Chapitre 8

1325 Words
Angel J’avais passé des heures à courir dans les bois. Lorsque je rentrai, je dus me dépêcher d’aller chercher mes parents à l’aéroport. Lorsqu’ils m’aperçurent, ils avaient tous les deux la mine renfrognée. — Ken nous a appelés pour nous prévenir que tu serais en retard. Il nous en a également expliqué la raison. — Désolé. — C’est tout ? — Oui. — Vraiment ? Mon ange, ton bêta nous a raconté l’incident avec l’ami de Runa. — Ce n’était rien. Il n’a eu que quelques bleus. — Tu as terrorisé un pauvre adolescent parce que tu étais jaloux. — Oui, c’est bon, n’en parlons plus. — Chérie, je rêve ou notre fils vient-il d’admettre qu’il était jaloux ? — Non, tu as bien entendu, mon amour. Il va peut-être enfin exprimer ses sentiments. Finalement, il n’est pas fait de marbre. — Vous exagérez tous les deux. J’ai simplement besoin de me ressaisir. — Non, mon ange, tu vas avoir besoin de ta Luna. Tu devrais faire tout ton possible pour racheter tes erreurs passées. — Ce n’étaient pas des erreurs. J’ai seulement quelques réajustements à apporter à mon comportement. Je ne veux pas d’une compagne maintenant. Dans quelques années, j’aurai simplement besoin d’une femelle qui me donnera un héritier. — Tu en es toujours là ? — Je ne changerai jamais d’avis. — Nous verrons bien lorsque le lien d’âme sœur aura atteint sa pleine puissance, mon petit loup. — Maman ! — Allez, rentrons. J’ai faim. Nous retournâmes à la maison. Astrid avait préparé un véritable festin. J’aperçus l’assiette qu’elle s’apprêtait à apporter à Runa. — Astrid ! Il n’y a pas assez de nourriture dans cette assiette. — Alpha Angel, avec tout le respect que je vous dois, je suis encore en train d’évaluer la quantité de nourriture que mademoiselle Runa est capable de manger. J’espère qu’elle terminera cette assiette. Lors du prochain repas, je pourrai lui servir une portion un peu plus importante afin d’augmenter progressivement son appétit. — Bien. Il faudrait parvenir au double de cette quantité. — Au double ? C’est impossible. — Je serais très satisfait si vous y parveniez d’ici la fin de ses trois mois de convalescence. — Bien, Alpha. Je la regardai monter les escaliers, puis me tournai vers mes parents. — Fiston, tu peux me raconter ce que tu veux, mais tu te préoccupes déjà d’elle. — Non. Je veux seulement qu’elle récupère et se soigne correctement, et cela passe par une bonne alimentation. — Quand t’es-tu préoccupé de son alimentation auparavant ? — Jamais. — C’est bien ce que je disais. Je haussai les épaules. Après le souper, mes parents montèrent dire bonjour à Runa tandis que je me rendis dans mon bureau. Elle m’avait demandé de ne plus l’approcher un peu plus tôt dans la journée. Je devais faire un effort incroyable pour ne pas me rendre dans sa chambre. Le lendemain matin, j’étais d’une humeur massacrante. Je n’avais quasiment pas fermé l’œil de la nuit. J’ignorais ce que mes parents avaient dit à Runa et cette incertitude était une véritable torture. Ken me conduisit chez le thérapeute. La séance fut très difficile : je ne fis pratiquement que grogner pendant toute sa durée. Mon humeur ne s’était pas améliorée lorsque nous reprîmes la route. Sur le chemin du retour, Ken brisa le silence. — Angel, je vais te parler en tant qu’ami et non en tant que bêta. Tu devrais peut-être accepter les sentiments que tu éprouves pour Runa et essayer de lui parler. Tu pourrais au moins lui laisser le temps de réfléchir en y allant doucement. Ensuite, nous établirons un plan afin que tu puisses obtenir son pardon et qu’elle finisse par t’accepter. — Cela ne fonctionnera jamais, ni pour elle ni pour moi. — Maintenant, je vais te parler en tant que bêta. Pour le bien de ta meute, tu ne peux pas rester dans cet état. La situation risque même d’empirer avec le temps. — Comment cela pourrait-il empirer ? — As-tu déjà entendu l’histoire de l’Alpha maudit ? — Non. Je connais l’histoire de notre meute ainsi que les connaissances de base nécessaires aux chefs suprêmes, mais je n’ai jamais été passionné par l’histoire. — Il y a une centaine d’années, un Alpha de la meute du Nord-Ouest ne parvenait pas à trouver son âme sœur. Il avait parcouru toutes les meutes, même celles des pôles Nord et Sud. Il approchait de la trentaine et ne comprenait pas pourquoi il ne la trouvait pas. » Un jour, il fit un rêve. Il avait visité toutes les meutes, mais, à cause de ses nombreux voyages, il s’était souvent absenté de son propre territoire. Son rêve le conduisit jusqu’au lycée de sa meute. Il entra dans le bâtiment. Il était tard et les cours étaient terminés, mais quelques clubs poursuivaient encore leurs activités. Il se dirigea vers le studio de danse. » Il y aperçut une élève d’une beauté à couper le souffle. Des décharges parcoururent immédiatement tout son corps. La jeune femme les ressentit également. Ils se rejoignirent au milieu du studio et l’Alpha l’embrassa fougueusement sans même connaître son prénom. » Lorsque leur b****r prit fin, la jeune femme recula de quelques pas, puis s’agenouilla en signe de respect devant son Alpha. Il lui ordonna de se relever, mais elle resta agenouillée. Il s’impatienta et haussa le ton. Elle releva alors la tête et lui expliqua simplement qu’elle ne désirait pas avoir de compagnon pour le moment, car la danse représentait toute sa vie. » Il lui accorda sept années pour réaliser son rêve et lui demanda de revenir lorsqu’elle aurait vingt-cinq ans afin qu’elle lui donne une seconde chance. Elle le lui promit. » Les années passèrent et, chaque année, l’Alpha réagissait de plus en plus violemment à cette séparation. Il n’arrivait pas à toucher une autre femme et, avec l’appétit sexuel d’un Alpha, la situation devenait très difficile à supporter. Il pensait constamment à la danseuse. » Le vingt-cinquième anniversaire de la jeune femme approchait. Deux mois avant cette date, l’Alpha s’apprêtait à fêter ses trente-sept ans. Le soir de son anniversaire, une femme l’attira dans son lit. Pour la première fois depuis toutes ces années, il parvint enfin à coucher avec quelqu’un. Cette femme lui rappelait étrangement la danseuse. » Quelques jours plus tard, il mourut. Il avait éprouvé d’immenses remords envers son âme sœur, car il avait eu l’impression de la tromper. La culpabilité lui porta un coup fatal : son cœur se brisa parce qu’il pensait s’être accouplé avec une autre femelle. » La meute resta sans Alpha pendant plusieurs années. Le bêta prit le relais, mais aucun loup ne semblait convenir pour succéder au défunt. » Un jour, le bêta croisa la danseuse. Celle-ci avait appris le décès de l’Alpha des années auparavant, peu avant son vingt-cinquième anniversaire. Il lui raconta comment l’Alpha était mort, malheureux, ainsi que les recherches infructueuses entreprises pour lui trouver un successeur. » La danseuse l’invita chez elle. Elle lui expliqua qu’elle avait eu le cœur presque brisé en apprenant la mort de son âme sœur, mais qu’une autre nouvelle l’avait aidée à tenir le coup : elle avait désormais un autre être à aimer. » Elle alla chercher un petit garçon. Celui-ci ressemblait trait pour trait à l’ancien Alpha. La danseuse avoua alors au bêta qu’elle était la femme qui avait partagé la couche de l’Alpha quelques années auparavant. » Médusé, le bêta commença à comprendre pourquoi aucun autre loup ne convenait. L’Alpha avait eu un héritier avec sa véritable âme sœur. Il était mort sans savoir que la danseuse était revenue pour lui et qu’il avait mis sa propre compagne enceinte. » Depuis ce drame, la meute du Nord-Ouest fait toujours passer le lien d’âme sœur avant les souhaits personnels de l’Alpha ou de sa compagne. Elle s’assure également que chaque Alpha ait un héritier, afin qu’une telle tragédie ne se reproduise jamais.
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