Chapitre XXV, suite 1

5000 Mots
Après avoir fait ses constats et posait des questions de routine, il ordonna à Dib de le livrer aux autorités compétentes qui s’étaient chargées des formalités de la procédure d’usage. »      —  Depuis ce jour, ajouta Bachir, Dib est devenu l’homme  le plus dangereux qui porte le nom de tueur de chiens enragés et plus personne ne badine avec lui.     —   Et ses défauts ?  interrogea Zeroual, l’air interloqué.      — C’est un voleur opportuniste, répondit Hmidi, qui peut s’infiltrer en douceur n’importe où pour s’emparer des choses qui l’intéresse sans que personne ne s’en rende compte.             Au fur et à mesure que la discussion se poursuivait, les trois buveurs continuaient à étancher leur soif et à griller plusieurs cigarettes d’affilée. La quantité de vin restante ne pourra être bue que dans une heure tardive et leur discussion autour de divers événements semblait devenir interminable. Un fait marquant et véridique qui ne manque pas d’intérêt fit surface lorsque Zeroual voulait écouter d’autres histoires.      —  Je vais te raconter une autre histoire, dit Hmidi : «  Au Douar Doum vivait un homme, appelé Khamali, c’était le père de Nadia, la deuxième femme de Hammouda, l’ex mari de  Jamila.              Cet homme travaillait pour un propriétaire terrien de la région qui le payait si mal que son salaire modique ne lui permît pas de joindre les deux bouts.              Parallèlement à ce travail provisoire et mal rétribué, il était passionné d’apiculture et il possédait un petit espace très réduit, situé au coin d’un jardin d’agrumes appartenant à la ferme où étaient installées quelques ruches dans lesquelles ses essaims d’abeilles faisaient leur miel.              Cet homme était quelqu’un qui ne craignait pas les abeilles parce que leurs piqures ne lui avaient jamais fait de mal.              Une femme veuve qui, après la mort de son mari, continuait à s’occuper d’une parcelle de terrain remplie d’un nombre important de ruches d’abeilles, faisait régulièrement recours à ses services et elle n’avait jamais pu remarquer la moindre irrégularité  concernant sa façon de s’y prendre.              Un jour, à l’aube, Antar, le neveu du mari de la veuve, qui faisait habituellement des rounds de garde pour s’enquérir de la situation aux alentours, a surpris Khamali en flagrant délit.             Sans être muni de matériel particulier, il s’est rendu à cet endroit pour récupérer une quantité importante des cires de miel bien garnies qu’il avait volées et cachées lors de la dernière récolte. »    — Arrête-toi ! Arrête-toi ! demanda Antar en guise de sommation. Qui es-tu ?            Pris au dépourvu, Khamali garda le silence et chercha un subterfuge.     —  Montre-toi, bon sang ! reprit Antar. Dis-moi ce que tu fais là à une heure pareille ?             Malgré les cris de sommation lancés par Antar, Khamali a beau marcher à quatre pattes pour éviter d’être découvert, il n’a pas réussi à tromper la vigilance d’Antar qui insista :     —  Lève-toi, espèce de voleur, avant que les choses ne tournent pas au vinaigre. Je sais qui tu es et ce que tu étais en train de faire.      —  Je ne suis pas un voleur, dit-il. Au contraire, le vrai voleur, c’est toi. Tu es venu ici à cette heure exprès pour dérober du miel en pensant que personne ne se rendra compte de tes scélératesses.     —  Montre-toi sale ordure, cria Antar. Ne crois pas que tu vas m’échapper facilement.             Avec sa lampe torche Antar balaya tout le terrain pour le localiser, mais  n’ayant pas pu réussir à le repérer, il lui lança un ultimatum :     — Tu as cinq minutes pour me dire ce que tu fais là, sinon j’appellerai tous mes frères pour te tabasser à mort. Alors, c’est à toi de choisir.             Craignant le pire, Khamali, qui n’était pas un homme v*****t ni agressif, s’annonça :     —  Je ne suis pas étranger à ce rucher. Je te rappelle que je travaille pour la veuve de votre défunt oncle et il est de mon devoir de venir ici pour faire un tour et vérifier que tout va bien.     —  Tu n’es qu’un lâche et un pauvre type qui ne respecte pas  ce qui appartient aux autres, cria Antar. Tu crois que je vais gober tes mensonges. Tu t’es fait passer pour un homme de confiance pour nous tromper tous, mais à présent les masques sont tombés et tu es découvert.      —  Je ne suis pas celui que tu penses, dit Khamali. Je suis juste venu récupérer quelques outils personnels que j’ai oubliés l’autre fois à cet endroit.      —  Sors de ta planque pour sauver le peu de dignité qui te reste, sinon tu risqueras ta peau, ordonna Antar sur un temps péremptoire en s’approchant pas à pas de sa silhouette qui n’est que celle de Khamali.      —  Je vais te raconter une autre histoire, dit Hmidi : «  Au Douar Doum vivait un homme, appelé Khamali, c’était le père de Nadia, la deuxième femme de Hammouda, l’ex mari de  Jamila.              Cet homme travaillait pour un propriétaire terrien de la région qui le payait si mal que son salaire modique ne lui permît pas de joindre les deux bouts.              Parallèlement à ce travail provisoire et mal rétribué, il était passionné d’apiculture et il possédait un petit espace très réduit, situé au coin d’un jardin d’agrumes appartenant à la ferme où étaient installées quelques ruches dans lesquelles ses essaims d’abeilles faisaient leur miel.              Cet homme était quelqu’un qui ne craignait pas les abeilles parce que leurs piqures ne lui avaient jamais fait de mal.              Une femme veuve qui, après la mort de son mari, continuait à s’occuper d’une parcelle de terrain remplie d’un nombre important de ruches d’abeilles, faisait régulièrement recours à ses services et elle n’avait jamais pu remarquer la moindre irrégularité  concernant sa façon de s’y prendre.              Un jour, à l’aube, Antar, le neveu du mari de la veuve, qui faisait habituellement des rounds de garde pour s’enquérir de la situation aux alentours, a surpris Khamali en flagrant délit.             Sans être muni de matériel particulier, il s’est rendu à cet endroit pour récupérer une quantité importante des cires de miel bien garnies qu’il avait volées et cachées lors de la dernière récolte. »    — Arrête-toi ! Arrête-toi ! demanda Antar en guise de sommation. Qui es-tu ?            Pris au dépourvu, Khamali garda le silence et chercha un subterfuge.     —  Montre-toi, bon sang ! reprit Antar. Dis-moi ce que tu fais là à une heure pareille ?             Malgré les cris de sommation lancés par Antar, Khamali a beau marcher à quatre pattes pour éviter d’être découvert, il n’a pas réussi à tromper la vigilance d’Antar qui insista :     —  Lève-toi, espèce de voleur, avant que les choses ne tournent pas au vinaigre. Je sais qui tu es et ce que tu étais en train de faire.      —  Je ne suis pas un voleur, dit-il. Au contraire, le vrai voleur, c’est toi. Tu es venu ici à cette heure exprès pour dérober du miel en pensant que personne ne se rendra compte de tes scélératesses.     —  Montre-toi sale ordure, cria Antar. Ne crois pas que tu vas m’échapper facilement.             Avec sa lampe torche Antar balaya tout le terrain pour le localiser, mais  n’ayant pas pu réussir à le repérer, il lui lança un ultimatum :     — Tu as cinq minutes pour me dire ce que tu fais là, sinon j’appellerai tous mes frères pour te tabasser à mort. Alors, c’est à toi de choisir.             Craignant le pire, Khamali, qui n’était pas un homme v*****t ni agressif, s’annonça :     —  Je ne suis pas étranger à ce rucher. Je te rappelle que je travaille pour la veuve de votre défunt oncle et il est de mon devoir de venir ici pour faire un tour et vérifier que tout va bien.     —  Tu n’es qu’un lâche et un pauvre type qui ne respecte pas  ce qui appartient aux autres, cria Antar. Tu crois que je vais gober tes mensonges. Tu t’es fait passer pour un homme de confiance pour nous tromper tous, mais à présent les masques sont tombés et tu es découvert.      —  Je ne suis pas celui que tu penses, dit Khamali. Je suis juste venu récupérer quelques outils personnels que j’ai oubliés l’autre fois à cet endroit.      —  Sors de ta planque pour sauver le peu de dignité qui te reste, sinon tu risqueras ta peau, ordonna Antar sur un temps péremptoire en s’approchant pas à pas de sa silhouette qui n’est que celle de Khamali.     —  Calme-toi, Antar. Moi, j’ai reconnu ta voix dès le début, dit Khamali et je me suis mis à plaisanter avec toi pour tester ta réaction et ta patience.     — Alors, c’est toi ! Tu n’as pas honte de commettre ce vol. Qu’est ce que tu as dans ce sac de toile, dis le moi tout de suite ? hurla Antar.     — Je n’ai rien, bafouilla-t-il. Ce ne sont que des choses personnelles que j’ai oubliées avant-hier lors de la récolte du miel.     —  Ce que tu essayes de dire pour me convaincre ne justifie en rien ta présence suspecte dans cet endroit et encore moins à une heure pareille, reprocha Antar. Un vol est dûment punissable aux yeux de la loi et toi, tu es pris en flagrant délit. Moi, Antar, je n’ai jamais couvert les gens fautifs et même mon ex femme, je l’ai expulsée la nuit même des noces.      — Ne me dénonces pas s’il te plait, Antar, je t’en supplie ! Laisse-moi partir ! Cela ne se répète plus,  demanda Khamali, pris en flagrant délit.      —  Je suis en droit de te capturer ! grommela Antar. Ce que tu fais n’a l’air que d’un péché. Tu es en train d’empiéter sur les plates b****s d’une veuve qui a mis toute sa confiance en toi. Mais pour faire les choses discrètement et sans autre bruit, je t’oblige à prendre ce sac de toile et d’avancer devant moi sans tourner la tête ni à gauche ni à droite. On va se rendre, toi et moi, chez la femme de mon oncle pour l’informer de tes scélératesses  et si jamais tu essayes de t’échapper, avec ce gourdin, je n’hésiterai pas une seconde à te briser le crâne en mille morceaux.            Réveillée par es aboiements des chiens et les cris forts d’Antar, la veuve de son oncle accourut vers la sortie de la maison. Quand elle vit Khamali avec ce sac sur le dos, elle comprit si  vite  ce qui se passait.           En  voyant qu’elle  eut l’air étonné, Antar l’informa :     —  Ce vieux que tu crois honnête et fidèle, je l’ai surpris à ton rucher en train de te voler ton miel. Regarde ce qui est dans ce sac de toile.             Sans chercher à comprendre les motifs qui l’ont poussé à la voler, la propriétaire du rucher bondit sur lui et s’agrippa à son coup en le traitant  aussi bien de voleur que de traitre.             Sur ces entrefaites, croyant qu’il s’agissait peut être d’une dispute qui nécessitent leur intervention, les frères d’Antar sortirent prestement de chez eux pour porter main forte à la veuve de leur oncle.             Après avoir été renseignés sur l’événement, ils ont appelé d’autres hommes du Douar pour les prendre à témoin et dénoncer Khamali aux autorités locales. Mais avec l’intercession de quelques sages et les supplications de Khamali, qui implorait le pardon, les choses ne sont pas allées plus loin et l’affaire a été étouffée dans l’œuf.       — S’il vous plait ! Laissez- moi partir ! J’ai commis la pire des choses dans ma vie, dit-il. J’avoue que c’est une grande bêtise. Je suis couvert de honte.  A cause de  cet acte irréfléchi, Je suis maintenant l’opprobre de la population.       — Tu m’as eue, vociféra la veuve, je t’ai toujours considéré comme l’homme le plus honnête que je connaisse, espèce de voleur !      —  Etant pris en flagrant délit, tu as perdu toute ta crédibilité parmi nous, lança le frère de la veuve. Heureusement pour nous autres, il existe toujours des hommes de bonne foi qui veillent sur la sécurité de ce Douar. Antar en est un de ceux-là car, en fait, il nous a  prouvé ce matin même qu’il est sur le qui-vive.       — Je me suis trompé lourdement. J’ai à l’instant même beaucoup de remords. Permettez-moi de faire mon mea-culpa.  C’est un grand affront pour moi que de suivre mes mauvais instincts, regretta Khamali humilié.              Puisqu’il avait l’âge d’un sexagénaire, tous les hommes se mirent d’accord pour le relâcher et l’affaire fut étouffée dans l’œuf.            —  L’enseignement à tirer de votre histoire, dit Zeroual, me rappelle un proverbe arabe qui dit : « C’est de la confiance que naît la trahison. » Ce mauvais comportement me donnerait l’envie de lui cracher sur la figure s’il était encore en vie, ce voleur qui a abusé de la confiance d’une veuve.      —  Moi, je connais cette histoire que m’a déjà racontée grand-mère, dit Bachir. Ce qui me fait peur à l’instant, c’est mon père. S’il apprend que j’ai passé la nuit ici à boire avec vous, il va me tabasser et pourra même me chasser de la maison. Il me conseille toujours de ne pas boire de l’alcool ni fumer des cigarettes et encore moins du kif.        —  Ce que ton père te répète est totalement juste, dit Zeroual, mais on est encore jeunes pour passer par ces étapes et goûter même aux délices des choses défendues.     —  Mais ça risque de devenir une obsession et s’en détacher un jour risque de s’avérer difficile, répondit Bachir.     — Toi, petit écolier, tu veux boire maintenant ou nous faire de l’esprit ? protesta Hmidi. On s’en fout pas mal de ce que te conseille ton père. Moi, je vous pose la question de savoir ce que nous  deviendrions  si nous ne travaillions pas à la ferme ? C’est une question que je me pose assez souvent. Nous mourrions  de faim ou quoi ?     — Personne, chez nous, n’est jamais mort de faim, répliqua Bachir. Cette ferme me semble comme un vampire qui n’en finit pas de s***r le sang de nos parents. Elle ne leur avait rien donné d’important moyennant le travail de n***e qu’ils accomplissent pendant chaque jour ouvré et ce  du matin au soir.      —  Chez nous, au patelin, lança Zeroual, il n’y a pas de ferme, les habitants se contentent de faire la culture des oliviers, des figuiers et grenadiers en plus des activités d’élevage et de commerce qu’ils exercent aux souks hebdomadaires.      — Cessez tous les deux de me rebattre les oreilles de vos banalités! grommela  Hmidi,  et versez moi mon verre, c’est mon tour.      —  Je ne savais pas que tu es devenu un vrai pochard ! Tu ne vas pas tenir debout à ce que je vois, répliqua Bachir. Où sont passées tes loisirs préférés. Tu étais passionné de football, de natation, de billes, de pêche à la ligne et de chasse à la fronde.      —  Je commence à prendre de l’âge et les problèmes familiaux qui pèsent lourd sur moi, m’empêchent de continuer à les pratiquer  comme avant, répondit Hmidi.      —  Je n’ai pas oublié toutes les disputes  que tu avais à maintes reprises  avec Hamane, le fils de Tamou,  dit Bachir.      — C’était un zinzin et psychopathe ! rétorqua Hmidi. A maintes fois, il se mettait en travers de notre chemin et nous empêchait même de jouer au foot ou aux billes. Je me rappelle combien de fois il nous a surpris avec son comportement de débile mental. Le plus souvent, il agissait comme un assaillant. Il s’emparait du ballon ou des mises de billes avant de prendre la fuite.      —  C’est qui Tamou ? demanda Zeroual, vous l’avez citée tout à l’heure et j’ai déjà entendu parler d’elle à la ferme tout comme Dib le jour où  j’y ai posé le pied.       — Je te rappelle, pour ta gouverne, que c’est une femme unique de son genre, répondit Bachir. Quand elle s’emporte en fulminant, elle ne dégage que des flammes et jusqu’à ce jour personne n’a pu la battre, excepté Antar, qui l’avait chassée de chez lui, lors de la nuit des noces où il avait trouvé que  sa fille Radia n’était pas vierge. Le seul responsable de son viol, vous le connaissez sans doute.      — Tu veux dire qui ? demanda Hmidi. N’aie pas peur, dis-nous.     — Je n’en sais rien, ça n’a pas d’importance pour moi, dit Bachir.      —  Toi, tu sais tout ! répondit Hmidi.Tu es au courant de tout ce qui arrive aux filles.       —   Qu’arrive-t-il aux filles ? demanda Zeroual.        —  Il ne leur arrive rien, grommela Bachir en demandant de changer de sujet.        —  Toi, Hmidi, tu commences à te souler, vide alors ton verre pour terminer ce qui reste, dit Zeroual. Nous n’avons plus de temps à perdre. Moi, je dois passer la nuit à la ferme pour me lever tôt le matin.          —  Le soul ! C’est toi ! répliqua Hmidi. Moi, je suis capable de tenir debout mieux que personne et ce jusqu’à l’aube.       —  Je vois que vous commencez à perdre les pédales, les gars, remarqua Bachir. J’espère que cette nuit finira bien et qu’on ne soit pas attaqués par une meute de chiens errants.      — Nous devons faire gaffe aux mauvaises personnes plutôt qu’aux chiens, dit Bachir. Ne croyez pas que nous sommes inaperçus. Les colporteurs de mauvaise nouvelles vont raconter demain tous ce qu’on est en train de faire.     — Et pourquoi, diable, vont-ils parler de nous ? demanda Zeroual.     —  Tout simplement pour évoquer un sujet à discussion et faire plaisir aux gens curieux et transmettre de cette manière aux mouchards des renseignements sur les activités nocturnes du Douar, dit Bachir.      —  Parmi tous les habitants, dit Hmidi, celui qui me fait plus peur, c’est Dib. Cet homme est un vautour féroce et il ne se manifeste que de nuit.              Sur cette mise en garde de l’un des gars, la conversation, qui battait son plein durant presque cinq heures, a pris fin  entre les buveurs grisés qui s’endormirent à poings fermés.              Comme il vient de le mentionner Hmidi, Dib était le genre d’homme qui ne dormait pas tôt la nuit. Quand on passait devant sa maison, on s’apercevait de sa silhouette immobilisée dans un coin. Il tendait l’oreille aux moindres bruissements, guettait tous les mouvements de personnes ou d’animaux. Il connaissait même les cris des oiseaux et insectes de nuit. Au de-là de minuit, il exécutait ses maraudes dans la ferme.              C’était un homme taciturne. Il écoutait plus qu’il ne parlait. Il ne fréquentait personne pour commettre ses actes de vol.              Cette nuit, il écoutait toute la conversation des trois buveurs. Il était camouflé à proximité d’eux sans qu’ils ne se soient rendus pas compte qu’il les guettait.              Quand ils s’affalaient ivres morts sur les mottes de foin, Dib, pieds nus, fit son approche et commença à scruter le lieu en tendant l’oreille.              Sans faire le moindre bruit qui pourrait éveiller les soupçons, il mena son jeu de main de maître, s’empara de la bicyclette et rentra chez lui.              Après ce coup de vol réussi, les trois gars se réveillèrent  par les aboiements répétés de chiens qui poursuivirent une femelle en pleine rut. Ils se rendirent compte que la bicyclette de leur camarade n’y était plus.            Hmidi, qui faisait des larcins du genre, savait par expérience que le voleur n’en était que Dib. A la lumière de sa torche, ils suivirent les traces d’un piéton pieds-nus qui les ont menés jusqu’à sa maison.      —  Dib! Dib ! Nous voulons te parler,  demanda Hmidi à voix basse.      —  Sans les laisser poireauter devant l’entrée de sa maison, Dib riposta :     —  Qu’est ce que vous voulez de moi ? grommela-i-l. C’est quoi votre problème ?     —  C’est toi qui nous as volé la bicyclette de Zeroual, lança Hmidi. Les traces fraîches de tes pas  nous confirment que c’est toi qui  l’as  chipée.      — Vous n’êtes que des buveurs, grogna-t-il. vous faillez provoquer une incendie dans les mottes de paille et de blé en fumant des cigarettes dans une aire de battage. Vous commettez un grand péché de boire de l’alcool dans un espace sacré où l’on stocke du blé non encore battu. C’est un sacrilège et une profanation  de votre part.       —  Nous n’avons rien fait de mal, on se défoule entre nous, rétorqua Hmidi. Nous sommes avec Bachir, le fils de ton oncle, il est là.      — Je vais vous dénoncer tous les trois à mon oncle, marmonna-t-il. Et toi, Hmidi, tu es déjà blessé et en convalescence à cause de ton dernier accident de travail à la ferme. Moi,  je prends en compte ton état de santé et je ne vais pas te poser la main dessus parce que tu ne t’es pas encore rétabli de tes blessures de tête encore bandée de pansement. Cela veut dire que tu es assez fragile pour supporter mes coups.      —  Rends-moi ma bicyclette s’il te plait.  Tu me connais peut-être. Je suis Zeroual. Je travaille dans la ferme en tant que comptable et je n’avais jamais eu de problème avec toi pour que tu te venges de moi en me délestant de mon vélo. Tu sais que c’est mon seul moyen de transport.       —  Est-ce que tu as des preuves  tangibles pour prétendre des choses pareilles? demanda Dib. Quelle audace ! Tu es venu jusqu’à chez moi pour m’accuser d’un vol que je n’ai pas commis.      —  Les traces fraîches de tes pas sont des preuves parlantes     ! lança Zeroual.      — Va-t-en ! Va-t-en ! Je n’ai pas volé ta bicyclette, grogna Dib.      —   Je ne vais pas partir sans ma bicyclette, répliqua Zeroual.             A bout de patience, Dib, qui était armé d’une fourche emmanchée, lui assena de toutes ses forces, sans aucune pitié, un seul coup sur la tête. Zeroual gravement blessé, prit la fuite et entra aveuglément dans une habitation située à une lieue à peu près.            Le maître de la maison, surpris de l’irruption intempestive d’un inconnu, s’empara dans le noir d’une hache qu’il mettait toutes les nuits sous son oreiller pour sa légitime défense. Il faillit, en pleine obscurité, achever Zeroual avant de le reconnaître si son fils ainé n’eut pas intervenu à temps en allumant sa lampe torche. Il dit à son père de temporiser en criant :     —  Non ! Mon père ! Ne fais pas de bêtises ! Pose cette hache ! Moi, je connais cet homme! C’est Zeroual ! Ne fais rien, mon père ! Il est gravement blessé ! Il est tout en sang ! Quelqu’un l’a peut-être agressé. Regarde-le ! Il saigne encore. Faisons quelque chose pour arrêter son hémorragie. Les blessures à la tête sont dangereuses et ça nécessitent l’intervention d’un médecin.      —  Je vois qu’il y a un saignement du crâne, dit le père en essayant de lui mettre une compresse de fortune imbibée de piment doux pilé pour stopper le sang.      —  Dis-nous, qui t’a fait ça ? demanda le fils Zeroual qui ne répondit pas à cause de coup dur qu’il avait reçu du tueur de chien enragé.            Bachir et Hmidi qui le suivirent jusqu’à cette maison, essayèrent, eux aussi, de le soigner avec n’importe quoi, sachant qu’au Douar, on ne disposait d’aucune trousse d’urgence de premiers soins.               Après avoir réussi à lui appliquer encore du piment doux en poudre et lui mettre un pansement de fortune en bandant sa tête avec un turban propre, Hmidi raconta au propriétaire de la maison, à sa femme et à son fils ce qui s’est passé avec Dib et rentra chez lui tout comme Bachir.               Zeroual passa le reste de la nuit allongé dans cette maison malgré lui. Le matin on l’a amené à la ferme pour le confier aux responsables.              Malgré les questions qu’on lui a posées pour savoir les circonstances dans lesquelles, on l’avait agressé, il refusa de dire quoi que ce soit sur son agresseur pour le dénoncer aux autorités compétentes.              Mais, puisque rien ne pouvait se passer sous silence dans ce Douar, les ouvriers de la ferme prirent vite que ce fut  Dib qui lui eut assené un coup de fourche à la tête.               Mekki, qui voulut jouer le rôle d’enquêteur, appela Dib devant un panel d’ouvriers  et l’interrogea sur cette affaire d’agression:       —  Est-ce que je peux savoir pourquoi, diable, tu t’es permis d’agresser le comptable de la ferme après lui avoir volé sa bicyclette ?       —   Je ne l’ai pas volée, grommela Dib pour se faire disculper.        — Mais, tu l’as frappé devant deux témoins oculaires qui étaient en sa compagnie, dit Mekki.       —  Lorsque je l’ai frappé, il n’y avait personne, répliqua Dib.      —  Tu mens parce que Bachir, le fils de ton oncle et Hmidi, mon beau frère, étaient là avec lui. Ils voulaient te parler de la bicyclette que tu as volée.      —  Non, il était seul lorsque je l’ai surpris en train de s’infiltrer chez Meriem.             Meriem était une femme mariée à un homme qui pratiquait le trafic de stupéfiants et commettait des actes de vol loin du Douar. La maison de sa mère et son frère où elle habitait servait de refuge pour son mari et lui permettait de se cacher à chaque fois qu’il sentait que les gendarmes  étaient à ses trousses pour avoir été impliqué dans une affaire quelconque. Elle n’était pas du tout une femme impure qui manquait de chasteté. Elle était fidèle à son mari et ne l’avait jamais trompé.            Pour rejeter la culpabilité dont il faisait l’objet, Dib mentait, mais personne ne pouvait croire cette histoire à dormir debout.       — Quel genre de relation existe-t-il entre Zeroual et  Meriem ? lui demanda Mekki.        —  Je n’en sais rien, grommela Dib, moi, je ne fais pas le gendarme. Pose-lui la question d’en savoir plus ! C’est à lui de répondre.        — Si je comprends bien,  tu es en train d’endosser sans preuve une accusation grave à une femme mariée, répliqua Mekki.              Dib refusait catégoriquement d’avouer à qui que ce soit la vrai version de cette affaire d’agression dont il était victime purement et simplement Zeroual. Tout le monde était convaincu que la victime n’avait rien fait de si mal pour mériter ce coup de fourche qui était à l’origine de son départ de la ferme.              Bien que sorti quitte de cette affaire qui n’avait pas été mise entre les mains de la justice, Dib fut renvoyé de la ferme pour avoir agressé un homme innocent.             Depuis lors, il menait sa vie tant bien que mal en travaillant dans d’autres fermes de la région. Un jour, il fut victime d’un accident de tracteur. Il fut blessé gravement au niveau de la tête et on lui fit plusieurs points de suture.            Depuis sa sortie de   
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