7Comme prévu, le bistrot de la rue des Grottes s’était lentement rempli de monde. Le café-pub La Cordelière résonnait déjà de bons vieux accords de Clapton grattés par des musiciens de tous les âges, qui céderaient un peu plus tard la place à un guitariste davantage flamenco.
Val regarda sa montre. Si elle voulait encore poster sa lettre, puis passer se changer, il fallait qu’elle parte. Elle hésitait un peu à quitter cet endroit chaleureux, plein de gens qui avaient l’air sincèrement heureux de se retrouver. À deux pas du Casting Café, on était à cent mille lieues de l’ambiance de ce soir. Il faudrait pourtant sourire.
En quelques heures, elle avait perdu beaucoup d’illusions, et ce n’est pas Serge qui la sortirait de là. Elle le savait, néanmoins elle ferait bonne figure. C’était la seule façon de garder sa place. Et de devenir Madame Daetwiler. En finissant sa tasse, elle se demandait comment elle en était arrivée à tant aimer l’argent. Seule, face à elle-même, elle devait reconnaître que c’était, à l’heure actuelle, sa principale préoccupation. La beauté faisait vivre, mais très peu de temps. La moindre ride coûtait cher. Même si quelques-uns parmi les meilleurs chirurgiens esthétiques du monde exerçaient à Genève, ce n’était pas une raison. La vraie beauté, celle de la jeunesse, était la plus payante comme la plus éphémère. Déjà maintenant, Val sentait la différence.
Elle passa sa veste, fit comprendre au patron, d’un geste, qu’elle avait mis l’argent sur la table, puis s’éclipsa. Jeannot resta pensif en la regardant sortir. «C’est con qu’une si belle fille ait l’air si triste. Ça ne va pas ensemble. On se demande parfois s’il ne vaut pas mieux être moche, mais bien dans sa peau…»