Runa
Je me réveille à l'hôpital. Je me rappelle m'être accrochée à Angel comme si ma vie en dépendait. Il dit qu'il sent ma transformation, je ne sens rien. Si, de la douleur, j'éprouve tout le temps de la douleur. Elle est devenue une compagnie habituelle. Heureusement j'ai deux meilleures amies depuis l'école primaire, Lya et Elena, et un meilleur ami depuis le collège, Hervé. Ils m'aident à supporter la vie. Sans eux, je serais déjà partie. Ils savent tout de ma vie, mais je leur ai formellement interdit d'en parler à qui que ce soit sinon ça finirait très mal pour nous tous. Ils sont mon soutien émotionnel. J'espère que j'arrive à leur rendre au moins un dixième de ce qu'ils me donnent. Ils ont une vie ordinaire et n'ont pas trop à se plaindre, mais j'essaie d'être toujours là pour eux quand il le faut. Des fois, je dois leur tirer les vers du nez car ils me disent que ce n'est rien en comparaison de ce que je vis. Hervé m'a déjà dit qu'il espérait être mon âme sœur pour me sortir de là, mais nous ne ressentons que de l'amitié, je sais qu'il n'est pas mon âme sœur, je le ressens. Si je me transforme la semaine prochaine pour mes seize ans comme le dit Angel, je saurai tout de suite si c'est Hervé ou non. Apparemment, ça vous frappe au premier regard après la transformation. Je n'ai pas envie d'avoir une âme sœur, je préférais être seule. Quand je vois Angel, je me dis que c'est le pire mais les autres garçons sont tout aussi dégoûtants. J'aimerais bien que ce soit Hervé ou un loup d'une autre meute tout aussi gentil que lui. C'est le plus adorable des loups que je connaisse, en plus il est beau ce qui ne gâche rien. Mes amis ont parfois du mal à croire que je suis une soumise car avec eux, j'ai parfois des comportements de dominante mais cela reste rare. Ils vont péter une case lorsqu'ils sauront que je suis à l'hôpital et ce qu'Angel et Griselda m'ont fait bien que, bizarrement, Angel a juste cherché à me protéger. C'est très étrange ce changement de comportement et cette lueur dans ses yeux comme s'il avait des émotions. S'il en a, il ne les montre jamais, à personne, même pas à ses nombreuses compagnes. Je les entends toute se plaindre un jour qu'il ne veut que les sauter, pas plus. Notre alpha est un homme avec un égo surdimensionné, sadique et qui a un appétit sexuel insatiable. Je plains déjà son âme sœur. Le soir tombe, la porte de ma chambre s'ouvre, Angel entre et s'approche de quelques pas
- Je t'ai amené quelques visiteurs. Vous pouvez entrer.
Mes amis entrent dans la chambre et accourent près de moi. Angel sort de la chambre.
- Je ne comprends pas, pourquoi vous a-t-il amené ici?
- Il nous a dit que tu avais été gravement blessée et que tu aurais certainement besoin de soutien émotionnel.
- Quoi?
J'écarquille les yeux. Je n'en reviens pas, ça doit être le premier geste gentil qu'il fait pour moi en dix ans.
- Nous non plus nous n'en revenons pas.
Hervé s'approche.
- Nous pouvons toujours lui mentir et dire que nous sommes des âmes sœurs après ta transformation.
- Non, tu te condamnerais à ne pas vivre avec ta partenaire et je ne peux pas te faire ça.
- Je ne supporte plus de te voir maltraitée comme ça.
- Je sais, j'espère que cette fois le docteur ou sa mère arrivera à le raisonner.
- Espérons-le !
Après, je leur ai tout raconté ainsi que le changement d'attitude d'Angel. Nous nous sommes dit au revoir. Ils ne reviendront pas à l'hôpital, je ne peux pas avoir de visite normalement. Le médecin a dit que du repos. Les trois jours à l'hôpital m'ont paru être des semaines. Quelqu'un de la meute va venir me chercher et me ramener à la maison de l'alpha. À ma grande surprise, la porte s'ouvre sur un fauteuil roulant et Angel qui le pousse. Aurait-il des remords ? Il n'a jamais rien fait pour moi. Il m'installe dans le fauteuil et le fait rouler jusqu'à la sortie. Il a l'air sombre et ne dit rien. Il y en a pour au moins vingt minutes jusqu'à la maison, ça va être pesant. Il range le fauteuil roulant dans le coffre et démarre. Après un silence de mort qui a duré bien cinq minutes, il le rompt.
- Le médecin m'a dit que tu avais beaucoup de fractures de fatigue dans les jambes et des entorses aux poignets.
- Il me l'a dit aussi.
- Il te faudra trois mois de repos.
Je grogne, c'est la première fois que ça m'arrive surtout en présence d'Angel. Je me raidis, comment ai-je pu faire ça. Il émet un petit rire amusé, presque mignon.
- Je suis désolée.
- Il ne faut pas, ton loup se réveille.
Je baisse la tête et la secoue, résignée. Je ne sens toujours rien.
- Tu auras une aide personnelle à la maison, elle n'est là que pour s'occuper de toi.
- Il ne faut pas te donner cette peine.
- Le docteur a dit repos total.
- Je me débrouillerai toute seule, tu n'as pas à te préoccuper.
Il grogne, assez fort pour que ça résonne dans la voiture.
- Tu auras une aide personnelle. Il n'y a aucune discussion possible.
- D'accord.
Je baisse la tête et joue avec mes doigts. Il a l'air crispé aussi. Il a toujours une aura de domination et écrasante, je la sens beaucoup moins que d'habitude. Pourquoi ces changements de comportement ? Je crois que c'est possible qu'il essaie de me tromper pour que je baisse ma garde, il en serait capable. Nous arrivons enfin à la maison, le trajet a paru durer une éternité. Il sort mais ne va pas dans le coffre chercher le fauteuil roulant. Je vais sûrement devoir marcher ou supplier pour qu'il me le donne. Il ouvre ma portière, me détache et me porte. Quand ai-je été transportée dans un univers parallèle ? Il me monte dans ma chambre et m'installe sur le lit.
- Tu as une sonnette pour appeler l'aide si tu en as besoin. Elle a été embauchée juste pour toi alors, ne fais rien toi-même.
- Ok.
Je ravale ma salive. Cette situation est complètement déroutante. Il part. Je me détends. J'appuie sur la sonnette et même pas trente secondes après une petite dame arrive avec un grand sourire.
- Bonjour, je suis Astrid, votre aide pour les trois mois à venir.
- Bonjour, moi c'est Runa.
- Je le savais déjà.
- Attendez ! Vous avez dit trois mois ?
- Oui, c'est ce que le docteur a dit à l'Alpha.
- Je vais manquer trois mois de cours, ce n'est pas possible. Je pensais qu'après un mois, je pourrais au moins retourner à l'école.
- L'alpha a dit trois mois de repos à la maison.
- Je suppose que je n'ai pas le choix.
- Au fait, de quoi avez-vous besoin ?
- J'aimerais mon livre qui est posé sur mon bureau s'il vous plaît.
- Voulez-vous autre chose ?
- Une bouteille d'eau s'il vous plaît.
- Bien.