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Chapitre 1 — La Prison Dorée
Mirabelle
La nuit tombait sur la ville, et je me tenais devant la fenêtre de ma chambre, les yeux perdus dans les lumières lointaines. J’avais vingt ans… et déjà, ma vie ne m’appartenait plus. Tout avait été décidé pour moi, sans que je puisse protester.
Mon père, homme puissant et respecté, venait de sceller mon destin : il m’avait promise à Léon, un riche homme d’affaires, plus âgé que lui-même. On disait de lui qu’il était cruel, sans cœur. Je ne le connaissais pas… mais déjà son ombre m’étouffait.
Des pas lourds résonnèrent derrière moi. Je n’eus pas besoin de me retourner pour savoir qui c’était.
— Ma fille, tu es désormais une femme. Tu as vingt ans. Il est temps que tu prennes ton rôle au sérieux. Tu vas épouser Léon.
Je me suis retournée, les yeux brillants de larmes.
— Papa, pourquoi ? Pourquoi dois-je épouser cet homme que je ne connais même pas ?
Son regard était glacial, tranchant comme une lame.
— C’est pour le bien de la famille. Léon est puissant, il nous apportera richesse et influence. Tu feras ce que je dis, Mirabelle. Tu n’as pas le choix.
— Mais, Papa… il a cinquante ans ! Il pourrait être mon père ! Pourquoi pas quelqu’un de mon âge ? Pourquoi ne pas me laisser choisir moi-même ?
Il frappa du poing sur la table basse, sa voix éclata dans la chambre.
— Assez ! Tu n’as pas à me contredire. Tu épouseras cet homme, que tu le veuilles ou non.
Puis il tourna les talons et sortit, me laissant seule avec mes larmes. Cette nuit-là, je ne mangeai rien. J’étouffais. Je pleurai jusqu’à l’aube, enfermée dans ma chambre comme une prisonnière.
Au matin, des coups discrets résonnèrent à ma porte.
— Chérie, ouvre-moi. Je veux te parler, dit ma mère d’une voix douce.
J’essuyai mes larmes, ouvris la porte.
— Bonjour, Maman.
Elle me prit les mains, inquiète.
— Pourquoi pleures-tu, ma fille ?
— Papa est venu m’annoncer que je dois me marier avec un certain Léon. Un homme que je ne connais pas… et qui est bien trop âgé pour moi. Comment peux-tu accepter ça ?
Elle détourna les yeux, mal à l’aise.
— C’est pour ton bien, et pour le bien de toute notre famille. Léon pourra t’offrir tout ce que tu désires : bijoux, argent, sécurité…
— Non, Maman ! Je veux de l’amour, pas de l’or ! Toi aussi, tu es d’accord avec Papa ?
Elle soupira, presque résignée.
— Ton père a pris sa décision. Tu sais comment il est… je ne peux rien changer.
Un cri de désespoir m’échappa.
— Alors toi aussi, tu m’abandonnes ?
Elle tendit les bras pour me consoler, mais je reculai d’un pas, glacée.
— Ne me touche pas ! Sors de ma chambre !
Je refermai la porte brutalement. Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression qu’il allait exploser.
Le soir, mon père réunit toute la famille et les domestiques dans le salon. J’étais assise là, muette, prisonnière au milieu d’eux.
— Merci d’être venus, dit-il d’une voix autoritaire. Si je vous ai convoqués, c’est pour vous annoncer que ma fille, Mirabelle, va bientôt épouser un homme riche et puissant. Cet homme saura prendre soin d’elle et lui offrir tout ce dont elle a besoin.
Les domestiques échangèrent des regards, certains souriaient servilement.
— C’est une excellente nouvelle, dit mon oncle Joseph.
Mais mon frère, David, fronça les sourcils.
— Père… mais Mirabelle n’a jamais présenté personne. Comment peut-elle se marier sans amour ?
Mon père abattit sa main sur l’accoudoir de son fauteuil.
— C’est moi qui décide ici ! C’est son mari que j’ai choisi. Elle n’a pas à discuter.
— Mais, père, protesta David, nous ne vivons plus dans un temps où les filles sont privées de leur choix. Elle a le droit de choisir celui qu’elle aime !
— Assez ! Tu te tais ! À partir d’aujourd’hui, Mirabelle ne mettra plus un pied dehors. Vous, continua-t-il en se tournant vers les domestiques, vous la surveillerez jour et nuit.
— Oui, patron, répondirent-ils en chœur.
David me lança un regard sombre, plein de colère silencieuse. Moi, je n’avais plus de voix. Mes larmes coulaient en silence. Mon corps était présent dans cette pièce, mais mon âme, elle, criait déjà ailleurs. Je refusais d’accepter ce destin.
Je rêvais d’une vie différente, d’un avenir où je pourrais choisir mon chemin et suivre mon cœur. Mais pour l’instant, je n’étais qu’une prisonnière… dans une cage dorée.