Chapitre XVIII, suite 1

5000 Mots
je n’ai pas bien pris soin de toi et suivi de près ta conduite avec le patron.      —  Ne te fais pas de soucis pour moi, ma tante, moi, je ne veux pas continuer à vivre loin de mes parents et de mon pays d’origine où il existe de la chaleur humaine et de l’empathie, malgré la pauvreté. Je préfère mille fois y retourner pour continuer à travailler à la ferme et supporter les emmerdements de Jodard et sa suite plutôt que de subir les humiliations de ce patron qui me hait pour rien au monde. La fille avec laquelle je désire me marier m’attende et je ne souhaite pas que quelqu’un d’autre en vienne à me la prendre.     —  C’est qui cette fille ? Parle-moi d’elle un peu, demanda sa  tante par curiosité.       —  Ma dulcinée s’appelle Farida, elle a presque le même âge que moi, taille normale, ni grosse ni mince, calme et posée, voix claire et regard timide, souple et gracieuse, visage ovale et teint rose, cheveux noirs, lisses et ondulés, yeux étincelants et vifs et d’un charme captivant.      — Ah ! cria-t-elle, je comprends maintenant sans peine les raisons pour lesquelles tu veux retourner vivre au Douar. Cela s’appelle de l’attachement indéfectible au sol du patelin.     —  Oui, c’est pour elle en premier lieu que je veux y retourner. La nostalgie de la retrouver me taraude, avoua-t-il sans détours ni ambages.     —  Fais ce qui te semble bon, moi, je dois m’intéresser à Najat, ma fille unique. Je dois lui envoyer de l’argent  via  son mari pour qu’il s’occupe  mieux  d’elle.     —  Ce propriétaire terrien que tu appelles Hamid est richissime et il ne manque pas d’argent à ce que je sache, dit Moussa. Pourquoi, diable, tu t’intéresses tant à cet homme qui ne t’accorde ce minimum d’importance que pour ton fric.     —  Cet argent est destiné non seulement à ma fille, mais aussi   à mes petits enfants que j’adore tant, tu comprends ? dit-elle.     —  Les gens du Douar Doum n’en cessent pas moins de dire que tu l’avantages au détriment de ta famille si pauvre, notamment  tes deux frères : le bancal qui avait passé toute sa vie à garder le bétail du Douar moyennant une somme d’argent des plus modiques des plus modiques et Ghali, le mari de Lalla Zahra, la complice invétérée de Mekki dans cette affaire honteuse de son mariage avec Yamna, ta nièce. Ce sont tes frères uniques et ils ont besoin de ton soutien moral et encore moins pécuniaire. Ils disent aussi à qui veut les entendre que ta fille Najat n’est pas bien traitée par son mari. Selon le bruit qui court à son sujet, Hamid n’en finit pas de la malmener en se permettant en se permettant de se faire des relations extra conjugales avec des filles si cultivées que la tienne qui n’a jamais fait d’école.      —  Est-ce que tu es vraiment sûr de ce que tu me racontes ? demanda sa tante. Ma fille ne s’est jamais plainte de son mari. Elle ne m’a jamais dit de mal de lui.     —  Hamid est un phallocrate. Je ne pense pas que ta fille puisse avoir du cran pour te dire quoi que ce soit à son sujet. Il pourrait à tout moment lui tordre le cou sans pitié. Cet homme n’a pas de cœur et il n’a aucune disposition pour aimer. Sa vie est totalement  prestigieuse et  il vit dans le luxe. Avec l’argent que tu lui envois, il s’achète des voitures somptueuses et de dernier cri.     — Je crois que tu es mal renseigné sur lui, grommela-t-elle. Arrête de dire des insanités à son sujet. Moi, en tant que sa belle-mère, je ne supporte pas entendre de ta bouche ce genre de dénigrement insensé. Quoi que tu dises à son propos, tu ne peux pas réussir à le discréditer à mes yeux.    — Je ne cherche pas à le discréditer. Je voulais seulement te raconter ce que j’ai entendu dire. De toute manière, cet homme est fort. En plus d’être comme tel, il est riche et capable de soudoyer toutes les gens influents. Les habitants de la région n’en finissent pas de le vénérer. Ils voient toujours en lui leur seul garant qui les aide à surmonter toutes les difficultés qu’ils rencontrent quand ils veulent régler un litige quelconque ou un contentieux en matière agricole.       — Tu connais autant de choses sur mon beau-fils que moi-même, j’ignore, dit-elle. Cependant, je ne peux rien lui reprocher et m’immiscer dans sa vie privée n’est pas du tout ma tasse de thé. C’est entre lui et sa femme, répliqua-t-elle.        — C’est à toi de voir, ma tante, dit-il ! Moi je ne veux maintenant qu’une seule chose, C’est retourner le plus tôt possible à Douar Doum.      —  Puisque tu insistes d’y retourner, je vais te prévoir un billet d’avion dès la semaine prochaine, lui promit sa tante.       —  J’aimerais bien que ça soit ainsi ! dit-t-il. Je suis à bout de patience.        — Alors prépare tes valises dès maintenant, dit-elle, je te donne un peu d’argent pour que tu puisses t’acheter de beaux  vêtements d’un style un peu tape-à-l’œil, de différents produits cosmétiques  et encore moins des cigarettes à distribuer en guise de cadeaux à tous les fumeurs de ton voisinage. Tu agiras de la sorte pour éviter les médisances et les commérages des habitants du Douar et détourner leur attention curieuse d’en savoir plus sur ton retour catastrophique.               Au bout d’une semaine, Moussa impeccablement vêtu d’un costard et muni de deux grandes valises, qui avaient l’air d’être pleines à craquer, revint au Douar.              Tous les voisins accoururent à sa rencontre pour le féliciter de son retour de l’étranger. Ils souhaitèrent que leurs fils aient, eux aussi, la chance de partir travailler hors du pays pour se libérer des carcans de la pauvreté, de la dictature, de l’ignominie, de l’exploitation et du népotisme exercés au sein de la ferme par Boubi et ses acolytes.             Moussa, qui ne voulait pas cracher le morceau, cacha son amère déconvenue d’avoir revenu bredouille et ne disait rien à personne sur son aventure malencontreuse à l’étranger.              Il se contenta de simuler une certaine satisfaction flatteuse et mensongère à propos de l’accomplissement des ses désirs. Pour appliquer les préceptes  du proverbe qui dit : « il faut frapper le fer quand il est chaud », il pria sans tarder ses parents d’aller demander la main de Farida.             Fiers du retour qu’ils croyaient rassurant de leur fils, sain et sauf, et de son avenir qu’ils croyaient rassurant, ils avaient accepté de combler ses souhaits.            La maison de ses futurs beaux-parents était à deux lieues de la sienne. Aussitôt arrivés, Assou, le père de Moussa, accompagné de certains de ses proches, s’adressa au père de la future fiancée, qui vint à sa rencontre :    —  Bonjour Kacem !    —  Bonjour Assou ! Soyez les bienvenus chez nous, dit le père de Farida. Nous sommes enchantés et honorés de votre présence. Comment va votre fils ?     —  Il est bien portant ! répondit-il. C’est à son sujet que nous sommes venus vous voir.     —  Qu’ya-t-il ? Un problème ? demanda kacem, l’air étonné.      —  Non ! Non ! Ne dis pas ça ! Aucun problème, Dieu merci, tout va bien avec Moussa. Il vient de rentrer de l’étranger sain et sauf.       —  Et quand est-ce que il va revenir ? demanda Kacem, qui n’en sait rien sur la déconvenue de Moussa.        —  Nous attendons à ce que sa tante lui renouvelle le contrat de travail avec son ancien patron, répondit Assou en lui disant ce qu’il croit vrai pour enjoliver l’image de marque de son fils qui, à vrai dire, n’en possède aucune.       —  Comment va votre fille Farida ? Est-elle bien ? Est-elle là ? demanda Assou.       —  Oui, elle va bien ! Elle est dans la cuisine en train de préparer le dîner, répondit Kacem. Un verre de thé à la menthe pour  nous relaxer ? proposa-t-il, l’air souriant.      —   Oui ! Volontiers ! approuva Assou, l’air bien satisfait.               Kacem dit à Farida d’apporter du thé et des gâteaux en l’honneur des invités ; elle s’exécuta volontiers et en un clin d’œil. Assou était satisfait de sa vivacité dans l’action et estimait qu’elle ferait une excellente épouse pour son fils.      —  Entrons dans le vif du sujet, dit Assou, qui tient son verre de thé entre les deux mains comme s’il s’accroche à un point d’appui pour pouvoir se prononcer sur les motifs de sa visite inopinée.    —  De quoi s’agit-il alors ? demanda  Kacem.        — Il s’agit de votre fille Farida, tout simplement, répondit Assou      —   Qu’a-t-elle alors ? Vous me surprenez ! dit-il.      —  Elle n’a rien ! Nous sommes venus vous la demander en mariage pour notre fils Moussa. Il l’a en vue depuis une année et il attendait l’occasion propice pour nous l’annoncer.      —  Farida est-elle au courant ? demanda Kacem à sa femme, Zhor.     —  Elle m’a déjà parlé de ce projet de mariage avec Moussa, répondit sa femme.      — Alors dans ce cas, nous ne pouvons pas décliner votre demande et rien ne nous empêche de leur accorder notre bénédiction en leur souhaitant une vie bonne, ajouta Kacem, l’air bien réjoui.               Avant que l’imam du Msid ne prononça la prière d’usage et n’invoqua Dieu de faire en sorte que les deux futurs mariés soient bien unis dans le bien et dans le mal,  Lalla Zahra, la femme de Ghali, l’oncle de Moussa, qui les accompagnait en cette occasion poussa fortement et longuement plusieurs youyous, que tous les voisins ont entendus, pour annoncer et rendre public les fiançailles.               Le mariage de Farida avec Moussa avait lieu quelques semaines après. Il se passa dans de bonnes conditions. La mariée honorait toute sa famille pour avoir gardé sa virginité jusqu’à la nuit des noces contrairement à Radia qui avait été dupée par naïveté et manque de vigilance.                 Moussa était fier d’avoir épousé une fille chaste et pure qui méritait son amour et son affection. Le couple vivait sa vie conjugale en pleine communion d’attachement et de respect mutuel.                Mais, revers de la médaille, bien qu’elle fût harmonieuse quelques mois, cette relation matrimoniale n’avait pas fait long feu. L’espoir d’aller plus loin fut dissipé quand leur liaison idyllique avait commencé à se détériorer de jour en jour.               La goutte qui fit déborder le vase, ce fut précisément à partir du moment où Moussa  avoua finalement à sa femme qu’il ne reviendra pas à l’étranger et que l’on l’avait d’ores et déjà refoulé.              Quand les parents de Farida furent informés du secret révélé que Moussa et son père voulaient cacher pour aboutir à leurs fins, ils prirent la décision ferme de demander le divorce au nom de leur fille, qui était très déçue du manque de franchise de loyauté de son mari.              N’étant pas en mesure d’exiger quoi que ce soit à ses beaux-parents, Moussa, incapable d’affronter les frères dangereux de Farida, a fini par céder à leur pression.            Ainsi, pour le bien de tous, il a  préféré se séparer de sa femme plutôt que de continuer à vivre dans la mésentente et les disputes interminables. Sans laisser la situation s’empirer, il lui accorda le divorce et elle est revenue vivre avec ses parents et ses frères.                                         CHAPITRE  XIX                Malika, la belle mère de Hamid, est venue rendre visite à sa fille Najat pour discuter avec elle à propos de l’argent qu’elle lui avait envoyé par l’intermédiaire de son mari. Sa fille lui avait confirmé qu’elle n’avait  reçu  aucun sou et que son mari la traitait brutalement et ne s’intéressait guère à elle parce qu’il avait établi des relations extra conjugales avec une autre femme du village.               Quand le propriétaire terrien rentra chez lui, il fut surpris de se retrouver face à face avec sa belle-mère qui ne l’avait pas averti auparavant de sa visite comme elle le faisait d’habitude.        — Dis donc ! Tu es là ma belle mère ! Tu es venue sans préavis, lança-t-il à son adresse. Comment est ce que tu ne m’as rien dit à propos de cette visite que je trouve impromptue. Tu voulais nous faire la surprise ou quoi ?       —  Considère-la comme bon te semble, répondit-elle. Je suis venue te voir pour que tu me donnes des explications claires et nettes à propos de l’argent que je t’ai envoyé pour ma fille.       — Ah ! Tu veux savoir si je l’avais reçu ou pas, dit-il à la manière d’un plaisantin qui fit la tête d’un vrai scélérat sans le moindre scrupule.        —  Non ! Je veux savoir si ma fille l’avait reçu, répliqua-t-elle toute irritée.        — Ta fille ne recevra aucun centime de cet argent parce qu’elle n’a aucune idée de ce à quoi il peut nous servir, dit-il. Dieu merci, le mandat que tu m’as envoyé est arrivé à point nommé. Sache bien que nous étions accablés de dettes ces derniers temps et c’est grâce à ce montant que j’ai pu régulariser ma situation comptable avec l’agence du crédit agricole du village. Je pense que cet argent peut être considéré aussi comme étant la mienne si tu crois vraiment qu’il est destiné à ma femme et à mes enfants. N’oublie pas que nous constituons une famille soudée et tous nos intérêts sont indissociables. Je ne sais pas pourquoi tu fais cette volte-face à mon égard !        — Je ne savais pas que tu avais de mauvaises intentions ! s’indigna-t-elle.  Ce que je comprends maintenant est que ma fille ne vaut rien pour toi et que tu lui as volé l’argent que je voulais qu’elle reçoive.       —  Je ne suis pas ce que tu penses, répliqua-t-il. Arrête de  me traiter de voleur. Je ne peux en aucun cas supporter tes insultes. Ne viens pas jusqu’à chez moi pour me proférer des insanités qui ne tiennent pas debout. Alors, ne refais plus ça, sinon je n’hésiterai pas à te flanquer à la porte. Tu crois qu’avec ton argent, tu pourras  passer pour une femme charitable qui sauvera  les pauvres de la disette ?       — Tu n’es rien qu’un imposteur et qu’un manipulateur effronté et sans scrupule, grommela Malika. Mais avant que je parte de chez toi, rends-moi l’argent que je t’avais prêté, il y a presque cinq ans. C’est une somme importante que tu me dois, sinon je vais intenter une action en justice pour faire évaluer  mes droits.      —  Cet argent dont tu parles, riposta-t-il, je l’avais investi dans des projets agricoles qui ont échoué et partant, je ne peux rien te rembourser parce que je manque énormément de fric.       —  Et mes bijoux ! Où sont-ils passés ? demanda Malika, l’air abasourdi et toute tourneboulée. Mes bracelets d’or, rends-les moi, j’en ai besoin, ils m’appartiennent, je ne les avais laissés chez toi que pour les conserver.       —  Je les ai déjà vendus à un bijoutier du village pour payer le reliquat du crédit de ma nouvelle voiture, s’égosilla-t-il en faisant semblant de s’emporter.              Malika était complètement déçue et désemparée. Elle n’avait aucune preuve irréfutable à l’appui pour faire valoir ses droits devant la justice. Ses deux frères, le bancal et Ghali, le mari de Lalla Zahra, la sorcière, qui étaient des gens nécessiteux, n’avait jamais touché le moindre sou qui vaille de sa part. Elle se sentait complètement dupée et responsable d’avoir été grugée naïvement par les paroles belles et flatteuses de ce richissime terrien  qui l’avait piégée et délestée de tous ses biens jusqu’au dernier sou.              Après son retour catastrophique à l’étranger, les relations entre sa fille et son mari se détérioraient de plus en plus. Ainsi, il ne se passait guère de jour sans qu’elle ne fût rudoyée et traitée de tous les mots grossiers et désobligeants.               La situation matrimoniale de Najat, qui était plus ou moins stable, fut entrée dans un tournant difficile. Sa vie tourna au cauchemar et devint tellement infernale qu’elle périclita inévitablement en mille morceaux.              Un jour, après lui avoir fait subir toutes les sévices de la maltraitance à domicile, il avait déclaré aux autorités compétentes que sa femme avait disparu. Au bout de presque une semaine de recherches et d’investigations entamées aux alentours par les  autorités compétentes, elle fut retrouvée morte. Son corps, qui était en état de décomposition avancée, fut repêché au moment où il flottait sur les eaux de la rivière.               D’après le médecin légiste, il ne présentait ni blessures ni traces de torture ou de mort par strangulation. Bien que Najat n’ait jamais tenté quoi que ce soit pour mettre fin à ses jours, sa mort qualifiée de suicide, reste un mystère.               Malika qui avait perdu doublement son argent et sa fille était tellement traumatisée qu’elle n’avait pas pu supporter ce coup fatal.               Lorsqu’elle se mit à chercher un brin de consolation auprès de ses deux frères qu’elle délaissa tant d’année sans leur accordée la moindre attention, tout le monde la repoussa à cause de son manque flagrant de bienveillance et de générosité.              Sur un coup de tête,  elle prit la résolution de retourner à l’étranger pour passer le restant de sa vie jusqu’à sa mort dont aucun membre de sa famille ne faisait grand cas.                                         CHAPITRE XX                Après quelques mois de mariage éclair, arrangé par les circonstances malencontreuses, Thami se sépara de Mina pour refaire sa vie avec une autre. Il s’enticha de  Farida depuis le jour où il l’eut vue paraître, en compagnie de sa mère Zhor, devant chez elle, sous la stature non maquillée d’une  femme débordante de charme et de beauté.              Quand les regards se rencontrèrent ce fut le coup de foudre.       —  Bonjour Zhour, lança Thami, tout émerveillé par la beauté captivante de Farida.                   —   Bonjour Thami, répondit Zhour, tu vas bien ?        — Je vais bien, Dieu merci, dit-il en regardant furtivement Farida qui était très fascinante par sa jolie silhouette de jeune femme un peu déçue et  mal en point à cause de l’échec cuisant de son mariage avec cet enfoiré de Moussa.       —  Où en es tu avec ce traitre de Mekki ? demanda-t-elle un peu curieuse d’en savoir plus.       — Je n’ai pas obtenu gain de cause parce que c’est une machination bien planifiée à mon encontre. L’affaire est classée, je ne sais pour quels motifs et moi je ne m’intéresse plus à cette traitresse de Yamna qui a délaissé ses enfants et son foyer conjugal pour les beaux yeux de son sale soupirant.        — Mina et toi, vous êtes en couple à ce que je sache ? interrogea Zhor pour prolonger la discussion encore plus et joindre l’utile à l’agréable.       — Cette femme, elle aussi ne m’intéresse plus, dit-il. A présent, je suis à la recherche d’une autre de l’âge de ta fille, plus jeune, honnête et pudique, dit-il en regardant de façon directe Farida  dans les yeux.             Farida fit mine d’être gênée, mais elle fut fière de cette comparaison dont elle fit l’objet et souhaita en son for intérieur qu’elle soit effectivement ce genre de femme que Thami désirait.            Tu as intérêt à te remarier le plus tôt possible, conseilla Zhor. Cette fois-ci, tu as besoin d’une femme de bonne famille, qui devra s’occuper de bon cœur de toi et de tes enfants. Ma fille Farida n’avait pas de chance, son mariage avec ce sauvage de Moussa n’avait pas fait long feu à cause des confidences mensongères qu’il lui avait faites.       — Ne parle pas de moi, répliqua-t-elle, l’air intrigué.              Puisque sa mère n’a pas fait attention à ses paroles qu’elle trouva déplaisantes et inappropriées, Faria dit avant de s’en aller :     — Je te laisse avec tes commentaires inutiles et sans importance.             Thami qui n’a pas apprécié son attitude ajouta :      — Tu l’as énervée, dit Thami. Dis-moi, puisqu’on parle mariage, acceptes-tu que je sois son mari ?     —  Son mari, tu dis ? demanda  Zhor pour s’assurer des bons intentions de Thami.     — Oui, je veux me marier avec elle si cela vous arrange, confirma-t-il.      —  Laisse-moi un peu de temps pour voir ce qu’elle a derrière la tête et je t’en informerai, confia-t-elle toute optimiste.       —  Ok ! Je ne suis pas pressé pour de bon, répondit-il.             Contente de cette nouvelle opportunité offerte à sa fille, Zhor prit congé de Thami, qui continua son chemin, et rentra à la maison pour évoquer le cas de ce remariage avec Farida.      —  Je ne savais pas que tu vas réagir de la sorte en présence de Thami, fit remarquer sa mère. Comment est ce que tu pourras gagner l’estime de ton prochain prétendant si tu te comportes comme une  fillette frivole et impolie ?      — Ce n’était pas mon intention, dit Farida. J’ai voulu simplement vous laisser discuter à votre aise et c’était mieux pour ne pas vous entendre parler de mon mariage malheureux avec ce sauvage de Moussa qui ne mérite aucunement la moindre importance à ce qu’on  parle de lui et de ses imbécilités.      — Thami veut se marier avec toi, qu’en penses-tu ? proposa sa mère en demandant son avis. Mais tu dois d’abord trouver l’occasion de t’approcher de lui pour voir s’il est vraiment attaché à ce projet de mariage.      — Laisse-moi m’occuper de mes affaires de mes choix toute seule, dit-elle. Je suis majeure et vaccinée pour décider de mon sort.             Afin de rencontrer son prétendant et s’approcher de lui, Farida  commençait à se planter devant l’entrée de la maison pour guetter le passage quotidien de Thami.             Un jour de souk où tous les habitants étaient absents, il était venu exprès devant chez elle pour la voir et discuter du mariage.     — Salut Farida! Tu n’es pas allée au souk aujourd’hui? demanda-t-il pour entamer la discussion.     —  Ah, non ! répondit-elle. Moi, je ne vais pas au souk, sauf si j’ai besoin de m’acheter de nouveaux vêtements. Je reste à la maison pour m’occuper du ménage et de la cuisson.     —  Qu’est-ce que tu as préparé maintenant ? demanda Thami qui souhaita la convaincre de l’accepter comme mari.      —  J’ai fait la cuisson du pain au four, lavé la vaisselle et le linge sale, répondit Farida. J’attends à ce que mes parents m’apportent des tomates et des sardines pour pouvoir préparer le repas du déjeuner.      —  Cela veut dire que tu es une bonne cuisinière ? interrogea Thami.     — Oui ! Je le suis depuis toute petite, répondit-elle. Et maintenant que je me vois libérée de ce sauvage d’ex-mari qui m’a fait souffrir le martyr, j’ai repris mon style de vie normal  et commencé à me rendre utile pour mes parents plutôt qu’à cet homme dont je me suis trompée lourdement.     —  Et si jamais on te propose de refaire ta vie avec un autre, tu acceptes ? demanda Thami pour lui insinuer son désir de l’épouser.      —  Comment est ce que tu peux me demander ça en doutant encore de ma réponse ? Si je le trouve juste, sincère, regardant et compatible avec mes intentions, je n’aurai aucune raison de refuser cette opportunité.      —  Et toi tu ne vas pas te remarier encore une fois après tes trois mariages consécutifs échoués ? demanda Farida.     —  Je compte le faire si je trouve la femme fidèle et honnête qui me conviendrait définitivement sans jamais penser à me séparer d’elle, avoua-il.       —  Tu pourras la trouver facilement, lança-t-elle, si ton acuité visuelle est à tout le moins normale pour pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie.     — Mon acuité visuelle et encore moins mon esprit de discernement est au beau fixe, avoua-t-il, et je ne cherche dorénavant que le bon grain.     —  Tu veux que je te dise, dit-elle, la femme que tu es en train de chercher est devant toi en chair et en os. Elle te sied bien si tu tiens tes promesses de ne pas la rouler dans la farine et la finalement décevoir.     — Tu veux dire que ma future femme, c’est bien toi ? demanda- t-il.      — Oui, si tu n’y vois pas d’inconvénients, dit-elle. Je te donnerai pleine satisfaction en faisant de toi le mari le plus heureux qui soit au Douar Doum. Mais je te préviens de faire attention à mes frères. Ils sont dangereux et il ne faut pas qu’ils apprennent que j’entretiens des relations secrètes avec toi avant d’être mariés tous les deux légalement. Tu les connais mieux que moi. Ils détestent le fait que je parle avec qui que ce soit à leur insu.              Thami pensa que son mariage avec Farida est une question de vie ou de mort. Même s’il doit laisser sa peau, il décida plus que jamais d’avancer dans ce terrain miné. Sa vie n’a plus de sens, se disait-il, s’il se fait à l’idée que ce mariage tombera à l’eau.     —  Ne t’inquiète  pas, reprit-il. C’est un secret que je ne dirai à personne. Mais j’aimerais bien qu’on commence à nous voir en catimini pour asseoir notre relation et nous connaître encore mieux. Je crois que ta mère t’a déjà parlé de mes bonnes intentions.      —  Si tu veux, proposa-t-elle, je viendrai chez toi chaque  jour de souk pendant que les habitants curieux du voisinage immédiat sont absents. Mais je ne souhaite pas entrer par la porte principale de la maison. Je préfère plutôt m’infiltrer en cachette par une petite brèche que tu aménageras uniquement pour moi sur le côté arrière de ton habitation. Je veux qu’aucun de tes chiens ne soit là pour m’aboyer et révéler ma présence.     — Ne t’inquiète pas, dit-il. Je vais prendre toutes les dispositions nécessaires pour que personne ne se rende compte de notre rencontre. A tous les coups, tu peux compter sur ma discrétion.             Thami avait réussi à conquérir le cœur de sa nouvelle dulcinée. Il commençait à la recevoir chez lui et à profiter de sa beauté et de son charme.              De semaine en semaine leur relation se solidifiait. Farida s’attachait à lui. Son amour est devenu tellement fort qu’elle comptait les jours pour devenir sa nouvelle femme.               Elle était très contente des bonnes intentions de Thami sans jamais se méfier de l’éventualité imminente que Thami pourrait, sur un coup de tête, changer d’avis et annuler ce projet de mariage.               Un jour, alors qu’elle s’approcha de la petite brèche, elle constata qu’elle était colmatée. Thami qui se trouvait camouflé au pied d’un arbre siffla tout bas pour attirer son attention. Quand elle l’avait vu, elle lui demanda tout bas :       —  Ouvre la brèche ! Ouvre la brèche ! Tu m’entends ? dit-elle. Elle est fermée, tu ne veux plus de moi ou quoi ?       — Va-t-en d’ici et n’y reviens plus ! demanda Thami. Quelqu’un pourrait nous voir et nous dénoncer à tes frères. Je ne suis pas en mesure d’      . .
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