Chapitre II-2

1006 Worte
— Dis donc, lance le jeune homme, y a un genre de caverne à explorer à marée basse. Pas loin du sentier. — Ah ? Ça pourrait être sympa. Et c’est où ? Un regard sur le topo-guide et la réponse fuse : — À peu près cinq cents mètres, et sur notre droite, si on descend de la falaise, on devrait retrouver un trou dans un rocher. Qui s’appelle… le Trou du Diable ! — Tout un programme… On peut pas manquer ça ! Moins de dix minutes plus tard, la jeune randonneuse pousse un cri de victoire : — Ça y est, je l’ai trouvé ! — Génial ! S’approchant du trou béant, le jeune homme déchante un peu. — Ouaif ! C’est qu’un trou… C’est pas le gouffre de Padirac ! — Attends… Ça c’est le trou de sortie ! Maintenant, faut trouver la grotte ! D’après le bouquin, c’est une caverne genre Tintin et l’Île-Noire… — T’as vu l’heure ? La marée monte, faut se dépêcher. Après quelques instants de recherche, ils arrivent à l’entrée de la caverne convoitée. Avec précaution, et… un brin d’appréhension, ils passent la mare qui en marque l’entrée, et s’avancent dans le sombre repaire de tant de légendes locquirécoises. Devant eux, un long goulet rocheux qu’éclaire faiblement le soleil, pourtant au zénith. La seule issue possible est la grosse ouverture au bout du tunnel, qu’ils connaissent déjà et qui permet à la mer, à mi-marée, de jaillir tel un geyser, au grand plaisir des promeneurs. Promeneurs ou connaisseurs… Le Trou du Diable… De quoi alimenter quelques fantasmes… Le regard rivé sur le sol, sur les galets ronds, polis par des millénaires de vagues et marées, ils progressent lentement car l’entorse n’est jamais loin sur ce genre de sol instable, qui roule sous leurs pieds Surtout quand l’éclairage est si faible… Quelques coups d’œil aux parois humides, patinées par quelques milliards de mètres cubes d’eau salée, et ils ne sont plus loin du bout du tunnel et de sa clarté rassurante. — C’est pas Lascaux, mais ça valait le détour… — Ouais, c’est pas mal. C’est lugubre à souhait… T’imagines des messes noires les soirs de pleine lune… Avec des sacrifices de jeunes vierges ou de bébés… hum ! — Oh ! T’es c*n ! Tu me fous la trouille maintenant ! Derrière eux, la marée montante se fait plus sonore. Les grondements menaçants, amplifiés par la résonance de la roche, ne diminuent pas le sentiment d’inquiétude de la jeune exploratrice. Bien au contraire. — Bon, allez, viens, on s’en va d’ici. Je suis pas rassurée… — OK, on s’en va. Mais quand je pense que tu craquais en voyant Ingrid Chauvin dans Dolmen… Et que tu as la trouille dans une petite caverne de rien du tout ! — Bon, on ressort par où ? Par la grotte ou par le trou ? — La mer arrive. On sort par le trou ! propose la jeune randonneuse. — À toi l’honneur ! Et la jeune femme s’approche de la travée de lumière solaire, synonyme de libération pour son angoisse du moment. Prenant appui de ses avant-bras pour se hisser sur la cuvette rocheuse qui marque la fin de la grotte, elle pousse un cri ! Un cri ! Un cri à rendre sourdes les mouettes alentour ! — Aaaahh ! C’est dégueulasse ! Une mare de goudron frais… montre-t-elle d’un doigt tremblant à son compagnon. — Encore un dégazage, les salauds ! dit le jeune homme en s’approchant à son tour du magma gluant. Dis donc, il a une drôle de couleur ton goudron… Regarde, on dirait… m***e ! Mais c’est… c’est du sang ! — T’as raison, dit-elle, en reprenant un peu ses esprits. Regarde, on voit même les caillots. J’ai peur. J’ai peur ! Et elle se réfugie dans ses bras. Tout en la serrant fort, le promeneur ne peut s’empêcher de sentir la peur monter en lui aussi. La mer d’un côté, le sang de l’autre, et un sarcophage de granite entre les deux, la promenade romantique tourne au cauchemar… — Bon, qu’est-ce qu’on fait ? Il faut sortir d’ici et fissa ! — Moi, en tout cas, je touche pas à ce sang ! D’un pas décidé, elle se hâte vers l’entrée de la caverne. Moins de deux secondes plus tard, elle s’étale magistralement sur les galets, avec en prime une bonne torsion de la cheville. C’est en boitant bas, aidée par son compagnon, qu’ils franchissent avec peine le goulet d’entrée de la petite grotte, déjà envahi par la mer. Encore un peu d’escalade, ils se retrouvent à l’abri et essaient de retrouver leur calme. — Dis donc, je m’en souviendrai de ton Trou du Diable. Une entorse, une peur monumentale… lance-t-elle. — La trouille du Diable ! — T’es pas drôle, j’ai vraiment eu peur ! — Tu sais… à vrai dire, j’étais pas trop rassuré non plus. — Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On appelle les gendarmes ? — Tu parles ! Ça servira à quoi ? Le temps qu’ils arrivent, la marée aura tout balayé. On aura l’air fin avec notre histoire… — Ouais, t’as raison. Si ça se trouve, ils vont nous dire qu’on a rêvé, qu’on a trop regardé Dolmen… et ses menhirs qui saignent… — C’est peut-être quelqu’un qui s’est blessé en glissant sur les rochers… — Et qui aurait perdu deux l****s de sang ? — Hum ! T’as raison, c’est pas très convaincant… — En plus, on aurait vu des traces en arrivant ! Et on a rien vu… — Surtout que c’est du sang frais, forcément, sinon, la mer aurait déjà tout emporté ! — Ouais, bizarre, bizarre… — Non ! C’est sûrement un animal qui s’est fait tuer près du trou et dont le cadavre a été bouffé… — Oui, sans doute, ça ne peut-être que ça. — Alors ? On fait comme on a dit ? — Oui, parce que j’ai pas envie d’être ridicule ! — Moi non plus ! — On continue la randonnée ? — Oui, si tu peux marcher ? interroge-t-il en palpant sa cheville. — Attends que je sois sur le chemin, je vais voir, répond-elle. Elle rejoint en claudiquant le sentier puis fait quelques pas en appuyant sa jambe. Elle est rassurée. La douleur est là, mais pas trop handicapante. — Ce ne doit être qu’une petite foulure, se réjouitelle. Un bon strapping, deux dolipranes et ce sera bon ! — T’es sûre ? — Sûre ! — Alors, tu sais ce que je te propose… Pour se remettre, une bonne bouteille de résiné rosé, bien frais, sur la terrasse du Caplan ! — Ça marche. C’est le cas de le dire ! Et, un bandage et deux comprimés plus tard, ils repartent d’un bon pas vers le Moulin de la Rive et Poul Rodou. À cinq cents mètres d’eux, une voiture de gendarmerie démarre, direction Plouégat. Avec à son bord, deux gendarmes déçus. Personne n’a pu leur apporter d’éléments nouveaux sur l’accident de François Lebault. * Dans sa cave, bien à l’abri des regards, LUI soulève le couvercle de son immense congélateur-coffre. Glaces, pain, poissons, pizzas, légumes, poulets, rien que de très normal à l’intérieur. Plus surprenant est ce qui se trouve tout au fond, soigneusement dissimulé sous un sac plastique aux couleurs du Super U local : des pains de glace, bien rectangulaires et bien rouges. Rouge sang…
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