La semaine était passée sans que Mbala ne pose ses pieds dehors. Il restait enfermé et buvait à longueur de journée. Il avait été obligé de sortir le jour de l’enterrement. Ils n’étaient que quelques-uns au cimetière. Aucun membre de la famille n’étaient venu par peur d’être tué. Tous accusaient cette famille de sorcellerie. Il n’y avait pas eu de procès pour Madame Marthe. Linda avait payé pour qu’elle soit déférée dans la plus grande discrétion à la prison centrale.
Mbala avait préféré sombrer dans l’alcool et entre les jambes de toutes les prostituées plutôt que de trouver un moyen pour aider sa famille. Le couvert lui était offert mais qui pouvait supporter un soulard incapable dans sa maison pendant longtemps ? Un soir, son ami n’en put plus de le nourrir.
Martial : Mbala, je vais être franc avec toi. J’ai déjà assez fait pour toi mais toi tu ne veux même pas bouger le petit doigt. Voici deux mois que tu t’enferme ici. Tu bois à en dépasser les bornes et tu dors sur mon canapé avec toute qualité de fille. Tu ne veux rien faire de ta vie.
Mbala : tu veux que fasse quoi ? J’ai tout perdu
Martial : tu avais même d’abord quoi ? Je t’ai même proposé un travail mais tu as refusé.
Mbala : je ne me vois pas travailler dans un chantier. Que c’est devenu quoi ? Je ne sais même pas différencier le sable du ciment.
Martial : tu as essayé ? Tu trouves toujours des justifications. Tu es un paresseux et là tu deviens un parasite. Je suis désolé mais si tu ne veux pas faire d’effort, je ne vais pas te garder plus longtemps chez moi. Mes parents ne sont d’ailleurs pas d’accord avec le fait que tu restes ici.
Mbala : tu me chasses ?
Martial : je te chasse. Ton comportement me dépasse. Tu as encore deux jours pour décider si tu vas chercher un travail ou bien si tu vas rester là comme ça.
Mbala : après toutes les tournées de boissons que je t’ai offertes lorsque j’avais encore de l’argent.
Martial : tu n’as jamais eu d’argent. C’était celui de tes parents. Tu aurais dû tirer bon avantage d’être d’une famille riche. Tu as préféré la vie du dehors. Comme si rien ne pouvait changer dans la vie. Même ton ami avec qui tu as volé chez vous t’a abandonné. Tu vois que tu as choisi la mauvaise vie.
Mbala : je peux encore faire quoi de ma vie à cet instant ? Tout est déjà fichu. Même si on me payait pour laver des plats dans un restaurant je ne pourrais pas car je ne sais pas le faire. Je n’ai rien appris à part boire.
-tu as là une occasion de te rattraper. Relève-toi Mbala, tout n’est pas perdu. Tu ne peux pas avoir de seconde chance si tu ne fais rien pour ça. Tomber n’a jamais été une fatalité, c’est rester par terre qui l’est.
Mbala : c’est facile de parler, tu n’es pas dans ma situation
-en tout cas je t’ai déjà dit ce que j’avais à te dire. Si dans deux jours tu ne fais rien pour changer cette attitude je vais être obligé de te mettre à la porte. On ne vit pas comme ça. On ne perd pas espoir comme ça. Si tout était fini, tu serais mort mais tu es en vie. Ça veut dire qu’il y’a encore de l’espoir. Peu importe la situation que tu traverses en ce moment, tant que tu vis, gardes espoir.
Mbala commençait peu à peu à comprendre ce que disait son ami. Il avait encore néanmoins quelques doutes sur sa propre personne.
Mbala : et si on me vire dès le premier jour je fais comment ? Je te dis que je ne sais rien faire.
Martial : tu manques de confiance en toi. Tu penses que mes parents ont mis leur argent dans mon business ? J’ai tout fait seul. Dès que j’ai fini avec mon baccalauréat je suis parti de la maison. Depuis je me bats tout seul.
Mbala : tu as bien choisi ton chemin
Martial : il est temps que tu choisisses le tient. Vas te doucher, tu t’habille bien. On va te trouver un travail. Même si tu gagnes très peu de sous on va faire avec. Tout ce que je veux c’est que tu ais une occupation.
Mbala : je te préviens, on risque me chasser aujourd’hui même.
Martial : si on te chasse demain on va chercher un autre travail.
Il fit comme son ami le lui avait demandé. Pendant qu’il se nettoyait, martial passait quelques coups de fil pour chercher un endroit où il pouvait insérer Mbala. Il avait appelé un chef dans un chantier en construction du quartier. C’était la première destination. Dès que Mbala sortit de la chambre, ils s’en allèrent.
Le chantier était non loin de la maison. Il avait à peine marqué les pas qu’ils y étaient. Mbala était tout fraichement habillé. Lorsqu’ils entrèrent dans le chantier, on crut que c’était un contrôleur d’impôt. Tous se mirent à cacher le matériel. Ils semblaient ne pas être dans les règles. Le chef chantier les calma. Il avait remarqué Martial. Il vint vers lui et ils se saluèrent pendant longtemps.
-tu es perdu mon fils, depuis que tu as bris (évolué), on ne te voit plus alors que tu vis juste à côté.
Martial : tu sais que mon truc là avait donné, non. Je me suis une fois lancé et ça m’occupe tellement. J’ai à peine le temps pour moi-même.
-si non j’espère que tout se passe bien
Martial : ça va pour moi. J’ai juste mon ami ci qui cherche un petit boulot pour gagner un petit pain. Je ne sais pas si tu peux trouver une place pour lui ici
-oulala mon fils… Je vais être franc avec toi. Ce gar est connu de tous. Il ne va pas pouvoir faire quelque chose ici. On ne se lève pas un bon matin pour travailler au chantier. C’est un travail qui demande beaucoup de force et d’endurance.
Martial : même si c’est pour essayer il faut le prendre. Je ne veux plus qu’il reste à la maison
-vraiment, je suis désolé mais je ne peux pas le prendre ici. Les patrons sont trop exigeants. Si jamais on le trouve en train de poiroter sans rien faire ça va me créer les problèmes. Je sais que c’est toi qui me demande c’est pour ça que je vais appeler un ami qui m’a dit qu’il embauche. Tu vas aller le voir et dire que c’est moi.
Mbala : ce n’est pas le peine je ne…
Martial lui frappa la bouche. Il s’était déjà découragé. Pendant que le chef chantier téléphonait, Martial grondait son ami.
Martial : je vois que tu veux finir ta vie comme un clochard hein. Quand je suis en train de négocier pour toi tu te tais sinon je te laisse en route. Tes affaires vont t’y rejoindre.
Mbala : excuse-moi grand
Le chef revint avec de bonnes nouvelles. Il donna le numéro de téléphone et l’adresse de son ami à Martial. Celui-ci fut très ému et reprit la route avec Mbala après maints remerciements. La nouvelle destination était une clinique de la ville qui recherchait une personne pour le nettoyage. Mbala était contre le fait de faire ce travail.
Mbala : je ne veux pas de ce travail. Rentrons à la maison
Martial : je ne sais même pas comment on t’a éduqué. Tu as déjà vu un enfant marcher sans ramper ? Tu veux seulement qu’on t’engage comme directeur de l’hôpital la ? Même si ce sont les toilettes tu vas laver et sans discuter.
Mbala : pour gagner combien même ?
Martial : même si on te dit que le premier mois on ne te paye pas, tu vas travailler. Je t’ai dit que si tu veux continuer à vivre sous mon toit tu dois te trouver une occupation. Depuis je parle tu penses que je blague.
Une fois dans la clinique, ils furent reçus par une infirmière qui tapa à l’œil de Mbala.
-bonjour messieurs. Que pouvons-nous faire pour vous ?
Mbala : nous dire comment vous vous appelez par exemple
Ces propos avaient mis Martial en rage. Se rendre compte que Mbala ne prenait pas ses sacrifices au sérieux le décourageait. Il remit le numéro de téléphone à Mbala et s’en alla. Il avait perdu une matinée de service pour trouver à Mbala un travail et celui-ci n’en avait cure. Pendant qu’il partait, Mbala se mit à courir après lui en criant son nom. Le bruit étant interdit dans ce lieu pourvu de personne malade, Martial dû s’arrêter.
Martial : écoutes Mbala, ce matin j’avais une réunion avec mes fournisseurs. J’ai renvoyé ça juste pour toi. Ça m’a fait perdre un marché mais je me suis dit que si je te trouve un job alors ça compense. Je me fatigue à sillonner toutes les rues avec toi pour que tu te comportes comme un perdu côté de moi ?
Mbala : je ne vais pas recommencer
Martial : c’est ton problème. Je t’ai remis le numéro du responsable de la salubrité ici. Tu vas gérer comme tu peux avec lui. Si tu n’obtiens pas ce travail sois certains que demain à la première heure tu quittes ma maison
Mbala : je vais lui parler comment puisque tu me laisses ?
Martial : ça me regarde ?
Il laissa Mbala en plein milieu de la cour. Celui-ci composa le numéro et appela son correspondant.
Mbala : Eurrr… Bonjour monsieur
-c’est toi que Boris a envoyé pour le poste ? Tu es où ?
Mbala : je suis à la cour de la clinique
-viens jusqu’à la véranda attendre les instructions et le matériel. Je ne suis plus là mais j’ai laissé quelqu’un pour te guider. Tu as deux jours pour essayer et si tu fais bien, tu restes.
Mbala : on paye combien ? Halo…
Sans suite, il alla attendre à la véranda. Quelques minutes après, une autre jeune infirmière arriva avec du matériel de nettoyage.
-c’est toi le gar qui va laver les toilettes ?
Il fut scandalisé. Il ne répondit pas. En pensant à s’en aller, il vit l’image de Martial se dessiner dans sa tête. S’il ne rentrait pas avec une bonne nouvelle, il risquait dormir à la belle étoile.
Mbala : oui c’est moi
-voici les seaux, balais, raclettes, gans et combinaisons. Il y’a aussi des masques. Tu as la chance d’avoir été recommandé hein, il y’a les gens qui ont voulu ce poste fatigué. Suis-moi, je vais te montrer les différentes toilettes.
Il laissa le matériel et commença à suivre l’infirmière.
-tu laisses ton matériel à qui ? Prends tout ça, tu commences dès maintenant. C’est déjà salle avec les selles des malades et tout…
Mbala : quoi ?
-tu as signé sans lire ? Vas chercher ton matériel. On doit vite faire, j’ai des patients à contrôler. Tu t’habillais chaud chaud comme ça toujours pour les toilettes la ?
Cette moquerie choqua Mbala. Il voulut répondre me se souvint qu’il ne roulait plus en voiture de luxe. Il retourna prendre son matériel et suivit la jeune dame. Cette clinique était étendue sur trois niveaux d’étages. Chaque niveau avait quatre toilettes qu’il fallait faire briller. S’il voulait garder son emploi, il devait se battre à tout nettoyer en une seule journée. Il se changea et prit la position du travail. Puisque la visite s’était terminée au dernier niveau, il commença par là.
Après un premier nettoyage, il commença à s’habituer. Il pensait aller à fort rythme lorsqu’une infirmière le fit revenir à lui.
-ce que tu nettoie comme la tortue va faire on va te chasser aujourd’hui même. Depuis deux heures de temps tu n’as pas fini une seule pièce ? Attend le chef arrive.
Il se mit à frotter avec une toute autre vitesse. Il fit vite de terminer ce premier niveau avant midi. Il transpirait dans cette combinaison, il avait faim comme jamais. La dispute du matin avec Martial lui avait fait perdre l’argent de poche du jour. Il voulut appeler Martial mais se dit encore qu’il pouvait tenir une journée sans manger.
Outre cette envie de manger, il voulait boire et fumer. Il n’arrivait plus à rien faire. Il nettoyait désormais sans aucune concentration. Sa gorge démangeait, il ne cessait de faire des bruits pour se soulager. Il se mit à tousser, il était fortement en manque.
Pendant qu’il se grattait la tête en se demandant comment il allait faire pour se soulager, il entendit une voie connue derrière lui.
Mirabelle : s’il vous plait, où se trouve le bureau du gynécologue ? On m’a dit que c’était à ce niveau mais je ne me retrouve pas.
Il sentit son cœur battre à vive allure. Elle était tout juste derrière lui. Se retourner et subir les moqueries les plus blessantes de sa vie ou faire le sourd et être pris pour un insolent ? Il opta pour la deuxième idée. Il ne lui répondit pas.
Une infirmière arriva et orienta Mirabelle. Dès qu’elle s’en alla, il arrêta ses tâches et se mit à la suivre. Il avait supposé qu’un rendez-vous médical avait certainement un lien avec son état de santé sur la route il y’a quelque semaine. Il attendit plus de trente minute devant le bureau du gynécologue jusqu’à ce qu’elle sorte.
Elle passa avec un air triste, elle pleurait presque. Il ne put supporter de la voir dans cet état. Il l’arrêta au milieu du couloir.
Mirabelle : mais qui êtes-vous ?
Il libéra son visage de son masque et des lunettes de service.