Chapitre V L’ULTIME SACRIFICE

4870 Mots
 L’amour entre Isaac et Marie Jeanne fleurissait, grandissait. Mais si on n’essayait de voir un peu plus loin, de se projeter dans l’avenir, de pousser notre réflexion et d’affuter notre esprit critique, on verrait alors que cet amour jeune prendrait plus tard en vieillissant, les traits de l’histoire d’amour entre "Mamadou et Bineta". Un amour impossible, un amour que tout oppose, un amour dans lequel deux cœurs sont faits l’un pour l’autre mais que la religion, la tradition, la société, le niveau de vie et surtout la famille séparent. Un amour dilemmatique entre raison et cœur. Un amour qui nous oblige à choisir entre notre âme sœur ou notre famille, entre notre âme sœur et notre religion, entre notre âme sœur et nos us, entre notre âme sœur et notre classe sociale. Pourtant, ce qu’on néglige et qui est essentiel, c’est que l’amour c’est une maladie. On ne décide, ni du jour, ni de l’heure, ni de l’occasion à laquelle on tombe amoureux. On a vu des gens aller cultiver la terre et y trouver l’amour. On a vu des gens aller en cours et tomber amoureux de leur condisciple, de leur professeur ou l’inverse. On a vu des gens aller en salle de gym et y trouver l’amour. J’avais personnellement élaboré une théorie qui disait que peu importe l’endroit où vous vous trouveriez, vous verrez les couleurs bleus et verts. C’est ce que je pensais et dans de nombreuses circonstances, cette théorie enfantine c’était avérée juste même si ce n'était pas une vérité absolue et je vous invite à la tester. Et pour moi l’amour s’identifiait à ces deux couleurs-là. Pour dire que peu importe où vous trouviez, l’amour y était. Cupidon ce petit ange ailé, armé de son arc et de ses flèches à tête de cœur vous guettait et pouvait vous frapper à tout moment. En clair, nous sommes tous des victimes de l’amour ! Alors pourquoi la religion, la famille, et les inégalités sociales devraient elles constituer une entrave, une barrière au sentiment le plus fort sur cette terre ! On a certainement pu assister à des combats où l’amour était sorti(e) victorieuse et l’avait emporté sur la religion, sur la famille, sur les inégalités sociales, sur la tradition ou sur tous autres adversaires. La suite de l’histoire que je vous raconterai en est une parfaite illustration.       L’amour qu’éprouvaient réciproquement Marie Jeanne et Isaac avait résisté aux frasques des hommes et du temps pour atteindre la "noce de froment". Eh oui ! C’est trois années n’ont pas été de tout repos avec Isaac l’intello qui mettait en transe toutes ces ravissantes demoiselles au nom de la sapiosexualité d’un côté et de l’autre Marie Jeanne elle-même, la belle, la sublime, l’incarnation de la beauté africaine à "la forme guitare" et aux traits facials fins comme ceux d’une femme Peulh, attirait tous les hommes de tout âge et de toute classe comme la saveur du sucre attirait les fourmis. Malgré tout cela, nos deux tourtereaux sont restés unis, sereins et imperturbables. Ils manifestaient de temps en temps de petits signes de jalousie mais bien loin de les séparer, c’était l’effet contraire qui se produisait. Leur amour était aussi beau que celui d’Enmoutef et d’Aklilu.      Nous sommes en deux-mille-sept, année à laquelle Isaac tenait à prendre son indépendance. Son tuteur, monsieur Jacques Amondji Pierre l’encourageait dans cette démarche car il avait à présent vingt-sept ans. Et à cet âge, on devait voler de ses propres ailes et non attendre comme un oisillon la nourriture mâchée par nos géniteurs le bec grand ouvert. Il était à présent en Maitrise, et de ce fait, il était éligible au concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure d’Abidjan dans le but d’exercer le métier d’enseignant dans un collège ou lycée. De cette idée il n’en raffolait pas vraiment mais avait-il le choix ? Je ne le pense pas. Il n’avait plus d’autre issue, il était orphelin de père et de mère. Il vivait chez son tuteur qui avait fait preuve d’une générosité et d’une grandeur d’âme incroyable. Car en plus de l’avoir accueilli, de lui avoir offert gîtes et couverts, de lui avoir tendu les mains durant les moments les plus sombres de sa vie, il finançait aussi ses études. Et cette année-là, il venait d’avoir la maîtrise. Il était très intelligent et visait plus loin, il se sentait capable d’aller jusqu’au doctorat mais en avait-il les moyens ? Refuser cette offre que Jacques Amondji Pierre lui offrait afin qu’il soit à l’abri du vice et du besoin, ce serait un crime ! Une véritable ingratitude. Dans la vie, il fallait savoir commencer tout petit, pour finir grand. Avant de devenir un chêne majestueux, il a fallu d’abord être un arbuste. L’enfant ne marche pas directement dès sa naissance ! Il commençait d’abord par faire des quatre pattes pour courir quelques années plus tard. La vie était ainsi ! Je le dis toujours devenir riche ne dépend pas de nous mais de Dieu. On pouvait avoir la volonté de nous battre, de nous suffire, de manger à notre fin. Mais l’opulence, l’abondance, le luxe, l’excès, la richesse dépendaient de Dieu. On a vu des gens qui ont connu la misère, qui ont connu la souffrance et qui ont juste eu besoin de deux poussins pour percer dans l’élevage et être aujourd’hui des « Babatchère ». Par contre on a vu des entrepreneurs investir, apprendre toutes les stratégies possibles pour réussir dans ce domaine mais qui ont échoué. C’est bien de tenter, mais si ça ne vous réussit pas, c’est que ce n’était pas votre destiné, votre voie, votre vocation, votre domaine de prédilection, ce que Dieu avait décidé pour vous, il fallait donc voir ailleurs.  Isaac avait foi en sa bonne étoile et savait que Dieu lui avait prévu une destinée grandiose et que comme le second nom de Dieu « C’est le temps », il fallait qu’il s’arme de courage mais surtout de patience. Et quand vous êtes un enfant béni de Dieu, tout vous réussissait.    Le trente novembre deux-mille neuf, Isaac avait terminé sa formation et était à présent en stage dans l’espoir de percevoir son rappel. Une somme conséquente qui lui permettrait de se stabiliser financièrement et de demander la main de Marie Jeanne. Cette dernière était d’ailleurs très fier de lui car c’était un jeune homme à qui la vie n’avait vraiment pas fait de cadeau mais qui a su lutter dignement, choisir le chemin légal de la réussite au détriment du « Broutage » qui faisait fureur à cette époque-là, ainsi que les autres moyens nocifs relatifs au chemin de la facilité. Et il y avait de quoi en être fier.    Il voulait également officialiser sa relation avec Marie Jeanne en la présentant à ses tuteurs dorénavant sa seul et unique famille. Marie Jeanne était hésitante et avait peur mais au final, elle accepta.     Un Jeudi soir, aux environs de seize heures, nos deux tourtereaux se rendirent au domicile des Amondji. Ses tuteurs étaient vraiment impressionnés par le coup qu’Isaac venait de réussir. Car avoir une fille aussi belle, distinguée et riche comme épouse quand on n’avait pas de grands moyens de nos jours, c’était complètement impossible ! Surtout quand on sait que son père est un puissant homme d’affaire qui allait bientôt faire ses premiers pas en politique, c’était une utopie. Ce projet était irréalisable. Après les présentations, ils appelaient celui qu’il considérait comme leur propre fils afin de lui donner des conseils :  -      Mon fils écoute moi bien ! Jamais au grand jamais je ne te souhaiterai le malheur ! Mais si tu veux vivre heureux et en paix, cette fille il faudrait l’oublier ! Elle n’est pas faite pour toi ! Elle reflète l’or et toi la boue ! Tu pourras être avec elle pour un moment mais ses parents ne vont jamais accepter que tu épouses leur fille et ça tu peux me croire ! -      Père pourquoi parler-vous ainsi ? Cette fille c’est mon âme sœur, ça fait plus de dix ans que nous nous connaissons, plus de trois ans que nous sommes ensemble ! Cette fille est bien, elle n’est pas matérialiste comme vous le pensez et elle m’aime. Malgré que je n’avais absolument rien, elle est restée avec moi, elle m’a soutenu dans tous mes moments difficiles et je l’aime.  -      Mon garçon écoute moi bien ! L’amour rend aveugle et en son nom on commet des folies ! Cette fille t’aime et je n’en disconviens pas car ça se sent à plein nez que vous vous aimez ! Elle serait capable de quitter sa famille pour toi comme preuve d’amour, mais depuis toute petite, elle a vécu dans l’opulence ! Elle est habituée à la richesse, à préférer du manger parmi une centaine de manger ! Elle ne pourra pas supporter ton mode de vie ! Cette fille que tu vois, c’est l’investissement de son père. C’est grâce à elle qu’il gravira les échelons de la politique. Si jamais tu la détourne de sa famille, son père sera prêt à tout pour t’éliminer, pour vous mener la vie dure. Il fera tout pour récupérer son enfant. Je sais que c’est difficile mais tu dois faire un effort pour l’oublier si tu veux vivre en paix, c’est mon conseil ! Avorte ce projet de mariage et trouve-toi une fille de ta classe sociale ! Ici en Afrique et partout dans le monde, les hommes pauvres n’épousent pas les femmes riches.    Quelques paroles qui fendirent le cœur d’Isaac ! Devait-il mettre un terme à son projet, à l’accomplissement de cette destinée qui lui semblait être toute tracée ? Comment Marie Jeanne allait-elle réagir face à cette situation ? Pourtant, ce que son tuteur lui disait était tout à fait logique. Dian Kokaleu Nestor et son épouse n’allaient pas laisser un tel projet se réaliser sous leurs yeux sans rien faire. Tout parent au monde souhaitait le bonheur de son enfant, voulait voir leur enfant obtenir le double de ce qu’il avait et non l’inverse. En plus de cela, leur fille était encore étudiante certes, mais était aussi trop jeune pour vivre avec un homme. Elle n’était d’ailleurs même pas prête pour ce genre de chose et ne savait même pas la manière dont il fallait s’y prendre pour entretenir un foyer. Elle ne savait pas faire la cuisine ni même faire le ménage. C’était une fille pourrie gâtée par ses parents qui a grandi dans une maison rempli de domestiques à tout faire. Et ses parents luttaient becs et ongles pour qu’elle puisse continuer de vivre de cette même manière, même étant mariée. Le pauvre Isaac ne pouvait pas lui garantir tout ceci, puisque lui-même n’avait jamais connu un tel luxe de toute son existence. La situation devenait vraiment critique. Il prit la décision d’en parler à Marie Jeanne afin de voir la réaction de cette dernière. Et c’était mal la connaître. Elle mit Isaac au défi de l’abandonner, de la laisser tomber et il verrait le résultat de ses propres yeux. Son caractère insolent avait refait surface comme quoi, « chassez le naturel, il reviendra toujours au galop ». Elle monta sur ses grands chevaux, et alla au domicile des Amondji pour leur manquer cruellement de respect. Elle avertit que quiconque oserait fouiner son museau dans ses affaires de cœur, aurait de sérieux problèmes avec elle. Elle avait un tempérament de feu ! Pour prouver à Isaac que ses tuteurs avaient tort, elle décida de l’inviter chez elle pour qu’il puisse rencontrer ses parents. Toutes les connaissances d’Isaac lui déconseillaient formellement d’y mettre ses pieds car il allait le regretter ! Aveuglé par l’amour qu’il portait pour sa bien-aimée, il se rendit finalement à ce rendez-vous malgré les interdits et avertissements de ses proches, ceux qui se souciaient de sa santé et de sa sécurité.       Un lundi matin en compagnie de Marie Jeanne, Isaac se rendit dans la commune de Cocody. Ce jour-là, il devait avoir cours avec ses élèves. Mais au nom de l’amour, il sécha cette journée de travail pour la consacrer à la rencontre des parents de Marie Jeanne. Ce jour-là, il tenait à faire bonne impression et c’était très bien habillé d’un costume Fathers & Sons près du corps gris connu pour être confortable et de bonne qualité accompagnée de souliers de marque Weston. Tout cela lui avait été offert par Marie Jeanne. Arrivé au domicile des Dian, véritable domaine de presqu’un hectare au sein duquel se dressait une gigantesque villa de plus de huit pièces, Isaac était complètement impressionné car jamais il n’avait vu une maison aussi somptueuse de toute sa vie. Au salon, un écran plasma accroché au mur, une véritable révolution pour l’époque je vous laisse imaginer les meubles vous-même. Il savait que les parents de Marie Jeanne était riche, mais pas jusqu’à ce point ! Des gardes armés se promenaient un peu partout. Isaac était vraiment gêné et surtout très stressé. Le stress en lui était tel qu’il sentait des bourdonnements dans son ventre. Il avait envie d’aller aux toilettes. Quand il le dit à Marie Jeanne, elle le regarda d’un air vraiment méprisant.  -      Comment ça tu veux aller aux toilettes ? Ah ! toi aussi… Mon père sera là d’un instant à l’autre, il faut serrer !  -      Ah mon amour vraiment comprend moi mais ce n’est pas ma faute je suis trop stressé ! Honnêtement si je n’y vais pas maintenant, ce qui risque de se passer va nous déplaire oh ! -      Vraiment hein ! Tu es désespérant… Bon d’accord je t’y accompagne mais fais vite.  Marie Jeanne se dépêcha de le conduire aux toilettes en espérant que ce dernier se dépêchera de faire les selles et être de retour avant la venue de son père. Malheureusement, Dian Kokaleu Nestor était effectivement là, assis dans ses divans royaux couleurs or à attendre son gendre qui étaient aux toilettes pour y poser une pêche. Quelques minutes plus tard, Isaac sortit tout gêné, il ne pouvait même pas les regarder droit dans les yeux. Mais comme l’avait prévu Dian Marie Jeanne, son père voyait Isaac d’un bon œil à cause de sa « sape » car il était vraiment bien habillé et élégant du haut de son mètre quatre-vingt-six. -      Sois le bienvenu fils ! Affirma Dian Kokaleu Nestor.  -      Merci père ! stipula Isaac. - Que fais-tu dans la vie ?  Après avoir entendu cette question, Isaac commença à paniquer. On sentait des tremblements dans sa voix.  -      Je suis professeur de Lycée, j’enseigne le français. Mon père, père à son âme voulait jadis que je sois un grand journaliste ! Hélas, il s’en est allé trop tôt ! J’ai donc dû faire avec ce qui s’imposait à moi. Mais je suis très cultivé et ambitieux… J’étais même le meilleur étudiant de ma génération ! J’attends juste de récolter assez d’argent pour faire un doctorat.  -      Vraiment Jeune homme vous m’impressionnez ! C’est très bien et vous êtes avec ma fille depuis combien d’années ?  -      Quatre ans monsieur … -      C’est vrai ce qu’il affirme Marie ?  -      Oui père ! Répondit-elle  -      D’accord c’est très bien, c’est parfait vous avez le droit et ma permission de vivre votre amour de jeunesse mais je tiens à ce que ce soit dans la discrétion totale car cette relation passagère ne sera pas très bonne pour mon image politique -      Monsieur pourquoi « Passagère » j’aime beaucoup votre fille et je tiens à l’épouser !  Dian Kokaleu Nestor se mit à rire aux éclats subitement, au point même de verser une larme tellement qu’il était amusé.  -      Avec quel moyen comptes-tu entretenir cette déesse ! As-tu de l’argent ? Tu penses pouvoir t’occuper de ma fille ! Ton minable salaire du mois, c’est ce qu’elle dépense en deux jours. J’ai été déjà très tolérant en te laissant poser tes fesses de margouillat sur mon canapé en Or plaqué, de prendre mon temps si précieux pour m’asseoir et t’écouter raconter ta misérable vie et celle de ton misérable père ! J’ai toléré ton insolence en te laissant poser tes fesses sur les latrines de mes employés… Alors, tu vas à présent prendre tes deux cannes à sucre qui te servent de jambes et sortir de chez moi, je ne veux plus jamais te revoir chez moi et nulle part ailleurs, espèce de « chieur » ! A cause de ma fille, je te laisse… Alors maintenant tu dégages Adieu ! Je monte et si je redescends que tu es encore là, tu auras affaire à moi ! Et toi ma fille, je ne veux plus jamais te revoir avec ce moins que rien, tu vaux mieux que ça ! Prochainement, ramène-moi le fils du directeur de DINOR   -      Père s’il te plait, sois indulgent ! Je suis amoureuse de lui, on ne se mariera pas mais laisse-moi être avec lui pour le moment. - Non ce n’est plus la peine il est trop orgueilleux et aussi trop ambitieux ! Je ne veux plus le revoir et il ferait mieux de partir avant que je n’alerte ma garde.  -      Ce n’est pas la peine monsieur j’allais partir. Proféra Isaac.  - Et bien ! Bon débarras !   Isaac sortit de la maison des Dian très en colère, il marchait très vite ! Marie Jeanne courut derrière-lui et tenta de l’arrêter. Mais c’était peine perdue ! Jamais il n’avait été humilié de la sorte ! Il était d’ailleurs très remonté à cause des propos qu’elle avait proférés. Elle était d’accord pour le fait que leur relation n’aboutisse pas plus loin qu’une simple intrigue amoureuse alors que lui, Isaac était sérieux et réfléchissait au moyen de gagner plus d’argent pour l’entretenir, combler la fille qui valait de l’or. Tout le monde lui avait pourtant prédit ce qui allait arriver ! Son tuteur avait essayé d’attiser sa conscience, d’ouvrir ses yeux fermés par l’amour ! Et aujourd’hui, il regrettait énormément de n’avoir pas écouté « un sage assis qui voyait plus loin que lui un jeune debout ». Il ne voulait plus avoir de nouvelles de Marie Jeanne. Dès son arrivée chez lui dans la commune de Yopougon, il se jeta sur son lit et se mit à penser à tout ce qui s’était passé. Il ne put s’empêcher de pleurer à chaudes larmes car il ne voulait plus jamais la revoir. Il célébrait ses funérailles en implorant et en suppliant Dieu de faire en sorte qu’il puisse oublier définitivement Marie Jeanne, cette fille qu’il aimait de tout son être ! De toutes les façons, elle était la seule fille qu’il avait réellement connu et dont il était amoureux. Mais oublier un amour qui remonte à une dizaine d’années, ce n’était pas une mince affaire car cette fille, il aimait de tout son cœur. Raison pour laquelle, il n’arrivait pas à lui en vouloir, malgré tout ce qu’elle avait dit ce fameux jour et l’humiliation qu’elle avait générée dans sa famille adoptive, cette famille qui lui avait tendu la main là où tout le monde lui avait tourné le dos ! Une famille qui lui avait apporté soutien et réconfort dans les moments les plus difficiles de sa vie. Il était confronté au célèbre dilemme entre amour et famille, et lui Isaac avait choisi son amour au détriment de sa famille mais Marie Jeanne elle, avait plutôt fait l’inverse. Ce choix, Isaac le regretta tellement qu’il sombra dans l’alcoolisme pour essayer de noyer ses soucis. Où était Enmoutef ? Que pouvait-il faire de bien important en ce moment pour ne pas voir la souffrance d’Isaac et lui prêter main forte ? N’avait-il pas signé un pacte de protection avec lui ? Isaac était à nouveau plongé dans une période noire ! Il ne faisait qu’avaler des bouteilles d’alcool dans des bars avant de tomber raide, les pupilles toutes dilatées ! Jamais on ne l’avait vu dans un état pareil ! Pauvre Isaac, il faisait peine à voir ! A croire que Cupidon lui avait filé la mauvaise personne car à cause de cette fille, toute sa vie n’a été que souffrance, misère et désolation ! Qu’avait-il bien pu faire de mal à Dieu pour mériter un tel sort ?   Un soir, pendant qu’il picolait dans un bar non loin de son domicile, il vit une charmante demoiselle s’approcher de lui. Elle était vraiment peinée de le voir ainsi, de le voir complètement détruis. L’un des problèmes majeurs qui était susceptible de lier un homme à l’alcoolisme, était le chagrin d’amour, le « goumin » comme on le dit chez nous. Après avoir échangé quelques temps avec lui, tel un médecin qui consulte son patient, elle connaissait le remède du mal qui le rongeait, qui le détruisait à petit feu. Quoi de mieux qu’une fille pour en oublier une autre ? Elle proposa à Isaac de le raccompagner chez lui. Arrivé à son domicile, elle le déshabilla pour lui faire prendre une douche. Au fond, ce qu’elle voulait s’était de se rapprocher de ce cœur meurtrit, cette âme blessée, ce cœur à prendre. Et quoi de plus logique que de le séduire en prenant soin de lui mais en satisfaisant son appétit s****l par une bonne partie de jambe en l’air. Isaac sous l’effet de l’alcool ne put se maîtriser, il voyait Marie Jeanne en cette parfaite étrangère dont il ne savait ni le nom, ni l’âge. Il ne savait rien d’elle pourtant cette nuit-là, ils avaient bel et bien faits l’amour. Isaac était soulagé d’un désir profond repoussé par le « surmoi », celui de coucher avec Marie Jeanne et ne faisait que gémir en prononçant le nom de cette dernière lors des rapports sexuels avec la parfaite étrangère. Chose qui l’offusquait, mais qu’elle toléra. Elle était confiante et se croyait capable d’éteindre l’amour qu’Isaac éprouvait pour Marie Jeanne en une seule nuit. Et pour atteindre cet objectif, elle donna tout ce qu’elle pouvait, elle lui faisait toute sorte de pratique sexuelle pour qu’il puisse atteindre l’extase. C’est de cette manière qu’elle pensait pouvoir tuer en une nuit un amour de plus de dix ans.     Le jour se lève, et la conscience d’Isaac semblait échapper peu à peu à l’emprise de l’alcool. A son réveil, il vit couché sur lui une parfaite inconnue toute nue. Il la repoussa subitement et elle se réveilla brusquement.  -      Qui es-tu ? et Que fais-tu chez moi ? Demanda Isaac.  -      Tu avais l’occasion de me poser toutes ces questions hier nuit avant que nous couchions ensemble mais tu ne l’as pas fait !  -      J’étais ivre -      Pourtant tu avais l’air d’adorer ce que nous avions fait ! Isaac attrapa sa tête, il était déboussolé et totalement déçu ! Il avait par cet acte et sous l’emprise de l’alcool trompé Marie Jeanne pour la première fois. Il était complètement navré et regretta sincèrement son acte de trahison même si cette dernière l’avait bien mérité car c’était elle la première à avoir trahir dans cette histoire. Toutefois, agir par vengeance n’était pas la bonne solution et Isaac en était conscient. Il donna de l’argent à cette ravissante demoiselle et l’invita à prendre la porte. Chose que cette dernière refusa catégoriquement et avec véhémence ! Elle lui fit savoir de façon très claire, franche et sévère qu’elle n’était pas une prostituée ! Il ne fallait pas qu’il se foute d’elle car elle n’avait pas couché avec lui pour de l’argent. Elle voulait lui rendre un service, l’aider à oublier son chagrin d’amour. Avant de partir, elle lui fit savoir qu’elle l’observait depuis un bon bout de temps. Elle l’appréciait et ne pouvait pas le laisser se détruire à cause d’une femme. Et comme il était dorénavant un cœur à prendre, elle voulut tenter sa chance. Ce n’était pas parce qu’elle venait de lui offrir une nuit torride qu’il allait la prendre pour une belle-de-nuit, une racoleuse, une fille de joie. Elle était célibataire certes mais responsable et gagnait bien sa vie sans l’aide d’un homme puis elle s’en alla. Isaac était vraiment navré, il venait d’agir comme un « macho » véritable, lui qui pourtant semblait être un gentleman de dernière génération. Il se mit à la poursuite de cette demoiselle afin de lui présenter ses excuses. Excuses qu’elle accepta d’ailleurs. Mais pendant ce temps, caché dans les ténèbres, guettait un espion de Marie Jeanne. Une sorte de détective privé qui avait pour mission de surveiller les moindres faits et gestes d’Isaac dans le but de savoir pourquoi ce dernier n’accordait plus de crédit à l’illustre personne de Marie Jeanne. L’espion ne perdit plus un seul instant. Il prit son téléphone portable et informa sa patronne de ce qui se passait. Complètement énervée, déçue, vexée et surtout jalouse, Marie Jeanne ordonna au détective de suivre cette fille et d’avoir le plus d’informations possibles sur elle. Elle se précipita, prit sa 4x4 afin de se rendre à Youpougon pour se disputer avec son petit ami qui venait de lui faire un coup bas. Quelques minutes plus tard, elle arriva au domicile de ce dernier toute furieuse et frappa à sa porte de manière très violente. Dès qu’il lui ouvrit la porte, elle lui donna une claque très lourde et se mit à l’agresser toute en pleure avant de s’effondrer dans ses bras. Elle ne pouvait pas supporter cette trahison. C’était trop difficile pour elle ! Ce dernier ne nia aucun fait et déversa le poids de ses actes lourds de conséquences au compte de l’alcool. Elle était vraiment déçue de lui et se retourna toute en larme et surtout encore furieuse. Elle avait une soif de représailles hors du commun et cela tombait bien, elle allait pouvoir se défouler sur cette fille qui avait osé fouler son territoire et qui avait en prime goûté au goumi de son homme de manière exclusive. Et ça, elle ne pouvait la lui pardonner.   Deux jours plus tard, son détective la contacta pour lui donner les informations qu’elle désirait sur cette mystérieuse demoiselle qui avait eu l’exclusivité du goumi d’Isaac. Elle en était ravie et ne tarda pas à contacter quelques membres de la garde spéciale de son père non seulement riche homme d’affaire et politicien pour que ces derniers lui rendent un service. Elle leur demanda de bastonner cette fille copieusement ! Elle mit à leurs dispositions le nom de la fille, son adresse, une photo d’elle et une enveloppe bien remplie. Tout ceci était suffisant pour mettre cette pauvre demoiselle dans un état très pitoyable dans son quartier en pleine journée sous les yeux de tous et sans que personne ne lui vienne en aide. Comme quoi à Abidjan, chacun a ses problèmes ! Après l’avoir durement bastonné, l’un des hommes se chargea d’effectuer l’ordre le plus précieux que Marie Jeanne leur avait enjoint : celui d’uriner sur la pauvre fille en public histoire de faire passer un message très profond par le canal d’une humiliation inhumaine. Au même moment, elle appela Isaac au téléphone pour lui annoncer une mauvaise nouvelle. En effet, pour obtenir le poste de ministre, son père avait promis à un proche du président de la République de lui donner sa fille en mariage. Ne désirant pas briser la carrière politique de son père en pleine ascension, elle accepta. Mais son amour pour Isaac n’allait pas mourir ainsi. Elle lui offrira un poste huppé dans le domaine de l’administration s’il accepte de devenir son amant. Isaac était certes pauvre, mais très fier de lui et du peu que Dieu lui donnait. Il avait foi en son Dieu et savait que celui-ci lui avait prévu un avenir grandiose. Le moment de sa consécration n’était peut-être pas encore arrivé, mais il avait la foi. C’est donc sans surprise qu’il refusa cette proposition que plein d’entre nous aurait accepté avec joie. Il avait même dit ce jour-là que : « Si jamais tu acceptes ce mariage, alors tu m’oublies et ce pour toute l’éternité ! ». Elle était face à ce même dilemme. Elle était partagée entre choisir la carrière politique de son père, ce lui qui l’aimait et qui faisait du mieux qu’il pouvait pour leur garantir un avenir meilleur et son amour, son petit ami, celui qu’elle aimait, celui avec qui elle partageait son corps depuis plus de dix ans, celui dont la compagnie était plus qu’appréciable, celui qui savait comment lui redonner le sourire quand tout allait mal, mais aussi celui qui n’avait pas hésiter à se blottir dans les bras d’une autre juste par frustration. Rien ne vaut plus cher que la famille. On pouvait dire regardez celui-là, c’est mon ex-mari ou celle-là, mon ex-femme, mais jamais au grand jamais on ne pouvait parler d’un soi-disant ex- frère ou ex-père, ça n’existe pas. Cette pensée vient corroborer le fait que la famille, c’est sacrée ! On pouvait choisir son conjoint, choisir ses amis ! Mais on ne choisit pas sa famille ! Peu importe les attitudes de nos frères et sœurs en vers nous, nous ne pouvons pas, nous ne possédons pas ce pouvoir-là de rompre les liens du sang ! Alors, Marie Jeanne accepta la proposition de son père, acte par lequel elle brisait définitivement tout lien avec Isaac.       
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