Suite chapitre IX

5000 Words
—  J'ai oublié de vous signaler qu’elle m’apportait des cigarettes et pire encore de la drogue pour que je partageais avec Lina, ma femme actuelle qui s’est éprise de moi et ne m’avait pas défendu de faire l’indéfendable. Je crois que vous comprenez ce que je veux dire par cette tournure de phrase. —   Continue, j’ai bien perçu où tu veux en venir, dit le policier. —   L’aînée des filles, qui s’appelle Sabah, s’est opposée avec véhémence contre le projet de mariage de son père avec l’infirmière et un jour elle lui a arrachée les cheveux, la griffée au visage et lui a cassé son portable en mille morceaux. Depuis ce jour, les relations entre elles se sont tendues et une certaine rancune et animosité s’incarna entre les deux et surtout quand Najat était venue s’installer au foyer conjugal où vivait sous le même toit celle, qui est devenue sa rivale invétérée, avec sa mère et ses sœurs. —   Ensuite, lança le policier pour canaliser le récit d’Allal. —   Ensuite, un jour à la suite d’une altercation qui a éclaté entre les deux, Sabah a piqué une crise de nerf et restait enfermée dans sa chambre gardait  un mutisme total. Et personne de la maisonnée n’était en mesure de la faire dégager de sa mélancolie. —   Et après, lança le policier. —   En profitant de cette situation, Najat qui se disait une infirmière amplement initiée, a recommandé à Driss, son mari, l’idée de l’interner dans un centre psychiatrique en prétendant que sa fille a des troubles de conduite. Driss qui a réfuté l’idée plusieurs fois a fini par l’accepter, malgré l’opposition de sa mère Meriem et de ses sœurs. —  Tu veux un peu d’eau ? Prends-en ! une cigarette ? —   Oui, j’en veux bien, dit Allal qui s’est décontracté en allumant sa première cigarette devant un policier qui l’interroge. —   Veux-tu continuer? demanda le policier. —  Après lui avoir mis une camisole de force, des ambulanciers qui font partie des accointances de Najat l’ont amenée à cet hôpital sous le regard éploré de sa mère, ses sœurs et leur servante. Depuis ce temps, Najat faisait le beau et le mauvais temps et personne de la maisonnée ne s’est jamais avisé de faire annuler ses décisions concernant la marche du café ou la gestion des affaires de Driss. —   Et après ? demanda le policier qui s’alluma une autre cigarette. —   Avant de devenir la deuxième femme de Driss, Najat entretenait des relations sexuelles avec un de ses collègues qui l’aimait éperdument et venait constamment trinquer et coucher avec elle au domicile de sa mère veuve qui exerçait le métier de Negafa. Son soupirant qui l’a engrossée continuait à la fréquenter même après qu’elle a été mariée. —   Quelle hypocrite femme ! lança le policier pour le laisser enchainer. —   Quand cette hypocrite a fait savoir à Driss qu’elle est enceinte  parce que des signes précurseurs de grossesse comment à se manifester chez elle qu’elle et que c’est lui le père. Ce cocu l’avait pris au mot et lui a légué par testament la moitié de ses biens en plus d’une somme d’argent si importante. —   Et toi que t’arrive-t-il ? demanda le policier pour orienter le récit d’Allal. —   Moi, tête de mule que j’étais, j’ai commis deux bêtises monumentales. La première : j’ai affecté l’honneur de Lina et altéré son image de fille chaste vis-à-vis de ses parents, la seconde : j’ai agressé à coups de couteau Radia, leur servante, quand elle est venue me reprocher mon comportement aberrant en menaçant de me dénoncer aux parents de Lina. —   Mais tu n’aurais pas dû faire ça, cria le policier. Continue ! Tu es plein de trucs. Voilà ! Je suis en présence d’un vrai agresseur qui se permet de lever sans scrupule la main sur une femme innocente. —   Lorsque l’on m’a incarcéré pour ce motif, on m’a enfermé dans une cellule avec deux gaillards qui m’ont agressé et j’ai failli succomber si les agents pénitenciers ne sont-ils pas venus à mon secours au moment où ils étaient en train de me malmener et m’envoyer une avalanche de raclées bien appliquées. —   Tu ne les connais pas ? demanda le policier. —   Non, je ne les ai jamais vus. Il parait qu’ils sont de vrais criminels qui n’ont jamais eu de la pitié ou de l’empathie à l’égard de leurs congénères. Qui plus est, ils m’ont déshabillé et commencèrent à m’asperger d’eau glacée en me menaçant de mort lente. Après avoir soigné mes blessures, on m’a fait changer de cellule. Au bout de quelques jours passés en prison et après la visite de Lina qui est venue me voir pour m’annoncer quelle est enceinte de moi, j’ai réfléchi mûrement à une solution palliative pour échapper de cet endroit monstrueux et pouvoir arranger mon mariage avec la mère de mon futur bébé. —   Qu’as-tu fait alors ? demanda le policier qui vida son cendrier plein de mégots dans un panier à poubelle placé sous l’encoignure de la porte de son bureau.  Je me suis mis à simuler des crises d’épilepsie en faisant  des mouvements convulsifs et saccadés à chaque fois qu’on entre dans ma cellule pour un contrôle quelconque. Quand les responsables du service intéressé ont été mis au courant de ma situation, ils m’ont transféré dans un centre psychiatrique pour recevoir les soins appropriés. C’est là où j’ai rencontré par le plus grand des hasards, Sabah, la sœur de la mère de mon fils qui n’était pas encore ma femme légale. Elle m’a raconté en détail toute son histoire et m’as savoir qu’elle n’avait rien, les scènes de crises dont elle faisait montre n’étaient qu’une mise en scène forgée de toutes pièces. Elle faisait ça, m’a-t-elle dit, uniquement   pour dissuader son père de changer d’avis sur son projet de mariage avec cette scélérate de Najat que tout le monde qualifie aujourd’hui de fleur fanée.     —   Ah, bon ? s’étonna le policier en se frottant le front par les bouts des doigts de sa main droite. —   Oui, parfois, il faut savoir jouer le jeu et user de manœuvres de diversion pour l’emporter sur ses antagonistes barbares. Moi et Sabah, nous avons convenu de rester en contact et d’agir tous ensemble au cas où un mal quelconque vient nous menacer. —   Et qu’est ce qui vous arrivé alors, puisque tu parles de mal ? demanda le policier qui veut savoir tout. —   Il nous est arrivé de nous échapper de cet hôpital hideux et macabre. —   Mais comment vous avez pu échapper ? demanda-t-il la main collé au menton pour garder un tant soit peu de concentration et d’éveil. —   Par la grâce de Dieu, répondit Allal. —   Je crois que vous avez mis au point un subterfuge. —   Non ! Nous avons profité d’une situation de débandade lors de l’évacuation imposée de l’hôpital. Cela s’est produit quand les crues de pluies torrentielles ont submergé l’enceinte de ce centre et que tous les patients ont été éloignés, séance tenante, vers un autre endroit sécurisé. Nous avons pu échapper quand les camions qui nous transportaient  se sont embourbés dans la fange. Après avoir passé par de rudes épreuves, nous étions finalement arrivés chez ma mère qui habitait dans un taudis, pareille à quelques points près à  une  bicoque en torchis sans le moindre confort ni hygiène. —   Et dans quel tu as trouvé ta mère que tu as laissée seule ? demanda le policier. —   Heureusement que je l’ai pas trouvée seule, mais accompagnée d’un bébé fille. Elle m’a dit qu’elle l’a trouvée abandonnée dans un coin du dépotoir et qu’elle l’a récupérée pour l’élever et en faire sa fille qui pourrait un jour s’occuper d’elle et la remercier de l’avoir sauvée de la mort imminente. Sabah qui a passé quelques jours à vivre avec nous, chez ma mère, nous a quittés pour aller s’installer dans un autre endroit avec une amie d’infortune. Elle a réussi à trouver un job dans un café qui l’employait comme serveuse. —   Et toi, qu’est ce que tu as fait ? demanda le policier qui suivit avec attention le récit d’Allal. —   Moi, je me suis mis à vendre des cigarettes au détail et je faisais le tour de presque tous les cafés et bar-restaurants jusqu’au jour où je suis tombé sur l’ex infirmière, qui fascine par sa beauté et son charme, derrière le comptoir en train de servir ses buveurs de whiskey, de bière et de champagne. Elle avait du mal à me connaître. —   Pourquoi, elle ne t’a pas reconnu ? demanda le policier, qui commença à regarder l’heure pour vérifier le temps qui lui reste pour finir ce témoignage. —   Parce que je me suis déguisé et mon look a tellement changé que ni elle ni personne d’autre ne m’a reconnu. Au cours de notre discussion, elle m’a laissé entendre que Lina, ma dulcinée a abandonné son bébé dans la poubelle parce qu’elle ne voulait que son nouveau soit une fille. Quand je l’ai invitée pour la première chez ma mère, elle s’est vite attachée au bébé fille que ma mère a adoptée et nous a promis de lui acheter des layettes, du lait en poudre et une poussette et moi qui croyait faussement à ses promesses savamment trompeuses, je l’ai remercié de sa bienveillance. —   Et les a-t-elle achetés ? demanda le policier qui commença à voir clair dans cette histoire.  Non, elle n’a rien acheté parce que la situation n’a pas tourné à son avantage. Et moi, qui n’es pas qui n’es pas quelqu’un —  d’ingénu et sans malice, contrairement à ce qu’elle pensait, Je me suis dirigé au café de Driss, au risque d’être arrêté par la police, pour trouver Radia et lui présenter toutes mes excuses de l’avoir agressée ignominieusement. Elle les a acceptées et m’a avoué, au cours d’un échange de paroles à bâton rompu, que Lina et mon fils sont chez elle. Lors de mes retrouvailles avec la mère de mon fils, j’ai été mis au courant que Najat qui attendait un garçon a été déçue par la naissance d’une fille qu’elle a fait jeter à la poubelle et pour sauver son image de marque vis-à-vis de son mari Driss, elle a enlevé mon fils pour mentir à Driss en lui disant que c’est le sien. Mais grâce à un test ADN recommandé par la sœur de Lina qui fait médecin, Najat a été découverte et mise à l’index par Meriem et ses filles et quand Driss l’a  divorcée, elle l’insulta grossièrement en lui disant que sa fille a été engrossée par moi-même et que cet enfant est un bâtard. —   Et qu’elle a été la réaction de Driss ? demanda le policier. —   Il a fait un infarctus et l’a évacué à l’hôpital où Najat a essayé de le tuer. Au moment où elle était sur le point d’exécuter son crime, Jamila, la nièce de Driss, l’a surprise en flagrant délit, l’a annoncé aux responsable et ils l’on mis définitivement à la porte et en perdant son statut d’infirmière, elle s’est mise à travailler comme barmaid. Pour la mettre devant le fait accompli, je l’ai invitée pour la deuxième fois chez ma mère en lui faisant croire que j’ai besoin de trinquer avec elle. Dès que je l’ai entre les mains, je l’ai menacée de mort et sans broncher, elle m’a raconté toute la vérité. En sortant de chez ma mère, elle m’a vite dénoncé à la police qui a réussi à me mettre le grappin dessus. Et grâce à l’intervention de ma belle sœur, avocate, et le retrait de la plainte que radia a porté contre moi, j’ai retrouvé ma liberté. Profitant de l’absence de ma mère qui oublié de fermer la porte à clé, Najat s’est infiltrée à la maison et s’est emparée de cette fille adoptive qui est peut-être la sienne qu’elle s’est permise de jeter au rancart comme s’il s’agissait de se débarrasser uniquement d’un rebut insignifiant. Quand mère est revenue à son taudis, elle a été surprise en voyant la porte basse grande ouverte. Elle accourut vite vers la poussette où était endormi son bébé. Elle commença à crier au voleur, à pleurer et à s’arracher les cheveux sans que personne du voisinage ne vienne la soulager de l’enlèvement de sa fillette. Depuis ce jour, elle commença à talonner Zineb, la servante de  Najat qu’elle connait de vue. Elle la suivait à distance partout où elle allait. Elle se tenait plusieurs mois d’affilée en face de l’entrée de l’immeuble et surveillait les entrées et sorties de Najat et sa servante. Un jour, en profitant de l’absence de ces deux femmes, elle s’aventura à monter jusqu’à l’appartement. Une fois au palier, elle trouva une fille en bas âge en train de parler dans un langage enfantin au bébé casé dans sa poussette. Sans attendre que quelqu’un arrive, elle prit la petite entre ses bras et descendit l’escalier prestement. Quand me je suis rendu chez ma mère pour m’enquérir de son état de santé, je l’ai trouvée en bonne mine et elle m’a fait savoir qu’elle a récupéré sa fille par la grâce de Dieu. —   Et quoi encore ? demanda le policier. —   Ce même jour, je l’ai obligée d’emménager dans un appartement que j’ai loué pour elle afin qu’elle mène une vie un tant soit peu décente et que  la petite soit en sécurité. —   En prenant note de ton long discours depuis pas mal de temps, dit le policier, je veux que tu nous aide maintenant à localiser Najat et sa servante pour pouvoir leur mettre la main dessus. —   Cela fait un bon bout de temps que je ne l’ai pas vue. Elle ne donne plus ces derniers temps aucun signe de vie et surtout depuis sa dispute avec Sabah au café de Driss. Même les employés de ce bar-restaurant qu’elle a côtoyés durant le temps passé là bas, ignorent l’endroit exact sur lequel elle aurait mis le cap. Les uns disent que peut-être elle a émigré vers un pays étranger, les autres prétendent qu’elle s’est volontairement coupée du monde de la débauche comme si elle voulait rester chez elle et observer une période d’hibernation pour garder toute son énergie. —   Ce que disent ou prétendent les gens à son sujet, ne pourra pas nous aider pour savoir dans quel domaine elle s’active maintenant, lança l’autre policier qui a suivi lui aussi tout le récit d’Allal. Nous devons dès à présent intensifier nos investigations. —   Allal ! Tu peux t’en aller, maintenant, dit le policier. Si jamais on a besoin de toi, on te convoquera à notre poste.                                    CHAPITRE X          Allal, qui voulait se venger au centuple de Najat, était très content du rôle qu’il allait jouer pour contribuer à son arrestation et la voir traduite devant le palais de justice  pour répondre clairement et nettement à toutes les  charges et chefs d’accusation qui pèsent contre elle. Il s’est promis de se porter comme témoin volontaire pour  dénoncer tout le mal qu’elle a apporté à ses beaux parents et à certaines de ses filles en particulier Sabah qu’elle fait interner à tort dans un centre psychiatrique et à sa femme Lina à qui elle enlevé son bébé à peine né. Le taximan qui le transportait se rendit compte qu’Allal n’est pas dans son élément et il lui lança de but en blanc : —   Je te vois un peu stressé. N’est-ce pas ? —   Peut-être que je le suis, il ya de quoi être stressé, répondit Allal. —   La cause ? demanda le taximan. —   Il y’en a plusieurs, répondit-il. Mais avec la grâce de Dieu, tout finit par rentrer dans l’ordre. —   Oui, absolument, avec un tant soit peu de patience, on peut réussir à surmonter nos peines et résorber notre chômage, dit le taximan. —   Si tu parles de chômage, je peux t’avouer que j’étais l’une de ses premières victimes et grâce à la volonté de Dieu, je me suis racheté. Je suis un repris de justice, j’ai écopé de quelques années de prison parce que tout petit on m’a appris à voler, à me droguer, à vendre des cigarettes au détail, à cirer les chausseurs des clients de café moyennant quelques sous sonnants. Je faisais ça parce que mes parents étaient pauvres et nous habitons dans un gourbi insalubre et dépourvu des moindres conditions de confort. Je n’ai jamais mangé à ma faim parce que nous n’avons pas la chance d’avoir suffisamment de nourriture. Ma mère faisait de la mendicité et passait matin et soir pas mal le reste de son temps à fouiller dans les poubelles des voisins cossus. Mais, je considère toujours que la misère tout comme la pauvreté  ne sont pas à mes yeux une fatalité. —   Et maintenant qu’en est-il de ta situation et de tes conditions de vie ? demanda le taximan.           —   Maintenant, je mène une vie assez décente et agréable avec ma femme et mon chérubin. Grâce à ce mariage avec la fille du cafetier Driss, j’ai trouvé ma place parmi les gens actifs. —   Tu fais quoi alors ? demanda le taximan. —   Je suis si tu veux dire l’alter égo de mon beau père qui n’a que des filles. Il s’est marié tard avec une infirmière qui lui a promis de lui donner au moins un garçon qui prendre le relais, mais ce mariage n’a pas fait long feu et par manque de temps, je ne peux pas entrer dans les détails avec toi. Ce que je te demande, c’est de te méfier de cette femme si tu n’es pas encore marié. Elle tend facilement des pièges aux gens qui la fréquentent. Elle est connue par le nom de Najat et son histoire est intitulée la fleur fanée. Elle est accusée, elle et sa servante,  d’avoir tué un homme au dépotoir sauvage et la police la cherche partout. —  J’ai entendu parler de ce meurtre qui a fait couler beaucoup d’encre, mais je ne sais pas si c’est elle la coupable. —   Dépose-moi là à coté de cette échoppe, demanda Allal qui a l’air satisfait d’avoir ébruité à sa manière cette information qui sera à coup sûr propagé de bouche à oreille et gagnera de plus en plus de terrain.                                    CHAPITRE XI           Allal se sentait fier d’avoir bien joué le jeu. Il se dit qu’il y a tout lieu de croire qu’un chauffeur de taxi, pour meubler le temps et se faire passer pour un important dénicheur d’informations fraîches aux yeux de ses passagers durant ses différentes courses, il leur raconte à volonté tous les faits marquants de la semaine et en premier lieu le meurtre de cet homme sans oublier de citer la meurtrière et son acolyte qui est sa servante. Il entra dans l’échoppe pour quelques produits laitiers pour sa mère et la petite. En sortant de l’épicerie, son regard qui tournait tous azimut s’est arrêté pendant un long moment sur une silhouette de femme, tenant peut-être dans  les bras une sorte de peluche qui ressemble à un bébé endormi, encore dans les langes, emmitouflé dans un foulard en coton sale. Il pensa si vite que c’était une mendiante qui faisait la manche au feu rouge. Elle tendait la main aux piétons et aux passants motorisés en les accostant à travers les vitres, légèrement baissées, de leur  voiture, dès leur arrêt instantané, en faisant appel à leur générosité pour lui faire l’aumône. C’était une femme qui portait exprès des vêtements dépenaillés pour faire pitié aux aumôniers et leur faire ressentir avec un tant soit peu de compassion sa souffrance  et son malheur ainsi que son dénuement extrême. Allal qui n’en détachait pas moins son regard sur elle a vite réalisé que cette femme ressemblait à sa mère. Il s’approcha progressivement d’elle en faisant en sorte de ne pas se découvrir. Quelle honte, se dit-il, en poussant un soupir de rage. C’est elle en chair et en os. Que dois-je faire ? Pleurer en silence et la laisser faire de la mendicité à laquelle elle n’est pas du tout réduite. Je lui ai interdit de fouiller dans les poubelles et de tendre la main à qui que soit pour obtenir de l’obole. Comment dois-je procéder pour l’en dissuader ? Par la force ou par la punition. Je n’en sais rien qui vaille, se dit-il. La seule chose que je pourrai faire, c’est de lui enlever cette  fillette  pour la placer dans un orphelinat qui pourra prendre et la sauver de cette situation de misère et de pauvreté. En réfléchissant à ce problème épineux de mendicité qui le bousculait dans sa dignité et son amour propre, Allal qui déplaça son regard sur le flot interminable de voitures qui circulaient dans tous les artères de la ville telle une nuée de fourmis qui s’activaient dans un mouvement de va et vient, s’est aperçu d’une femme qui  pouvait être, a t-t-il pensé, Najat sinon son sosie si jamais elle en avait un. Il l’a vue monter dans une Range Rover Sport, couleur noire, vitres fumées, qui démarra en trombe sans lui laisser le temps d’identifier sa plaque d’immatriculation. Il a immédiatement pris un taxi pour la suivre, mais il n’a pas réussi à connaitre l’axe qu’elle a emprunté. Revenant sur ses pas pour suivre les acrobaties que faisait sa mère à longueur de la journée, il a été déçu de l’avoir perdue en se disant que courir deux lièvres à la fois est déconseillé et ça ne mène jamais au but visé. Oubliant le cas de sa mère, il se concentrait par priorisation sur celui de Najat qu’il lui fallait localiser vaille que vaille. Mais il se rendait à l’évidence que pareille voiture de cette taille ne pouvait appartenir qu’à de contrebandiers  qui s’donnent au commerce illicite, tel le trafic de drogue, l’émigration clandestine et le blanchiment d’argent et il est fort possible que Najat se réfugiait chez une b***e de malfaiteurs qui la protégeaient. Se rendant compte  du danger qu’il  pouvait courir s’il continuait à traquer Najat et remplir le rôle de policier dont il n’est pas habilité, Allal se ravisa en pensant que le mieux est  de se tenir à distance et de laisser cette affaire de meurtre entre les mains de la justice. Après avoir pris un café corsé et fumé quelques cigarettes pour se ressaisir et reprendre ses esprits, il se rendit chez lui à bord d’un taxi. C’est en frappant à la porte qu’il entendit les cris continus de son fils Sami qui pleurait dans sa berce d’osier. Lina ouvrit la porte, l’air triste à cause  de l’état de santé inquiétante de son enfant qui gémissait sans raison apparente. Allal, l’air crispé, tout accablé de confusion et le rouge qui lui monta au visage lui demanda :    —  Tu dois l’allaiter, il a peut-être faim. Lui donner un bain pourrait encore le calmer et l’aider à s’endormir. Qu’en penses-tu ? —   Non, je ne crois pas qu’il va se calmer parce qu’il parait tout exténué et livide et il n’est pas exclu qu’une maladie quelconque l’incommode et le fait souffrir. Nous devons l’amener chez un pédiatre. —   A le voir dans cet état, j’ai l’impression qu’il a un ictère ou comme on le dit communément une jaunisse et la meilleure solution pour nous est de l’amener immédiatement au médecin avant que son état sanitaire ne s’empire. Et Safia, le médecin ! Je veux dire ta sœur ne l’a pas vu. —   Non, elle n’est pas là depuis une dizaine de jours, répondit-elle. —   Où est ce qu’elle est allée ? demanda-t-il. —   Elle est partie à l’étranger pour participer à un colloque. Mais laisse ça et dépêchons nous de secourir notre enfant qui est en danger de mort imminente. —   Et ta mère en est-elle au courant ? demanda-t-il, l’air tourneboulé. —   Oui, elle l’a déjà vu et elle a insisté à ce qu’on l’amène au médecin, répondit-elle tristement. Appelle-la ! elle peut m’accompagner. Et n’oublie pas d’avoir sur toi l’argent suffisant dont on aura sûrement besoin.  —   Ok, compte sur moi, dit-il. Prépare Sami et n’oublie pas le sac ventral pour que je puisse le porter sans vous fatiguer toutes les deux. —   Meriem qui s’inquiéta elle aussi de son petit fils accepta volontiers de  les accompagner au cabinet du pédiatre. En cours de route, quand le nourrisson se mit à pleurer de plus belle, le conducteur du taxi,  lança à leur adresse : —   Qu’est ce qu’il a votre enfant ? demanda-t-il. —   Il n’a rien, répliqua Meriem, l’air énervé. Regardez devant vous ! Vous avez failli heurter le motocycliste. —   Ne sois pas énervé madame ! Ne prenez pas mal ma curiosité. Je suis infirmier retraité, j’ai travaillé pas mal de temps à l’hôpital dans le service de pédiatrie avec des médecins, aussi chevronnés soient-ils et  j’ai acquis, sans me targuer, pas mal d’expérience dans ce domaine. Votre fils doit être ausculté urgemment. Ses pleurs sont anormales et prouvent qu’il ya anguille sous roche, je veux dire qu’il est dans un état de santé critique. Ayez donc l’amabilité de prendre mon conseil au sérieux et laissez-moi vous amener à un pédiatre qui sauvera votre enfant.             Allal et Lina ont accepté la suggestion du taximan, mais Meriem a émis quelques réserves en laissant le choix aux parents. —   Qu’en dites-vous ? demanda-t-il. Nous sommes presque à hauteur du cabinet que je vous conseille. —   Ok ! Vas-y, dit Lina sans prendre l’avis d’Allal qui se méfie de ce genre de service gratis que peut rendre un taximan aux clients d’infortune.            Le taximan, qui les a convaincus d’accepter sa proposition, ne s’arrêtait pas de louer les compétences de ce pédiatre. Mais personne n’a eu l’idée de se poser la question de savoir le type de relation exact que pourrait avoir d’un chauffeur de taxi avec un pédiatre. En entrant dans le cabinet, la secrétaire médicale prit quelques renseignements sur le patient avant de  leur  demander de prendre place et attendre le tour de leur visite. Un des patients assis à côté d’Allal lui demanda avec empathie : —   C’est votre fils ? —   Oui, c’est bien le mien, répondit Allal. —   Qu’est ce qu’il a au juste ? C’est votre première visite ? —   Oui ! Je ne connais pas qu’il y a un pédiatre dans ce bâtiment, dit Allal. —  Vous êtres venus en votre voiture ? demanda-t-il. —   Non, en taxi et c’est le chauffeur qui nous a conseillé ce médecin. —   L’infirmier retraité, comme il me l’a dit ? —   Oui, c’est bien lui ! répondit Allal. —  Tu le connais ? —   Non, je l’ai jamais croisé, répondit Allal et toi ? demanda-t-il. —   Moi, je ne le connais pas, mais le concierge du bâtiment m’en a parlé et il m’a fait savoir que c’est le beau père de ce médecin, c’est un infirmier retraité qui fait ce travail de taximan pour se faire un peu de fric et se rendre utile à son beau fils en le recommandant à certains clients de taxi qui sont à la recherche d’un pédiatre pour faire examiner leurs enfants quand ils sont mal en point ou exténués par une maladie quelconque. Ne sois pas méfiant de lui, c’est quelqu’un de bien. —   Merci pour cette information, dit Allal, tout à l’heure je me suis méfié de lui en croyant que ce n’est qu’un imposteur qui voulait nous tromper. —   N’ayez pas peur pour votre fils, il va guérir dans les semaines qui viennent. Même s’il a effectivement la jaunisse, il se rétablira promptement. Il suffit d’une analyse sanguine qui permettra de mesurer le taux ou la quantité si tu veux dire de bilirubine dans le corps de votre enfant pour que le médecin traitant lui prescrive les médicaments appropriés et la maladie disparaitra. —   La secrétaire médicale, faisait entrer Allal qui portait son enfant dans un sac ventral, Lina et sa mère Meriem. Le médecin les a accueillit avec un sourire aimable, ausculta l’enfant, lui plaça un thermomètre rectal et il n’a rien découvert de grave. Il n’avait qu’un peu de fièvre et c’est tout. Il leur expliqua que la fièvre en tant que telle est un symptôme assez fréquent due à une réaction normale de l’organisme et qui se manifeste en cas d’infection. Allal se félicita que son fils ne soit pas gravement malade. Lina et sa mère s’en réjouirent elles aussi. Ils remercièrent le médecin en quittant son cabinet. En descendant du bâtiment, Allal leur héla un taxi pour rentrer chez elles avec le bébé tandis que lui, il se rendit chez sa mère pour mettre les points sur les « i » avec elle et lui faire part de sa déception de l’avoir vue récemment en train de faire la manche, au feu rouge et avec, par-dessus le marché, le bébé dans les bras. En frappant à la porte de la garçonnière où elle habitait, personne ne lui a répondu. Il s’est vite l’imaginée au même point en train de mendier. Il retourna sur ses pas et quand il arriva au niveau de l’endroit où il l’avait vue l’autre fois, il se mit à tourner attentivement les yeux en  balayant du regard toutes les silhouettes de femmes déguenillées dans l’intention de repérer parmi elles celle de sa mère. Mais  n’ayant  rien  détecté, il  se dirigea vers un autre coin où elle pouvait s’activer en tant que mendiante. Il l’a vue toute seule en train d’arpenter la place publique comme un somnambule  paumé qui a perdu le nord et ne savait où donner de la tête et il a vite compris que quelque chose la tracassait. En s’approchant d’elle, il la tira par la main et la fixa en silence. Il remarqua l’expression de tristesse et de chagrin tracée sur son visage. Ses yeux étaient larmoyants et ensanglantés et en le voyant elle resta bouche bée. Il lui demanda : —   Que fais-tu là toute seule ? Où est ta fille ? Parle ! —   On me 
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