chapitre 36: Le dernier souffle de Lorenzo.

2086 Words
Quelques minutes plus tard. La voiture de Lorenzo entra enfin dans la cour de sa villa après plusieurs minutes de route silencieuse. Les pneus crissèrent légèrement sur le gravier avant qu’il ne coupe le moteur. L’habitacle retomba dans un calme presque lourd. À côté de lui, Chloé, qui dormait profondément depuis le départ, remua légèrement. Ses paupières s’ouvrirent lentement, son regard encore perdu entre le rêve et la réalité. Elle inspira profondément, passa une main dans ses cheveux ébouriffés, puis sans dire un mot, ouvrit la portière et sortit de la voiture. Le vent frais de la nuit caressa son visage, lui arrachant un frisson. Lorenzo, lui, resta un instant immobile, les mains posées sur le volant. Son esprit était encore embrouillé par tout ce qui s’était passé ces dernières heures. Il allait sortir quand son téléphone se mit à vibrer dans sa poche. Il le sortit, jeta un coup d’œil à l’écran et soupira en décrochant. Lorenzo (voix rauque, fatiguée) _ Marco, c’est pas le moment. Je suis avec Chloé et... Mais la voix de Marco coupa brutalement la sienne. Marco (pressé, inquiet) _ Non mec, écoute-moi bien ! J’ai découvert un truc de ouf sur le cousin de Valentina. Ce gars, il n’est pas celui qu’il prétend être. En fait, il a été engagé par la mère de ta femme pour se rapprocher de Chloé et gagner sa confiance. C’est comme ça qu’elle espérait pouvoir la revoir. Lorenzo resta silencieux quelques secondes, figé, les yeux rivés droit devant lui. Son souffle s’alourdit, sa mâchoire se contracta. La colère monta en lui d’un coup, violente, brutale. Marco _ Tu dois convaincre Chloé de rentrer chez vous, mec. Là où elle est, c’est pas sûr. Lorenzo (d’une voix dure, glaciale) _ Retrouve-moi ce soir à la cave. Sans plus attendre, il raccrocha, le regard noir de rage. Il sortit de la voiture d’un pas ferme, le visage fermé, la colère bouillonnant dans ses veines. Chloé, debout devant l’entrée, l’attendait tranquillement, les bras croisés. Elle tourna la tête vers lui mais son expression changea brusquement. Ses yeux s’écarquillèrent, figés d’horreur. Chloé (criant de toutes ses forces) _ LORENZOOOOOOOOOOO ! BOUM ! BOUM ! Deux détonations éclatèrent. Lorenzo n’eut même pas le temps de se retourner. Deux balles venaient de transpercer son dos. Son corps se tendit sous l’impact, avant de chanceler lourdement vers l’avant. Son téléphone glissa de sa main et il s'effondra sur le ventre. Chloé sentit son cœur s’arrêter. Elle fixa, impuissante, la silhouette sombre de l'homme en noir, cagoulé, tenant encore son arme fumante. Son sang se glaça. Chloé (hurlant) _ NON ! LORENZO ! Elle courut à toute vitesse, les jambes tremblantes, le souffle coupé, tandis que le tireur montait dans une voiture noire garée un peu plus loin. Les pneus crissèrent violemment avant que la voiture ne disparaisse dans la nuit. Chloé s’effondra près de Lorenzo, ses genoux frappant le sol. Le sang se répandait sur le carrelage de la cour, chaud, épais, glissant entre ses doigts. Chloé (pleurant, paniquée) _ Mon amour, non… reste avec moi, pas ça… pas ça… Lorenzo, parle-moi s’il te plaît ! Elle caressait sa joue, tremblante, incapable d’arrêter les larmes qui coulaient sur son visage. Ses mains étaient couvertes de sang, ses doigts cherchaient désespérément une réponse, un signe de vie. Lorenzo, à moitié conscient, tentait de respirer. Chaque inspiration semblait lui coûter un monde. Ses lèvres remuaient faiblement, sans qu’aucun mot n’en sorte. Chloé (hoquetant, désespérée) _ Tiens bon… je t’en supplie, tiens bon… Elle chercha autour d’elle, ses yeux pleins de panique balayant le sol. Son regard tomba sur le téléphone de Lorenzo, tombé à quelques mètres. Elle se jeta dessus, ses doigts tremblants lançant le premier numéro qui apparut : Marco. Le téléphone sonna plusieurs fois avant qu’il ne décroche. Marco – Allô mec, tu... Chloé (voix tremblante) – Ma… Marco… Lorenzo… Lorenzo a pris deux balles… viens vite s’il te plaît, je… Marco – QUOI ?! Il a quoi ?! p****n, j’arrive tout de suite ! Reste calme, j’appelle une ambulance maintenant ! L’appel se coupa brusquement. Le téléphone glissa des mains tremblantes de Chloé et tomba au sol. Le souffle court, le visage couvert de larmes, elle s’agenouilla auprès de Lorenzo. Son corps était lourd, inerte, étendu sur le carrelage froid. Le sang s’échappait lentement de son dos, formant une mare rouge sombre qui s’étalait sous lui. Chloé souleva doucement sa tête et la posa sur ses cuisses. Ses doigts caressèrent ses cheveux trempés de sueur tandis que ses larmes tombaient sur son visage. Chloé (pleurant) – Lorenzo, me laisse pas… fais pas ça… j’ai tellement besoin de toi, mon amour… Bats-toi, s’il te plaît, bats-toi pour nous… Tu peux pas m’abandonner, tu peux pas… Ses sanglots devinrent incontrôlables, sa voix se brisant à chaque mot. Chloé (voix tremblante) – C’est de ma faute… tout est de ma faute… Pardonne-moi mon amour… c’est à cause de moi tout ça… Réveille-toi, s’il te plaît… Les minutes s’étiraient, longues et insoutenables. Cinq… dix minutes… puis enfin, le bruit d’une sirène retentit au loin. L’ambulance se gara dans la cour sans clôture. Deux secouristes jaillirent, brancard en main. Ils se précipitèrent vers Lorenzo. – Blessure par balle ! cria l’un d’eux en se penchant sur lui. Ils le retournèrent avec précaution, le couchèrent sur le ventre. Le sang coulait encore de ses plaies, le tissu de sa chemise collé à sa peau. En quelques secondes, ils le hissèrent sur le brancard et le transportèrent jusqu’à l’ambulance. Chloé voulut monter à l’intérieur, mais la voiture de Marco arriva au même moment, freinant brutalement dans la poussière. Elle se retourna, le visage ravagé par les larmes, et courut vers lui. Marco n’eut pas besoin de parler. Il ouvrit la portière, Chloé monta, et il démarra aussitôt, suivant de près l’ambulance. Chloé (pleurant) – Marco… Marco, si Lorenzo meurt, je meurs aussi… je peux pas vivre sans lui… Marco serrait le volant de toutes ses forces. Ses doigts étaient crispés, ses jointures blanchies. Son regard se planta un instant sur Chloé, plein d’inquiétude. Marco (voix tremblante) – Il mourra pas, Chloé… il a traversé pire que ça… crois-moi… Chloé (en larmes) – C’était un homme masqué, Marco… je l’ai vu… il lui a tiré dessus ! J’ai tout vu ! Marco (rassurant) – Calme-toi… respire, d’accord ? Tout ira bien, je te le promets… Mais rien n’allait bien. Le silence qui suivit était lourd, oppressant. Les pneus fendaient la route, les gyrophares rouges se reflétaient sur le pare-brise. Chloé tremblait sans pouvoir s’arrêter, les yeux rivés sur l’ambulance devant eux. Dans le véhicule, les infirmiers s’activaient désespérément autour de Lorenzo. L’un d’eux appuyait sur sa plaie, un autre vérifiait son pouls. Deux balles avaient traversé son dos, l’une logée dans l’épaule, l’autre dans la colonne vertébrale. Le bip du moniteur oscillait faiblement. Le temps semblait suspendu. Quatre heures plus tard. Chloé (voix intérieure) Quatre heures à attendre. Quatre heures que les médecins sont enfermés avec lui sans aucune nouvelle. Je sens que je vais mourir si personne ne sort bientôt. Mon cœur se déchire à chaque minute, j’ai mal, si mal… Tout est allé si vite que je n’arrive toujours pas à croire que je suis là, dans la salle d’attente d’un hôpital, à supplier le destin de ne pas me l’enlever. Je ne veux pas le perdre, pas lui. Chloé marchait nerveusement de long en large, ses mains jointes devant sa bouche, les yeux gonflés par les pleurs. Marco, lui, était adossé contre le mur, le regard vide, le souffle court. Il n’avait plus de mots. Juste la peur. Les secondes paraissaient des heures jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre enfin. Le docteur apparut, l’air grave, le visage marqué par la fatigue. Chloé bondit presque, courant vers lui. Chloé (pleurant) – Docteur ! Dites-moi… comment va mon mari ? Il… il va s’en sortir, n’est-ce pas ? Marco (voix tremblante) – Répondez, docteur… comment va mon ami ? Vous avez pu retirer les balles ? Le médecin baissa les yeux un instant avant de relever la tête, le ton bas, hésitant. Docteur (calmement) – Je suis vraiment désolé, mais… Le souffle de Chloé se bloqua dans sa gorge. Chloé (voix tremblante) – Quoi ?… Mais… quoi docteur ? Répondez-moi ! Docteur (tristement) – Le patient vient de rendre l’âme. Toutes mes condoléances. Le monde de Chloé s’effondra d’un coup. Chloé (faiblement) – Qu… quoi ?… Il est… Ses jambes cédèrent sous elle. Son regard se vida. Avant même qu’elle n’ait fini sa phrase, elle s’écroula lourdement sur le sol. Marco, pris de panique, se précipita et la rattrapa de justesse. Il la prit dans ses bras, la serra contre lui, le visage tremblant. Marco (voix tremblante) – Chloé, p****n, réveille-toi… Docteur (inquiet) – Suivez-moi, il faut qu’on la réanime. Marco suit le docteur sans hésiter. Ils traversent le couloir aux lumières blafardes, les pas rapides, le cœur battant comme un tambour. Dans la chambre de réanimation, il pose délicatement Chloé sur le lit. Son visage est pâle, les lèvres déjà bleutées, et ses mains pendent sans force. Le docteur et l’équipe médicale s’affairent, les gestes précis mais rapides. Marco reste dans le couloir, le souffle coupé, partagé entre l’annonce de la mort de Lorenzo et la vision de Chloé étendue, immobile. Marco (voix cassée) – Non… Lorenzo… je peux pas croire que tu es mort… pas toi… Vidé de toute énergie, il s’effondre contre le mur du couloir. Il se laisse glisser jusqu’au sol, les genoux pliés, et commence à pleurer comme un enfant qu’on abandonne, des sanglots rauques qui remplissent l’espace et déchirent le silence de l’hôpital. À l’intérieur, les médecins travaillent pour faire revenir Chloé ; sur le moniteur, le rythme cardiaque vacille. Marco (pleurant, criant) – Lorenzo, mon frère ! p****n, qui t’a fait ça ? Aaaaaaaaaaaaaaaa… Son cri résonne, lourd et vide, dans tous les couloirs. Il n’a plus de repères ; le monde lui paraît déchiré. Quelques minutes passent, trop longues puis le docteur sort enfin de la salle, l’air fermé, marqué par l’effort. Marco se redresse d’un bond, essuie ses larmes d’un revers de main et s’avance, les yeux injectés de peur. Marco (inquiet) – Comment elle va, docteur ? Dites-moi qu’elle va s’en sortir… Docteur (rassurant) – Elle est très faible vu son état, mais hors de danger pour le moment. Pour éviter de l’alarmer davantage, je lui ai administré un sédatif : elle dormira pendant plusieurs heures. Il faut surtout qu’elle reste calme, elle est très émotive et fragile en ce moment. Marco (surpris) – Vous voulez dire quoi par vu son état ? Docteur (calmement) – Il y a quelque chose d’autre que vous devez savoir : elle est enceinte de trois mois. La grossesse n’est pas encore visible, mais c’est crucial qu’elle reste au repos. Ces mots frappent Marco comme un coup de massue. Un silence glacial s’installe autour de lui ; ses pensées se bousculent. Il ne sait plus quoi dire, seulement à la fois la fureur et la peur qui montent en lui. Marco (calme mais ferme) – Elle ne peut pas rester ici, pas comme ça, surtout après ce qui est arrivé à Lorenzo. Je ne veux pas prendre le moindre risque. Préparez ce qu’il faut, je veux qu’on la ramène chez elle. Et je veux voir le corps de mon ami. Je dois le voir. Docteur (ferme) – Je suis désolé, mais pour le moment vous ne pouvez pas voir le corps. Marco (surpris) – Pourquoi ? Docteur (sérieux) – Il faut faire une autopsie. C’est une tentative de meurtre, enfin, c’est un cas de meurtre maintenant et les autorités doivent être saisies. Marco demeure silencieux. Il comprend, mais il sait aussi que mêler la police serait dangereux pour cette affaire : il connaît déjà, au fond de lui, qui pourrait être derrière ça. Pourtant il n’en dit rien, serre les poings et garde ses pensées pour lui. Marco (calmement) – Pour l’instant, occupez-vous d’elle. Transférez-la. Après ça, j’aimerais parler avec vous de la mort de Lorenzo. Le docteur hoche la tête et s’éloigne pour organiser le transfert. Marco reste seul un instant dans le couloir, la respiration brisée. Marco (murmurant, déterminé) – Je te jure… ils vont le payer. Je retrouverai celui ou celle qui a commandité ton meurtre, Lorenzo, et je le ferai payer de mes propres mains. Sa voix est basse mais brûlante de promesse. Le couloir redevient silencieux. Au fond, la nuit continue de réclamer ses secrets. À suivre...
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