ce n’est pas nous qui l’ont organisé, expliqua la vieille, qui ne sait pas ce qui s’est passé avant l’arrivée de sa famille dans cette maison. Je pense que vous vous trompez d’adresse, madame. Laissez-moi continuer de faire ma lessive, le temps presse et je suis toute seule à la maison. —  Vous voulez dire que ce sont les habitants qui vous ont précédés, observa Samar —  Je ne les connais pas, la maison était vacante quand nous l’avons louée.       Samar qui ne voulait pas céder passa à la maison d’à côté et frappa à la porte sans prendre la peine d’appuyer sur la sonnette ; la porte s’ouvrit et un vieux monsieur qui semblait avoir mal dormi apparait en disant : —   Que puis-je pour vous, madame, la prochaine fois n’oubliez pas d’utiliser la sonnette, elle est là devant vous. —   Je le ferai si jamais je reviens vers vous. Pourriez-vous, monsieur, me dire qui habitait dans cette maison avant l’arrivée de ces nouveaux habitants ? —   Pourquoi donc ? répondit-il par une question. —   Parce que notre enfant était amené ici par un gamin de son âge, il a y presque un mois pour assister à un anniversaire organisé en cette maison, expliqua-t-elle.  —  Il habitait ici, un jeune couple qui a un enfant en bas âge. —   Que font-ils, ses gens dans la vie ? demanda Samar, l’air pressé. —   A ce que je sache, ce sont des infirmiers, répondit-il. —  Des infirmiers, vous dites ? demanda Samar, l’air étonné. —   Absolument, répondit-il. —   Et où sont-ils passés ? demanda-t-elle. —   Ils ont déménagé, répondit-il. —   Pour habiter où ? demanda-t-elle. —   Je n’en sais rien, excusez-moi, je dois faire ma sieste, hier, je n’ai pas dormi de la nuit. Samar qui voulait dénouer cet imbroglio à tout prix, se tourna vers la fillette : —   Et toi, tu connais ces infirmiers ? —   Non ce ne sont pas des infirmiers, il t’a menti, répondit la fillette. Personne ne sait où ces gens travaillent-ils. —   Et le propriétaire de cette maison, tu le connais ? demanda Samar. —   Non, personne ne sait qui ? répondit-elle —   Dis-moi, ma belle, est-ce que le jour de l’anniversaire, vous avez pris des photos ensemble ? demanda Samar. —   Oui, nous en avons pris plusieurs, répondit-elle. —   Et qui c’est qui vous a photographiés ? demanda-t-elle. —   C’est la femme de cette maison qui organisait cette fête, répondit-elle. —  Veux-tu me montrer une photo si tu en as une chez toi ? demanda-t-elle. —   Non, je n’ai aucune photo, répondit la fillette. Maintenant, je veux rentrer à la maison, mes parents pourraient s’inquiéter de moi, dit la fillette. —   Ne veux-tu pas que je t’accompagne chez toi ? demanda Samar. —   Non, mes parents m’interdisent de m’accoquiner avec les femmes qui ont l’âge de ma grand-mère, avoua-t-elle. —   Mais, pourquoi bon sang ? lança-t-elle d’un air irrité. —   Ils ne m’ont rien expliqué pour te dire pourquoi, répondit la fillette. Quand la fillette s’en alla, Samara resta plantée à côté de cette maison. Elle s’adossa à un pylône électrique et se mit à surveiller les va et vient des habitants du quartier et en particulier les petits enfants qui jouaient devant leur maison. Elle avait passé plusieurs heures dans cet endroit avant qu’un enfant de la taille de Zaki n’attirât son attention. Il était détaché de ses camarades et ne s’intéressait nullement à ce qui se passait autour de lui. Il portait les mêmes vêtements qu’il avait, accroupi, les mains portées aux joues et l’air pensif comme s’il était en train de se situer. Samar prise de court se demanda à brûle pourpoint si elle était en train de se faire des illusions. Elle cligna des yeux pour voir clair et accourut vers le petit enfant, elle l’a pris par la main et quitta les lieux au pas de course. Le gamin qui la reconnait n’opposa aucune résistance et se laissa entraîner. En s’éloignant de cet endroit mystérieux, Samara entra avec l’enfant dans une cabine téléphonique, composa vite fait le numéro de Farid et lui annonça la nouvelle d’avoir retrouvé Zaki. Farid se rendit à la maison et annonça à son tour à  Jamila et Meriem     
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