Runa
Astrid descend les escaliers. Je regarde un peu ma chambre, deux ou trois choses ont changé. Il y a un climatiseur, une télévision ainsi qu'une nouvelle bibliothèque. Astrid revient.
- Excusez-moi, qui a installé ces nouvelles choses dans ma chambre? en montrant successivement le climatiseur, la télévision et la bibliothèque.
- L'alpha. Il voulait que vous soyez la mieux installée possible pour prendre soin de vous.
À quelle comédie joue-t-il ? Ça n'a aucun sens. J'ai les yeux dans le vague, j'ai complétement oublié Astrid. Elle se racle la gorge.
- Voulez-vous que je vous fasse la lecture ?
- Non merci. Mais est-ce que je peux vous demander quelque chose ?
- Bien sûr.
- Non, c'est trop demandé.
- Dites toujours.
- Serait-il possible qu'à chaque fin de journée vous alliez chercher mes cours ? Je ne veux pas perdre trois mois.
- Cela a déjà été ordonné par l'alpha.
- Oh!
Je dois avoir l'air ronde de surprise. Il a pensé à l'école. Je n'en reviens pas. Là-dessus, je dis à Astrid que je vais lire et qu'elle peut s'occuper comme elle en a envie.
Angel
Ces trois derniers jours ont été un fiasco. Je ne suis parvenu à toucher aucune femme. La rumeur que je suis devenu impuissant risque de finir par circuler dans la meute. Je ne peux pas laisser cela arriver. J'ai réussi à évacuer la frustration en me masturbant seulement lorsque je pensais à Runa. J'ai rompu avec toutes mes partenaires. C'est la première fois en douze ans que je me retrouve seul, sans aucune partenaire. Tous les examens médicaux sont revenus normaux, tout va bien chez moi. Je vois le thérapeute pour la troisième fois aujourd'hui. Il continue à me jurer mordicus que Runa doit être mon âme sœur et que je change car sa transformation arrive. Je peux sentir les premières transformations arriver, mais avec Runa c'est différent. Je la sens mais plus elle se rapproche, plus je suis envahi d'émotions et plus je pense à elle. Je sais au fond de moi que c'est la seule explication rationnelle, mais je ne veux pas croire que le destin soit aussi cruel. J'ai ramené Runa de l'hôpital. N'importe qui aurait pu le faire mais je voulais que ça soit moi. Je suis dans le bureau du thérapeute et je lui explique le trajet en voiture et la manière dont elle s'est raidit à mon contact. Je lui ai expliqué tout ce que j'ai fait et qui me paraît irrationnel pour moi.
- Je sais que vous ne voulez pas l'entendre, mais vous savez ce que j'en pense.
- Il doit y avoir une autre explication.
- Que pensez-vous de la faire venir en thérapie ?
- Je ne sais pas.
- Ce ne sera pas moi, mais quelqu'un d'autre. Vous ne pouvez pas avoir le même thérapeute étant de la même famille, enfin vivant sous le même toit.
- Je lui en parlerai.
- Ça ne pourra que lui faire du bien.
- Si vous le dites.
- Revenons-en à vous. Qu'avez-vous ressenti dans la voiture durant ce trajet ?
- C'était tendu. J'étais crispé de la voir se raidir comme ça comme si je pouvais lui faire du mal à n'importe quel moment. Avant, je me serais délecté de voir ce petit chiot tremblotant mais pas aujourd'hui.
- Ensuite, lorsque vous l'avez portée jusqu'à sa chambre avez-vous ressenti autre chose ?
- Je ne voulais pas la lâcher. J'aurai aimé que ce petit trajet dure plus longtemps même si elle était visiblement étonnée et sous le choc de mon comportement.
- N'est-ce pas normal après les années difficiles qu'elle a vécu avec vous ?
- Sûrement, je n'ai jamais essayé de me mettre à sa place.
- Que ressentez-vous par rapport à votre passé ?
- Rien.
- En êtes-vous sûr ?
- J'aimais prendre du plaisir en la voyant souffrir, je vous l'ai déjà dit. Je ne peux pas changer ce côté de moi.
- Pourtant, il a disparu d'après ce que vous me racontez. Vous n'avez reporté cela sur personne d'autre.
- C'est ce qui m'étonne aussi. C'est pour ça que je pensais qu'il y avait un problème.
- Bon continuons les exercices de relaxation, ils ont l'air de vous détendre.
J'opinais de la tête. Lorsque je revins à la maison, je vis Astrid en train de préparer un goûter dans la cuisine. Je monte les escaliers, m'arrête devant la porte de sa chambre, l'ouvre tout doucement et m'approche du lit. Elle s'est endormie en lisant, elle tient toujours le livre dans une main. Je le repose sur sa table de chevet et la couvre avec le drap. Depuis quand, je pense autant à une fille, elle n'est même pas encore une femme, juste une adolescente. C'est irrationnel. Cette petite chose était en train de me chambouler, de changer tout ce que j'étais. Mes anciennes partenaires étaient furieuses en apprenant que je n'avais pas pris de nouvelles partenaires, de toute manière leur période de trois mois était presque terminée et elles le savaient. Je faisais toujours signer un contrat pour éviter ce genre de situation, mais apparemment elles s'en fichaient. Elles étaient venues toutes ensembles me demander pourquoi je n'avais pas de nouvelles partenaires, je m'étais énervé sur elle en leur disant que je n'avais aucun compte à leur rendre. J'étais entré dans une rage folle après que mes gardes les aient mises à la porte, tout mon bureau avait été saccagé comme si une tempête était passée par là. Mon bêta n'en était pas revenu, je n'avais jamais laissé mes émotions prendre le dessus et là toute ma rage était sortie. Il n'avait rien dit, il avait juste commandé des meubles en urgence et avait passé toute la nuit à trier les documents éparpillés. Je l'avais remercié pour sa rapidité d'exécution. Il m'avait par contre interrogé sur la décision de ne plus avoir de partenaires. Je lui avais répondu que j'attendais que mes émotions reviennent à la normale, qu'elles étaient un brin chamboulées en ce moment. Il n'avait rien dit mais je sais qu'il attend le retour de mes parents pour leur en parler. Lorsqu'il s'agit des sentiments ou de l'avenir ou encore de mon âme sœur, il demande toujours à mes parents car je n'ai aucune envie de lui parler de cela. C'est moi qui l'ai toujours envoyé vers eux, je ne me préoccupe pas de ce comportement. Au moins, il est au courant et peut me seconder en fonction de mes humeurs. Il a de la chance que je sois très proche de mes parents, surtout de ma mère. Je ne lui cache jamais rien. Ils arrivent demain, mais je ne sais pas si Ken, mon bêta, leur a déjà parlé. Pour le moment, il a encore l'air étonné donc je ne crois pas qu'il les ait contactés.