Nous sommes le trente Juillet deux-mille-cinq voire quatre ans plus tard. Isaac avait repris les cours au sein de l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan Cocody. Il se trouvait à présent en Licence III au lieu d’être en Maîtrise. Vous posez vous la question de savoir pourquoi ? Eh bien! La raison de cette régression intellectuelle était la crise politico-militaire ou encore appelé guerre civile Ivoirienne de Septembre 2002. Son contexte d’émergence se baignait dans une atmosphère lugubre. Sous la présidence du père fondateur de cette patrie feu Félix Houphouët-Boigny de mille-neuf-cent-soixante à mille-neuf-cent-quatre-treize, la Côte d’Ivoire semblait être au meilleur de sa forme économique et surtout bien intégrée dans le marché mondial. Les principaux facteurs de ce miracle économique sont les exportations de matières premières agricoles notamment celles du cacao, du café, du coton et celles des produits miniers comme le pétrole et le gaz naturel. Cette stratégie de commerce extérieur fait prospérer l’économie Ivoirienne permettant ainsi aux habitants du pays d’avoir un bon niveau de vie. La Côte d’Ivoire était devenue « un éden » dans une Afrique pauvre en proie à la misère et au chaos, attirant ainsi de nombreux étrangers des pays limitrophes comme le Burkina Faso et la Guinée qui voyaient leurs populations faire un exode véritable en terre des Ivoires. Ces derniers s’installèrent dans les zones forestières du pays en raison de l’agriculture. Ils deviendront par la suite, des producteurs agricoles en tout cas pour la plupart d’entre eux. A la fin du règne de Félix Houphouët-Boigny dans les années quatre-vingt-dix, la Côte d’Ivoire connu des secousses majoritairement liés au passage du monopartisme au multipartisme. Et à sa mort en quatre-vingt-treize, le pays se précipita dans une crise multiforme d’amère saveur politique et économique. Ses successeurs ne semblaient pas avoir les épaules qu’il fallait pour gérer les problèmes auxquels le pays faisait face.
Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara semblait être les héritiers du feu père de la nation Ivoirienne. Dans le souci de s’accaparer le pouvoir, Henri Konan Bédié qui était d’ailleurs ministre de l’assemblée à cette époque, mise sur la fameuse carte de « l’ivoirité » pour écarter son jeune concurrent de la course au pouvoir car ce dernier avait des origines douteuses et ne semblerait pas être Ivoirien d’origine. De cette réaction xénophobe, Alassane Ouattara en tire profit, mettant ainsi au-devant une sorte de discrimination non seulement ethnique mais aussi religieuse. Car selon lui et ses partisans, les autres peuples étrangers du sud-est comme le Ghana et le Togo ne subissaient pas d’injustice sociale comme les Burkinabés ou autres migrants en provenance de la frontière septentrionale de la Côte d’Ivoire. Malgré quelque tentative timide de déstabilisation politique, Henri Konan Bédié assurait bel et bien l’intérim de Félix Houphouët-Boigny en tant que président de la Côte d’Ivoire.
Le vingt-quatre Décembre mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix-neuf, suite à une mutinerie qui se métamorphose en coup d’Etat, le président Henri Konan Bédié est renversé par l’armée. Le général Robert Géui est placé au pouvoir jusqu’à la tenue des nouvelles élections qui verront le jour quatre ans plus tard. Il était le « Père Noël en treillis» qui apportait la dictature positive d’une durée de quatre ans comme cadeau au peuple ivoirien. On assiste durant cette ère à la chute de « l’ivoirité » et à une sécurité territoriale renforcée. Toutefois, la tentation xénophobe elle, était toujours présente ainsi que les esprits de représailles.
Le vingt-trois Juillet deux-mille, une nouvelle constitution est adoptée par le biais d’un référendum avec une condition principale qui stipulait que seuls les candidats ivoiriens nés de parents également ivoiriens pouvaient se présenter aux élections présidentielles du vingt-deux Octobre deux- mille. Alassane Ouattara fut encore une fois de plus écarté du fauteuil présidentiel ivoirien. Mais contre toute attente, le général Robert Guéi se présenta lui aussi aux élections malgré quatre longues années passées au pouvoir. La soif de pouvoir des politiciens nègres était vraiment insatiable ! Les candidatures des membres du PDCI-RDA dont Henri Konan Bédié furent rejetées par la cour suprême ivoirienne, laissant comme concurrent sérieux Laurent Gbagbo soutenu par l’opposition et le général Robert Guéi, président sortant. Les résultats des urnes électorales de la Commission Electorale Indépendante de la Côte d’Ivoire placent Laurent Gbagbo en tête du classement et le général Guéi Robert en seconde position. Comme tout mauvais perdant et assoiffé de pouvoir, la défaite qui se dessinait à l’horizon ne semblait pas faire ses comptes. Il s’autoproclamera président de la république, déclenchant ainsi d’importantes et violentes manifestations de la population jusqu’à aboutir à sa chute. Il quitta donc le pouvoir et se réfugia à « Gouessesso », un village près de la frontière du Libéria.
Le dix-neuf Septembre deux-mille-deux, des soldats rebelles dont certains seraient venus du Burkina Faso tentent de prendre le contrôle des trois grandes villes du Pays : Korhogo, Bouaké et Abidjan. Les villes de Korhogo et Bouaké tombent entre les mains de la rébellion. Mais la tentative de la prise d’Abidjan fut un échec.
Le pays est ainsi coupé en deux zones distinctes. La première engrange le Nord et le Centre du pays. Elle est occupée par les « Forces Nouvelles », nom que la rébellion prendra plus tard. Et la seconde zone située au sud est tenu par les « Forces armés de Côte d’Ivoire ». Les questions que je me pose sont de deux ordres. D’où viennent ces rebelles ? Et pourquoi tente-t-il un putsch ? Ce coup d’Etat comme certains pensent le croire n’avait pas de cause tribale mais plutôt celle « d’une crise de transition de la dictature » de la période de Félix Houphouët-Boigny. La plupart de ces rebelles sont en réalité des exsoldats qui ont été exclus de l’armée ivoirienne à l’époque de Guéi Robert à cause de leurs origines douteuses et qui se sont entraînés au camp militaire de « Pô » au Burkina Faso ainsi qu’au Mali. Ces soldats ont été manipulés par certains politiciens exilés afin de renverser le pouvoir de Laurent Gbagbo. Cette tentative de coup d’Etat n’était pas légère en termes de conséquences car de nombreux meurtres ont été commis. On se souvient par exemple de l’assassinat du général Guéi ainsi que de son épouse Rose Doudou Guéi.
La guerre, l’humanité pourra-t-elle s’en défaire ? On tue, on pille ! On divise des familles, on détruits des avenirs ! Tout ça pourquoi ? Pour de l’argent, pour le pouvoir, pour ces choses éphémères qui reflètent la vanité des vanités. On se fou des principes religieux et moraux. On abime la nature en la rendant triste. « Ciel blafards, champs fantomatiques, cases et résidences en fumé ». L’affreuse odeur de la chair humaine en putréfaction, véritable parfum aux narines du diable se répandait dans l’air. Le sang rouge donnait une coloration affreuse aux voies. Les puits défectueux, de véritables cimetières improvisés pour témoigner de la scélératesse des hommes. Dieu devrait avoir honte de ceux qu’il perçoit comme fils et filles. Heureusement que ces êtres ignobles avaient tout de même en eux, une petite lueur d’amabilité et pouvaient faire preuve de compassion après le dessin chaotique qu’ils pouvaient engendrer. Ils étaient également capables de produire un cessez-le-feu. Et celui de la première crise politico-militaire ivoirienne fut signé le dix-sept Octobre deux-mille-deux. Mais ce cessez-le-feu est v***é en Décembre deux-milledeux par L’apparition de nouvelles forces rebelles : le MPJGO (Mouvement Populaire pour la Justice du Grand Ouest) et le MPJ (Mouvement pour la Justice et la Paix). Venus du Libéria, ces forces rebelles prennent le contrôle des villes de Man et de Danané dans l’Ouest du pays. La France ainsi que les Nations Unies s’en mêlent dans le but de cesser cette guerre qui semblait prendre une tournure ethnique et religieuse ayant pour origine une certaine discrimination sociale entre les peuples du Nord et du Sud de la Côte d’Ivoire. Les accords de LinasMarcoussis dits « Kébler » sont signés le vingt-six Janvier deux-mille-trois pour mettre fin à cette guerre.
Le quatre Juillet deux-mille- trois, la fin de la guerre civile ivoirienne est proclamée. Mais cette guerre était-elle réellement terminée ? Une chose était sûre, à l’université Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan Cocody, les cours étaient à présent effectifs et Isaac était quelque peu retardé par la crise ivoirienne de deux-mille-deux. Par contre, ce qu’il ignorait, c’est que durant cette période de tumultes où la ville de Man avait été envahi par les rebelles, Marie Jeanne et ses parents avaient fuient pour se réfugier à Abidjan. Et que ce fameux Vendredi matin de l’année deux-mille-cinq, Isaac et elle allaient à nouveaux se rencontrer car elle était elle aussi admise dans cette université, cette même année-là, en département de Maths-informatiques.
Cet après-midi, aux environs de quatorze heures, Isaac venait de finir ses cours de la journée en Amphi sept. Il prenait la direction de la sortie non loin de l’école de police pour se rendre là où les « gbakas » stationnaient en quête de clientèle désireux de se rendre à Bingerville. Mais arrivé au niveau de la présidence de l’université, il aperçut Marie Jeanne avec des amies qui marchaient. Malgré toutes ces années passées, elle n’avait pas changé d’un pouce. Il la reconnue directement. Pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, il se frotta les yeux et se rendit compte que c’était réel, qu’il ne rêvait pas et que c’était bien Marie Jeanne devant lui. C’était quand même incroyable ! Ce fameux proverbe disait donc vrai : « seuls les montagnes ne se croisent pas ». Il se mit donc à la suivre en cachette, à l’épier. A un moment donné, elle se sépara de ses amies pour s’adosser sur un véhicule de marque Ford. Elle était enfin seule et c’était l’occasion rêvée pour lui adresser la parole :
- Bonjour Marie Jeanne ! dit-il
Quand elle l’eut vu, elle fut complètement surprise et effarée. Imaginez un peu ce que pouvait donner le cocktail d’émotions, cette mixture entre honte, joie, timidité, amour et surtout effet de surprise. Dans sa tête, elle se jetait dans ces bras, mais c’était bel et bien dans sa tête car en réalité, elle ne pouvait pas le faire en raison de son arrogance féminine mais aussi à cause du regard des gens. Elle se contenta juste de fermer sa bouche grande ouverte à l’aide de ses deux mains. Derrière Isaac, venait sa mère, la docteure Tossaleu Géneviève du département de Géographie. Marie Jeanne eut juste le temps d’inscrire son numéro de téléphone sur un bout de papier qu’elle laissa tomber. Isaac qui avait senti le coup, s’abaissa avec habilité pour le ramasser d’un geste précis avant de déguerpir des lieux. A son arrivée, la mère de Marie Jeanne toute vexée par une journée difficile demanda :
- Qui était ce jeune qui s’est en fuit à mon arrivée ?
- Un ami de classe, c’est mon voisin d’amphi.
- Parce qu’en amphi il y a des voisins ?
- En fait comme il quitte loin, je lui garde toujours une place près de moi et il fait pareil les moments où il arrive avant moi.
- Les choses de l’amour… Affirma sa mère d’un air amusé - Non mère c’est de l’amitié ! Répondit Marie Jeanne d’un air gêné.
- Il vaudrait mieux car ici, ce n’est pas un lieu pour tomber amoureuse, mais plutôt pour étudier. Et fais attention à ces garçons ! Avec eux, l’amitié et l’amour portent le même pagne !
- D’accord mère.
- En plus, il n’est pas mal ! Mais tu es trop belle pour lui !
C’est sous ce moment intime entre mère et fille que Géneviève et Marie Jeanne montèrent dans la voiture afin de rentrer chez elles.
De retour chez lui, le sentiment qui habitait Isaac était semblable à de l’exultation car Il avait non seulement revu Marie Jeanne, mais il avait même entre ses mains son numéro de téléphone. Mais chose bizarre, il n’avait pas revu en songe ce fameux Enmoutef et ce depuis très longtemps. Précisément même depuis que le marabout d’Abobo, le père de Kader lui avait dévoilé la véritable identité de ce Enmoutef. Il savait surement qu’Isaac et Marie Jeanne allaient se rencontrer. Mais il ne s’était pas manifesté comme les fois passées pour le lui dire. De toutes les façons il avait le numéro de téléphone de Marie Jeanne et pouvait entrer en contact avec elle comme bon lui semble. Il fouilla dans sa poche droite afin de faire sortir le bout de papier sur lequel était inscrit le numéro mobile, mais rien. Il sourit et fouilla dans sa poche gauche et toujours rien. Le visage se métamorphosait petit à petit passant de la joie à la panique. Il se mit brusquement fouiller ses deux poches et aucun bout de papier n’en sortit. « Non mais ce n’est pas croyable je l’avais mis là » disait-il. Tout paniqué, il commençait à fouiller un peu partout : Dans son cartable, ses effets personnels. Il passait au peigne fin ses cahiers, livres et même les endroits les plus improbables de la maison. Il posait la même question à tous les habitants de cette demeure : « Vous n’auriez pas vu un bout de papier avec un numéro dessus, c’est super important c’est pour mon professeur ? » La réponse de tous était « Non ! » Il n’en revenait pas. Un bout de papier si important, il l’avait perdu ! Il passa toute une après-midi à chercher ce bout de papier mais rien à faire, il était introuvable comme une aiguille dans une botte de foins. Et à cause de cet incident, Isaac était resté triste toute une fin de soirée. Lui qui était connu pour son amour des plats de la maîtresse de maison, avait à peine touché à son assiette du dîner. Tout le monde dans la maison pensait qu’il était malade.
- Isaac qu’as-tu ? Demanda son Tuteur.
- Je ne me sens pas très bien ! Il répondit
- Tu as passé toute la journée à stresser ! Est-ce à cause de ce fameux bout de papier ?
- Oui le boss (c’est de cette manière qu’il appelait son tuteur)
- Mais qu’est-ce qu’il y avait d’aussi important sur ce bout de papier pour que tu réagisses un ainsi ?
- C’est pour l’école. Mais ça va ! Je dois juste être fatigué c’est pour ça.
- D’accord je te laisse donc te reposer.
Après ce bref échange entre Isaac et son tuteur inquiet pour son état de santé, ce dernier se coucha tout en pleure. C’était une véritable aubaine qu’il venait de manquer. Imaginez-vous avoir poursuivi une fille depuis belle lurette et n’aviez fait que penser à elle depuis plus de cinq ans. La guerre avait déchiré le pays, plusieurs personnes avaient été massacrées dans la zone où cette fille vivait. Vous vous demandiez même si elle était encore vivante et soudainement, le destin finit par vous réunir. Vous aviez même pu avoir le moyen d’entrer en contact avec elle. Et par inattention ou euphorie, vous perdiez le seul moyen de communication dont vous disposiez. Ah ! C’est vraiment dommage ! Pauvre Isaac ! Son humeur mélancolique était justifiée. Malgré tout cela, il réussit à s’endormir. Mais contre toute attente, Enmoutef surgit de nulle part.
- Isaac ! Ressaisis-toi !
- Enmoutef !
- Pour toi, se sera sa majesté ! Ne sois pas désespéré. Mon amour est proche je le sens. Notre objectif est presqu’atteint mais un malheur te guette.
- Un malheur ??
- Oui ! Mais hélas, je ne pourrai pas te protéger car nous n’avons signé aucun pacte ?
- De quel pacte parles-tu ?
- Un pacte de protection, j’ai le pouvoir de voir ton destin. Je peux voir les choses qui t’arrive et qui t’arriveront. Quand tu marches, je suis avec toi. Ce que ce marabout ne t’a pas dit. C’est que tu n’es pas la première personne en qui je me réincarne. Mais toi tu es faible et si je continue de te regarder faire, je ne retrouverai jamais l’âme de ma bien-aimée. La dernière personne en qui je me suis réincarné se nommait Steven. C’était un jeune Ghanéen qui vivait dans la ville d’Axim. C’était un jeune bien ! Malheureusement, sa vie était de courte durée. Il était destiné à se noyer en pleine mer lors d’une excursion amicale. Et si jamais il arrivait qu’un jeune homme en qui je me suis réincarné meurt prématurément, sans que je ne puisse retrouver ma bien-aimée, je serai obligé d’attendre un autre millénaire avant de pouvoir me réincarner dans un autre corps. Raison pour laquelle je transmets sa mort prématurée à une autre personne. Tant que je n’ai pas retrouvé ma bien-aimée, il n’avait pas droit à un repos éternel.
- Cela signifie-t-il que je suis en danger de mort ?
- Oui et sans le pacte, je ne pourrai pas te sauver si jamais tu devrais en mourir.
- D’accord j’accepte. Je veux signer ce pacte avec toi
- Très bien. J’ai besoin de ton sang, fais toi une minuscule entaille afin que je puisse goûter ton sang. Chose qu’Isaac fit.
Le pacte venait ainsi d’être signé. Ce fut l’une des plus grandes erreurs qu’Isaac avait commis de toute sa vie. Il ne faut jamais se fier au diable et à ses propositions car c’est un menteur professionnel. Ce qu’Enmoutef n’avait pas dit à Isaac, c’est qu’il avait besoin de sang humain ! Il lui fallait sacrifier au moins une vie humaine pour chacune de ses réincarnations.
C’était l’une des conditions que l’étrange sorcier lui avait enjoint. C’était le prix à payer pour poursuivre son amour éternel. Isaac sans le savoir, venait de livrer son père. Enmoutef, l’éternel égoïste avait besoin de sang humain, il trompait tous ceux en qui il se réincarnait afin que ces derniers signent un soi-disant pacte de protection qui était en réalité une manière pour lui d’avoir la permission d’ôter la vie d’un de leurs membres de famille pour l’offrir en h********e à son sorcier. Le lendemain matin de bonne heure, Isaac se réveilla avec une nouvelle terrible, son père, son seul soutien avait rendu l’âme la veille aux environs de vingt-trois heures et ce de manière subite, sans le moindre symptôme d’une maladie quelconque. Isaac était complètement abattu à l’annonce de cette nouvelle de mauvais augure. Perdre son père aussi jeune, c’est vraiment triste ! Sa vie vacillait entre ombre et ténèbres, entre chagrin d’amour et perte cuisante. Son seul soutien, sa force, celui pour qui il luttait encore. Il y a vraiment des personnes ici-bas à qui la vie ne faisait pas de cadeau ! Toute son existence n’était que souffrance, une douleur indescriptible, insupportable à vivre et ce de sa naissance jusqu’à son adolescence. On ne pouvait seulement que lui souhaiter des « ça va aller » ; « sois fort » ; « ça ira ». Il se souvenait des rares instants de bonheur aux côtés de son père qui avait passé la grande majorité de son temps à le mépriser juste parce que sa naissance était une difficulté véritable et qu’à cause de cet écueil, lui Franck Koffi avait perdu celle qu’il aimait et élever son enfant tout seul jusqu’à ce qu’il se remarie avec Nicole. Cette dernière et ses enfants étaient eux aussi très affectés par la mort de Frank. Ils étaient les véritables perdants dans cette histoire. Néanmoins, ils avaient encore la pension et les quelques biens de ce dernier pour se consoler. Isaac quant à lui, ne pouvait même pas songer à obtenir quoi que ce soit de son père décédé parce que Nicole le détestait et était prête à tout pour qu’il soit écarté du partage des biens de son propre paternel sous prétexte qu’il était né hors mariage-civil et que l’épouse légitime du défunt c’était bien elle, sa femme devant l’Etat. Et tant qu’elle sera vivante, Isaac ne devrait rien espérer d’elle, ni des biens de son défunt mari. Mais comme on le dit souvent, quand Dieu « fermait une porte, il en ouvrait mille autres ». Isaac fut soutenu par ses tuteurs et ses amis étudiants durant tout ce mois de deuil. Il avait été adopté définitivement par cette famille sur laquelle il pouvait compter. Son tuteur promis sur la tombe de son défunt père lors des obsèques de ce dernier de prendre soin de son fils et de continuer à financer ses études jusqu’à ce qu’il ait la maîtrise. Quant à Marie Jeanne, elle était là à patienter, à attendre qu’Isaac entre en contact avec elle. Elle ne comprenait pas pourquoi depuis tout ce temps, il ne l’avait pas encore appelé, peut-être qu’il n’était pas réellement intéressé ? Pourtant échanger son corps avec quelqu’un, ce n’était pas rien, il y avait un lien fort qui les unissait, surtout qu’ils s’étaient à présent rencontrés physiquement à deux reprises et qu’elle se sentait attirée par lui. Ils avaient pleins de choses à se dire, pleins d’énigmes et de mystères à mettre au clair. Malgré la présence de sa mère, elle avait quand même pris le risque et réussi à trouver une parade pour lui filer son numéro de téléphone en douce. Non ! Trop c’est trop, le jour où elle tomberait nez à nez avec lui, elle allait lui dire ses quatre vérités. Mais comme toute ironie du sort, Isaac et elle allaient effectivement se rencontrer à nouveau.
Isaac toujours peiné d’avoir perdu ce bout de papier sur lequel était inscrit le numéro de Marie marchait la tête lourde de soucis quand il reconnut le véhicule de la docteure Tossaleu Géneviève. Il était persuadé que Marie Jeanne allait faire son apparition d’un moment à l’autre. Il patienta donc dans un endroit non loin du véhicule. Hélas, ce fut peine perdu. Il avait patienté aux alentours, de treize heures jusqu’ à dix-sept heures et même sécher des cours pour rien car ce soir-là, elle n’était pas en compagnie de sa mère. Son sacrifice était vain. Tout était devenu difficile pour lui, « cette fille, comment allait-il bien pouvoir la retrouver ? »