— événement dramatique diffèrent en l’absence de preuves matérielle, rien n’est encore conclu.
— Et pourquoi la police lui a-t-il appelé ? demanda Farid.
— Je n’en sais rien, répondit-elle, mais c’est peut-être pour lui poser d’autres questions pour un complément d’enquête.
— Farid passa le portable à Jamila pour continuer à discuter avec Lina.
— Allô Farid !
— Non, c’est moi maintenant, dit Jamila, Comment vas-tu ma belle ? Et Sami Comment va-t-il lui aussi ?
— On va bien, répondit Lina, mais nous sommes inquiétés du sort de sa mère qui a disparu sans laisser de traces et un couple de jeunes mariés disent à la police qu’ils ont vu de loin quelqu’un en train de se faire noyer dans ce cours d’eau sans savoir de qui s’agit-il. Je crois qu’on l’a bousculée dans le fleuve pour se venger d’Allal. C’est femme qui n’a jamais pensé au suicide. Malgré la misère dans laquelle, elle a passé toute sa vie, la question de suicide ne lui a jamais effleuré l’esprit.
— Et qui peut être derrière ce coup macabre ? demanda Jamila.
— Allal dit que c’est la Fleur Fanée qui est responsable de ce meurtre, répondit Lina.
— Tu veux dire Najat, l’ex femme de ton père ? demanda Jamila
— Oui, absolument ! Et c’est, à fortiori, elle qui a organisé l’enlèvement de la fille adoptive, expliqua Lina sommairement et sans donner plus de détails.
— Mais cette hypocrite de Najat ne donne ces derniers temps aucun signe de vie et il semble qu’elle a quitté notre ville pour aller s’activer ailleurs, dit Jamila.
— Allal m’a fait savoir que la police est en train de la chercher. Il paraît qu’on l’accuse du meurtre de l’homme du dépotoir, ajouta Lina.
— Elle va payer le prix fort de ses crimes, dit Jamila qui raccrocha sur un bisou envoyé à sa cousine.
— Quand elle a coupé le téléphone, Farid, qui a compris grosso modo ce que disait Lina, reprit la discussion de plus belle avec sa femme en lui disant :
— Elle a perdu bêtement son statut d’infirmière et se met à pratiquer le racolage et à commettre des actes de crimes et enlèvement pour essayer de se racheter.
— Pour se racheter, elle devra repartir du bon pied et se déprendre de tous ses vices, répondit Jamila. Moi, ce qui me tracasse à présent, c’est ce couple étrange qui habite dans le même palier que nous.
— Tu veux qu’on change de logement pour leur laisser le champ libre ? demanda Farid.
— Non, je reste ici et je fais en sorte à ce que cette femme ne se rapproche pas de mes enfants et surtout de Sami à qui elle s’intéresse beaucoup. Je ne sais pas ce qui m’arrive le jour où je la surprends en train de le dorloter comme si c’est elle qui est sa mère génitrice. Ses manières ne me plaisent pas et je ne veux pas qu’elle entre dans ma vie.
— Donne-lui la chance de se familiariser avec nous pour la connaître de plus près. Et ne soit pas trop méfiante comme si on cherche à te piéger.
— « La méfiance gagne en vieillissant » dit la citation. Moi, j’abonde dans le sens de l’adage qui dit : « Tiens ta porte fermée et tu rendras ta voisine muette. ». Comment veux-tu qu’elle se familiarise avec nous ? demanda-t-elle. Cette femme n’a jamais daigné m’adresser la parole pour me lancer au moins un bonjour ou un bonsoir. Laisse-la loin de nous. Elle est apparemment dangereuse et ne peut nous apporter que du mal.
— Fais ce qui te semble bon, dit-il. Moi, je ne fais pas miens ce genre de proverbes pour se permettre le luxe d’envier et haïr mes voisins. Pour aboutir à une entente avec eux, il faut user du bon sens et avoir du bon cœur.
— Je te laisse faire ce choix, dit-elle en se dirigeant vers la cuisine pour voir ce que Samar fabrique.
CHAPITRE XIV
Allal qui a été appelé par la police vient d’arriver. Il a été redirigé vers le fleuve pour assister au repêchage de sa mère noyée. Driss son beau père, accompagné de sa nièce Jamila, son mari, Meriem et ses deux filles Sabah et Lina. Elles étaient toutes en pleurs, chagrinées et consternées par ce drame. Elles étaient entourées par une foule de badauds qui se penchaient sur le pont pour suivre l’opération déclenchée par une escouade de plongeurs de la brigade fluviale. Les commentaires des uns et des autres ne s’arrêtaient guère et chacun en formula le sien à sa façon. Après plusieurs heures de recherche sous l’eau, les plongeurs ont réussi à repêcher le corps de la victime. C’était une femme, lança-t-on à Allal, qui portait le costume d’une servante qui travaillait sans doute pour des gens d’un milieu aisé. Allal qui s’approcha du cadavre a si vite compris que ce n’est pas sa mère. Elle leva ses yeux vers le ciel et implora Dieu à ce que sa mère soit encore vivante. Tous les assistants à cette scène dramatique le regardaient, l’ai stupéfait et personne ne s’est avisé de lui poser la question de savoir si cette dépouille mortelle était bel et bien celle de sa mère. Sur le visage d’Allal une expression de soulagement apparait sur son visage et il commença à crier à gorge déployée :
— Ce cadavre n’est pas celui de ma mère ! Ce n’est pas ma mère, Dieu merci !
Lina accourut vers lui, le serra contre elle et se mit à pleurer en lui disant :
— Dieu est grand ! Tout le monde s’est trompé sur cette mort. Elle est encore vivante.
— Oui, elle est encore vivante, répéta-t-il après sa femme.
— Toute la famille, qui l’accompagnait, le félicita du fait que sa mère est encore vivante.
Le corps de la victime a été immédiatement transporté vers le centre médico-légal où l’on pourrait pratiquer une autopsie sur le cadavre avant de le déposer à la morgue.
Après avoir pris son souffle et s’être remis de sa consternation, Allal se jura sur l’amour de son père qui allait passer toute au peigne fin pour trouver sa mère. Il jura sur la tête de son père qu’il ne lésina pas sur les efforts pour détecter le plus tôt possible la position de sa mère. Après plusieurs tours effectués aux endroits qu’elle fréquentait le plus souvent, une idée lui effleura l’esprit et il a si vite compris qu’elle pouvait être là où il a omis de passer par manque de réflexion. Il prit un taxi, lui indiqua l’adresse et le chauffeur qui s’aperçoit si vite de son humeur mi figue mi-raisin, lui demanda de but en blanc :
— Je te trouve un peu pressé, n’est-ce pas ?
— Absolument, répondit-il. Je dois la trouver coûte que coûte pour connaître les raisons de son absence.
— Tu parles de qui ? demanda le chauffeur.
— Je parle de ma mère qu’on a cru qu’elle s’est suicidée en se jetant dans le fleuve. Mais, heureusement pour moi que ce n’est pas elle.
— C’est qui alors ? demanda le chauffeur.
— C’est une autre femme qui porte des vêtements de serveuse qui, parait-il avait un problème insoluble et il a préféré le suicide comme la solution la plus juste.
— C’est une lâche, dit le chauffeur. Elle n’a pas dû commettre cet acte ignoble.
— Parmi toutes les raisons du monde, je ne pense pas qu’il existe une seule de valable pour qu’un geste pareil soit justifié.
— Je ne peux que plaindre sa famille qui va souffrir le martyr quand elle apprend la nouvelle de son suicide. Les journaux vont parler de ce drame et à travers eux, elle va être identifiée dans les jours qui viennent.
— Personne n’a pu l’identifier parce que son corps est en état de décomposition avancé et moi, ce qu’à l’aide des vêtements et surtout le blouson qu’elle portait que j’ai compris que ce n’est pas ma mère. Bon, je crois que c’est ici. C’est là où habite celle qu’on appelle la Fleur Fanée.
— La fleur fanée, tu dis ? demanda le chauffeur.
— Oui, c’est une longue histoire, mais pour avoir une idée, c’est une femme dangereuse qui était infirmière et a perdu son statut et sa fonction pour avoir tenté de tuer mon beau père qui était son ex. Si un jour tu la croiseras quelque part, tu rendras un grand service à l’humanité quand tu l’auras dénoncée à la police en temps réel.
— Espérons que la police lui mettra la main dessus par elle-même.
— Ok, Merci et bon courage, lança Allal en descendant du taxi.
— Pour dénicher quelques informations, il passa chez un vendeur de cigarettes au détail pointé dans un coin juste en face de l’arrêt du bus. Il s’en acheta une cigarette qu’il porta si vite à sa bouche, lui demanda du feu pour l’allumer et lui lança une question à la manière d’un certain colombo :
— Peux-tu me montrer le chemin qui mène à la maison de Bahia Negafa ?
— Je crois qu’elle est déjà morte cette femme, répondit-il et personne n’habite plus dans cette maison.
— Elle était seule ? demanda-t-il en feignant de ne rien savoir.
— Ah, non ! Elle vivait avec sa servante, répondit-il.
— Mais où sont elles passées ? demanda-t-il.
— Elles ont quitté cette maison juste après la mort de cette femme, expliqua-t-il. Mais personne ne sait où elles sont parties toutes les deux.
— Tu ne sais pas pourquoi ont-elles disparu ? demanda Allal.
— On peut tout savoir sur soi, mais pas sur les autres, répondit-il. C’est tellement difficile de connaitre sur les bouts des doigts le cv de chaque personne. Moi, je ne reste pas en permanence dans cet endroit. Il m’arrive parfois de changer de position.
— Tu as raison, dit Allal et je suis de votre avis. Mais dis moi, est ce que tu les a jamais vues en ville depuis qu’elles sont parties de cet appartement.
— Non Jamais, mais avant, je les voyais de temps en temps et surtout Najat qui ressemble à un mannequin. Elle était follement amoureuse d’un de ses collègues qui l’a engrossée avant qu’elle se marie avec ce cafetier, connu sous le nom de Driss.
— Et ce collègue, tu connais où il habite ? demanda Allal.
— Absolument ! répondit-il. Ces derniers temps, je le vois se balader avec une petite fille et je ne sais pas si sa fille ou pas.
— Tu peux me la décrire, cette fille ? demanda Allal qui commença à voir clair.
— C’est nécessaire ? demanda-t-il.
— Soit disant ! dit Allal un peu souriant.
— C’est une petite fille, à peine trois ans, au front plat, nez retroussé, cheveux châtains, en amande et verts, lèvres charnues et rougeâtres. Son visage est rond et les joues gonflées…
Allal l’interrompit pour passer à autre questions et lui demanda :
— Ne vois-tu pas par hasard une femme qui fait la manche ici ? demanda Allal.
— Il y en a plusieurs qui font la manche, répondit-il. Mais une seule femme attire ne cesse guère d’attirer mon attention depuis son arrivée ici. Elle se case souvent dans ce coin, face à l’appartement de Bahia et guette jour et nuit les entrées et sorties des habitants. Elle me parait misérable, triste et chagrinée. Je n’ai jamais osé lui adresser la parole pour savoir ce qu’elle cherche au juste.
— Elle est là aujourd’hui ? demanda Allal.
— Peut-être oui, répondit-il. Si tu veux t’en assurer, tu n’as qu’à t’approcher un peu plus de ce pylône électrique. A quelques mètres à droite, tu peux la voir là bas emmitouflée dans une couverture délavée, assise sur des feuilles cartonnées. Elle passe son temps plantée là bas comme un SDF.
— Merci pour votre aide ! Je veux encore deux cigarettes pour pouvoir me maitriser et bien gérer mes émotions, dit Allal, l’air si préoccupé.
— Au revoir ! dis le vendeur, mais rends-moi mon briquet !
— Oh ! excuse-moi, je l’ai mis dans la poche par mégarde, le voilà, dit Allal en se dirigeant vers le petit coin où se tient sa mère.
— Bonne chance, reviens me voir un jour, je t’en dirai plus sur l’amant de Najat qui l’a engrossé.
Allal fait l’approche et s’arrêta à une vingtaine de mètres de l’endroit où sa mère est assise, emmitouflée effectivement, comme l’a déjà dit le vendeur de cigarettes au détail, dans une couverture délavée, le regard dirigé vers l’appartement de Najat. Elle était postée là à l’affût, pareille à une vieille chatte chétive et affamée qui attend passivement l’apparition de sa proie sans avoir la moindre force de l’atteindre. Allal surveilla ces gestes et regarda sa main qu’elle tendait au passage de toute personne qui lui semblait avoir un cœur généreux et bienfaisant. Il comprit qu’elle joignit l’utile à l’agréable, faire la manche et surveiller l’appartement de Najat n’est pas peine perdue. Sans vouloir continuer à voir ce spectacle ignoble qui le mettait mal à l’aise à chaque fois qu’il la voyait dans cette situation, il fonça vers elle jusqu’au coin où elle était confinée, lui mit la main sur le front, l’invita à se redresser et relever la tête pour la regarder dans les yeux et lui demanda crûment :
— Lève-toi tout de suite ! cria-t-il. Tu étai portée disparue voire noyée dans le fleuve et la police te cherchait partout. Que fais-tu là dans ce coin hideux et misérable ? J’ai l’impression que tu as la nostalgie de vouloir habiter encore dans ce taudis immonde qui dégorgeait de rats et d’odeur nauséabonde.
— J’ai besoin de voir ma fille, répondit-elle, elle est là dans cet appartement avec ces deux criminelles.
— Comment sais-tu qu’elles sont des criminelles ? demanda Allal
— Je les ai vues de mes propres yeux, c’est elles qui l’ont tué, marmonna-t-elle.
— Tué qui ? demanda Allal pour lui soutirer un tant soit peu de vérité.
— Elles ont tué le clochard qui ne faisait pas de mal à une mouche, avoua-t-elle.
— Oublions cette histoire de meurtre et lève-toi tout de suite pour te présenter à la police pour leur confirmer que tu es encore vivante et que ton suicide n’était déclaré que par erreur.
— Je dois rester là, dit-elle, et ne partir qu’après avoir récupérer ma fille qu’on m’a enlevée derechef.
— Celle que tu appelles ta fille n’est pas là. Les deux femmes que tu incrimines ont disparu et la police est d’ores et déjà en train de les rechercher. Elles ne mettront jamais les pieds ici, sois en sûre. Alors, dépêche-toi de ramasser tout de suite ces guenilles !
— Je ne veux pas voir encore la police, dit-elle. Qu’est ce qu’elle me veut ? demanda-t-elle.
— Je t’ai déjà dit qu’on devra te voir pour infirmer ta noyade dans le fleuve.
— Qui vous a dit que je me suis suicidée ou qu’on m’a bousculée dans le fleuve ? Moi, je n’ai jamais pensé à commettre un tel acte de lâche. J’aime la vie avec ses hauts et ses bas et je m’y attache quoi qu’il m’arrive. Ce fleuve dont tu parles, je ne m’en suis jamais approché.
— Je te connais, ma petite mère, et je ne cherche que ton bien. Ce qui m’importe en premier lieu c’est que je reste autant que faire se peut bien disposé à ton égard.
— Excuse-moi mon fils de t’avoir importuné avec ce problème d’enlèvement. Je dois trouver une solution à tous mes problèmes pour te laisser vivre tranquillement avec ta femme et ton petit enfant qui a besoin de tes soins continuels et de ton affection paternelle.
— La solution, ma petite mère, c’est de laisser tomber ce problème d’enlèvement. Ce ne peut être que sa mère qui a commandité l’opération et c’est elle la génitrice qui va s’occuper de sa fille et l’élever à sa manière. Elle a toutes les raisons de la récupérer après l’avoir jetée au rancart à un moment où elle a perdu la raison et enfanter à Driss une fille au lieu d’un garçon ne pourra, a-t-elle pensé, qu’enrayer l’exécution de ses plans.
Allal, accompagné de sa mère se dirigea vers le poste de police. Le chauffeur de taxi qui les transportait augmenta le volume du poste radio de bord au moment où l’on interrompit la mission programmée. Le speaker annonça en quelques mots brefs que le corps de la femme morte noyée dans le fleuve a été repêché. Une enquête policière est en cours.
En écoutant l’information, Allal garda le silence et fait semblant de ne rien entendre ou compris à ce qui vient de s’annoncer. Sa mère qui ne veut pas rester indifférente à ce genre de drame, commenta l’information en mettant en avant sa pitié et sa consternation :
— Que ce soit un suicide, un accident ou un meurtre, j’ai pitié d’elle et si je connais sa famille, je ne manquerai pas d’aller les voir pour leur présenter mes condoléances.
— Vous les femmes, vous êtes empathiques, contrairement aux hommes, lança le taximan.
— Il ne faut pas généraliser à partir d’un cas isolé, dit Allal pour rompre son silence.
— Tu n’es pas d’accord avec moi ? je suppose, dit le taximan.
— Que je sois d’accord ou pas, ça n’a pas d’importance pour moi, avoua Allal. Dieu est mon seul témoin dans ce que je fais pour que ma mère ne coure pas le risque de se suicider ou de se faire tuer faute de ma vigilance.
— Tu veux insinuer que tu es un bon fils, demanda le taximan avec une pointe d’ironie.
— Si tu veux dire ! répondit Allal qui s’en fout éperdument de ce jeu de mots.
— Et cette femme, c’est ta mère à ce que je voie ! dit le taximan.
— Oui, absolument, répliqua Allal.
— Si je me rappelle bien, son visage m’en dit beaucoup. Je crois que j’ai vu sa photo à la une d’un journal, dit le taximan.
— C’est quelle sorte de journal ? demanda Allal, l’air un peu bousculé.
— Je ne me rappelle pas lequel, peu importe, dit le taximan qui ne veut pas dire du mal de cette femme qu’il a vu sur la photo en train de faire la manche aux feux rouges.
Allal qui ne voulait pas continuer à parler avec ce taximan, devina silencieusement ce que celui-ci voulait dire par cette information. Il se met à haïr en son for intérieur tous les chauffeurs de taxi qui se confèrent le droit d’exercer le rôle du gendarme de la ville. Ne pouvant pas supporter ses digressions et ses frasques de petites mégères, il lui demanda :
— Tu peux arrêter là, descend, dit-il à sa mère, on n’est juste en face de la maison.
Après lui avoir payé la course, il a tellement claqué la porte que le chauffeur s’énerva en lui adressant à la main un geste de mécontentement.
CHAPITRE XV
Tirant sa mère par la main, Allal se dirigea directement au commissariat. Quand il a demandé à voir le policier en charge du dossier de sa mère, on l’a annoncé et il fit son entrée. En le voyant pour la première fois flanqué de cette femme, celui-ci a si vite compris qu’elle n’est pas morte et qu’Allal avait raison de déclarer que celle dont on a repêché le corps n’est pas sa mère.
— Voici ma mère dit-il. Elle est saine et sauve. Je viens juste de la retrouver confinée dans un coin situé en face de l’appartement de Najat.
— La criminelle, dit-elle, avant même que le policier l’interroge.
— Tu en es sûre ? demanda le policier qui se mit à voir clair de plus belle.
— Elle a tué un homme innocent, jeté à la poubelle son bébé fille que j’ai récupérée par humanité pour l’élever et prendre soin d’elle et elle me l’a enlevée par deux fois. J’ai passé plusieurs jours en face de son appartement à surveiller ses entrées et sorties, mais je n’ai vu personne, ni elle ni sa servante Zineb. Je ne savais pas qu’elles ont disparu pour fuir la police.
— Que faisait-t-elle au dépotoir avant de commettre son crime, demanda le policier.
— Elle me cherchait peut-être pour m’enlever ma fille que, par un tant soit peu de témérité, j’ai pu récupérer quand j’ai profité de son absence et de celle de sa servante et pris le risque d’entrer dans sa maison.
— Et la porte, comment tu as pu l’ouvrir ? demanda le policier.
— Elle n’était pas fermée à clé et c’était ma grande chance de la trouver ainsi.
— Revenons au meurtre de cet homme, dis moi comment ça s’est passé, demanda-t-il.
— Quand Najat était là en train de me chercher, la victime qui la vit seule, se jeta sur elle, la fit tomber sur un amas d’ordures ménagères, se mit à lui enlever le pantalon de force en hurlant comme un animal féroce et affamé qui s’empara en un clin d’œil de sa proie pour la dévorer. Alertée par les cris forts et assourdissants que poussait Najat, Zineb la servante qui était camouflée non loin de cet endroit, se porta avec diligence à son secours. Elle s’est emparée vite fait d’une pierre et lui assena un coup sur la nuque. Moi, qui a tellement paniqué en regardant ce spectacle macabre, j’ai pris mes jambes à mon cou et quitté les lieux sans essayer de me faire dévoiler par ces deux femmes qui ont pris leur voiture et mis le cap sur une direction inconnue.
— Aujourd’hui, dit le policier, je te trouve d’une grande utilité. Avec ce témoignage, susceptible de corroborer les résultats obtenus par notre équipe scientifique, tu vas honorer la dignité de la femme qui ne se laisse pas faire contre son gré. Je pense que ces deux femmes que tu appelles criminelles étaient en état de légitime défense et qu’elles pourraient bénéficier amplement des circonstances atténuantes. Mais la décision revient à la justice.
— Que voulez-vous dire par circonstances atténuantes ? demanda Allal en feignant de rien comprendre de ce procédé
— Je puis vous dire, à ta mère et à toi, qui m’écoutent, que quand il est prouvé que l’acte n’a pas été commis avec préméditation au moment l’on était en état de légitime défense, un juge peut réduire, selon son appréciation des faits, la peine d’emprisonnement légalement encourue par l’accusé.
— Vous voulez dire, dit Allal, que Najat pourrait être acquittée puisque ce n’est pas elle qui a tué, mais c’est sa servante qui en est venue à lui apporter assistance.
— Gardons nos jugements pour nous et attendons les résultats de l’enquête et l’arrestation des inculpées qui devraient comparaitre devant le tribunal pour répondre aux faits qui leur sont reprochés. Je remercie votre mère d’avoir bien voulu collaborer avec nous et souhaite que justice soit rendue à l’égard des victimes. Vous pouvez vous retirer, je n’ai plus besoin de vous pour l’instant.
— Ok, merci à vous ! dit Allal. Nous sommes à votre disposition pour tout complément d’enquête éventuel.
Dès sa sortie du commissariat, Allal tirant sa mère par la main, héla un taxi et l’accompagna à la garçonnière où elle habitait. Pour profiter de la joyeuse occasion d’avoir trouvé sa mère indemne, il contacta au téléphone sa femme Lina et l’informa que sa mère est bel et bien vivante. Lina qui voulait en savoir plus lui demanda :
— Dis donc ! Comment tu as pu la localiser ?
— C’est par la grâce de Dieu, répondit-il. Un vendeur de cigarettes au détail, m’a bien renseignée sur sa position et je l’ai découverte clouée en face de l’appartement de La « Fleur Fanée ». Je l’ai obligée de me suivre et nous sommes passés au commissariat pour dénoncer les deux femmes supposées commettre le meurtre du clochard. La situation commence à s’éclaircir et ma mère dit au policier que ce n’est pas Najat qui a tué, mais c’est sa servante Zineb.
— Ah, bon ! s’exclama Lina.
— Et pourquoi cette servante a tué cet homme ? demanda Lina.
— Elle l’a tué par accident, expliqua Allal.
— C'est-à-dire ? demanda Lina.
— Quand je serai rentré à la maison, je t’en dirai plus, promit-il.
— Ok, je t’attendrai, dit Lina.
Aussitôt qu’il a raccroché, Allal se retourna vers sa mère pour mettre les points sur les « i » avec elle :
— Dis-moi, ma mère, veux-tu vivre dans ce confort ou revenir à ton taudis hideux et misérable ?
— Je ne peux pas rester jour et nuit cloitrée toute seule dans ce confort. Je ne suis pas une casanière. Je dois changer d’air de temps en temps et trouver un emploi sédentaire pour occuper mes jours, répondit-elle.
— Tu veux faire quoi au juste ? demanda-t-il.
— Un travail qui correspond à mon âge et ne suppose pas trop d’efforts, répondit-elle, l’air ambitieux.
— Tu peux travailler comme femme de ménage ? demanda-t-il.
— Oui, pourquoi pas ? répondit-elle.
Après mille hésitations, Allal accourut vers son beau père, le cafetier Driss pour lui demander d’intercéder en faveur de sa mère pour travailler à l’orphelinat comme femme de ménage. Driss n’a pas décliné sa demande. Il contacta si vite une de ses accointances qui accepta d’embaucher la mère d’Allal. Quand celui avait reçu la réponse de son beau père, il exigea de sa mère de se faire propre et porter les vêtements appropriés à son nouvel emploi. La fouineuse qui se sentit aux anges, a fait un brin de toilette, porta de beaux vêtements, mit un foulard neuf sur la tête et se dirigea avec son fils à l’orphelinat qui élève des enfants et des filles depuis leurs bas âge. Allal présenta sa mère à la personne responsable en lui disant sans plus d’explications qu’il est venu de la part du cafetier untel. Celui-ci a si vite compris de quoi et de qui s’agit-il et donna ses ordres pour que cette femme soit dès ce jour affectée dans le service de ménage et propreté. Au même, on lui donna toutes les consignes à respecter à l’intérieur de cet établissement et on la dota d’un blouson bleu neuf, d’une raclette, d’un seau, d’une serpillière et d’une quantité d’ingrédients ingrédients qu’elle devra utiliser à bon escient.
En revenant chez elle, Allal était là à l’attendre pour savoir comment a-t-elle passé sa première journée au travail :
— Tu es contente de ton nouvel emploi ?
— Absolument ! C’est une occasion pour moi de me faire des amies parmi les autres femmes qui travaillant pour cet établissement.
— N’a-t-on pas montré tous les blocs ? demanda Allal.
— Les blocs ? C’est quoi au juste ? demanda-t-elle.
— Je veux dire, les dortoirs et réfectoires des filles et garçons, répondit Allal.
— Si ! répondit-elle. Je les ai vus et j’ai vu aussi quelques filles et garçons en train de jouer à cache-cache. J’ai beaucoup aimé voir ces petits orphelins de père ou de mère ou les deux à la fois en train de s’amuser et de vivre leur présent malgré le poids des circonstances difficiles qui les ont amenés à vivre malgré eux dans cet endroit où l’affection et la chaleur parentales ne sont pas monnaie courante.
— Heureusement pour eux d’avoir la chance d’être entre les bonnes mains, dit Allal.
— Je ne sais pas si ma fille que j’ai perdue bêtement et par manque de vigilance, aura eu la même chance de vivre dans des conditions pareilles et ne suis pas du tout convaincue que sa mère biologique, si c’est elle qui me l’a volée, ne lui réservera a priori ni confort ni amour. A chaque fois que je regarde ces filles jouer dans l’enceinte de l’établissement, je n’arrive pas à m’empêcher de penser à la mienne. Je me sens toujours vexée quant à son absence et pour la retrouver, je ne cesserai guère de me vouer corps et âme à la vertu de mes seules incantations que je récite matin et soir.
— Je te plains ma mère ! dis Allal, ton amour vis-à-vis de cette petite fille me parait fou et à l’heure où tu parles je vois dessiner sur ton visage l’expression d’une mère profondément blessée parce qu’on l’a délestée de son petit trésor.
— Tu ne peux pas savoir mon fils, dit-elle, combien de temps me faudra-t-il pour oublier ce bébé que j’ai ramassé des poubelles à l’instant même où sa mère génitrice l’a abandonné avant de prendre à tout le moins le temps de se raviser au dernier moment.
— A t’entendre parler sur ce ton, dit-il, je comprends bien tes souffrances de petite mère qui n’a pas eu la chance d’enfanter des filles.
— Tu es mon seul soutien et je vois en toi l’homme qui me protège contre vents et marées et j’en suis très reconnaissante.
— Maintenant, je vais te laisser reposer et de temps en temps, je viendrai te voir. Il te manque un téléphone portable. Je vais t’en dégoter de neuf et comme ça tu pourras ma contacter quand tu veux ou répondre à mes appels quand ça sonne chez toi.
— Très bien, mon fils, excuse-moi de t’avoir importuné ces derniers temps avec mes problèmes.
— Au revoir, dit Allal, en prenant congé de sa mère.
CHAPITRE XVI
Après quelques semaines d’investigations, la police n’a pas pu identifier facilement le corps de Zineb, la servante de Najat qui a été déposé à la morgue plusieurs jours avant son enterrement au cimetière de la ville. Le jour où Najat lui conseilla de disparaître, elle changea de look, se fit donner une nouvelle identité et commença à chercher du travail jusqu’au jour où elle est tombée sur un vieux couple à