La nuit, durant, j'avais pleuré ce qui me restait de larmes. Je n'arrivais toujours pas, à concevoir que cet odieux personnage qu'était Mme de Figaret serait ma tutrice jusqu'à mes vingt ans.
Si seulement grand-mère avait su qui était cette harpie, elle ne m'aurait jamais jeté à ses griffes.
Depuis cinq heures que je m'étais levé, la famine tenaillait mon ventre. Je n'avais point mangé la vieille, ne voulant pas partager la table avec cette sorcière. Et va savoir ce qu'elle prépare de si bons matins, avec tout ce vacarme qui embrume l'atmosphère sonore. J'ai cru ouïr des bruits semblables à ceux de marteau, de pas, de voix. Une effervescence de chose nuisible au repos.
Je pris ma douche dans une humeur des moins gaies, et quittai ma chambre. Bien décidé à savoir la cause de ce tumulte.
Comme je l'imaginais de vis des hommes portant de papiers peint, d'autres des tapisseries, et certains des meubles. Ils faisaient des aller-retour entre l'étage et le salon.
Je décidai donc de m'y rendre. Sur mon chemin, je croisai Sarah qui portait du linge.
— Sarah, comment allez-vous ? Pourriez-vous, je vous prie, m'expliquer ce qui se passe dans cette maison.
— Monsieur, c'est madame. Elle a décidé de si bon matin de réaménager l'intérieur. Depuis, architecte d'intérieur, tapissier, et ébéniste de la région presse le pas entre différentes pièces.
— Que lui prend-elle à cette femme ?
— Demandez-le au diable, car lui seul peut avoir une réponse. Excusez-moi, mais je dois déposer ce linge dans la chambre de madame.
— Mais pourquoi donc ne pas confier cette tâche à une domestique, vous êtes intendante après tout, lui demande-je en la retenant dans son élan.
— Oh, monsieur, je ne le suis plus depuis hier. À présent, madame m'a chargé de la propreté des chambres. Je dois y aller, j'ai encore du linge à monter. Veuillez m'excuser monsieur.
Mon cœur gonfla dans ma poitrine. Je soupirai bruyamment. Cette bonne femme, ne semblait pas se gêner. Comment avait-elle eu l'audace de confier à Sarah de pareille tâche, au vu des loyaux services passés auprès de ma grand-mère, qui plus est au su de son âge avancé. C'est l'envoyé droit dans le tombeau.
Je retrouvais Mme de Figaret, dans le salon principale, les fesses confortablement installées dans un fauteuil en velours vert, près d'elle un petit-déjeuner copieux. Elle donnait des invictes à du personnel qui s'afferait à déplacer des meubles, à les installer, puis les désinstaller, au grès des volontés de cette bonne dame.
— Bonjour Madame, terminai-je en raclant ma gorge pour signaler ma présence.
Elle porta son regard vers moi, me toisa, et m'ignora.
Je repris donc mes salutations, presque en criant. Ce qui fit se figer chaque personne qui occupait ce salon. C'est alors que Mme De Figaret, déposa sa tasse, et tourna son corps vers moi, son buste me fit face.
— J'ai toujours su que les nègres avaient dans leurs gènes la bassesse et l'impolitesse des petits hommes, mais je croyais aussi tout de même que le sang de mon feu beau-frère aurait atténué ces calamités. Mais je me désole de constater qu'il n'en est rien.
— Il faut bien savoir lever le ton, quand on se rend compte que certaines personnes ont de la cire dans les oreilles, Cher Madame.
Un éclair, traversa son regard, elle se leva et avança lentement vers moi.