- Tu as veillé à ton alimentation ces derniers jours ? Demanda le docteur Figaro à Julia pendant la consultation clinique.
- Oui. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ta glycémie est un peu élevée par rapport à la normale.
- J'avoue avoir exagéré dans les sucreries ces deux derniers jours mais c'était plus fort que moi.
- Je comprends mais tu dois pouvoir gérer tes envies surtout quand elles sont néfastes pour ta santé. Tu es de la quarantaine, je me trompe ?
- Oui docteur.
- Une hyperglycémie continue peut déboucher sur un diabète gestationnel. Celui-ci est très fréquent chez les femmes enceintes entre trente-cinq ans et plus. Si tu continues sur cette voie tu risques un accouchement prématuré. Et les risques de complications sont autant pour la mère que pour le bébé.
Une larme coula sur la joue de Julia. Le docteur Figaro a été sincère avec elle. Elle ne voulait pas perdre son bébé. Pas après toute cette bataille. Elle avait tellement espéré ce moment par le passé !
- Calme-toi Julia ! Il est encore temps de remédier à tout ça. Ayez une alimentation saine et un sommeil adéquat puis revenez après trois jours afin de vérifier à nouveau la glycémie.
- Merci docteur.
Dans l'après-midi.
- Je peux vous aider ?
Julia leva les yeux. Elle était venue faire des courses au supermarché en fin d'après-midi quand il rencontra l'homme de la fête de chez sa collègue.
- M. Guillaume ?
- Oui. Appelez-moi Anthony.
- Je ne m'attendais pas à vous voir de si tôt.
- Alors me voici. Vous vouliez quoi ?
- Je voulais prendre ce lait en poudre, répondit Julia en pointant l'article du doigt. Et comme le voyez, l'étagère est trop haute pour moi.
- Je vois. Laissez-moi faire, s'exécuta Anthony. Si ce n'était votre grossesse, je vous conseillerais bien volontiers de porter des talons hautes pour vos courses.
- Vous aimez faire de l'humour à ce que je vois !
- Oui, un peu. Vous êtes seule ?
- Oui. Je vous remercie de votre aide. Je vais passer à la caisse à présent.
- Je veux bien vous aider davantage. Laissez moi porter vos courses.
Julia hésita puis lui tendit le panier. Elle ouvrit son porte-monnaie pour payer à la caisse quand l'homme à ses côtés l'en empêcha.
- J'ai bien dit que je veux vous aider davantage, n'ai-je pas été assez clair ?
Il paya le tout.
- Merci beaucoup.
- Je vous en prie.
Ils sortirent ensemble et Anthony prit bien soin de lui tenir la porte. Ils étaient à leur aise comme s'ils se connaissaient depuis de nombreuses années déjà.
- Ma voiture est garée juste là-bas. Je propose de vous ramener chez vous.
Quel gentleman ! Julia ne se fit pas prier. Ce dernier l'aida à monter sur le siège passager avant de déposer ses courses sur la banquette arrière et de monter sur le siège conducteur de sa Nissan Pathfinder.
- Vous êtes aussi attentionné avec toutes les femmes que vous rencontrez ?
- Pour être franc, oui. De par mon éducation, j'ai appris à avoir une attention spéciale pour les femmes et les enfants. C'est mon tempérament.
- Je comprends.
- Parlez-moi de vous Mme Raphaël.
- Vous pouvez m'appeler Julia. Que voulez vous savoir ?
- Ce que vous voulez me dire. Vous faites quoi dans la vie ? Quelles sont vos passions ?
- Je suis secrétaire dans un hôpital. Je suis une passionnée de la danse et de l'art culinaire. Et vous ?
- Je suis avocat. La mode me passionne.
- Je devais dire Me Guillaume tout à l'heure. Veuillez m'excuser.
- Un de ces jours je souhaite sérieusement vous emmener dans une audience.
- Volontiers.
- Pour la danse et l'art culinaire, vous les pratiquez à des fins commerciales ?
- J'ai renoncé à la danse mais pour l'art culinaire je pratique quelques fois mais pas à une fin commerciale. Et vous pour la mode ?
- J'ai ma petite idée. Je suis le consultant d'une boutique en ligne.
- C'est bien. Mes félicitations !
- Merci. Ce sera votre deuxième bébé ?
- Ou... Oui. Vous n'avez pas d'enfants ?
- Non. À vrai dire j'en ai un mais j'ai été privé de le voir. Avec le temps je ne sais même pas ce qu'il est devenu.
- J'en suis navrée.
- Et de quel s**e est-il ? Vous ne savez pas encore ?
- Oui je sais. C'est une fille.
- Toutes mes félicitations !
- Merci.
Et sans le vouloir, Julia pleura comme une madeleine. Anthony arrêta la voiture.
- Julia, vous allez bien ?
- Oui, oui. Pourquoi vous vous êtes arrêté ? Ça va ?
- Non, je ne vous crois pas.
Elle pleura à nouveau et commença à tousser par la suite.
- Calmez-vous je vous prie.
Il chercha de l'eau pour elle.
Il avait toujours le réflexe d'avoir une ou deux bouteilles d'eau dans sa voiture.
- Prenez en quelques gorgées. Calmez vous ! Ça va aller.
Il paniquait. Il se demandait ce qu'il avait dit de blessant qui l'avait pu mettre dans un état pareil ou est-ce qu'un propos de sa part aurait éveillé ses vieux démons. Il était dans le doute. Des tas de questions fusaient de nulle part dans sa tête.
- Vous vous sentez mieux ?
- Oui merci. Veuillez m'excuser pour ce comportement. Je n'ai pas pu me retenir.
Elle avait honte d'elle-même. Elle se croyait remise de ce qui lui était arrivé mais il semblerait que c'était faux.
- Ce n'est pas grave. Je ne souhaite nullement profiter de votre état de choc mais est-ce que vous pouvez me confier vos coordonnées ?Simplement pour prendre de vos nouvelles. Je m'inquiète pour vous.
Elle le lui donna et le reste du trajet se fit dans le silence. Il ne voulait pas le blesser davantage. Elle avait déjà mal comme ça pour pleurer d'un coup.
- Prenez grand soin de vous.
- Merci beaucoup. Au revoir !
En voyant cette femme pleurer à chaudes larmes, Anthony comprit qu'elle avait traversé de grandes difficultés et elle s'était contenu tellement longtemps qu'elle a ainsi explosé devant un homme qu'elle connaissait à peine.
Il voulût la protéger, l'aider. Il remarqua à l'instant qu'il n'avait jusqu'ici pas parlé de son mari. Il se demanda alors si sa douleur actuelle était la faute à un homme. Il remua ciel et terre mais il n'y avait que Julia qui pouvait apporter des réponses à ses questions.
Il ouvrit son téléphone et contempla le numéro de celle-ci. Il eût tout à coup envie de lui laisser un message. Il y avait quelque chose qui l'attirait chez cette femme mais il ne voulait pas la bousculer. Si un homme a certainement chamboulé sa vie, il pense alors qu'elle ne voudra pas se confier à un autre aussi facilement.
Arrivé à son appartement, il prit une bonne douche avant de satisfaire son estomac et glisser sous la couette.
Il allait rêver de cette femme ce soir, ce n'était pas une supposition mais un fait.