Chapitre 6

1274 Words
## Runa Je me réveillai couverte par mon drap, mon livre posé sur la table de chevet. Astrid avait dû venir me voir pendant que je dormais. J’appuyai sur le bouton. Je me sentais coupable chaque fois que je l’utilisais. Elle arriva auprès de moi avec une assiette de gaufres encore toutes chaudes. Elles sentaient bon. J’en grignotai une tout en lui posant des questions. — D’où venez-vous ? — J’ai toujours vécu dans cette meute. — Pourquoi avez-vous accepté ce travail ? — Je suis allée consulter une voyante. Elle m’a dit que l’alpha me proposerait bientôt un travail de courte durée, mais que celui-ci serait probablement prolongé de manière presque définitive. — Une voyante ? — Je sais que tout le monde n’aime pas cela, mais elle a toujours vu juste pour mes amies et moi. — Oh… Pourquoi resteriez-vous définitivement ? — Je ne sais pas. Elle ne me l’a pas dit. — Cela signifie qu’il va encore me faire du mal. Je baissai la tête et sentis les larmes me monter aux yeux. — Excusez-moi, mais qui vous a mise dans cet état ? — L’alpha. — Mon Dieu ! Mais pourquoi ? — Il aime me torturer et me malmener. Cela l’amuse beaucoup. — Je n’aurais jamais imaginé cela. — Je sais. Personne ne l’imagine. C’est un alpha sans pitié envers ceux qui le méritent, mais juste avec tous les autres. Il possède un sang-froid imperturbable et ne laisse jamais transparaître la moindre émotion, même avec ses partenaires. Elles aussi aiment me malmener. C’est d’ailleurs en grande partie à cause de l’une d’elles que je me suis retrouvée à l’hôpital. — C’est très étrange. — Quoi donc ? — Il a congédié toutes ses partenaires et n’en a pas choisi de nouvelles. C’est arrivé avant-hier. Hier, elles sont venues demander des comptes à l’alpha. Il les a chassées de force de la maison, puis il a saccagé son bureau. — Il a saccagé son bureau ? — Oui. J’ai vu le bêta le remettre en ordre pendant presque toute la nuit. Il marmonnait qu’il ne comprenait pas ce qui arrivait à l’alpha. Apparemment, il le conduit tous les jours chez un thérapeute depuis que vous avez été emmenée à l’hôpital. — Cela n’a aucun sens. J’avais à peine mangé la moitié de ma gaufre. Elle remarqua le morceau que j’avais laissé. — Si vous n’aviez pas faim, il fallait me le dire. Mon estomac gronda. Elle haussa un sourcil d’un air interrogateur. — Je préfère les plats salés. Je mange rarement des aliments sucrés. Mais la gaufre est très bonne, je n’ai simplement pas l’habitude d’en manger. — Oh, il fallait me le dire ! Je vais immédiatement vous préparer quelque chose de salé. Une envie particulière ? — Un bol de nouilles avec un œuf, s’il vous plaît. — Il faudra patienter un peu, le temps que je vous prépare cela. Elle s’en alla et je repris mon livre. Un éclair me traversa soudain le corps. Les sensations dans mes os et mes muscles étaient étranges. Quelqu’un frappa alors à la porte. — Entrez ! Lya déboula dans ma chambre et me serra dans ses bras. Je grimaçai. Derrière elle, Angel se tenait debout. — Tu lui fais mal ! Vous avez droit à une heure pour parler des cours. Elle t’a apporté ses notes et tes devoirs. — Merci. Il s’en alla après m’avoir observée pendant quelques secondes. Lya éclata de rire. — Tu es toute débraillée. Tu viens de te réveiller, n’est-ce pas ? — Oui. Elle me tendit mon miroir. — Quelle horreur ! Mon haut était descendu, dévoilant un décolleté outrageux. Mes cheveux ressemblaient à un nid de cigogne et une trace de bave s’étirait le long de ma joue. Lya me passa une lingette, puis prit la brosse et commença à démêler mes cheveux pendant que je réajustais mon haut. Elle me parla des cours pendant une trentaine de minutes et me montra la pile de livres et de documents qu’elle avait récupérés dans mon casier afin que je puisse travailler à la maison. Elle me fit ensuite une jolie tresse avant d’aborder enfin la partie intéressante de notre discussion : les potins de l’école. Une fois l’heure écoulée, Angel revint dans ma chambre pour raccompagner Lya auprès du chauffeur qui la ramènerait chez elle. Il m’observa encore pendant quelques secondes, puis lança : — Tu es beaucoup plus présentable comme cela. Il s’en alla à la suite de Lya. Astrid avait préparé de délicieuses nouilles et Lya avait eu droit à un bol, elle aussi. Après son départ, Astrid installa une petite table qui surplombait mon lit. Je n’avais pas encore la force de me lever pour m’asseoir à mon bureau. Elle resta près de moi pendant presque trois heures tandis que je travaillais. Au bout d’un moment, elle déclara qu’elle allait préparer mon souper et que je devrais ensuite dormir. J’étais exténuée d’avoir autant travaillé sur mes cours. J’acceptai sans broncher. ## Angel Lorsque j’aperçus Runa dans son lit, les cheveux en pagaille et son haut dévoilant presque entièrement sa poitrine, je dus me maîtriser pour ne pas lui sauter dessus. Une pulsion brutale s’empara de moi. J’avais envie de lui arracher tous ses vêtements et de faire d’elle la mienne. Je quittai précipitamment sa chambre et filai dans la mienne pour me soulager. Je ne pouvais pas continuer ainsi, mais je n’arrivais plus à rien avec les autres femmes. Et s’ils avaient raison ? Et si elle était vraiment mon âme sœur ? Si c’était le cas, j’aurais énormément de mal à supporter son rejet ou son indifférence. Je n’arrivais déjà plus à rien alors que notre lien n’était même pas établi. Je mourrais de chagrin si cela se produisait. J’avais envie de tout réduire en pièces rien qu’en pensant que je ne pouvais pas l’avoir. Enfin, je le pouvais, mais uniquement par la force, et je ne voulais pas de cela. J’allais devoir l’admettre. Mon bêta m’attendait derrière la porte de ma chambre. Il entendait tout. Il savait parfaitement ce que j’étais en train de faire : me m*******r. Une chose que je n’avais encore jamais eu besoin de faire puisque j’avais toujours eu une partenaire différente pour chaque jour de la semaine. Il m’avait suivi et savait très bien que j’étais passé directement de la chambre de Runa à la mienne. Lorsque je sortis, il me regarda. — Alpha Angel, nous devrions discuter de ce qui te tourmente en ce moment. — Je n’en ai pas envie. — D’accord. — Retournons dans mon bureau. Nous avons des affaires à régler. — Bien. Notre entrevue s’éternisa. J’avais faim et l’odeur de la nourriture me parvenait depuis la cuisine. — Avons-nous terminé ? — Oui, mon Alpha. — Bien. Dans ce cas, à demain. — Ne devions-nous pas aller au restaurant ? — Emmène ta compagne et mets la note sur mon compte. — D’accord. Je filai dans la cuisine. Astrid s’affairait devant les fourneaux. Elle me salua. — Bonsoir, Alpha. Que puis-je faire pour vous ? — Puis-je vous demander s’il y en aurait assez pour moi ? Elle me sourit et désigna les casseroles d’un mouvement de tête. — Je me doutais que vous auriez faim, alors j’en ai préparé assez pour vous et Runa. — Elle ne mange pas suffisamment. Elle n’a jamais assez mangé. — Elle semble apprécier ma cuisine. Peut-être parviendrai-je à lui redonner un meilleur appétit. — Je l’espère. — Aimez-vous le saumon ? J’ai préparé un saumon braisé avec des poireaux, accompagné de riz aux oignons. — Cela a l’air délicieux. — Merci.
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