Chapitre 1 Le trentième anniversaires
Point de vue : Ahmed
29 février 2020. Jour exceptionnel, puisque c’est mon anniversaire. J’ai trente ans aujourd’hui — ça se fête, évidemment.
Pour marquer l’occasion comme il se doit, j’ai décidé d’organiser une soirée un peu spéciale.
Après avoir enchaîné quatre boîtes de nuit, je suis rentré chez moi, accompagné de trois jeunes femmes aussi charmantes que séduisantes : Linda, Mireille et Bianca.
Trois beautés d’ébène, élégantes, drôles, un vrai délice pour les yeux. Linda a vingt et un ans, Mireille vingt-deux, et Bianca vingt-cinq.
Petite précision avant que vos pensées ne s’emballent : oui, ce sont mes étudiantes.
Mais non, je ne suis pas le genre de professeur à troquer des notes contre des aventures.
Loin de là.
Je suis juste un homme, elles sont des femmes — adultes, libres, conscientes. Voilà tout.
Bref, inutile de juger.
La soirée a été tout simplement grandiose. Rires, musique, danses et champagne à volonté… Nous avons dansé jusqu’à trois heures et demie du matin.
Maintenant, elles dorment paisiblement, allongées dans mes bras, tandis que le souffle régulier du climatiseur berce la pièce.
Je suis au milieu de ces trois déesses, respirant leur parfum, un sourire aux lèvres.
Et là — vibration.
Mon téléphone tremble sur la table de nuit. Quatre heures du matin.
Un samedi. Mon jour de repos. Et ce maudit téléphone le sait très bien : le samedi, on ne me dérange pas.
Ahmed : Mince ! grommelé-je, encore à moitié endormi.
Mireille, la plus proche de la table, tend la main et attrape le portable qui vibre sans relâche.
Mireille : Tiens, bébé, murmure-t-elle en me le passant.
Ahmed : Merci…
Je regarde l’écran, prêt à incendier l’inconnu qui ose troubler ma tranquillité.
Mais le nom qui s’affiche me coupe net le souffle.
GRAND-MÈRE.
Ahmed : Grand-mère ?! Mais… elle ne m’appelle jamais à cette heure-là ! Que se passe-t-il ?
Je me redresse d’un bond.
Oh, j’ai oublié de me présenter.
*
*
Je m’appelle Ahmed Silvain Ahmed, fils unique du défunt Ahmed Mahamadou, un des plus grands hommes d’affaires du pays de Zedd.
Je mesure un mètre quatre-vingt-dix, j’ai la peau noire, les lèvres rosées et les yeux sombres, identiques à ceux de mon père.
En héritant de sa fortune colossale, j’ai pris la tête de toutes ses entreprises.
Comptes bancaires pleins à craquer, trente voitures de luxe, un château estimé à plusieurs millions de dollars — bref, la belle vie.
Mais malgré tout ça, j’ai toujours voulu me construire par moi-même.
Mon oncle, Ali Mohammed, m’a souvent dit : « Trouve ce qui te passionne vraiment, et fais-en ton œuvre. »
Alors, j’ai choisi d’enseigner. Devenir professeur d’université était mon rêve depuis l’enfance.
Aujourd’hui, j’enseigne dans l’un des établissements les plus prestigieux de la capitale, Zola City. Mon salaire mensuel s’élève à quatre millions de francs — pas de quoi me plaindre.
Côté sentimental ? Disons que je suis un célibataire comblé. Les relations sérieuses, très peu pour moi.
J’aime la solitude, le calme, la liberté.
Linda, Mireille et Bianca ne sont que de passage — des compagnes d’un soir, rien de plus.
Ma mère, elle, a refait sa vie après la mort de mon père. Je n’avais que huit ans à l’époque. Elle s’est remariée, a eu deux filles, mes demi-sœurs Nina et Julie.
Je les adore, elles.
Mais ma mère, Evelyne… disons simplement qu’elle est sortie de ma vie depuis vingt-trois ans.
C’est MaMi Caroline, ma grand-mère, qui a pris le relais. Petite, vive, autoritaire parfois, mais pleine d’amour. C’est elle, ma vraie mère.
*
Je décroche.
Ahmed : Bonjour, grand-mère !
Grand-mère Caroline : Bonjour, mon petit. Pourquoi as-tu mis autant de temps à répondre ?
Ahmed : Grand-mère, il est quatre heures du matin…
Grand-mère Caroline : Quatre heures trente, pour être précise.
Ahmed : La différence est minime, non ?
Grand-mère Caroline : Dix minutes, c’est long quand on attend, jeune homme !
Ahmed : Grand-mère…
Grand-mère Caroline : Tu me dois des excuses, Ahmed.
Ahmed : D’accord, je suis désolé, MaMi.
Silence.
Ahmed : Grand-mère ? Vous êtes toujours là ?
Pas un bruit.
Ahmed : Allô ? Grand-mère !!
Grand-mère Caroline : Inutile de crier, petit garçon, je t’entends parfaitement !
Je sursaute.
Ahmed : Ok !
Grand-mère : Cool !
Ahmed : D’accord !
Grand-mère Caroline : Cool !
On pourrait continuer ce jeu pendant des heures. Ce n’est pas la première fois.
Ahmed : Bon, pourquoi vous m’appelez à cette heure-là ?
Grand-mère Caroline : Pour te souhaiter un joyeux anniversaire, évidemment !
Ahmed : Merci, grand-mère.
Grand-mère Caroline : Attends, pas si vite ! Je dois te le chanter.
Ahmed : Vous pourriez le faire un peu plus tard, non ?
Grand-mère : Impossible ! Je veux le faire avec toi.
Ahmed : Grand-mère, je suis fatigué…
Grand-mère Caroline : Tu dormiras après m’avoir ouvert la porte.
Ahmed : La porte ? Quelle porte ?
Grand-mère Caroline : Celle de ta maison, voyons ! Je suis devant.
Je me fige.
Ahmed : Quoi ??
Grand-mère : Oui ! Il pleut des cordes, et je suis trempée. Alors, dépêche-toi d’ouvrir avant que je ne tombe malade !
Ahmed : Vous -êtes venue toute seule ?!
Grand-mère Caroline : Non. J’ai une invitée avec moi.
Ahmed : Une… invitée ?
Grand-mère : Une jeune femme, magnifique d’ailleurs. Comme tu les aimes.
Ahmed ( grincheux) Grand-mère !
Grand-mère Caroline : Bouge-toi, fiston. On attend.
Et elle raccroche.
Je reste planté là, bouche bée. Qu’est-ce qu’elle vient de dire ?
Ma grand-mère, soixante-treize ans, a quitté son village de Zigoulou pour arriver jusqu’à Zola City, au beau milieu de la nuit… Et accompagnée d’une inconnue ???
Je saute hors du lit, enfile un jean à la hâte.
Ahmed : Habillez-vous, les filles ! grouillé-je.
Mireille : Bébé, qu’est-ce qui se passe ? demande Mireille.
Ahmed : Pas le temps d’expliquer. Vite !
Je descends les escaliers à toute vitesse.
Mon cœur bat fort.
Je sens que cette nuit d’anniversaire va être bien plus mouvementée que prévu.
À suivre...