— l’a enlevée, répondit-elle en balbutiant.
— Qui ? demanda-t-il.
— Un gaillard en cagoule noire, répondit-elle.
— D’où vient-il ? demanda-t-il.
— Je ne sais pas, mais je l’ai vu monter dans une grande voiture noire et mettre le cap vers je ne sais où. Il m’a menacé avec un couteau qu’il m’a pointé sur la gorge et comme j’avais tellement peur, j’ai cédé sans coup férir. J’ai perdu ma fille, je ne sais quoi faire.
— Primo, ce n’est pas ta fille biologique. Secundo, tu n’a rien à faire et tu dois te résigner à accepter le fait accompli. Un jour tu pourras en récupérer une autre dans les poubelles où tu n’en finis pas de fouiller matin et soir. Tu ne mérites pas l’aide que je t’apporte pour te faire sortir de cette situation de misère que tu as embrassée à tour de bras. Si tu persistes à ne pas suivre mes conseils de fils obéissant et bienveillant, je t’abandonne à jamais et tu ne me verras plus. Qu’en dis-tu ?
— Je ne dis rien qui vaille, répondit-elle. Je dois retrouver ma fille.
— Tu es devenue cinglée petite mère ! Pourquoi tu te donnes un mal de chien pour adopter une fille que tu aurais dû remettre à la police le jour même où tu l’as découverte. De quel droit tu te permets de la garder pour toi. Mets-toi dans la tête que ce n’est pas pareil à un rebut que tu te fais sien au moment même de sa découverte. Cette fillette est un être humain en bas âge, elle doit être entre les bonnes mains pour évoluer dans des conditions de vie, à tout le moins, décente où elle peut jouir d’un tant soit peu de confort et de chaleur humaine. Que va-t-elle apprendre de toi si ce n’est pas les bonnes manières ? La mendicité dans les gares, les feux rouges ou que sais-je ? En te regardant dans les yeux, je vois en toi une personne misérable et odieuse et ça me fais mal au cœur d’être ton fils et d’accepter tes frasques. Tu incarnes la honte et l’opprobre de notre famille. Je dois disparaître de ta vie et te laisser humer l’odeur immonde des ordures et détritus des voisins.
— Arrête ! cria-t-elle. Tu veux me rendre folle et en rajouter une couche à cette existence misérable dans laquelle je suis embourbée que je le veuille ou non. Que veux-tu que j’y fasse. Changer le cours des choses à mon avantage n’est pas chose aisée pour moi, qu’est une femme ignorante et sans diplôme.
— Je ne te demande pas la lune ! Je veux que tu restes loin des saletés. Je t’ai prévu tous les moyens de subsistance possibles en faisant en sorte que tu sois casée dans un endroit décent au milieu de gens simples, modérés et sobre qui préfèrent se contenter du peu plutôt que de chercher, eux aussi, les restes de nourriture avariés, emballés, devant les portes, dans des sacs de plastiques, qui attendent le passage des éboueurs.
— Je n’ai jamais cherché de la nourriture avariée comme tu dis. Je ne suis pas une folle qui se contente de mettre sous la dent les bribes de pain rassis. Ce que je trouve dans les poubelles n’est pas ce que tu penses. A plusieurs reprises, il m’est arrivé de récupérer un poste de radio intact, une montre, un bracelet en or, un clavier d’ordinateur, une télécommande, des fourchettes et cuillers…
— Tu parles comme si l’on est dans un pays de cocagne d’un autre genre où les riches généreux sont censés faire aux fouineuses des cadeaux empaquetés et déposés exprès dans les poubelles. Je n’ai jamais su que tu as une mentalité archaïque et complètement rouillée. Je te mets en garde ! La prochaine fois que je te surprends en train de fouiller dans la poubelle et encore moins faire la manche, tu perdras à mes yeux ton statut de mère. Alors fais gaffe et rentre maintenant chez toi. Moi, je vais tout de suite mettre la police au courant de l’enlèvement de ta fille adoptive, comme tu l’appelles, et si jamais ils ont besoin de toi pour faire une déclaration, ils te convoqueront sans tarder.
CHAPITRE XII
La mère d’Allal, qui n’a jamais reçu de pareille leçon de qui que ce soit, a été touché au fin fond du cœur par la brutalité langagière de son fils. Elle n’a pas voulu rentrer chez elle pour s’enfermer seule et toute la journée dans sa garçonnière à pleurer la perte de sa petite fille. Elle a préféré descendre sous le pont, mettre les pieds dans l’eau du fleuve, ressentir sa froideur et passer quelques instants à se recueillir à sa manière avant de s’offrir à tout le moins le luxe d’admirer la beauté panoramique de la nature. Sur une petite pente descendante, elle était assise à même le sol, dans une position accroupie, le menton appuyé sur les genoux que ses bras croisés serraient de temps en temps contre le ventre. Au milieu du calme qui régnait à cet endroit, elle somnola en laissant toutes ses souffrances et ses tracasseries s’assoupir. C’est en l’espace de quelques secondes qu’une force extérieure la poussa au plus profond de l’eau. Comme un c*******é, bien que ne sachant pas nager pour s’en sortir, elle avait beau se débattre, elle n’arrivera pas à tenir le coup et se laissa noyer et emporter par les eaux.
Sur ces entrefaites, Allal est arrivé au commissariat. Il demanda à voir le policier en charge de l’affaire de Najat. Dès qu’il entra au bureau, le policier lui lança :
— Je crois qu’il y a du nouveau, hein ?
— Soit disant, répondit Allal. Mais cette foi-ci, je suis venu vous voir pour vous informer de l’enlèvement de la petite fille adoptée par ma mère.
— Où ? Et quand ? demanda le policier.
— C’est peut-être en ville, répondit-il. Mais ma mère peut vous en dire plus. Elle est dans un état lamentable et j’espère qu’elle serait rentrée chez elle pour se reposer et pouvoir aligner les mots de sa déclaration le jour où vous l’appellerez.
— Tu aurais dû l’amener avec toi, dit le policier. Il vaut mieux que c’est elle qui doit se plaindre contre cet enlèvement. Mais allons la voir tout de suite pour ouvrir une enquête au plus vite.
Allal accompagné de deux policiers, se dirigea directement vers la garçonnière où réside sa mère. En frappant plusieurs fois à la porte, ils n’ont entendu aucune réponse. Allal qui gardait toujours sur lui la clé, a ouvert la porte. Il n’y avait personne et les policiers ont constaté que certains ustensiles de cuisine ne sont pas lavés depuis au moins trois jours et qu’une mauvaise odeur s’en dégage. Ils ont vite compris que la fouineuse était partie quelque part. Allal s’inquiéta de l’absence de sa mère qui n’a jamais quitté cet appartement plus de trois jour. Il commença à se faire des soucis à son sujet et espéra qu’il ne l’aurait pas brutalisée par ses remontrances et ses critiques acerbes. Le concierge du bâtiment, leur a fait savoir que cette femme n’a pas donné signe de vie depuis plus de trois jours et que personne ne savait où est-elle partie. Allal douta qu’un malheur ne soit arrivé à sa mère. Les policiers lui ont demandé de garder la tête froide et de ne pas faire de conjectures pour l’instant avant de s’assurer de son absence définitive. Allal qui se sépara des policiers, se rendit seul au dépotoir sauvage pour vérifier si jamais elle s’y trouvait. Il est tombé juste sur les éboueurs en train de déverser leur chargement d’ordures. Après un salut d’usage, il leur demanda :
— S’il vous plait les gars ! Je voudrais vous demander une petite information.
— Informations ? se demandent-ils à la fois.
— Oui, c’est bien ce que je veux, répondit-il.
— Au sujet de quoi ? demandent-ils.
— D’une femme qui viennent souvent ici pour récupérer des rebuts.
— Tu es de la police ? demandent-ils.
— Non ! Cette femme, c’est ma mère. Elle a disparu depuis plus de trois jours. Je l’ai cherchée partout, mais je n’ai pas réussi à la localiser. Pouvez m’aider à la retrouver ?
— Comment pouvons-nous t’aider ? demandent-ils. Cette affaire de disparition n’est pas de notre ressort et elle doit être signalée à la police. Nous ne connaissons pas son adresse personnelle ni l’endroit où elle s’active pour te dire quoi que ce soit à son sujet. Nous avons déjà un problème avec la découverte de ce meurtre. Nous sommes passés plusieurs fois au commissariat. On nous a rebattus les oreilles avec des questions de routine comme si nous qui sommes responsable de sa mort. Notre travail d’éboueurs n’a rien à voir avec la mort ou la disparition des gens. Le mieux pour toi, c’est d’aller voir les gens qu’elle fréquentait et les endroits où elle s’y trouvait. Si tu ne procèdes pas comme ça, ta façon d’agir à ce sujet sera peine perdue et n’apportera aucun résultat.
— Excusez-moi de vous avoir mêlés à mes problèmes, Je peux me débrouiller sans vous. Vous avez toutes les raisons du monde de me parler sur ce ton.
— Ne te fâche pas contre nous, disent-ils. Nous sommes désolés si nous avons heurté quelque ta sensibilité. Nous espérons que tu trouveras ta mère sans coup férir.
— Je vous remercie tout de même de votre compliment, dit Allal en retournant sur ses pas.
En cours de chemin, Allal a été contacté par la police qui lui disait qu’il y a du nouveau à propos de sa mère. Cette communication téléphonique l’avait mis dans tous ses états. Malgré son optimisme de pouvoir la retrouver, Il ne s’empêcha pas de penser au pire. Toutes ses idées se sont embrouillées et il n’arriva plus à voir clair.
Arrivé tout essoufflé au commissariat, il demanda à voir l’agent en charge du dossier de sa mère et on le laissa passer. Dès qu’il fit son entrée au bureau, il fut surpris de se trouver en présence d’un jeune couple nouvellement marié, assis devant le policier qui lui annonça la mauvaise nouvelle :
— Prends ton mal en patience ! Ta mère s’est faite noyée dans le fleuve, elle s’y serait jetée pour se suicider, ou c’est une chute accidentelle ou encore elle a été bousculée par on ne sait quelle force extérieure quand elle était assise sous le pont. Ce monsieur et sa femme qui se penchaient sur le pont pour profiter d’une vue romantique de la surface miroitante de ce cours d’eau, n’étaient pas en mesure de se porter à son secours quand ils l’ont d’ores et déjà aperçue dans l’eau en train de se débattre pour s’en sortir, mais étant donné qu’elle ne sait peut-être pas nager, le courant l’a facilement emportée. Les circonstances du drame restent pour le moment mystérieuses et l’on ne peut incriminer personne avant les résultats de l’enquête.
Allal qui a reçu cette mauvaise nouvelle comme un coup dur dans le dos, se sentit complètement dépité et touché au fin fond de son cœur. Il se mit à pleurer sans larmes, à crier et hurler en son for intérieur. Le rouge lui monta au visage, une expression de tristesse et de chagrin apparaît sur son front qui devient tout ridé. Il quitta le commissariat et se dirigea illico vers le fleuve. Il descendit au plus bas de la rive et commença à fureter l’endroit pour trouver les traces de sa mère ou des indices de ceux ou celles qui l’ont bousculée dans le fleuve. Il sait que sa mère était une dure à cuir. Elle n’a jamais été tentée par le suicide. Elle aimait la vie malgré sa misère et sa pauvreté. Il resta planté là jusqu’au coucher du soleil, l’air pensif, la main sur la bouche, le regard mélancolique. Et ce n’est qu’à la tombée de la nuit qu’il quitta cet endroit macabre et rentra chez lui en catastrophe. Dès son entrée à la maison, il passa directement dans sa chambre sans faire de bisou à son fils qu’il prenait d’habitude dans ses bras à chaque fois qu’il rentrait chez. Lina qui s’est rendu compte de sa mauvaise humeur le suivit en lui demandant :
— Que se passe-t-il ? Je te trouve triste et la mine renfrognée.
— Non, rien ! marmonna-t-il. Apporte-moi un peu d’eau et laisse respirer quelques minutes, je te raconterai ce qui s’est passé.
— Tiens ! Et dis-moi tout. Je veux savoir de quoi s’agit-il.
— Vous n’êtes pas au courant ces derniers temps ?
— De quoi veux-tu parler ? demanda-t-elle. Du meurtre du clochard ?
— Non, Je veux parler de ma mère.
— Qu’est ce qu’elle a ta mère ? demanda-t-elle, l’air stupéfait.
On lui a enlevé sa petite fille dans un coin de la ville. Je l’ai trouvée toute pâle et triste, en train de tourner en rond comme une brebis galeuse. Je lui ai demandé de prendre son mal en patience et de rentrer chez elle et je me suis dirigée directement vers le commissariat. Quand j’ai mis la police au courant, on m’a demandé de les accompagner jusqu’à son domicile pour lui poser quelques questions au sujet de cet enlèvement. En frappant plusieurs fois à la porte, personne n’y répondit. Heureusement que j’avais les clés sur moi, je l’ai ouverte et nous n’avons trouvé personne. En me séparant des policiers, J’ai passé au peigne fin toutes les zones qu’elle fréquentait, mais je ne l’ai pas trouvée. Après deux jours les policiers m’on convoqué pour m’annoncer que ma mère est morte noyée dans le fleuve qui passe par la ville. C’est un couple de jeunes mariés qui les informés de l’avoir aperçue dans l’eau au moment où elle était en train de s’ébattre pour s’en sortir.
— Pourquoi ne l’ont-ils pas porté secours ? demanda Lina, l’air triste et empathique.
— Ils disaient qu’ils étaient sur le quai et un peu loin de l’endroit où elle s’est faite noyée, expliqua-t-il.
— Pauvre belle mère ! Je me demande ce qu’elle faisait là bas sous le pont.
— Elle est allée à ce que je pense changer d’air et s’isoler pour exorciser son mauvais sort à la manière d’un ermite désemparé.
Quand Lina a mit au courant sa famille, tout le monde accourut vers Allal pour lui présenter ses respects et s’enquérir sur les circonstances dans lesquelles sa mère est morte noyée. Tous ont pointé le doigt sur Najat en se disant que c’est une vengeance de sa part et que personne d’autre ne pouvait commettre un acte si horrible et odieux. Driss le cafetier, son ex mari, leur annonça que la police est en train de la chercher, elle et sa servante. Elles sont suspectées d’avoir tué un homme qui fréquentait le dépotoir sauvage. Il parait que c’est la mère d’Allal qui les a dénoncées quand la police a recueilli son témoignage. Elle sera tôt ou tard arrêtée et elle payera cher le prix de ses crimes.
CHAPITRE XIII
Jamila la nièce de Driss s’est complètement rétablie. Elle a repris son travail d’infirmière. Samar, sa servante, s’occupait tant bien que mal de la maison et de Samia et Zaki. Elle les accompagnait tous les matins à l’école. Le soir, c’est leur maman qui les ramenait à la maison. Farid leur père, passait la plus grande partie de son temps libre au café de Driss et ne rentrera que tard le soir. Jamila commença à voir en lui un père un peu réticent vis-à-vis de ses enfants et elle lui demanda souvent de rentrer chez lui un peu plus tôt pour réviser les cours avec ses enfants et leur donner un peu plus d’amour et d’affection paternelle. Malgré les conseils qu’elle n’a cessé de lui prodiguer pour changer d’attitude, Farid n’en faisait pas grand cas et continuait à n’en faire qu’à sa tête. Jamila était une femme exemplaire. Elle n’a jamais cherché la bête noire à son mari à qui elle avouait un grand amour pur et juste qui fait preuve de ses sentiments intenses d’affection et d’attachement qu’elle n’a jamais cessé d’exprimer d’une manière ou d’une autre à son égard. Ce couple mène pratiquement une vie agréable et heureuse parmi tous les résidents du bâtiment. Il entretenait juste une relation de bon voisinage et ne cherchait en aucun cas à s’immiscer dans la vie privée des autres. Le couple qu’ils qualifient de voisins de palier n’entretenait pas de relation amicale et étroite avec Jamila et son mari, mais ils s’intéressaient outre mesure à la servante Samar et au petit Zaki à qui la femme coquette offrait souvent des bonbons et des présents. Un jour qu’il parlait à sa mère, il lui demanda :
— Maman ! Pourquoi, vous ne laissez pas cette femme et son mari rentrer chez nous et passer avec nous un peu de temps. Ils sont tout seuls et sans enfants.
— Comment se fait-il que tu parles de ces deux étrangers un peu suspects ?
— Je parle toujours avec cette Tata. Elle est très gentille et aimable. Elle m’offre toujours des bonbons et autres choses que tu ne sais pas, dit-il naïvement à sa mère.
— Quel genre de choses que je ne sais pas ? dis-moi mon chéri.
— Je n’en sais rien, répondit-il.
— Mais dis-moi ou je me fâcherai contre toi.
— Tata Samar m’a obligé de ne te rien dire à propos des cadeaux.
— Montre les-moi ! Je suis ta maman et je dois me réjouir de voir tes cadeaux.
— Ils sont cachés sous mon lit, dit-il.
— Allons voir ce que c’est !
Zaki s’allongea sur le sol et fit entrer sa tête sous le lit et demanda à sa maman :
— Regarde ! Il n’y a plus rien, je ne les ai pas trouvés. Où sont-ils passés, mes cadeaux ?
— Quels cadeaux ? Tu veux me rendre folle ?
— Ceux que m’a offerts Tata, répondit-il.
— Dis-moi ! C’est quoi ? demanda sa maman.
— J’en avais plusieurs, répondit-il sans rien expliqué.
— Jamila, qui ne savait pas au juste où son enfant veut-il en venir avec ce problème de cadeaux, appela Samar pour venir lui expliquer ce que Zaki est en train de raconter :
— Veux-tu me dire exactement ce qui se passe entre Zaki et les voisins du palier ?
— Il se passe que cette femme que Zaki commence à appeler Tata lui offre des bonbons et des petits cadeaux. Et Zaki qui s’est attaché à elle lui fait toujours des bisous à chaque qu’elle le croise dans les escaliers.
— Et moi, sa mère qui devait être au courant de ce que tu manigances avec cette femme, je suis sans savoir le moindre détail sur ce qui se passe derrière mon dos. Alors dis-moi de quels cadeaux s’agit-il ?
— C’est rien ! répondit Samar. Moi, je ne veux pas décliner son offre et je prends avec un petit sourire ces cadeaux pour lui montrer un peu de bonté et de gentillesse sinon, elle va nous considérer comme étant des gens arriérés.
— Où sont ces cadeaux ? Je veux le voir tout de suite, demanda Jamilia qui commença à se méfier de la collusion de sa servante avec cette femme qui ne lui inspire pas confiance.
— Ils ne sont pas là, répondit-elle. Je les ai donnés à des enfants de familles nécessiteuses.
— A t’entendre parler sur ce ton, je n’en crois pas mes oreilles, dit Jamila. Tu vas arrêter tout de suite de recevoir quoi que ce soit de cette femme. J’ai de quoi acheter des cadeaux et des bonbons à mes enfants. Je n’accepte la charité de personne et encore moins de ce mannequin qui ressemble trait pour trait à cette scélérate de Najat.
— Qui Najat ? demanda Samar, l’air curieux.
— Oublie ! cria Jamila. Je n’aime pas parler de ce genre de criminelle. Ce n’est qu’une fleur fanée qui a perdu toute sa fraicheur depuis le jour où elle a perdu son statut d’infirmière et sa crédibilité si elle en avait une.
— Farid, accompagné de sa fille Samia, frappa à la porte. On la lui ouvre. Sans préliminaire, il lança à l’adresse de sa femme Jamila :
— Je t’ai entendue crier sur Samar, veux-tu me dire ce qui se passe par là ?
Il se passe, répondit-elle à son mari, que notre servante Samar est en train d’esquisser une relation étroite avec les voisins du palier.
— et en particulier cette femme qui ne m’a jamais plu avec son arrogance et son orgueil abusif.
— Mais qu’est ce que tu as avec cette femme que tu déteste purement et simplement et sans aucun intérêt ? demanda Farid un peu irrité.
— Je n’ai rien contre elle, rétorqua-t-elle, sauf que je ne suis pas disposée ni enthousiaste d’accepter les cadeaux dont elle ne cesse guère de combler notre fils que je crains de perdre pour toujours.
— Je trouve, dit son mari, que tu commences à devenir le jouet d’une hallucination angoissante et que tu as intérêt à changer de comportement vis-à-vis de l’autre et encore moins une voisine d’infortune qui un jour ou l’autre quittera ce bâtiment si ce ne serait pas nous les premiers qui le ferons.
— Je suis saine et sauve, marmonna-t-elle. Je vais de mieux en mieux bien et à tous points de vue. Je prends seulement mes précautions pour protéger mes enfants de la méchanceté des gens qui masquent leur vraie identité sous des apparences de bienveillance et d’empathie. J’ai tiré la leçon depuis le jour où j’ai surpris cette hypocrite de Najat sur le point de tuer mon oncle, son ex mari, qui était à bout de force et à moitié endormi sur son lit à l’hôpital. En face de nous, il vit une femme du même prototype qu’elle, je le dis et je le maintiens jusqu’à preuve du contraire.
— Toi, dit son mari, tu cherches vaille à envenimer vaille que vaille notre relation avec tous nos voisins. Qu’est ce qui te prend pour te mettre à agir à l’encontre des conventions morales et éthiques de notre société.
— Tu as changé, maman ! Lança Samia. Laisse-nous la liberté de fréquenter cette femme et son mari. Ils forment un couple idéale et exemplaire.
— Qui est ce qui t’a dit qu’ils sont mari et femme ? demanda Jamila, l’air nerveux. Je vous interdis de vous acoquiner avec ses gens étranges.
— Mais tout le monde le sais, rétorqua-t-elle et en particulier Tata Samar et le concierge de l’immeuble.
— Et toi comment tu es arrivée à le savoir, ma chère Samia, demanda son père.
— C’est par eux que je le sais, rétorqua Samia clairement et nettement.
— Est-ce que tu as vu leur acte de mariage ? demanda Jamila.
— Si je fais ça, maman, ce sera un acte d’insolence de ma part. A l’école on nous apprend au jour le jour à respecter nos voisins et à ne pas se monter comme étant des malappris et grossiers à leur endroit.
— Ce que l’école vous apprend, vous le laissez volatiliser avant de rentrer chez vous, dit Jamila.
— Ce n’est pas vrai, maman ! Moi, je prends au sérieux tout ce qu’on m’apprend et je l’applique au pied de la lettre. Cette femme que tu nous a dit à mainte fois qu’elle est orgueilleuse et hautaine, ne l’est absolument pas et mes mains à couper si c’est vrai. Tu a une fausse impression sur elle. Ravise-toi ! Ce que tu dois faire pour enlever de ta tête toutes les mauvaises opinions, c’est de composer avec elle et faire ton mea-culpa. Nous sommes les témoins.
— Tu as déjà grandi ! répliqua jamila et tu t’avises à me donner des leçons comme si nous sommes au lendemain d’une nouvelle ère où la question d’intervertir les rôles s’impose.
— Tu es toujours maman, dit Samia et je ne vois aucune utilité à ce que tu me laisses le droit de guider ta vie. Je ne fais que donner mon opinion sur cette femme. Que tu l’admettes ou pas, c’est toi qui sais.
— Qu’est ce que tu cherches Samia en parlant à ta mère sur ce ton ? demanda son père.
— Je ne cherche rien cher père, répondit-elle. Je veux seulement rectifier votre position vis-à-vis de cette femme que Zaki appelle Tata. Ne le frustrez pas de l’amour de cette Dame sur laquelle vous vous trompez lourdement.
— Moi aussi, je suis de cet avis ajouta Samar. Je ne vois aucune raison de se méfier d’elle ou de son mari. Le concierge m’a dit dernièrement que ces gens sont respectueux et ne cherche jamais à faire du mal à qui que ce soit. Ils habitent ici pour un temps déterminé et le jour où ils ne seront pas là, nous regretterons à coup sûr leur absence.
— Tu aurais fait une bonne avocate si tu avais fait l’école, répondit Jamila.
— J’ai fait quand même l’école de la vie qui m’a appris tant de choses et j’en suis ravie, dit Samar.
— Tant mieux, lança Farid qui commence à en avoir assez de cette conversation inhabituelle et ponctuée de maladresses.
— Va t’occuper de ton travail de domestique, ordonna Jamila. Tu es là uniquement pour ça. Dorénavant, tu gardes tes opinions pour toi. Je n’ai pas besoin de les connaitre. Si jamais j’apprends que tu rentres dans la maison des voisins, tu auras une mise à pied.
— Je ne rentre dans la maison de ses gens que pour accompagner le concierge quand cette femme est seule et lui demande un service quelconque, expliqua Samar.
— Et toi, tu es la garde corps de celle-ci ?
— A peu près ça, répondit Samar en riant.
— J’ai compris. Arrête !
— Ok, maintenant, je vais vous préparer du thé à la mente avec quelques crêpes feuilletées que vous allez apprécier.
— Vas-y ! Nous avons faim et surtout les petits, ils n’on rien mangé depuis le déjeuner.
— Tandis que Samar s’affairait seule dans la cuisine, Jamila évoqua avec son mari le meurtre du clochard et lui demanda :
— Est-ce qu’on découvert le meurtrier ?
— J’ai lu dans les journaux que ce sont peut-être deux femmes qui l’on tué, répondit Farid. Mais cette semaine on vient de parler de la mort d’une fouineuse qui se jeter peut-être dans le fleuve. Mais rien n’est sûr. Certains disent que c’est un suicide et d’autres laissent entendre qu’on l’a tuée en la bousculant dans ce cours d’eau. Les informations diffèrent et les gens pour meubler leur temps racontent n’importe quoi à ce propos.
— Mais, c’est qui cette fouineuse dont tu parles, demanda Jamila.
— A ma connaissance, dit-il, les fouineuses sont nombreuses dans notre ville et elles se ressemblent par leur accoutrement bizarre, leur allure, leur physionomie lugubre et triste et personne ne s’intéressent à elles pour prendre la peine de chercher l’identité de la victime de cette noyade.
— Et qu’en est-il de la mère d’Allal ? Elle aussi s’active dans ce genre de choses. Elle récupère des rebuts et les vend aux brocanteurs.
— Elle ne fréquente plus les poubelles, répondit-il. Allal lui paye maintenant le loyer de la garçonnière où elle habite avec cette enfant qu’elle a récupérée du dépotoir. De temps en temps, elle contrôle si elle applique au pied de la lettre toute les consignes qu’il lui a données à ce sujet.
— Dernièrement Lina, ma cousine, m’a dit qu’Allal est tellement dérangé ces derniers temps qu’il rentre tard la nuit.
— Dérangé par quoi ? demanda son mari.
— On vient d’enlever la fille adoptive des bras de la mère d’Allal, dit-elle en poussant un long soupire.
— Je te trouve empathique à l’endroit de cette fouineuse, dit son mari.
— Non, ce n’est pas vrai, dit Jamila. Au contraire, j’en veux à cette femme qui cherche midi à quatorze heures en adoptant la fille d’une autre. Au lieu de la remettre à la police, elle l’a gardée pour elle sans savoir de quel droit elle se permet d’agir de la sorte.
— Et c’est qui le ravisseur ? demanda Farid.
— Personne ne peut le savoir, répondit Jamila si ce n’est pas la police en premier lieu.
— On n’en finit jamais de rejeter nos problèmes sur la police, marmonna Farid.
— On n’a pas le choix, dit Jamila, parce que c’est la seule institution qui puisse nous protéger contre ces malfaiteurs lorsqu’elle réussit à neutraliser leurs actions.
Par curiosité de savoir où l’en est avec cette affaire d’enlèvement, Farid n’a pas résisté un instant à la tentation d’appeler Allal pour s’enquérir sur la situation d’enlèvement de cette enfant. Il s’empara si vite de son téléphone, chercha dans le répertoire, composa le numéro avec délicatesse, porta son mobile à l’oreille, regarda sa femme qui suivit ses gestes et attend à ce qu’on lui répond et ce n’était que la voix de Lina qui répond à cet appel :
—Allô ! C’est qui ?
— Je suis Farid. Je voudrais parler à Allal. Est-ce qu’il est ?
— Non ! Il vient de sortir, il y a presque une heure. Il a oublié son portable parce qu’on vient de l’appeler de la police, répondit-elle.
— La police, tu dis ?
— Oui, absolument, dit-elle. Je crois que tu n’es pas sans savoir que sa mère est morte noyée dans le fleuve.
— Ah, non ! Ce que je sais, c’est uniquement l’enlèvement de l’enfant adoptive et ce grâce à Jamila qui vient de m’en parler.
— Raconte-moi, insista Farid. Est-ce un meurtre ou un suicide ?
— Personne ne sait comment ça s’est produit, répondit Lina. L’enquête policière est en cours. Tous en parlent, mais les versions sur cet