Chapitre 4 : Le jeu des regards

709 Mots
La galerie d’Adrien Delcourt était presque entièrement plongée dans l’obscurité. Seules quelques lampes dirigées vers les tableaux découpaient des îlots de lumière dans la grande salle silencieuse. Gabriella poussa la porte. Le bruit résonna doucement dans l’espace. Elle entra lentement. Ses talons frappaient le sol poli avec une régularité calme, mais son cœur, lui, battait un peu trop vite. — Vous êtes ponctuelle. La voix surgit derrière elle. Gabriella se retourna. Adrien Delcourt sortit de l’ombre. Il portait une chemise noire légèrement ouverte au col, les manches retroussées. La lumière chaude d’une lampe dessinait les lignes de son visage avec une précision presque troublante. Il semblait parfaitement à l’aise. Comme si toute cette situation n’était qu’un jeu pour lui. — Inspectrice Reines, dit-il doucement. Gabriella croisa les bras. — Vous aimez les mises en scène. Un léger sourire apparut sur ses lèvres. — L’art est une question de mise en scène. Il s’approcha lentement. Pas trop près. Mais suffisamment pour que l’espace entre eux devienne… perceptible. Une tension invisible. — Victor Salazar, dit Gabriella. Vous allez commencer par m’expliquer pourquoi votre nom est partout dans ses affaires. Adrien inclina légèrement la tête. — Toujours aussi directe. — Toujours. Un silence passa entre eux. Puis Adrien fit quelques pas autour d’elle, comme s’il observait une œuvre dans une galerie. Gabriella sentit son regard glisser sur elle. Ce regard calme. Mesuré. Mais terriblement attentif. — Vous savez ce qui est fascinant chez vous ? murmura-t-il. — Je doute que ce soit pertinent pour mon enquête. — Votre façon de résister. Elle tourna légèrement la tête vers lui. — Résister à quoi ? Adrien s’arrêta juste derrière elle. Elle sentit sa présence. Sa chaleur. Sa voix devint plus basse. — À la curiosité. Le silence s’épaissit. Gabriella se retourna brusquement. Ils étaient maintenant très proches. Beaucoup trop proches. — Vous jouez avec moi, Delcourt. — Peut-être. Son regard descendit un instant vers les lèvres de Gabriella. Puis remonta lentement. — Mais vous êtes entrée dans ce jeu toute seule. Leurs regards s’accrochèrent. La tension devint presque palpable. Gabriella aurait dû reculer. Elle le savait. Chaque instinct professionnel lui criait de garder ses distances. Mais une autre sensation, plus trouble, plus chaude… l’empêchait de bouger. Adrien leva lentement la main. Il ne la toucha pas immédiatement. Ses doigts s’arrêtèrent à quelques millimètres de son bras. Comme s’il lui laissait la possibilité de refuser. Gabriella sentit son souffle se bloquer légèrement. Puis ses doigts effleurèrent sa peau. Juste un contact. Mais suffisant pour faire naître une onde chaude le long de son bras. — Vous voyez… murmura Adrien. Sa voix était presque un souffle. — C’est exactement ce que je disais. Gabriella le fixa. — Vous pensez vraiment pouvoir me manipuler ? Adrien esquissa un sourire. Ses doigts glissèrent lentement le long de son bras, jusqu’à son poignet. — Non. Il se pencha légèrement vers elle. Sa voix devint plus basse. — Je pense seulement que vous êtes déjà curieuse de savoir jusqu’où ce jeu peut aller. Leurs visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres. Le silence autour d’eux semblait respirer. Gabriella sentit son cœur battre plus fort. Mais elle ne recula pas. Au contraire. Elle murmura : — Vous êtes dangereux, Delcourt. Un léger sourire passa dans ses yeux. — Et vous aimez ça. Pendant un instant suspendu, aucun des deux ne bougea. Puis Gabriella posa soudain sa main contre sa poitrine, le repoussant légèrement. Mais le geste n’était pas v*****t. Plutôt… hésitant. — Vous n’avez toujours pas parlé de Salazar. Adrien la regarda. Un éclat étrange passa dans ses yeux. — Parce que cette histoire est beaucoup plus sombre que vous ne l’imaginez. — Essayez-moi. Il s’éloigna enfin. Juste assez pour briser la tension. Mais l’électricité entre eux restait intacte. Adrien prit un verre sur la table et le fit tourner entre ses doigts. — Victor Salazar collectionnait des œuvres rares. — Je sais. — Mais certaines de ces œuvres… avaient une valeur particulière. Gabriella fronça les sourcils. — Quel genre de valeur ? Adrien la regarda droit dans les yeux. — Le genre de valeur pour laquelle certaines personnes seraient prêtes à tuer. Le silence retomba dans la galerie. Et Gabriella comprit une chose. Cette enquête venait de devenir beaucoup plus dangereuse.
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