Mbala : on va faire un truc, je vais te laisser mon numéro de téléphone… Ou plutôt je vais prendre le tient. Dès que je finis mon service on se voit pour mieux en discuter. D’accord ?
Mirabelle : si je comprends bien, tu travail. Pour une nouvelle, ça c’est une nouvelle. C’est toi qui m’as ignoré devant les toilettes.
Mbala : c’est une longue histoire. Je dois aller continuer même comme j’ai sauvagement faim. Ensuite j’irai voir ton gynécologue pour qu’il m’explique mieux ce qu’il en est de santé et on va se voir en soirée. Il faut que je sois sûr que tu vas venir.
Mirabelle : pourvu que tu n’essaie pas de me toucher
Mbala : c’est promis je vais bien me tenir
Elle avait séché ses larmes. Il n’y avait rien de plus plaisant pour elle que d’être soutenu par son élu dans une telle situation. Elle avait beau être remontée contre lui, elle était heureuse de l’avoir de son côté. Elle avança de quelques pas avant de se souvenir qu’elle avait un bout de pain tartiné au chocolat dans son sac. Elle revint vers Mbala.
Mirabelle : tu as dit que tu as faim… Voici un pain. Manges le et cherche de l’eau à boire. Ça va te remonter un peu
Il voyait ce pain comme un sauveur venu des cieux pour sauver son estomac d’une descente en enfer. Il le prit avec honte. Par peur que quelqu’un puisse en demander un bout, il alla se cacher dans les toilettes qu’il nettoyait. Il mangea ce bout de pain comme jamais il n’avait mangé de sa vie. Une fois au complet, il reprit le travail avec plus de force.
Il venait de terminer ce dernier niveau lorsqu’il entendit le gynécologue sortir de son bureau. Au pas de course, il le rattrapa au couloir.
Mbala : Docteur, Docteur… Je dois vous parler s’il vous plait
-je suis très en retard mon petit, je dois me rendre d’urgence à la réunion.
Mbala : Accordez moi juste cinq minutes de votre temps Docteur, il s’agit de ma… De ma femme. Elle est venue vous voir tout à l’heure. Elle est enceinte et malade. Je veux mieux comprendre ce qui lui arrive.
-j’ai reçu au moins quinze femmes enceintes et malades aujourd’hui. De qui parlons-nous ?
Mbala : Mirabelle ! Elle est courte comme ça, avec un petit foulard violet sur la tête. Petit visage et…
-je vois, je vois… C’est donc toi le malheureux de l’a enceinté ? Est-ce que tu sais quelle est en danger de mort ?
Mbala : quoi ?
-Son état est critique. Elle est atteinte d’IST qu’elle a certainement pris chez vous. Elle doit être prise en charge au plus tôt. Et même soigné il faudra la suivre de très près jusqu’à l’accouchement au risque de complications éventuelles. Vous devez chercher l’argent au plus tôt.
Mbala : l’argent c’est combien Docteur ?
-je lui ai remis une facture ce matin
Mbala : estimez un peu pour que je commence à chercher
-je n’ai pas le chiffre en tête, demande lui la facture. Je vais te laisser.
Mbala : ça veut dire que moi aussi je suis infecté ?
-surement tu es même déjà au stade terminal, tu dois aussi te faire soigner. Mais vous les jeunes, ça vous coûte quoi de mettre un préservatif ? L’affaire-là est seulement bon comment au point où vous êtes prêt à mourir à cause de ça? Un simple préservatif vous aurait évité tout ceci.
Mbala : merci pour tout Docteur
-vous me remercierez lorsque vous serez tous les deux guéri.
Mbala n’arrivait plus à voir claire. Finir ses taches et garder son emploie ou tout abandonner et aller à la recherche de l’argent pour soigner sa belle Mira ? Il choisit de faire les deux. Deux heures de plus dans cet hôpital et il avait terminé son nettoyage. Comme par chance, dès qu’il eut terminé, le chef arriva. Inspecta niveau par niveau et fut ému de son travail. Au moment de partir, il donna les dernières instructions à Mbala.
-demain tu vas venir déboucher les toilettes du troisième niveau. J’ose croire que tu as constaté que l’eau avait du mal à descendre. Tu sais déboucher ?
Que savait-il faire ?
Mbala : je sais tout faire en ce qui concerne les toilettes.
-d’accord ! Tu es donc un plombier
Mbala : je n’ai pas de diplôme pour ça mais je m’essors quand-même.
Ce mensonge venait de lui faire avancer d’un pas dans son service. Lui qui n’avait jamais de toute sa vie regarder ce ne serai ce qu’une personne déboucher les toilettes. Le chef lui remit un billet d’argent pour son transport du retour et ils parlèrent de sa rémunération. Il était plutôt satisfait du chiffre bien que sachant que même multiplier par trois, ça ne pouvait pas suffire au traitement de Mirabelle.
Il s’en alla mais ne prit pas la direction de chez Martial. Il allait plutôt au domicile de famille colonisé. Ne pouvant entrer par l’entrée principale, il alla chercher l’entée secrète que son défunt père pensait être le seul à connaitre. Il se rendit compte que personne n’avait jusqu’ici remarqué cette entrée.
Une fois à l’intérieur, il passa par la porte donnant à la cuisine. De loin, il aperçut la silhouette de Ma’a Sabine. Dès qu’elle le vit, elle eut un moment de sursaut. Ils se murmurèrent.
Ma’a Sabine : tu fais quoi ici mon fils ? Tu veux mourir ?
Mbala : il faut qu’on parle. Si tu ne m’aides pas quelqu’un va mourir.
Ma’a Sabine : vas m’attendre dans le magasin, pars vite avant qu’elle ne pense à passer par ici.
Il s’en alla sans trainer. Sachant qu’il devait avoir faim, Sabine prit un sac et vida le frigo avant de charger un plat de nourriture pour le retrouver au magasin. Il fut heureux de voir un tel plat de nourriture. Il mangea sans s’arrêter. Lorsqu’il fut plein, il entama le sujet qui le faisait prendre autant de risque.
Mbala : Ma’a… Mirabelle est enceinte de moi
Ma’a Sabine : voilà ce que je disais dans cette maison. Quand je demandais où elle était, elle me disait qu’elle nettoyait le magasin en pleine nuit. Voilà !
Mbala : elle est malade et il faut beaucoup d’argent pour la soigner. Je ne sais pas comment faire.
Ma’a Sabine : je te connais Mbala, je sais très bien que tu ne peux pas t’occuper d’elle et de cet enfant. Tu cherches l’argent pour enlever cet enfant de son ventre n’est-ce pas ?
Mbala : Je te jure sur ma vie et sur l’âme de papa que je ne veux pas faire ça. Tout à l’heure j’ai même parlé avec son gynécologue. Il m’a dit qu’on devait la prendre en charge au plus tôt. Je veux vraiment qu’elle et le bébé puissent être sauvés.
Ma’a Sabine : j’ai envie de te croire mais… Déjà elle est où ? J’ai récemment demandé là où elle est sensé travaillé mais elle a été virée à ce qui parait. Surement on a découvert sa grossesse.
Mbala : j’ai détruit sa vie
Ma’a Sabine : je veux parler avec elle avant de voir comment je pourrai vous aider. Si elle est malade ça veut dire que toi aussi tu l’es n’est-ce pas ?
Mbala : pour moi c’est un petit problème. C’est elle qui est la priorité.
Ma’a Sabine : vous allez vous soigner tous les deux au même moment. Laisse-moi vos numéros de téléphone. Je vais parler avec elle et on verra quoi faire par la suite.
Mbala : je vais aussi te laisser le numéro de mon ami avec qui je vis. Je lui dois ma vie.
Ma’a Sabine : j’espère juste que tu ne vas pas le décevoir.
Il prit le sac de vivre que Sabine avait préparé pour lui et sortit comme il était entré. Il appela Mirabelle et ils se rencontrèrent dans un coin de rue. Il n’avait pas assez d’argent pour l’inviter dans un restaurant et il voulait rester assez loin de la boisson au moins pour cette journée. Assis sur un banc public sous un lampadaire en pleine nuit, le couple essayait de trouver une solution à leur problème.
Mbala : déjà je veux savoir pourquoi tu ne m’as rien dit
Mirabelle : si je t’avais dit ça il y’a deux mois, tu m’aurais même regardé ? C’est parce que tu vois un peu les réalités de la vie que tu me gère même.
Mbala : je ne sais pas en quelle langue je dois m’excuser auprès de toi
Mirabelle : ce n’est pas le plus important là maintenant. Ce qui importe c’est qu’on puisse se soigner.
Mbala : et après
Mirabelle : après je vais accoucher
Mbala : et après
Mirabelle : après rien… Rien du tout
Mbala : un enfant doit rester avec ses parents, tu ne penses pas ?
Mirabelle : pardon évite de me raconter… Attends… J’ai mal… J’ai mal au bas ventre…
Mbala : quoi ? Comment ? Ça fait mal comment ? Qu’est-ce que je fais ?
Elle se tordait de douleur, saignait de son intimité. Elle criait ‘’mon bébé’’. Elle comprenait déjà ce qui se passait. Elle pleurait, non plus de douleur au ventre mais de douleur au cœur. Un taxi vint à leur secours et ils se rendirent à la clinique. Elle fut rapidement prise en charge. Mbala avait appelé Martial qui n’avait pas perdu de temps à arriver. Ils étaient tous les deux dans la salle d’attente.
Martial : gardes ton calme mon frère, prie pour qu’elle s’en sorte.
Mbala : je détruis tout ce que je touche. Il suffit même que je regarde quelque chose pour tout gâcher.
Martial : restes calme ! On aura des nouvelles dans peu de temps. Tu as bien fait de m’appeler. Si ces gens ne voient pas l’argent ils peuvent laisser ta personne mourir comme ça.
Mbala : je ne sais pas comment je vais te remercier. Tu fais pour moi ce que personne n’a jamais fait.
Martial : les seuls remerciements que j’attends c’est de te voir te relever de tout ça. Je sais que ce que tu traverses n’est pas facile mais laisse-moi te dire qu’au bout du tunnel il y’a la lumière. Sois fort frère
Mbala : quand je pense qu’elle est dans cette salle au bout du couloir et qu’elle peut partir me laisser à n’importe quel moment… J’ai mal, j’ai vraiment mal.
Pendant qu’il se lamentait, Sabine arriva au pas de course. Elle avait essayé de joindre Mirabelle mais c’est martial qui avait répondu et lui avait parlé de ce qui s’était passé. Lorsqu’elle aperçut Mbala avec les mains sur la tête, elle vint le prendre dans ses bras.
Ma’a Sabine : mon pauvre garçon… Regarde ce qui arrive à ta vie. Mon pauvre fils… ça va aller. Attendons que les docteurs viennent nous dire.
Mbala : elle criait qu’elle a mal. Elle saignait beaucoup. Ma’a je vais faire quoi si elle me laisse ? Peut-être que c’est quelqu’un qui m’a maudit à cause de tout ce que j’ai fait.
Ma’a Sabine : ne parle pas les choses comme ça. Reste confiant. Ça va aller. De là où ton père est, il veille sur toi.
Mbala : il est mort tu dis qu’il veille sur moi ? Il nous a laissé et voilà où nous en sommes.
Au bout de trois heures à attendre ils virent enfin le docteur arriver. La tête qu’il faisait n’était pas des plus joyeuses, bien au contraire.
Mbala : comment va-t-elle Docteur ?
-je suis désolé monsieur Mbala… Votre femme… Je suis désolé