Chapitre 3

1216 Words
## Angel Je ne sais pas pourquoi j’ai soudainement eu envie de défendre Runa ni pourquoi j’ai mal de la voir dans cet état. Tout à coup, je me sens pris de compassion pour ma petite chose. Je crois qu’elle l’a remarqué, car elle s’accroche à moi alors que, d’habitude, elle aurait cherché à se défaire de mon emprise. Je cours jusqu’au cabinet médical. Lorsque j’arrive, on m’annonce que le médecin est parti prendre sa pause déjeuner. Je hurle : — QUE QUELQU’UN AILLE LE CHERCHER ! Runa s’accroche encore plus fortement à moi, si cela est seulement possible, et se met à trembler. Je commence à éprouver des remords. Ce n’est pas moi. Quelqu’un a forcément pris possession de mon esprit. Le médecin arrive en courant et contemple la scène avec étonnement. Il sait parfaitement que Runa est mon exutoire lorsque j’éprouve le besoin de torturer quelqu’un. Je fais bien pire aux prisonniers. Runa fait partie de la meute, alors je ne peux pas me permettre de lui infliger les mêmes tortures, mais cela parvient tout de même à apaiser mon côté sadique. Je l’entends jurer : — Bordel de merde ! — C’est si grave que cela ? — Les entailles sont très profondes. Elle doit souffrir le martyre. — Merde ! — Alpha, vous devez cesser de lui infliger de tels traitements. Nous en avons déjà discuté. Même si elle n’est pas encore complètement brisée physiquement, elle doit l’être mentalement après toutes ces tortures. — C’est impossible. Elle est mon jouet. — Il faudrait vous trouver un autre passe-temps. — Je vais y réfléchir. — C’est toujours mieux qu’un non catégorique. J’ai l’impression de ne plus être le même. Soudainement, l’idée de faire du mal à Runa me déplaît. J’ai perdu la raison. — Docteur, pourrais-je également passer un examen ? — Bien sûr. Pour quelle raison ? — Je crois que je perds la tête. — Nous allons faire quelques examens et organiser un entretien avec le thérapeute. Je grogne. Je n’aime pas cela. — Si vous perdez la tête, personne ne pourra vous maîtriser. Il vaut mieux procéder à tous les examens possibles. — Je vais attendre dans le couloir pendant que vous la soignez. Je sors et téléphone à ma mère. — Mon ange ! Quelle joie de t’entendre ! — Maman… — Ce n’est pas bon signe. Que se passe-t-il ? Je raconte tout à ma mère. — Est-ce que tu sens qu’elle va bientôt se transformer ? — Oui ! — Tu en es certain ? — Oui ! — Et elle ? — Elle ne m’a rien dit. — Tu ne lui as pas ordonné de te répondre ? — Tu sais très bien que c’est délicat lorsqu’il s’agit d’une première transformation. — C’est vrai. L’alpha la sent parfois approcher avant le loup lui-même, surtout s’il est très proche de celui-ci. Est-ce que vous avez… — Non ! — Je sais ce que tu as prévu pour ses seize ans. Cela ne me plaît pas du tout, mais c’est toi le chef. — Nous en avons déjà longuement parlé. Je ne changerai pas d’avis. Je mens. Je n’ai déjà plus envie de la partager. — Bien, bien… Mais elle risquerait de partir ou de mettre fin à ses jours si elle était trop brisée. Tu ne l’as jamais ménagée. — Je sais parfaitement ce que tu en penses, mais elle est ma petite chose. Je l’entends soupirer. — Nous serons là pour son anniversaire. — Bien. — Où es-tu ? Cela résonne. — À l’hôpital. — Mon Dieu ! Que lui as-tu encore fait ? — Je pourrais être ici pour moi ! Je suis fâché. Elle pense immédiatement à Runa. Je pourrais être agonisant qu’elle supposerait tout de même que je lui ai fait du mal. Il faut dire que cela arrive souvent. Je ne peux pas vraiment le lui reprocher. — Griselda lui a entaillé le dos. — Pauvre fille… — Maman, je peux te parler ? Le médecin revient. — Elle a également plusieurs côtes fracturées. Nous avons arrêté le saignement des entailles et sommes en train de la recoudre. Il lui faudra au moins trois semaines de repos complet pour se rétablir. Je grogne. — Je vous avais prévenu que vous deviez cesser de la malmener. Je baisse la tête. Il a raison. Il retourne dans la salle d’examen et je reprends ma conversation téléphonique. — Angel ! Tu vas laisser cette petite tranquille à partir de maintenant, sinon nous l’emmènerons voyager avec nous. — Mais… — Il n’y a pas de « mais ». Je suis toujours ta mère. Elle a suffisamment souffert. Tu vas lui organiser un anniversaire calme avec ses amis pour la semaine prochaine. Ce n’est pas négociable ! — Je le ferai. — Bien. Maintenant, dis-moi ce dont tu voulais me parler. Je suis sûre qu’il y a autre chose. Je lui explique mon changement d’attitude ainsi que les pensées qui m’ont traversé après la course-poursuite. — Angel, cela pourrait être le lien… — J’ai douze ans de plus qu’elle et c’est une soumise. C’est impossible. — C’est toi qui l’as rendue soumise, mon chéri. Il arrive parfois qu’il y ait quinze ans de différence entre deux âmes sœurs. Je crois que c’est le plus grand écart dont j’aie entendu parler. — Le destin serait vraiment cruel envers elle si c’était le cas. — Tu le ressentiras de plus en plus intensément s’il s’agit bien du lien. — De quelle manière ? — Tu auras envie de prendre soin d’elle et tu détesteras les autres femmes, surtout celles qui seront jalouses d’elle. — Je n’ai jamais eu envie de prendre soin de qui que ce soit et cela n’arrivera pas. De toute façon, si c’est réellement le cas, elle brisera le lien. — Peut-être. — C’est certain. Je n’ai fait que la malmener toute sa vie. Qui voudrait être l’âme sœur de son propre bourreau ? — Personne. Cependant, la douleur provoquée par la rupture du lien est insupportable. Même l’idée de le faire est un supplice. — Il est impossible qu’elle soit mon âme sœur. — Si tu le dis… Vous pourrez toujours vivre en vous ignorant. C’est moins douloureux pour les deux partenaires. — Les âmes sœurs ne sont-elles pas irrésistiblement attirées l’une par l’autre ? — Si ! Résister exige une véritable force mentale. — D’accord. Je ne sais même pas pourquoi nous parlons de cela. Elle n’est pas mon âme sœur. — Si tu le dis… Je l’entends soupirer avant qu’elle ne passe le téléphone à mon père. Je sais qu’il a entendu toute notre conversation. Nous possédons une ouïe incroyable. Il prend des nouvelles des affaires de la meute et programme plusieurs réunions pour son retour afin que je puisse lui présenter mes rapports. Mes parents voyagent, tout en continuant à s’occuper de tout ce qu’ils peuvent gérer depuis l’étranger. Je raccroche. Le médecin revient. — Elle restera trois jours ici. Ensuite, nous la ramènerons chez vous. — Bien. Je vais faire apporter quelques effets personnels indispensables. — Merci. Je rentre à la maison. Cette journée a été beaucoup trop éprouvante. Je n’ai pas l’habitude de ressentir autant de choses. Je préfère rester stoïque, aussi froid que le marbre. Les émotions sont épuisantes.
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