Chapitre 6.

1726 Words
On est Jeudi. La brise matinale fouettait le visage de Julia. Le soleil ne se levait pas encore. La nuit avait été tellement longue pour elle et son fils qu'on aurait dit une éternité. Son mari n'avait effectivement pas dormi à la maison. Mais bon ce n'était pas une raison de rester au li et se morfondre d'ailleurs elle sortit plus tôt ce matin là car elle voulait fuir la maison au plus vite. Accompagnée de son fils, elle prit un taxi. Dimitri les emmenait chaque matin mais puisqu'il était absent, elle s'est débrouillée toute seule. Julia arriva de très tôt à l'hôpital. Trop tôt même. Elle portait un corsage noir et une jupe moulante de la même couleur. Celle-ci avait des cernes sous les yeux puisqu'elle avait dormi à peine de toute la soirée. Cette situation la bouleversait. Sa santé l'inquiétait beaucoup. Allait-elle vraiment perdre la vie à cause du bébé ? Que deviendrait Nathan dans tout ça ? Une foule de questions avait pris possession de ses pensées l'empêchant toute tranquillité. La veille, elle avait envie de pleurer, de crier mais ne voulant pas alarmer son fils elle s'était retenue. C'est difficile d'être parent, on doit toujours protéger les enfants des disputes, des mésententes parentales. Leur faire croire qu'il y a une lumière au bout du tunnel même quand on n'est pas certain que ça arrivera. Il ne consiste pas de leur mentir mais leur donner du courage dans l'adversité. À l'arrivée des premiers patients, Julia s'occupa de son travail tout en espérant se changer les idées et avoir un peu de calme à l'esprit mais en vain. Comme si son tourment n'était pas suffisant, il y avait deux couples qui étaient venus faire consulter leurs bébés. Ils étaient venus de très tôt. Elle s'occupa de rédiger leurs dossiers pour ensuite se rafraîchir la gorge asséchée. Elle avait l'impression de suffoquer tout à coup. Elle inspira profondément et expira. Il faudrait bien qu'elle garde son calme. Qu'elle institution voudrait d'une secrétaire qui s'évanouit à tout bout de champ ? Petit à petit, la salle d'attente était bondé de gens. Et la collègue de Julia était venue. Elle fit son grand monologue. Mais Mme François était bien trop ailleurs pour écouter ne serait-ce qu'un mot. - Allô, tu m'écoutes Julia ? Nous sommes sur Terre ici. - Euh... Non. Tu disais ? - Je te disais qu'une tempête fait la une des journaux. Elle s'annonce cette semaine déjà. - Qu'est-ce que ça peut me faire ? Ma vie elle-même est une véritable tempête en ce moment. - Alors si tu comprends qu'il s'agit d'une tempête, laisse la passer. C'est mon conseil pour toi. Les tempêtes ne durent jamais une éternité. Sois forte ! - Merci à toi ! Tu sais si le docteur Figaro sera présent aujourd'hui ? - On est Jeudi. Oui, je crois. Consulte l'horaire et tu verras. Il y a des patients pour la gynécologie ? - Il n'y a que moi pour l'instant. - Je vois. Il y a un souci ? Tu n'as jamais songé à avoir l'avis d'un autre gynéco ? - S'il y a un souci, ce sera au docteur de me le confirmer. Non je n'ai pas songé à cela. Dr Figaro a toujours été mon gynécologue, il est au courant de mes antécédents médicaux. Pourquoi irai-je vers un autre médecin ? Il est très expérimenté. - C'est bon. Je comprends et je partage ton opinion. J'ai simplement demandé par réflexe. Je reviens. India disparut dans l'allée. Le docteur Figaro fit son entrée. - Bonjour à tous, Bonjour Mme François. Vous allez bien ? - Oui, Dr Figaro. Et pour vous ? - Je vais bien. Je suis en coup de vent ici aujourd'hui car je dois procéder à deux accouchements à la maternité Ésaïe Julmiste. Pas de patients pour la gynécologie ? - Non, pas pour l'instant. - D'accord. Faites appel au docteur Gérald s'il y a un cas en mon absence. - Oui, ce sera fait. Je comprends que vous êtes pressé mais j'ai deux questions pour vous. Cela concerne mon cas. - J'ai tout de même une patiente, n'est-ce pas ? Je vous attends à l'étage. Cinq minutes plus tard. - Oui, Julia. J'ai affaire à ma patiente à présent et non à la secrétaire. Je vous écoute. - C'est... C'est le chaos dans mon esprit mais tout de même je vais aller droit au but. Est-ce que l'avortement serait une solution pour mon cas ? Parlez-moi franchement je vous prie. - Il existe deux méthodes d'interruption volontaire de grossesse (IVG). Logiquement des séquelles psychologiques et physiques sont possibles dans les deux. La première méthode est l'IVG médicamenteuse. Un traitement médicamenteux est à suivre avec des risques d'hémorragie, d'infection, des nausées, des douleurs, etc.. La seconde est l'IVG chirurgicale. Un acte chirurgical est à subir avec des risques de perforer l'utérus, l'intestin, une hémorragie, et des risques de fertilité future. - Ça fait beaucoup Dr. - Vous m'avez demandé d'être franc alors c'est ce que jai fait. Je n'ai rien masqué. Une grossesse comportant des risques de complications demande un suivi particulier et non une IVG sur un coup de tête. Je suis croyant, Julia. Je crois au Dieu Créateur. Alors te proposer l'avortement serait un grand péché de ma part. Je suis médecin également. Médecin gynécologue. J'ai prêté serment de sauver des vies alors je ne saurais te proposer une IVG délibérément. Ce serait un homicide de ma part et je serai responsable de tout ce qui t'arrive. Il est vrai que ta vie est risquée à cause de cette grossesse mais sache qu'un avortement la risquerait davantage. Je ne veux aucunement influencer ta décision mais il est de mon devoir de te guider dans la bonne direction. - Oui, je comprends parfaitement. - Je te prie uniquement de limiter tes efforts afin que tout se passe bien. Viens chaque mois pour les consultations et ne néglige rien. Tout ce que tu trouveras d'anormal dans ton corps, fais-le moi savoir ! - Merci docteur. C'est noté ! Une fois passée la porte, une bouffée de joie envahit Julia. Elle pouvait se réjouir à présent. L'arrivée d'un bébé est signe de réjouissance, n'est-ce pas ? Jusque-là elle ne faisait que se prendre la tête. Après cette conversation, elle avait la réponse à ses incertitudes. Elle va garder son bébé et ceci même contre la volonté de son mari. Elle n'aimait pas le défier mais cette fois elle ne pourrait pas lui obéir. D'après elle c'était la meilleure décision à prendre. Quelques heures plus tard. - Tu me dis ta décision ou je dois moi-même la deviner ? Se rassurant avoir pris la bonne décision, Julia avait demandé à Dimitri de rentrer à la maison afin de lui en parler. - Oui, j'ai pris ma décision et j'ai voulu te la communiquer. J'en ai pris la bonne. Étant donné que son mari la regardait d'un air incompréhensible et silencieux, elle poursuivit en ces mots : - J'ai parlé au docteur Figaro aujourd'hui et il m'a présenté les risques de l'avortement. Il est vrai que cette grossesse risque ma santé mais un avortement la risquerait davantage. - Alors ? - J'ai donc décidé de garder le bébé. Je le fais afin de pouvoir me regarder dans un miroir les jours suivants. - Bien sûr car tu es une parfaite égoïste qui ne songe qu'à elle-même. Tu as tout manigancé. Mais Julia il y a une chose que tu dois savoir, tout acte a une conséquence. Tu vas garder ce bébé contre ma volonté alors tu vas devoir tout assumer sans moi. - Tu peux me traiter de tout ce qui te passe par la tête. Je suis tout de même heureuse de porter cet enfant car nombreuses sont les femmes stériles dans le monde qui se font injurier par leur belle-famille parce-quelles ne peuvent pas procréer. Et moi à quarante-deux ans je peux encore concevoir malgré mes problèmes de santé. - Tu parles comme si c'était ton premier bébé. Sois heureuse le temps que tu voudras ma chérie. Mais je ne pourrai malheureusement pas partager ton bonheur. - Je ne te demande pas de le faire. Seul un lâche aurait agi comme tu le fais. Je vais assumer cet enfant et ceci même toute seule. Jusqu'ici tu es mon mari et non mon oxygène Dimitri. J'ai toujours su t'obéir et si ça doit s'arrêter là aujourd'hui je ne me plaindrai aucunement. Qu'il en soit ainsi ! Nombreuses sont les mères célibataires qui s'en sortent comme des génies. - Tu vas le payer, je te le jure. Et ne me téléphone surtout pas car il n'y a rien à part Nathan qui me lie à toi. - Alors comme ça tu t'es brusquement souvenu que tu avais un fils ? Incroyable ! Pourras-tu après ça le regarder dans les yeux ? Et moi donc, qu'as-tu fait de la promesse de m'aimer, de me protéger et de me chérir jusqu'à ce que la mort nous sépare ? Ce n'était qu'une blague pour toi ? Une mascarade, n'est-ce pas ? - Je pourrai très bien le regarder dans les yeux car je ne suis pas le fautif. J'ai toujours fait de cette promesse ma priorité mais là tu me mets au pied du mur donc il est hors de question que j'entre dans ton jeu. - Honte à toi, mon cher ! Si concevoir est un crime pour toi même dans le mariage alors que je sois une victime. Cet enfant naîtra avec mon nom de famille et je serai son unique parent. Je te préviens. Tu n'auras pas intérêt de l'approcher à l'avenir. - Je n'en avais nullement l'intention de toute façon. Cela ne te dit rien de détruire quinze ans de vie commune ! Au lieu de te laisser porter le pantalon dans ce foyer en ma présence, en gentil garçon je préfère te céder la place que tu souhaites de diriger en dictature. Je te laisse la possibilité de tout contrôler. Je ne te reconnais même plus. Tu me dégoûtes. Dimitri se leva d'un bond. Il rassembla ses affaires, les emballa et il partit dans sa voiture. Et le mariage de Julia prit fin à cet instant. Tout ce qu'elle avait pris le soin de construire en quinze années vient de s'envoler comme de la fumée.
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