— Ça doit sûrement être le déjeuner, je nous l'ai fait monter. Si vous voulez bien m'excuser.
Il me laissa près de son lit et s'en alla vers la porte. Lorsqu'il la ferma, il revint avec un plateau encombré de victuailles.
— C'est bien honorable de votre part, de m'offrir le déjeuner, mais je suis dans le regret de le refuser, je dois retourner travailler, si non...
— Si non rien, me coupa-t-il en souriant. Rien ne vous arrivera dans cette maison, tant que vous serez prêt de moi. Et s'agissant de ce déjeuner, vous allez le partager avec moi. Je ne vous ne laisse guère le choix, termina-t-il en souriant. Si vous le voulez bien, m'indiqua-t-il avec un signe de la tête, le petit salon se trouvant près d'une fenêtre qui dégageait une agréable lumière.
Contraint, je m'y résignai.
— Vous me semblez fatigué, alors j'ai demandé à ce qu'on vous prépare un assortiment de fruit. Et quelques crudités, mais de la viande également.
— Vous désirez encombrer mon estomac, dis-je en prenant place face à lui.
— Si c'est le seul moyen qui me permette de vous savoir mieux, alors je me prête au jeu, argua-t-il avec un sourire. Après le déjeuner, vous prendrez un bain, puis vous vous reposerez.
— Cela ne devra nullement plaire à Mme De Figaret...
— On peut bien se passer de ce que pense Dame De Figaret, ne croyez-vous pas ? La santé de ses employés, ne devrait-elle pas être sa priorité ?
Je m'étonnais devant ses réponses, même si je ne lui montrais pas. Il devait être proche de cette harpie, et surtout de ses bonnes grâces, pour ainsi parler d'elle, ou remettre en cause, d'une certaine manière, son autorité.
Qui pouvait-il bien être pour elle ?
— Si vous le dites. Si vous me le permettez, j'aimerais savoir qui vous êtes pour Dame de Figaret ?
— Mangez, dit-il en me présentant un bol de fruit, tout en prenant un des fruits qui mit dans sa bouche, puis la roula dans cette dernière, ce qui forma une bosse au niveau de ses joues à quelques moments. Nous aurons le temps de mieux nous connaître par la suite.
C'était donc l'esprit moins enclin à son invitation, que j'entamais ce déjeuner. Lorsqu'il se termina, contre mon gré je dus me reposer et prendre un bain.
Cet homme, durant, était resté dans le salon que possédait sa chambre. Lisant un livre, et jetant quelques fois des regards vers moi. Nombreuses fois nos yeux s'étaient croisés. Créant en moi, à chaque fois, des choses nouvelles. Dont je n'avais guère la compréhension.
— Seriez-vous, Cher Monsieur, tenté par une promenade cette après-midi, le temps me semble agréable. Ne trouvez-vous pas ?
Le ciel, à travers les fenêtres, était bleu, et les nuages magnifiaient autant plus cela. Toutefois, je me vis obligé de refuser sa proposition.
— Vous allez vous y habituer. Avec moi, dit-il en se levant, déposant son livre sur la table, avec une voix plutôt calme, les refus sont peu tolérable. J'obtiens toujours ce que je désire.
— Ne le prenez point mal, mais j'ai du travail qui m'attend...
— N'est-ce pas aussi travailler que de satisfaire mes désirs. Ou alors, trouvez-vous mes propos prétentieux ?
Il m'avait rejoint près de son lit, nos visages se faisaient face, et dans les yeux, il me regardait. Était-ce une menace implicite, je n'en avais guère l'idée. Toutefois, le contrarier, contrarier sa prétention m'était bien plus importante, quitte à subir la colère de ma tutrice pour avoir froissé son invité.
— Je ne suis point un jouet à qui vous dicterez vos ordres. Dans cette maison, seul, travailler m'est important. Alors, je vous prierais de m'excuser, car bien assez, j'ai profité de vos largesses qui ne s'imbriquent pas à la réalité de ma vie. Si monsieur, veut bien m'excuser, terminai-je par une courbette.
De son sourire, et de son regard plein de défi, j'en fis fi. Et je gagnai la porte, quand sur la poignée ma main s'arrêta, à la suite de sa question.
— Faites moi alors l'honneur de connaître votre nom, déclara-t-il un sourire espiègle.
— Ethan Loyd, dis-je en expirant bruyamment.
— Quoi ? s'ecria-t-il, les yeux grands ouverts.