5. Hard Rock

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5 Hard Rock L’inspecteur Rinaldi était en train d’essayer un t-shirt Hard Rock Café jaune avec des motifs rouges. Il avait sans doute été trop optimiste en choisissant un modèle large. Il avait grossi depuis la dernière fois qu’on s’était croisés, un an plus tôt, alors que je réglais une sale histoire, la disparition d’une adolescente dans une ancienne abbaye, à Ixelles. Il m’a vu dans le miroir : – Aaah, Van Kroetsch ! Qu’est ce que vous en pensez ? – Honnêtement ? – Quoi, ça ne me va pas ? – Je crois que ça doit être la couleur. – Vraiment ? Notez, vous avez peut-être raison. Le jaune ne met pas mon teint en valeur. – Mmm… La chaîne de bars-restaurants Hard Rock Café avait vu le jour à Londres au début des années 1970. Il avait fallu quarante ans pour que l’enseigne s’installe à Bruxelles – ça en disait long sur la vivacité économique et culturelle de la capitale. Les édiles communaux étaient pourtant contents. Voir le mot « rock » sur les fenêtres d’une des maisons de la Grand-Place, ça leur renvoyait des images de leur jeunesse, quand ils avaient des cheveux longs et des jeans moulants. Rinaldi devait ressentir la même chose : – Je fais la collection depuis des années. Je ramène un t-shirt de chaque ville où je mets les pieds. Le dernier, je l’ai acheté l’année passée, à Pattaya, en Thaïlande. Mais il était moins serrant. Les Asiatiques sont plus petits que nous, c’est bien connu. – Oui, c’est sans doute ça, la lutte des continents… – Comment ? Qu’est ce que vous dites, Van Kroetsch ? Il essayait de retirer le t-shirt mais sa tête résistait. – Je vous laisse à vos emplettes, inspecteur. Je vous attends au bar. La vieille maison où se trouvait le Hard Rock Café, à l’entrée de la rue des Chapeliers, avait été vidée de son contenu ancestral. C’était désormais un petit temple rock, sur plusieurs niveaux. Et des guitares partout. Derrière le comptoir en marbre, il y a avait une espèce de grand cadre, avec une vingtaine de guitares accrochées dessus. Les touillettes des verres à cocktail avaient la forme de petites guitares – j’en ai mis une en poche. Aux murs, encore des guitares et, juste en dessous, le nom des rock-stars à qui elles avaient soi-disant appartenu : Eric Clapton, Andy Summers, Jack Jones, Lenny Davidson, Sheryl Crow, Joe Walsh, John Entwistle… Des lampes tombaient sur le zinc comme autant de micros. Ambiance pub américain. Grandes bières et gros burgers. Une majorité de touristes anglo-saxons, les yeux rivés sur des immenses écrans. Un concert live je ne sais où : Paul McCartney et Bruce Springsteen reprenant Twist & Shout. Des cris et des décibels. Beaucoup de bruit pour rien. Par la fenêtre, la Grand-Place ressemblait à une vieille dame tremblotante dans ses habits de Noël. Rinaldi m’a rejoint un quart d’heure plus tard. Il était tout sourire : – Je me suis quand même laissé tenter par ce t-shirt… et aussi par une casquette. – Bravo ! – Hum… Vous avez du nouveau ? – Pas vraiment. – Rassurez-moi, vous êtes quand même allé à l’Imaige Nostre-Dame ? – J’y ai bu une bière tout à l’heure. – Ça ne m’étonne pas de vous, Van Kroetsch ! – Et j’ai observé aussi… – Il y avait du monde ? – Seulement un type qui dansait avec un tabouret. – Un tabouret ? – Oui, sur des variétés françaises. – Entre nous, Van Kroetsch, je suis plutôt rock. – J’avais cru comprendre, oui. – En tout cas, nous voilà bien avancés… et avec un pendu volatilisé. – Mouais, quelle galère ! – Mais il y a mieux, mon cher Van Kroetsch. Le pendu… C’est un nain ! – Ah bon ? – Oui et, en plus, il n’avait pas de jambes ! – Un nain c*l-de-jatte ? – Exact. C’est la seule information que j’ai pu soutirer au serveur qui a été témoin de la scène. Quelqu’un a sans doute donné un coup de main à ce nabot pour monter sur le tabouret et s’accrocher à la poutre. – Et pour en redescendre… – Ça me semble on ne peut plus évident, Van Kroetsch. Et donc, cette histoire de tabouret ? – J’ai bien l’intention d’en savoir plus. – Voilà qui me rassure. On a encore descendu quelques grandes bières en écoutant de la musique. Ça mettait un peu de distance entre nous et le début de cette enquête, tellement que Rinaldi était entré dans son monde. La bouche grande ouverte, il regardait les guitares, les t-shirts et les posters de groupes de rock accrochés aux murs… Un clip de Black Sabbath inondait les écrans quand il a repris la parole : – Au fait, Van Kroetsch, vous aimez le rock ?
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