NOUVEAU DÉPART
2 h après que le soleil descendit de son zénith, une Bentley Noire gara devant le dernier séjour des morts de Notting Hills, quartier huppé de Londres.
Tandis qu’un homme robuste l’accompagnait, on pouvait reconnaître Zara et son éternelle élégance. Sa robe pochette noire épousait parfaitement ses courbes, tandis qu'elle s’engouffrait dans les profondeurs de ce cimetière.
Une fois sur la tombe de son ancienne ennemie maintenant confidente, elle fut prise de nostalgie.
- Désolé d’avoir été aussi longue Émeraude… Vu ma tenue sombre, tu peux deviner l’état de mon cœur en ce moment.
Zara, la dame métissée, les cheveux lisses au vent, fit une pause afin de gérer un coup d’œil à son g*****e, posté à quatre tombes de là, avant de continuer.
- Je ne sais vraiment pas si je pourrais tenir le coup… Je pense à m’en aller, tu sais ? Quitter Londres et ses frasques…. Quitter Londres et ses vagues de bonheurs, mais aussi de tristesse. Émeraude, Londres a fait de moi la femme que je suis aujourd’hui, forte et indépendante à l’extérieur… Et je lui serais pour toujours reconnaissante. Cependant, cette même ville m’a tellement réduite en bouillie à l’intérieur… Londres m’a tout donné… mais m’a aussi totalement détruite.
- Beau paradoxe, continua-t-elle en prenant soin d’essuyer les petites larmes qui virent s’affaler sur ses joues. Tu sembles perdue dans mes discours… commençons par le commencement de cette nouvelle vie.
Notre brunette au teint métissé, respira un grand coup avant d'entamer la suite du récit de sa vie, qu’elle baptisa « LES MARÉES HAUTES DE MON CŒUR ».
« Dès que mes pieds eurent foulé le sol de Harlesden, bien que remplie de rêve, je savais que ma vie ne serait pas si facile.
Londres était une des villes les plus difficiles du monde et chaque jour passant, j'en faisais la triste expérience.
Enchaînant les petits boulots pour survivre, je ne pus m’inscrire en master qu’à ma 3eme année dans cette ville, et ce, pas sans peine.
Néanmoins, chaque jour passé dans cette université était rempli de bonheur et d’espérance. Je n’eus vu passer les deux ans qui me fit être enfin diplômé de mon Master II en Gestion des entreprises dans la prestigieuse Université de Thames Valley.
J’étais encore dans la fleur de l’âge… 27 ans seulement et pleine de rêves.
J’avais beau être pleine de cendre, je gardais espoirs d’un jour malgré mon handicap, pouvoir me construire et avoir une famille… des enfants et être pour eux ce que ma mère n’aura jamais été pour moi.
Et bien ma vie fut bouleversée un jour d’averse, drôle de coïncidence avec le matin qui marqua ma rencontre avec Aïcha.
Cette fois, je manquais de perdre la vie, alors que je me hâtais tant bien que mal de rejoindre mon université sous une pluie torrentielle.
En effet, traversant le bitume, voulant à tout prix rattraper le bus qui lâchait des ronflements marquant son départ prochain, une Ferrari Bleu manquait de me réduire en pâté pour chien. Effleuré par l’engin qui m’avait pourtant dévié, je perdis l’équilibre et rencontra le bitume de plein fouet.
- p****n, je suis vraiment désolé !! Vous allez bien ? S’exclama le conducteur qui vint en un temps record s’enquérir de mes nouvelles.
- Ôtez vos sales mains de moi, criai-je profondément contrarier regardant le véhicule s’éloigner de moi.
Le jeune homme d’environ la trentaine, se redressa tout gêné, alors que je peinais à me relever.
- Encore vous… les sales gosses de riche… toujours vous !!
- Veuillez m’excuser mademoiselle… répondit-il visiblement troublé.
- Vous ne m’avez pas vu hunn ? Comme toujours !!! Toujours à vous croire tout permis, mais laissez-moi vous dire, insistant tout en me tenant debout, vous n’êtes rien… rien du tout cher monsieur. Votre voiture, votre argent… ça ne vous sert pas à grande chose lorsque vous n’avez pas le véritable amour que peut avoir une personne pauvre comme moi.
- Euh… je crains…
- Taisez vous, dis-je de façon condescendante, j’ai un rendez-vous extrêmement important qui pourrait décider de mon avenir en ce moment même… et par votre excès d’égoïsme, vous m’avez sûrement gâché mon opportunité. Soyez en fière chère monsieur.
Je tournai les talons et longeai le rez-de-chaussée avant de m’asseoir à l’arrêt du bus que je venais de rater. Le monsieur au regard ténébreux me fixa un moment, je feignis ne pas en faire de même.
J’étais drôlement énervé, par la faute de cet homme, j'avais raté mon bus et arriverais sûrement en retard pour la sélection stagiaire qui pourront être embauché dans la célèbre entreprise Thompson.
Edward Thompson devait être là en personne afin qu’après un court entretien, nous puissions avoir la plus prestigieuse chance de notre vie.
Cet homme avait tout gâché… tout… Il avait beau mouiller son costume noir en soie et ses beaux cheveux brun, je m’en foutais royalement.
5 min après avoir été planté là sous la pluie à me dévisager, l’homme prit sa voiture hors de prix et quitta les lieux.
Le bus arrivera 20 minutes plus tard et j’eus 45 minutes de retard à l’entretien.
- Zara? Où étais tu bon sang !
Je reconnus tout de suite mon amie, Eleonord Steffield, la Rousse comme j’adore l’appeler.
- La rousse, j’ai eu un petit contretemps comme tu peux le voir. Et monsieur Thompson ? Les entretiens se passent où ?
- Désolé, mais les entretiens sont terminés depuis 10 minutes et la représentante de la multinationale Thompson vient de s’en aller.
J’eus l’impression de tout perdre en un instant… Étais-je née pour souffrir ? Comment me remettre d’une si grande déception, je sortis de l’université sans prêter attention aux mots surement réconfortant d’Eleonord. Elle avait été prise et pas moi… Je n’étais qu’une bonne à rien… je n’étais bonne qu’à nettoyer le plancher du restaurant qui m’embauchait à temps partiel.
Les yeux rougit par les larmes, je fis pourtant une rencontre du passé qui marqua le début de la montée de ses marées qui régissait mon cœur.
- Zara ? Criai cette blonde aux yeux bleu, perché sur des talons aiguilles.
- Lydia ?... répondis-je la gorge noué.