et finiront par nous compliquer la vie en conséquence. »
CHAPITRE XVI
Tamou avait un frère germain, appelé Moukhtar, âgé de quarante ans, taille moyenne, ni gros ni mince, leste et gracieux, peu cultivé mais intelligent, franc et généreux, toujours souriant et de bonne humeur.
Quand il parlait, on dirait que ces paroles et son expression sont comme celles d’un humoriste, qui n’aurait pas dû rater ce titre. Il avait le visage lisse et ovale, le teint brun et injecté de sang, les cheveux noirs et coupés, à moitié chauve, le front bombé, les yeux vifs et étincelants, le nez en bec d’angle et la bouche charnue et souriante.
Il avait écopé de quelques années de prison pour vol par effraction. C’était là où il avait appris à lire et écrire. Sa femme, avec qui il avait plus de trois enfants, n’avait pas de quoi vivre dans une aussi grande ville.
Sans hésitation ni idée de recul, elle s’est plongée dans la débauche pour élever ses enfants avec l’argent sale qu’elle gagnait moyennant ses services.
Quand il est sorti de prison, il s’est rendu compte immédiatement de sa perversion. Sans hésiter un instant, il l’a répudiée au Douar Doum.
Pour lancer de nouvelles bases et reprendre sa vie à zéro, il se fit embaucher comme conducteur dans une compagnie de transport routier.
N’ayant pas pu supporter la vie d’un célibat, il avait pensé à se remarier. Tamou, sa sœur, était d’accord pour ce projet.
— Que penses-tu, sœurette, de la possibilité d’un remariage ? demanda Moukhtar.
— Le remariage de qui ? interrogea Tamou.
— Je veux parler de moi, dit-il.
— Je serai contente le jour où tu te remarieras ! lança Tamou toute optimiste et fière pour lui.
— Mais, sœurette, dit-il, je ne sais pas comment m’y prendre pour trouver une femme qui acceptera de vivre avec mes enfants et moi sous le même toit.
— Tu veux te remarier quand ? demanda Tamou.
— Dès que j’en trouverai une qui correspond à mes critères de choix, répondit-il.
— Est-ce que tu veux qu’elle soit citadine ou campagnarde ? demanda sa sœur toute souriante.
— A la ville que nous habitons, je n’en connais aucune à présent, dit-il. Je compte sur toi pour me trouver la femme qui acceptera de se marier avec moi, mais à condition qu’elle me convienne.
— Tu veux qu’elle soit une fille ou une femme divorcée ou veuve ? demanda-t-elle.
— Je préfère une de ce genre, mais qui ne pourra jamais me donner d’enfants, dit son frère.
— Tu veux dire inféconde ? dit-elle.
— Si c’est possible, oui, dit-il
— Il en existe une, au Douar Doum, suggéra-t-elle. Elle est divorcée et sans enfants. A ce que je sache, elle ne pourra pas dire non. Elle a besoin de refaire sa vie avec un autre homme, qui devra prendre soin d’elle et satisfaire à tous ses besoins.
— Elle s’appelle comment ? Où vit-elle ? Pourquoi est-elle divorcée ? demanda son frère.
— Elle s’appelle Sfia et vit à présent avec son frère khamis. C’est l’ex-épouse de Thami. C’est une bonne femme. Il l’a divorcée à cause de sa stérilité.
— Je peux la voir quand ? demanda Moukhtar.
— Laisse-moi un peu de temps, dit-elle. Je dois aller voir son frère pour lui en toucher un mot à ce sujet et connaître son avis.
Khamis était le frère ainé de Sfia. Il était de taille haute, mince et leste, le teint jaunâtre, cheveux noirs et lisse, nez un peu crochu, il avait l’allure rapide et agile courait comme un lévrier. Il travaillait de temps en temps à la ferme, mais il s’entendait super mal avec Mekki qui le traitait de façon dégueulasse. Il l’avait renvoyé à maintes fois de la ferme.
En gardant un mauvais souvenir de l’attitude que Mekki adoptait à son endroit, Khamis lui répétait qu’il n’allait pas hériter de cette ferme et que le temps lui ferait payer toutes ses extravagances par un revirement imprévisible et inattendu.
Habillée comme toujours et à sa manière, Tamou s’est rendue à la maison de Khamis où sa sœur Sfia l’a accueillie avec le sourire aux lèvres.
— Comment vas-tu Sfia ? demanda Tamou.
— Je vais bien tout de même, dit-elle. Mais, dis-moi, en quoi nous vaut l’honneur de cette visite ?
— C’est une visite de courtoisie si l’on veut dire, répondit-elle.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, elle parla d’un fait marquant.
— Je pense que tu n’es pas sans savoir que Yamna s’est montrée sous un nouveau visage en trahissant son mari Thami, reprit-elle.
— Je suis au courant de cette histoire et ça me fait mal au cœur de voir mon ex subir les conséquences désastreuses de cette trahison, dit Sfia.
— Tout le monde n’en finit guère de parler de cette mascarade, renchérit Tamou. Thami est un homme chic. Il est très affable et généreux. Mais cette vipère de Yamna, qui faisait toujours la naïve, ne le méritait pas. Elle ne sait pas qu’elle est perdante d’avance dans cette aventure. Si Thami m’avait demandé ma fille cadette en mariage, je ne l’aurais jamais refusé.
— J’en veux beaucoup à cette traitresse qui a préféré perdre son mari et ses enfants pour se jeter aveuglément dans les bras d’un fornicateur louche et mal attentionné, dit-elle. Moi, j’aime encore Thami et je mets toujours mon infécondité en cause. Nous étions un couple exemplaire et n’avions jamais pensé à nous séparer.
— Ne t’en fais pas Sfia, dit Tamou. Tu vas te remarier incessamment si Dieu le veux.
— Me remarier ? Mais avec qui ? demanda Sfia, l’air surpris.
— Je suis venue chez vous pour te le dire expressément et demander ton avis et celui de ton frère Khamis avant de m’en aller, dit Tamou.
— Qui pourrait être alors ce nouvel ange gardien ? demanda-t-elle.
— Ce n’est personne d’autres que mon frère Moukhtar. Il vient de sortir de prison pour une affaire superficielle, dit-elle.
— Moi, je connais Moukhtar, dit-elle. Quand nous étions tous jeunes, il nous faisait toujours rire en nous racontant des blagues. C’était un vrai humoriste sans conteste.
— Il est toujours comme ça ! confirma Tamou. Souriant et de bonne humeur. Si tu veux l’accepter comme mari, je ne vais nulle part avant de demander ta main à ton frère Khamis.
— Qu’est-ce que Tamou voulait demander ? interrogea Khamis qui vient de rentrer du village, un couffin plein à craquer de fruits et de légumes verts.
— Ce que je veux est une rareté précieuse, mais elle est trouvable parce qu’elle tout près de nous, répondit Tamou en souriant à cœur ouvert à la vue de Khamis.
Sfia, qui se sent un peu pudique en présence de son frère, est rentrée dans sa chambre en laissant Tamou et Khamis délibérer sur ce projet de remariage.
— Quel est l’objet de ta visite, Tamou ? Tu veux quoi ? demanda-t-il en lui tendant une pomme qu’elle a croquée à pleins dents sans chercher à l’admirer ni renifler quelque peu son odeur avant de la broyer.
— Je veux ton consentement pour que Sfia se marie avec mon frère Moukhtar, répondit-elle.
— Mais, est ce que ma sœur est-elle au courant ? demanda Khamis.
— Au courant ou pas, elle ne va pas dire non à ce que je pense, dit Tamou.
— Pour moi, il n’y a aucun problème. J’accepte volontiers et sans réserve, avoua Khamis.
Tamou entra dans la chambre de Sfia pour lui demander son avis. Sans la moindre hésitation, elle accepta ce deuxième mariage en souhaitant qu’il perdure à tout jamais.
Quelques semaines après les fiançailles, Moukhtar organisa une cérémonie de remariage symbolique. Le lendemain de la fête, il amena sa nouvelle femme chez lui, dans cette grande ville où tout est permis, pour vivre avec ses enfants sous le même toit.
Après le départ de sa sœur de la maison, Khamis, qui profitait de ses conseils dans toutes les affaires de la vie, continua à aller son petit bonhomme de chemin, mais, à cause de l’animosité qu’il vouait à Meki et sa suite, il ne comptait plus sur le travail de saisonnier à la ferme .
En plus des petites parcelles de terres arables héritées de ses parents décédés il y a belle lurette, il en louait d’autres pour y pratiquer des cultures aussi maraîchères que céréalières.
Ce travail de la terre qu’il faisait loin de l’embêtement vécu à la ferme est devenu sa source vitale. Afin de mener à bien sa tâche de paysan, il comptait sur ses efforts personnels et implorait Dieu pour lui donner plus de force et de patience.
Au bout de chaque année passée dans un climat de nuisance et de pollution de la ville, Sfia ainsi que Moukhtar et sa progéniture, se rendaient chez Khamis pour se détendre et respirer de l’air pur.
Les enfants de Moukhtar l’accompagnaient exprès pour voir leur mère Wardia, qui vivait chez leur oncle Kaddour, qui faisait conducteur de tracteur à la ferme. Tous les deux avaient une sœur germaine appelée Zina.
C’était une femme de taille normale, âgée de quarante ans, très jolie et toujours souriante et de bonne humeur. Elle était hospitalière et généreuse avec toutes les personnes qui passaient chez elle pour quelque raison que ce soit. Elle était mariée à un homme qui travaillait lui aussi à la ferme, comme conducteur de tracteur avec qui elle avait des enfants.
Sa maison était ouverte jour et nuit à toute personne souhaitant prendre avec elle un verre de thé ou faire le tour de tous les faits marquants qui se produisaient soit au Douar soit à la ferme.
A chaque fois qu’il se renseignait sur la date de la paye des ouvriers travaillant à la ferme, un groupe de musiciens qui chantait le chaabi , composé habituellement de quatre à cinq éléments, en provenance d’un autre Douar de la région, venait de temps en temps chez elle pour donner un spectacle grandiose à l’attention des habitants du Douar.
L’information du passage du groupe chez Zina se propageait avant la tombée de la nuit. Tous les habitants du Douar et encore moins ceux du voisinage périphérique s’affluaient vers la maison du spectacle. Les jeunes adolescents, qui voulaient se défouler le maximum, se mettaient à cotiser pour s’acheter des kils de rouge. Ils trinquaient à l’occasion et se soûler à leur manière.
Les femmes emmitouflées dans des draps de couleurs blanches prenaient place avec leurs filles et maris. Faute d’électricité et pour ne pas patauger dans le noir, on allumait plusieurs lampes à pétrole pour augmenter l’intensité d’éclairage et rendre l’ambiance bien festive. Les fumeurs du kif, bien blottis l’un contre l’autre, se confinaient dans un coin pour regarder le spectacle avec les paupières mi-closes et le regard louche à force de trop fumer et sniffer du tabac à priser.
Juste après le repas de couscous que leur avait préparé Zina avec l’aide de deux ou trois femmes voisines, les musiciens, installés dans la cour de la maison et au milieu d’un large demi-cercle à l’air libre, préparaient leur matériel en accordant leur violon, luth et chauffer leur tambourin et bendir .
Quand ils se mettaient à en jouer et chantaient, les passionnés de ce genre de musique populaire rejoignirent la piste et commencèrent à danser sous le son et le bruit strident des instruments.
Au fur et à mesure que la voix des musiciens et chanteurs s’élevait de plus en plus, les retardataires qui n’étaient pas au rendez-vous dès le début, accouraient pour savourer les chants et la mélodie captivante. Entre trois ou quatre chansons, les musiciens marquaient une pause. L’un d’eux tendait son bendir en faisant le tour des spectateurs pour ramasser l’obole. Il se dirigeait en premier lieu vers ceux qui venaient de percevoir leur paye de la quinzaine et commençait à faire des contorsions pour égayer la soirée et rendre les présents tout réjouis.
Quand le spectacle prenait fin, les fans de ce groupe, devenu très familier au Douar, se mirent à chahuter dans le noir quelques instants avant de rentrer chez eux.
CHAPITRE XVII
A l’occasion de cérémonie de mariage, de circoncision ou de spectacle comme celui-ci, une fille du Douar, distinguée par son attirance physique et vestimentaire, occupait les devants de la scène. Elle était toujours là à surveiller et suivre le regard de quelques uns qui l’admiraient.
Elle s’appelait Zineb, âgée de dix huit ans, douce et audacieuse et possédant un fort tempérament. Elle était d’une taille moyenne, forte de corpulence, visage ovale avec un front bombé, des lèvres pulpeuses avec des yeux vifs et étincelants, regard attirant, sourcils naturellement bien dessinés, le teint injecté de sang avec les pommettes rouges, cheveux noirs ondulés, belle, ravissante et débordant de charme.
Cette fille adolescente vivait avec sa mère veuve et ses frères dont les uns étaient mariés et les autres célibataires. Entourée d’amour et d’affection familiale, elle était très ouverte et extravertie. Elle parlait avec tout le monde librement et sans la moindre réserve. A l’âge qu’elle était, personne ne l’avait demandé en mariage ou tenté sa chance pour la séduire.
Zineb avait un frère, appelé Jalil. Il était son ainé et avait, comme ami intime, Brahim, le mari de Jamila. Ils étaient inséparables et formaient un binôme exemplaire et personne ne douter de la solidité de leurs rapports étroits et cordiaux.
Ils se déplaçaient tous les deux comme un tandem. Quand on voyait l’un, on comprenait automatiquement que l’autre était là. Leurs points communs étaient la drague des femmes mariées et facilement accessibles qui osaient tromper leur mari sans scrupule ni vergogne.
Brahim était un jeune homme robuste et d’une virilité inouïe. Il avait une taille normale, cheveux lisses et ondulés, visage ovale et le teint blanc.
Après avoir divorcée de son premier mari, Jamila est devenue son épouse. C’était une femme âgée de presque vingt ans, taille normale, cheveux lisses, noirs et un peu long, regard sensiblement louche, visage arrondi, le teint brun et débordant de charme.
En vue de passer de bons moments ensemble, Jamila était habituée à recevoir fréquemment à la maison de ses parents la visite de Zineb, qui avait avec elle des liens de parenté.
Brahim et Jamila étaient mari et femme. Ils vivaient dans cette maison même où Zineb avait pris l’habitude de se rendre.
— Jamila ! Jamila ! Tu es là ? demanda Zineb, qui attendit la réponse.
— Entre ! Zineb ! dit la voix de quelqu’un d’autre qui n’eut rien d’étrange.
— Ah ! C’est toi, s’étonna-t-elle. Où est Jamila ?
— Elle vient de sortir avec sa jarre, en compagnie de la voisine de la maison d’à côté, pour aller chercher de l’eau à la rivière. Mais en attendant qu’elle soit revenue, installe-toi sur cette natte et sers toi de ce coussin pour t’accouder. Je vais te préparer un verre de thé à la menthe pour que tu puisses étancher ta soif.
— D’accord ! Je ne décline pas ton invitation, lança-t-elle souriante. J’aime comme toujours le thé à la menthe et encore moins quand il est préparé par quelqu’un qui s’y connaît bien dans sa préparation.
Tandis sont bourreau préparait le thé dans un petit réduit tacheté de traces de fumée noire et servant en guise de cuisine, Zineb s’allongea sur la natte de jonc et mit un coussin sur la tête, genoux repliés et un peu écartés.
Quand Brahim amena le thé, Il resta bouche bée en voyant pour la première fois Zineb dans cette position.
— Voilà le thé ! annonça-t-il. Je t’ai rempli un bon vert ! Prends-le ! Tu vas sûrement l’apprécier. Il est préparé à la manière paysanne comme on dit chez nous.
— Je n’en doute pas ! dit Zineb.
— Dis-moi, Zineb, ton frère Jalil est-il à la maison ? demanda-t-il.
— Non ! Il n’est pas là, répondit-elle
— Où est ce qu’il est parti ? demanda-t-il, histoire d’enchaîner la conversation.
— Au souk ! répondit-elle. Et toi tu n’y es pas allé ?
— Non ! Je n’ai pas envie, confia-t-il.
En feignant d’avoir chaud, Zineb changea de position de temps en temps. Elle devint provocatrice dès qu’elle commença à exhiber d’une façon ou d’une autre sa féminité sensuelle.
Fasciné par son regard languissant et interrogateur, Brahim la fixa de ses yeux vifs et brillants avant de lui envoyer un signal de désir pressant.
— Je veux un verre d’eau bien glacé pour étancher ma soif, reprit-elle.
Avec un geste si rapide, Brahim entra dans la petite cuisine et lui apporta à boire. Au moment de lui tendre le verre, il effleura exprès par un de ses doigts un peu rêche, le dos de sa main lisse. Le sang lui monta au visage et elle se ressaisit tout de suite. Elle posa sur le côté le verre après l’avoir bu d’un seul trait.
Mettant en œuvre l’une des ses méthodes efficaces visant à la préparer avant de l’attirer vers lui, Brahim se mit debout et commença à arpenter la petite pièce, en jetant des regards furtifs, pour s’assurer de la non présence de personne qui puisse le surprendre en pleine action.
Elle s’approcha d’elle et lui vola rapidement un b****r pour tester sa réaction. Zineb apprécia bien le geste et en demanda plus. Sans hésiter, Brahim qui faisait mouche à tous les coups, a commis l’irréparable en une fraction de seconde.
Ayant senti que Brahim l’avait bel et bien dépucelée contre son gré, Zineb, toute effarée et stupéfaite, accourut vers sa mère et ses frères pour leur annoncer la mauvaise nouvelle.
Brahim, qui se sentit coupable de son acte irréfléchi, regretta amèrement ce moment de plaisir aveugle, impulsif et impétueux. Il pensa autant à la vengeance des parents de Zineb qu’aux poursuites judiciaires auxquelles il s’est exposé.
Pour l’échapper belle, il prit ses jambes à son cou en se dirigeant vers une direction inconnue. Alerté par Zineb, ses frères et ses proches, armés de gourdins, de râteaux, de sabres recourbés et de fourches emmanchés, prenaient toutes les directions pour traquer Brahim, le capturer et le tuer pour prendre la revanche.
La nouvelle du crime se propagea si vite dans le Douar tout comme au sein de la ferme pour s’étendre jusqu’aux points les plus excentrés de la région.
Tous les parages et alentours ont été fouillés de fond en comble sans qu’on ait pu identifier les traces de Brahim qui allait laisser derrière lui sa femme et son petit enfant.
Le tribunal était saisi de l’affaire et l’on intenta un procès à Brahim qui a écopé de quelques années de prison. En ayant supporté mal la vie carcérale, il est sorti au terme de son emprisonnement en s’étant transformé comme une personne totalement déprimée.
Durant son incarcération, il était importuné par un traumatisme lacérant qui l’avait affecté dans son équilibre mental et physique.
L’affaire Zineb avait entaché la dignité et la réputation de toute sa famille. Elle avait été classée parmi les souvenirs inoubliables gravés dans la mémoire collective des habitants du Douar. Des enfants jusqu’aux parents, cet acte était considéré comme étant un crime odieux et effrayant.
Deux ans plus tard, la victime du viol, fut mariée fut à un homme polygame, beaucoup plus âgé qu’elle. Il l’avait hébergée sous le même toit que tous les membres de sa famille. Elle avait eu avec lui deux filles.
Après le décès de son mari, Zineb supportait mal le fait de vivre sans lui dans un milieu qui l’étouffait en quelque sorte. Sur un coup de tête, elle avait s’est résolut à prendre ses distances e s’en éloigner une fois pour toute.
Elle s’installa au village et avec le temps, elle commença à dévier vers un autre mode de vie indécent en se faisant altérer et maculer son image et celle de ses frères.
En avançant dans l’âge et pour le bien de ses enfants qui devenaient adolescents, Zineb avait cru bon et rationnel de pratiquer le métier de vendeuse de vêtements de confection qu’elle avait bien mené. Mais, suite à une maladie incurable, elle n’avait pas pu échapper à son corps défendant à la mort inévitable.
Quand Brahim sortit de prison tout traumatisé, Jamila le repoussa sans lui pardonner son geste déplacé et pernicieux. Elle préféra rester vivre avec ses parents pour pouvoir élever l’enfant qu’il avait avec lui.
Totalement déçu par le comportement ferme de son épouse, Brahim revint vivre dans la maison de ses parents. Il vivait malgré lui sur les souvenirs intempestifs de son séjour en prison et de son premier mariage avec Fatiha. Cette femme l’avait quitté dès les premiers mois de leur union pour aller vivre et s’établir dans une autre ville sans jamais donner signe de vie.
CHAPITRE XVIII
Brahim avait un demi-frère paternel appelé Moussa, la vingtaine, haut et corpulent, souple, au visage carré, le teint brun, le ton agressif et la voix criarde, cheveux lisses et crépus, les yeux vifs, le corps robuste, les épaules larges et carrées, les mains et les jambes musclées, analphabète et sensiblement débile, d’un caractère v*****t et impétueux.
Il était passionné de pêche à la ligne dans la rivière, des tourterelles à la fronde et de la chasse des lapins de garenne, à l’aide de ses chiens dressés. Il était très agressif avec certains garçons moins forts que lui qu’il malmenait et brutalisait purement et simplement.
Aux matchs de football ou à la natation, il était très rapide. En outre, il était un vrai sadique qui faisait souffrir toutes les femmes débauchées qu’il fréquentait. Mais en punition de ses fautes, il attrapait souvent le chancre, voire même la syphilis. Il était aussi bien fumeur de cigarette et rarement de kif que buveur de vin rouge.
Il se trouvait toujours là où il y avait les joueurs aux cartes. Grâce à sa force musculaire et son large gabarit, il s’occupait par habitude des personnes saoules qui perturbaient les cérémonies de mariage ou de concision en faisant irruption dans la piste de danse réservée aux gens respectueux.
En raison de ses interventions rapides, tous les spectateurs frivoles et insolents se tenaient bien en place lorsqu’ils s’apercevaient de l’état dissuasif de son physique.
Moussa avait une tante, appelée Malika. Elle avait quitté Douar Doum depuis toute jeune pour aller travailler à l’étranger. Les parents de ce jeune homme et en l’avait suppliée de lui trouver un contrat de travail pour l’amener hors du pays.
Après avoir préparé toutes les formalités nécessaires, il a pu rejoindre ce que l’on appelait communément à l’époque le pays de cocagne. Il n’avait passé là bas même pas six mois avant qu’on le refoulât vers son pays d’origine.
C’était un ignare qui avait un côté bestial et sauvage très apparent. Un jour qu’elle discutait avec lui pour meubler le temps, sa tante, qui voulait savoir ses impressions sur sa nouvelle vie à l’étranger, lui demanda :
— Comment est-ce que tu as tu trouvé ce pays ?
— Ce pays est entouré de montagnes couvertes de couches de coton très épaisse, répondit Moussa, naïvement.
— Le coton, tu dis, mon neveu ? Tu l’as vu où ? demanda sa tante.
— Je l’ai vu sur les versants et les crêtes des montagnes, rétorqua-t-il naïvement.
— Ce que tu as vu, Moussa, ce n’est pas du coton, répliqua sa tante.
— Et c’est quoi alors ? Je l’ai vu, il est d’une blancheur miroitante, d’où vient-elle ? interrogea-t-il tout étonné.
— Ecoute Moussa ! Ce que tu as vu, ce n’est que de la neige, dit-elle. Alors, arrête de dire des bêtises et répète plus ce genre de choses à tes collègues de travail, ils peuvent se moquer de toi et te considérer comme un nullard qui ne sait pas dans quel monde il vit.
— Je ne connais pas la neige, je ne l’ai jamais vu au Douar, ni ailleurs dans les montagnes parce que je n’ai jamais sorti de ma zone de confort, dit-il.
— Tu le verras jamais là bas, expliqua sa tante parce que votre Douar n’est pas situé sur une chaîne montagneuse plus élevée où la température est en dessous de zéro pendant la saison froide.
— Chez nous, au Douar Doum, quand il pleut fort, on voit parfois de petits plombs blanchâtres de la taille des grains de couscous, expliqua-t-il.
— Ce n’est que des grêlons qui tombent du ciel lors des précipitations atmosphériques, expliqua sa tante. Et la mer ? Est-ce que tu l’as déjà vue ?
— Oui, je l’ai vue quand je travaillais au bungalow du patron de la ferme où travaillent mon père et mon demi-frère Brahim comme élagueurs et responsables de l’irrigation des jardins des orangers. Je m’y suis même baigné presque toute la journée.
— le fait de se baigner dans la mer n’est pas suffisant. Ton père ne t’a rien appris, lui reprocha sa tante. Tu as intérêt à t’initier aux choses de la vie, sinon tu resteras dans l’ignorance absolue sans jamais pouvoir te rattraper en quoi que ce soit.
— Comment veux-tu que j’apprenne alors que je ne suis jamais allé à l’école ou à tout le moins à la mosquée où l’on apprend à l’époque aux enfants de mon âge les rudiments de l’écriture et du calcul, dit-il pour justifier ses lacunes.
— Je sais que ce n’est pas de ta faute et que ça ne dépend pas de toi, le fait d’être analphabète, ajouta sa tante. Mais je peux te promettre que tu vas apprendre à lire et à écrire dans les jours qui viennent, mais à la seule condition de te concentrer d’abord sur ton nouveau travail.
— Mon travail, tu dis ! grogna-t-il. Je ne crois pas que je vais passer tous mes jours ici à faire un travail de n***e.
— Détrompe-toi ! Tu fais erreur ! Et arrête de dire des insanités qui ne tiennent pas debout. Ici, il faut être ponctuel et laborieux, expliqua sa tante. Les personnes flemmardes ne sont jamais admises à se charger d’un travail dont elles n’ont pas les capacités requises pour l’assumer comme il se doit.
— A longueur de la journée, se plaignit-il, on m’a obligé de porter sur les épaules des sacs de céréales de cent kilogrammes en montant un madrier pour les charger dans de grands camions remorques. Et moi, bien que je paraisse avoir la forme d’un haltérophile, je ne suis pas habitué à faire ce travail pénible et mal rémunéré.
— Tu dois résister, recommanda sa tante. Pour trouver ta place parmi les autres émigrés qui ne disent jamais aïe, même si leur souffrance est insupportable, tu as intérêt à te calmer et prendre les choses comme il se doit.
— Le patron chez qui tu m’as fais embauché me déteste et ne veut plus de moi, lança-t-il à son adresse. Il me parle dans une langue que je ne comprends pas quand il se met à me crier dessus. Mes collègues de travail, qui comprennent plus ou moins ce qu’il m’a dit la dernière fois, m’ont fait savoir qu’il m’a renvoyé définitivement.
— A entendre cette mauvaise nouvelle, grommela sa tante, tes parents vont s’en prendre à moi et me reprocheront le fait que