— Ce n’est qu’une légende.
Il me tendit des actes de naissance et de décès, des coupures de journaux, des rapports médicaux ainsi qu’un rapport d’autopsie.
— Comment est-ce possible ?
— Cette histoire est vraie. Seulement, l’Alpha a commencé à perdre la tête et a été atteint de démence. Il a fini par se suicider. À notre connaissance, c’est le seul Alpha qui ne se soit jamais lié à son âme sœur. Dans les autres meutes, dès qu’un Alpha commence à montrer des signes de folie, tout est mis en œuvre pour qu’il puisse retrouver sa compagne. Autrement, on lui trouve un remplaçant et il devient bêta. Depuis cette histoire, c’est une sorte de consensus secret entre les meutes.
— Non… Je vais finir comme cet Alpha devenu fou. Elle ne voudra jamais de moi. Je ne veux pas devenir bêta non plus, et encore moins me suicider. Je suis fait pour être Alpha. Comment es-tu au courant de tout cela ?
— J’avais déjà quelques connaissances à ce sujet, mais j’ai contacté ta mère le jour où tu as amené Runa à l’hôpital. Elle avait des doutes et m’a tout raconté. Ce jour-là, j’ai activé notre réseau et fait jouer nos alliances avec les autres meutes afin d’accéder à ces informations. J’ai expliqué que tu risquais de perdre la tête si tu ne retrouvais pas ta Luna et que tu avais commencé à la chercher plusieurs mois auparavant. J’ai un peu menti pour te protéger.
— Tu es le meilleur bêta qui soit. Mais pourquoi le destin veut-il me lier à Runa ?
— Je peux contacter la voyante de la meute, si tu le désires.
— Je ne crois pas à ces choses-là.
— Je sais, mais nous pourrions tenter le coup. Nous devons surtout mettre au point une stratégie afin qu’elle ne veuille pas rompre le lien immédiatement.
J’allais encore passer une mauvaise nuit.
Runa
Mercredi arriva. J’avais très mal dormi. Je déjeunai, puis me mis à travailler pour l’école. Elena me rendit visite en fin d’après-midi. Elle m’assura qu’Hervé allait bien. Seulement, il était encore plus déterminé à me sortir des griffes de l’Alpha.
Je dus supplier Elena de le faire changer d’avis. L’Alpha lui arracherait la tête si Hervé tentait quoi que ce soit.
Jeudi arriva et j’avais encore plus mal dormi que la veille. Vers midi, je demandai à Astrid s’il m’était possible de prendre un bain. Elle alla demander l’autorisation à l’Alpha, car la seule salle de bains de cet étage était la sienne. Il m’accorda cette faveur pour favoriser ma guérison.
Astrid m’installa dans la baignoire. L’eau chaude, les sels parfumés et la mousse me procurèrent un bien-être incroyable. Étrangement, les petits courants électriques qui parcouraient mon corps étaient agréables. Ils ne cessèrent pas durant tout mon bain.
Après m’avoir lavée, Astrid m’avait laissée profiter tranquillement de l’eau. Lorsqu’elle revint pour m’aider à sortir de la baignoire, l’exercice se révéla périlleux. Soudain, je ressentis une intense décharge électrique tandis que des bras musclés me soulevaient avec une douceur inconnue.
Je regardai Angel me porter. Ce ne fut qu’une fois déposée sur mon lit que je me rendis compte que j’étais nue. La décharge électrique s’estompa dès qu’il me relâcha.
— Astrid, la prochaine fois, appelez-moi ou demandez à Ken de vous aider.
— Oui, monsieur.
Il se tourna vers moi et me couvrit d’une serviette. Ses yeux brillèrent d’une lueur que je ne leur connaissais pas. Une nouvelle décharge me traversa, puis disparut aussitôt.
Astrid renifla l’air avant de me regarder avec perplexité.
— Runa, puis-je te demander quelque chose qui va te paraître étrange ?
— Euh… oui.
— Puis-je sentir ton entrejambe ?
— Mon entrejambe ?
— Oui.
— D’accord.
Elle s’approcha de moi, plus précisément de mon intimité, et je commençai à avoir un peu peur. Après avoir humé l’air, elle hocha la tête.
— As-tu ressenti une décharge électrique lorsque l’Alpha t’a portée ?
— Oui, une décharge plus intense que les précédentes.
— C’est bien ce qu’il me semblait.
— Pourquoi as-tu senti mon entrejambe ?
— Tu as dégagé une odeur d’excitation et tu as très certainement mouillé. Comme tu sortais du bain, tu ne t’en es pas rendu compte. De plus, je suppose que tu n’as jamais eu de petit ami.
— Non, je n’en ai jamais eu.
— Il semblerait que ton âme sœur vienne de quitter cette chambre.
— Le destin serait vraiment cruel si c’était le cas. Je refuserai ce lien.
— Ne te précipite pas. La voyante va bientôt arriver et nous pourrons lui poser toutes les questions que nous voulons.
— D’accord.
Je me sentis très mal après cette révélation.
Angel
Lorsque je sortis Runa du bain, une décharge de plaisir parcourut tout mon corps. Elle dégagea une odeur d’excitation pendant que je la portais et j’aurais juré qu’elle avait mouillé, même si elle était encore trempée par l’eau du bain.
La voir nue était déjà une torture, mais percevoir cette odeur, aussi légère fût-elle, ne fit qu’empirer la situation. Après l’avoir déposée sur son lit, je me dépêchai de regagner ma chambre pour me soulager, une fois de plus tout seul.
Cela commençait à devenir répétitif : la même chose se produisait au moins une fois par jour. L’image de son corps nu hantait mon esprit et je n’arrivais pas à m’en défaire.
Je rejoignis Ken dans mon bureau. J’avais l’impression que l’odeur d’excitation de Runa m’avait poursuivi jusque-là.
— Angel, sérieusement ?
— Que se passe-t-il ?
— Tu ne sens rien ?
— Je croyais que je divaguais.
Il désigna la manche encore mouillée de ma chemise.
— De quelle femelle cette odeur provient-elle ? Elle est très légère.
— De Runa.
— Ah ! C’est parce que sa véritable odeur ne s’est pas encore complètement développée. Mais comment… ?
— Je l’ai sortie de son bain et transportée jusqu’à sa chambre.
— Tu tiens le coup ?
— Plus ou moins. Je suis allé me soulager dans ma chambre.
— Je n’ai pas besoin des détails.
— Il n’y en a pas.
— Au moins, tu as fait preuve de gentillesse envers elle.
— Je suppose que c’est un bon début. Cependant, l’image de son corps nu va hanter mon esprit.
— Nous avons pas mal de travail. Les meutes voisines veulent venir visiter la nôtre afin de permettre à leurs loups de chercher leur âme sœur. La meute du Sud veut envoyer cinquante loups et celle de l’Est, vingt.
— Cela fait beaucoup.
— Oui. Les deux meutes veulent venir dans deux semaines. J’essaie de persuader l’une d’elles de reporter sa visite à la semaine suivante, mais les Alphas tiennent tête.
— Ce n’est pas bon. Cela ferait trop de loups étrangers présents en même temps.
Mon esprit divagua et me montra Runa nue, en train de me faire des choses obscènes. Je sentis mon mât se dresser.
— Angel, reviens parmi nous, s’il te plaît !
Ken me secoua.
— Je dois retourner faire un tour dans ma chambre.
Il soupira.
La matinée se déroula ainsi : mes conversations avec Ken furent régulièrement interrompues par de brèves absences au cours desquelles je retournais me soulager. La cinquième ou la sixième fois, j’entendis Astrid accueillir la voyante.
Astrid m’avait demandé l’autorisation de la faire venir pour s’assurer de la bonne santé de Runa. Elle prétendait avoir besoin de savoir si celle-ci serait complètement guérie dans trois mois. Je ne crus qu’à moitié à son mensonge, mais je l’autorisai tout de même à la contacter.
La voyante me salua avant de s’incliner dans ma direction. Elle gravit ensuite les escaliers pour me rejoindre.